00:00Bonjour Maître Tarek Oreytem, merci d'être là. Vous êtes l'avocat d'un tueur à gage de 17 ans qui a été engagé par ce détenu qu'on va appeler Hassen L,
00:14qui est donc le commanditaire de l'adolescent qui a tué un chauffeur VTC vendredi à Marseille.
00:21On est aussi avec Cyril Huet Lambing, bonjour, représentant du syndicat pénitentiaire des surveillants Provençal Côte d'Azur Corse.
00:28Merci d'être là avec Stéphane Sélami, grand reporter du service police-justice de BFMTV et vos informations ce matin sur le profil de ce détenu Hassen,
00:37qui est donc un habitué des prisons françaises, habitué aussi des contrats avec des tueurs à gage, contrat qu'il établit depuis sa cellule.
00:48Avant d'interroger Maître Tarek Oreytem, il faut que vous nous racontiez le profil de cet homme, de ce jeune homme d'ailleurs.
00:55Ce jeune homme, il a aujourd'hui 23 ans, il est originaire des Hauts-de-Seine, donc ce n'est pas un Marseillais, il faut bien avoir ça en tête.
01:01Il a été condamné à plusieurs reprises par le passé, des conduites sans permis, surtout pour trafic de stupéfiants, principalement,
01:08et aussi pour des violences en détention sur un surveillant pénitentiaire.
01:12Ensuite, il a été mis en examen dans les dossiers qu'on connaît et sur lesquels on va revenir plus en détail.
01:16Donc le dossier de Luynes, parce qu'il est en prison à Luynes, à Aix-en-Provence.
01:20Donc il est établi que cet homme a commandité l'adolescent de 15 ans dont on parle depuis la semaine dernière.
01:26Et grâce à vos informations, Stéphane, on sait aussi qu'il a tenté d'enrôler un autre jeune.
01:34Ça se passe en juin 2023.
01:36Exactement, c'est la première fois effectivement où il va tenter d'enrôler, même si c'est plus que tenter puisqu'il va l'enrôler.
01:43Son avocat va nous expliquer ça tout de suite.
01:46Il va enrôler ce jeune, celui-ci à 17 ans.
01:48Il est originaire de la région parisienne et il lui propose un double projet d'assassinat à Marseille.
01:54Alors 14 ans évidemment, donc vendredi.
01:56Là, votre client a combien au moment des faits ? 17 ans.
01:58Il a 17 ans au moment des faits, tout à fait.
02:00Prenons les choses vraiment dans l'ordre et de façon très pédagogique.
02:03Comment se fait le contact d'abord entre ce détenu et votre client ?
02:09Tout simplement sur les réseaux sociaux, à partir de Telegram.
02:13Il y a effectivement un recrutement qui est lancé sur Telegram et c'est comme ça que le contact se fait.
02:19Et votre client tombe par hasard sur ce recrutement, sur cette annonce ?
02:22Je ne sais pas s'il tombe par hasard, mais en tout cas, le contact se fait comme ça et c'est par la suite que les choses se font.
02:29Mais pardon, votre client, il est dans le business, comme on dit ?
02:32Absolument pas, il est inconnu des services de police.
02:36C'est un jeune homme qui est très bien sous tout rapport, qui a des bonnes notes d'ailleurs à l'école.
02:42Et qui tombe dans une forme de piège, puisque ça en est une, avec une proposition financière.
02:48C'est-à-dire, qu'est-ce qu'on lui propose ?
02:50On lui propose...
02:51Parce que l'annonce dit quoi ?
02:52Ressemblablement à un contrat pour exécuter deux personnes, avec un règlement de 25 000 pour l'un et 50 000 euros pour l'autre, pour se rendre à Marseille.
03:01Pour se rendre à Marseille, donc contrat des rivaux de ce détenu qui ?
03:06Pas d'indication particulière, mais en tout cas, il faut aller exécuter deux personnes à Marseille.
03:10Donc là, il lui fixe des conditions ?
03:12C'est ça.
03:13Qu'est-ce qu'il lui dit ?
03:14Moi, je n'ai pas le détail exact de tout ce qui s'est passé, parce que mon client n'a pas été mis en examen.
03:19Il a fait de la garde à vue, mais il n'a jamais été incarcéré ni mis en examen dans ce dossier.
