00:00La hausse de 2% du SMIC au 1er novembre n'est pas, à proprement parler, un coup de pouce,
00:15mais une anticipation de la revalorisation automatique prévue le 1er janvier.
00:19Pour beaucoup, cela reste très insuffisant.
00:23Il faut revenir sur le postulat de départ des effets en chaîne espérés d'une augmentation du salaire minimum.
00:29Cela passe évidemment par un coup de fouet au pouvoir d'achat des salariés les moins payés,
00:33ceux qui consomment la quasi-totalité de leur revenu.
00:37Petit bémol cependant, l'expérience montre que la réduction des inégalités salariales
00:42ne s'explique pas uniquement par la progression des rémunérations des employés proches du salaire minimum,
00:47mais aussi par la pression mise par les employeurs sur les rémunérations des salariés les mieux payés,
00:52pour éviter une trop grande dérive de la masse salariale.
00:56Bref, l'écrasement de la hiérarchie des salaires fait aussi des perdants.
00:59Malgré tout, le choc de demande est positif, la consommation accélère avec des effets bénéfiques sur les entrées de TVA,
01:06l'ensemble des activités B2C, commerçants, services au ménage, etc. et de leurs fournisseurs.
01:13De quoi donner un nouvel élan à la croissance, donc à l'emploi.
01:16Plus d'emplois, c'est plus de croissance.
01:17La boucle vertueuse se referme avec, de surcroît, plus de cotisations sociales, d'IS et d'impôts sur le revenu,
01:25ce qui améliore au passage les finances publiques.
01:28Le premier grain de sable se situe au niveau de l'origine des fournisseurs.
01:31Si les services consommés sont produits à 90% localement,
01:36même s'ils intègrent parfois des composants étrangers, comme un restaurant utilisant de l'agneau néo-zélandais,
01:41la situation est tout autre pour les biens manufacturés.
01:45Plus de 85% des produits consommés sont importés
01:48et le contenu en importation de la consommation est plus intense pour les bas revenus.
01:53Il faut donc s'attendre à une nouvelle détérioration du sol extérieur manufacturier, déjà dans le rouge.
01:59Or, ce déficit, il faut bien le financer.
02:01D'une manière ou d'une autre, il pèse sur les finances publiques.
02:05Deuxième écueil, le schéma présenté n'intègre pas les conséquences du choc d'offres défavorables aux entreprises.
02:12C'est l'aspect gonflement du coût du travail.
02:15Il pourrait être absorbé par un bond spectaculaire de la productivité.
02:19Mais toutes les dernières enquêtes montrent au contraire une tendance à sa stagnation, voire sa dégradation en France.
02:25Les entreprises ont alors deux options.
02:27Soit augmenter leur prix, possible pour les sociétés de service,
02:30dont les activités ne sont pas en concurrence frontale avec l'extérieur,
02:34mais cela freine la progression du pouvoir d'achat et réduit l'effet relance attendu de la consommation.
02:39Soit comprimer les marges.
02:41Mais c'est entrer dans une spirale dangereuse.
02:44Pas pour les grands groupes, ils disposent le plus souvent de la latitude pour le faire.
02:48Mais ils ont aussi le choix de la délocalisation, en particulier ceux opérant dans les secteurs à forte intensité de main d'œuvre.
02:55Pour les autres, deux cas de figure se présentent.
02:57Soit elles disposent de quelques degrés de liberté,
03:00mais il ne faut pas perdre de vue que les marges, cela sert à embaucher, à investir, c'est donc l'avenir qui est en partie sacrifié.
03:06Soit il s'agit d'entreprises intervenant dans des secteurs à faible marge et soumises à la concurrence étrangère.
03:12Dans ce cas, le risque est bien celui d'une avalanche de défaillances,
03:15dans un contexte où elles sont déjà en forte progression et s'approchent de leur record historique.
03:19Une chose est certaine, quoi qu'il en soit, l'emploi en fait les frais.
03:23De quoi peser sur la croissance et les rentrées fiscales et sociales.
03:27C'est même la double peine pour les finances publiques.
03:29L'augmentation du salaire minimum fait ipso facto tomber les rémunérations situées dans sa périphérie supérieure,
03:35dans la catégorie ouvrant droit aux plus fortes exonérations de cotisations sociales, compte tenu du profil dégressif de ces dernières.
03:43Il faut aussi mentionner un autre effet pervers.
03:45Le maintien dans les bas salaires est renforcé par ce système d'exonération de charges
03:49qui incite les employeurs à y maintenir leur personnel tant le surcoût à payer pour les en sortir est élevé.
03:57Les salariés au SMIC sont aujourd'hui plus de 17% contre 12% il y a tout juste 3 ans.
04:02La smicardisation est en train de devenir le véritable piège économique et social de la France.
04:08En prétendant protéger les plus modestes, on finit par étouffer toute perspective d'ascension salariale.
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