00:00RTL Matin, avec Amandine Bégaud et Thomas Soto.
00:04Il est 8h15, l'interview d'Amandine Bégaud, et on continue à décortiquer le budget,
00:08à voir ce qui va changer dans nos vies de tous les jours.
00:10Amandine, vous vous arrêtez sur l'une des premières préoccupations des Français, la santé.
00:15Alors vous avez choisi d'inviter ce matin Frédéric Bizarre,
00:18président fondateur de l'Institut Santé et qui publie « Les itinérants de la santé ».
00:21Bonjour et bienvenue.
00:22Bonjour Frédéric Bizarre.
00:23Bonjour.
00:24Ce livre, c'est une fiction futuriste qui est basée d'ailleurs sur des données réelles,
00:28celle de l'Institut Santé, dans laquelle les habitants fuient leur pays
00:33à cause du délitement de leur système de santé pour un autre pays
00:35qui lui a surréformé son système de santé.
00:38Est-ce que c'est ce qui risque vraiment de se passer ?
00:40Est-ce qu'on en est vraiment là aujourd'hui ?
00:43Oui, je pense qu'en effet, si vous avez un système de santé qui se dégrade excessivement,
00:46les gens ont besoin de se soigner.
00:47La santé est quand même le bien supérieur, le plus précieux pour tout le monde.
00:53Peut-être avant d'arriver sur le budget, je voudrais juste objectiver un petit peu la situation
00:56parce que je pense que ce budget pose un vrai problème d'absence totale de réformes de structure.
01:00Il n'y a pas une seule réforme de structure, que ce soit pour l'État, pour la santé,
01:03pour la sécurité sociale.
01:04En revanche, il faut que les Français aient conscience que les 6 points de PIB de déficit
01:09que nous avons, sur 5 ans, il faut les réduire en dessous de 3 points.
01:14En fait, sur les 6 points, vous avez 2 points qui sont liés à la dette
01:16et 4 points à ce qu'on appelle le déficit primaire.
01:18Il faut supprimer ce déficit primaire en 4 points.
01:21Un point, c'est 30 milliards, c'est 180 milliards pour que les Français s'en aillent.
01:24Donc, il faut, sur 5 ans, parce qu'on a 5 ans pour le faire, supprimer ces 4 points-là.
01:29Sinon, ce n'est pas simplement parce que les esprits chagrins avec Bruxelles se rassurent.
01:33Nous le devons parce que sinon, il y a un emballement de la dette.
01:36Donc, il faut prendre des mesures sur 5 ans.
01:38Peut-être qu'on n'est pas obligé, sur un an, de faire ce qui est fait.
01:40La deuxième chose, c'est que ce gouvernement a eu quelques jours pour préparer un budget
01:44qui est quand même le résultat de politiques menées depuis une vingtaine d'années
01:47dont nous sommes tous collectivement responsables parce que nous sommes dans une démocratie.
01:50En plus, corriger des fautes assez récentes,
01:52comme par exemple la hausse de 8 milliards des dépenses à l'hôpital non financées pour le Ségur
01:58et la hausse de 5,3% en janvier 2024 des retraites, alors qu'on avait une inflation autour de 2%.
02:04Donc, il faut corriger ces choses-là.
02:06En revanche, je pense, le problème, c'est la tyrannie de la facilité,
02:10c'est-à-dire qu'on rabote partout sans aucune mesure de structure.
02:13– Sauf que là, il y a urgence et c'est pour ça qu'il faut...
02:15– Et c'est pour ça que ce travail collectif, c'est une démarche immense,
02:20c'est une tâche immense de restructurer le système de santé.
02:22Donc, on a démarré une cinquantaine en 2018, puis plus de 200 pour travailler sur cette refonte.
02:27Je vous prends un exemple, la mesure phare de ce budget,
02:30c'est le déremboursement de la consultation médicale de 70 à 60%.
02:33Ça a été, et apparemment avec l'assentiment du ministre du budget.
02:38– Juste pour expliquer bien aux auditeurs,
02:40aujourd'hui, la consultation chez un généraliste, c'est 30 euros
02:43et la Sécu en rembourse aujourd'hui 21 euros, reste la mutuelle.
02:48Là, il s'agirait de rembourser seulement 18 euros par la Sécurité sociale.
02:51– Voilà, la mutuelle rembourse 9 euros aujourd'hui, elle va rembourser 12 euros demain.
02:54Est-ce que c'est un problème ?
02:55En fait, c'est un problème majeur. Pourquoi ?
02:58D'abord, quand vous transférez vers de l'argent privé, vers les mutuelles, le remboursement,
03:03ça a été fait en octobre 2023 avec les dentistes.
03:07En fait, ça coûte beaucoup plus cher à qui ?
03:09À ceux qui ont le plus besoin d'un contrat privé,
03:12qui sont en général les retraités, les retraités de la classe moyenne.
03:15Quand vous transférez 1 euro d'argent public vers l'argent privé,
03:20vous avez une hausse d'à peu près 5 euros.
03:22C'est ce qu'on a vu avec, encore une fois, ce transfert de 500 millions d'euros.
03:26– Pourquoi ? Parce que les mutuelles augmentent leur tarif ?
03:27– Parce qu'il y a un effet d'aubaine des mutuelles, 2024,
03:30plus 10% de la cotisation des mutuelles, c'est-à-dire plus 4 milliards d'euros.
03:34Est-ce que c'est de la dépense contrainte ou pas ?
03:35Oui, parce que vous avez besoin de vous protéger et d'avoir ce contrat-là.
03:40Donc là, on voit bien que c'est une mesure qui est très inégalitaire et qui va peser.
03:44La deuxième chose, c'est qu'on a mis des décennies à construire ce modèle universel.
03:48C'est-à-dire que vous, comme moi, comme Thomas Soto,
03:51nous sommes dans le même système de santé.
03:53À partir du moment où vous faites que la porte d'entrée,
03:56qui est la consultation médicale, va demain, parce qu'on en prend le chemin,
03:59être financée majoritairement par les mutuelles.
04:01Mais en fonction de votre contrat et de votre assureur privé,
04:05vous aurez un système de santé qui sera différent à l'américaine.
04:08Donc, si vous voulez, c'est extrêmement…
04:11On sacrifie le long terme pour le contrat.
04:13Alors, vous allez me dire, OK, mais qu'est-ce qu'on fait ?
04:15Que fait-on ?
04:16Sur ce point précis, par exemple.
04:18Eh bien, on fait ce qu'on fait tous les autres pays,
04:20c'est-à-dire qu'on distingue les paniers de soins financés par l'assureur public
04:24des paniers de soins financés par l'assureur privé.
04:26C'est-à-dire, entre ce qui est nécessaire…
04:29Exactement, on réfléchit un peu à ce qui doit être pris en charge
04:32par la collectivité et par l'assureur public.
04:34Pourquoi ? Quel impact budgétaire ?
04:36On a les charges administratives les plus élevées avec ce système à deux étages.
04:4116 milliards d'euros juste de charges administratives.
04:436% des dépenses de santé contre 3% de l'ensemble des pays européens
04:47qui ont fait cette distinction entre l'assureur public.
04:50Vous voyez qu'on est à des milliards d'euros d'économie.
04:53Et on a la chance d'avoir un financeur public puissant
04:55et des financeurs privés puissants.
04:57Utile ? Non, n'en faisons pas.
04:58Un problème, mais une solution.
05:00Les financeurs privés, par exemple, peuvent financer la prévention.
05:04Dans les autres mesures, Frédéric Bizarre, qui sont annoncées sur la table,
05:07il y a la baisse des plafonds de remboursement concernant les arrêts maladie.
05:11Ça, c'est une bêtise aussi ?
05:12Non, mais c'est le même chose.
05:14C'est-à-dire que c'est facile, vous pouvez arrêter de rembourser les arrêts maladie.
05:17Vous allez baisser les dépenses publiques.
05:18Mais attaquons-nous aux causes.
05:20Pourquoi est-ce qu'on a une explosion des indemnités journalières ?
05:22Il y a plusieurs raisons.
05:23Parce qu'il y a plus d'abus qu'avant ou pas ?
05:24Non, mais arrêtons avec cette fraude.
05:26Il y a toujours eu des fraudes.
05:27Il faut lutter imparablement et tout le temps contre la fraude.
05:31Mais c'est parce qu'on a une population plus âgée, active, plus âgée.
05:37Et comme c'est un vieillissement en mauvaise santé,
05:39forcément, il y a plus d'indemnités journalières.
05:41Donc que faire pour régler la situation ?
05:45Redynamisons un petit peu la santé au travail.
05:48Les entreprises payent pour de la santé au travail,
05:52qui est complètement négligée.
05:53Vous savez qu'elle est dans les mains du ministère du Travail
05:55et pas du ministère de la Santé.
05:56Il n'y a aucun suivi des pathologies chroniques.
05:59C'est une profession qui n'est absolument pas attractive.
06:02Si on veut baisser les indemnités journalières,
06:04on s'attaque aux causes et on a une vraie politique de santé publique.
06:07Il n'y a pas de santé publique dans ce budget-là.
06:09Il n'y a aucun mot de santé publique.
06:10D'habitude, on en habille un peu.
06:12On rembourse un peu mieux les préservatifs,
06:14on rembourse un peu mieux le truc,
06:16pour au moins dire qu'on fait un peu de santé publique.
06:17Là, il n'y a pas un mot de santé publique.
06:19Autre mesure, un effort sur la pertinence des prescriptions médicales,
06:22notamment en matière de transport sanitaire de patients.
06:25Ça veut dire que pour prescrire un certain nombre d'analyses
06:28ou de transports de personnes,
06:29le prescripteur devra remplir un formulaire
06:31qui sera transmis à l'assurance maladie.
06:33On se dit, ce n'est pas idiot, ça, sur le papier ?
06:35C'est toujours facile de dire, améliorez-vous, professionnels de santé,
06:38soyez plus pertinents dans votre travail.
06:40Je pense que déjà, encore une fois, l'État, l'assurance maladie,
06:42peut-être peut améliorer sa propre pertinence
06:44sur le plan de la politique menée.
06:45Mais non, mais ça, c'est une bêtise. Pourquoi ?
06:48Parce que le vrai problème de ça,
06:50c'est que vous avez une capacité de prescription
06:52pour à peu près tous les patients souffrant d'infections de longue durée.
06:55Et ce n'est pas basé sur le besoin,
06:56c'est basé sur le fait que vous avez une infection de longue durée.
06:58Mais enfin, quand vous êtes diabétique,
06:59vous n'avez pas besoin forcément d'avoir un transport sanitaire.
07:02Donc, vous voyez, là aussi, c'est une réforme qui n'est pas très compliquée.
07:05Elle est réglementaire, en plus, il n'y a pas besoin de choses.
07:07Vous restreignez la capacité de prescrire
07:10uniquement aux gens qui ont un besoin physique et psychique.
07:14Celui qui ne peut pas marcher, c'est normal qu'il ait du transport.
07:16Ce n'est pas du tout basé sur ce besoin-là.
07:18Donc, vous voyez, encore un autre exemple qu'on a quand même un problème.
07:21Tout dernier mot, très rapidement, de l'hôpital.
07:23A priori, le budget progresse légèrement,
07:26mais le compte n'y est pas.
07:28Non, mais le compte n'y est pas d'autant plus
07:29parce qu'on augmente de quatre points
07:31les charges patronales par rapport à la retraite.
07:34Donc, en fait, on a une hausse d'à peu près 2,5%.
07:38Mais là aussi, le problème, c'est que l'hôpital souffre de plusieurs choses,
07:42mais notamment d'une gouvernance ultra-bureaucratique
07:44qui fait que vous avez une multiplication des intérims,
07:47notamment chez les médecins comme chez les infirmiers.
07:49Là, ce budget dit mais en fait, moi, je vais plafonner
07:50parce qu'il faut limiter cet intérim.
07:52Mais plutôt que de plafonner pour limiter l'intérim,
07:54ce qui va d'ailleurs entraîner beaucoup de démissions chez les infirmiers.
07:58On l'a vu avec les médecins,
07:59mais les infirmiers vont démissionner encore beaucoup plus que les médecins.
08:02Mais essayons de baisser cette bureaucratie.
08:04Comment on fait ? On décentralise.
08:06On revient en positionnant le service
08:08comme le vrai échelon de gestion des ressources financières.
08:12Ce qu'il y avait au XXe siècle, ça marchait.
08:14Donc, vous voyez, là aussi, ce sont des réformes de structure.
08:16– Bon, si je comprends bien, ce n'est pas demain que ça ira mieux.
08:18A priori, en tout cas, quand je vous écoute,
08:21le livre « Les itinérants de la santé »,
08:23il est sorti hier, c'est publié chez Michel Onkel.
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