03:24Donc il y a des détails qui m'échappent pour le moment.
03:26C'est-à-dire, Stéphane, qu'est-ce qu'on lui demande à ce jeune homme ?
03:30Très clairement, il a des indications qui lui sont fournies par son commanditaire, pour se rendre à tel endroit, à telle heure, à tel moment.
03:38Il lui demande de poser en photo ?
03:39Il pose aussi en photo, effectivement, dans une tenue style camouflage, vêtue noire, en cagoulé, et surtout, à la main, ce qui s'apparente à un fusil d'assaut Kalachnikov.
03:49C'est-à-dire que le jeune homme de 18 ans, il a quand même réussi à se doter ?
03:52On lui fournit, parce qu'il est pris en charge.
03:54Quand il arrive à Marseille, il est pris en charge par un intermédiaire, qui va le loger, qui va ensuite l'emmener dîner, et ensuite, qui va lui remettre le matériel.
04:02Donc là, on est tout près du crime, en fait.
04:04Je crois qu'il lui a livré aussi, ou lui a fait livrer un billet de train ?
04:07C'est ça, exactement.
04:08Tout serait payé pour se rendre à Marseille.
04:10Là, il pose en tenue noire, avec l'arme.
04:13Et votre client, il est tout près de la mission, en fait ?
04:16C'est ça.
04:17Et il fait quoi ?
04:18Il débute la mission, pour aller exécuter la personne.
04:20Il débute la mission, il est en route.
04:22Il est en route, et au moment fatidique, il se déballonne.
04:26Prise de conscience, à ce moment-là, vraisemblablement.
04:29Et en tout cas, c'est ce qui s'est passé, puisqu'il n'a pas exécuté les contrats qui lui avaient été demandés.
04:35Techniquement, il fait demi-tour, il va jusque sur les lieux du contrat ?
04:39Il va à proximité, effectivement, et puis il fait demi-tour à ce moment-là.
04:42Pourquoi ?
04:43Une prise de conscience, certainement.
04:45Il n'y a pas d'autre explication.
04:46Mais pourquoi, à ce moment-là ?
04:47Pourquoi il n'en a pas pris conscience avant de prendre le crime, par exemple ?
04:49Ça, madame, je ne suis pas dans sa tête, naturellement.
04:51Mais là, qu'est-ce qu'il fait ? Il appelle la police ? Qu'est-ce qu'il fait ?
04:53Alors non, il n'appelle pas la police, effectivement.
04:55Il retourne, finalement, au lieu où on lui a remis l'arme et le matériel.
05:01Et là, vraisemblablement, parce qu'encore une fois,
05:04certains éléments de l'enquête sont toujours en cours et je n'y ai pas accès,
05:07il tombe nez à nez avec quelqu'un qui souhaite le désarmer.
05:10Et il y a des violences qui sont commises à ce moment-là.
05:12On ne sait pas par qui, on ne sait pas vraiment comment.
05:14Il se fait casser la gueule, ou pas ?
05:15Non, non.
05:16Il y a quelqu'un d'autre qui est violenté, qui est gravement violenté à ce moment-là.
05:20Mais on ne sait pas de quelle façon les choses se produisent.
05:23Et il est balancé.
05:24Et oui.
05:25Et par qui ?
05:26Au départ, c'est un mystérieux interlocuteur qui prévient la police
05:30pour dire voilà, à tel endroit, vous avez un règlement de compte
05:33qui devait se passer ou qui a commencé
05:36et vous pourrez trouver le tueur qui a été recruté à cet effet.
05:40La police arrive, il n'y a pas le tueur,
05:42en tout cas celui qui était recruté pour le faire,
05:44mais il y a un homme qui est blessé, qui a été blessé à coups de couteau.
05:48Il retrouve une jeune femme aussi, qui visiblement, elle, a servi d'intermédiaire.
05:52Et quelques heures plus tard, ils vont remonter jusqu'au client de Maître Coréthème
05:56qui est effectivement soupçonné d'avoir été recruté pour ce contrat.
05:59Cyril Hué-Lambing, vous êtes le représentant du syndicat pénitentiaire des surveillants
06:03dans la région provençale Côte d'Azur et en Corse.
06:06On a vraiment l'impression, j'allais dire chez vous mais comme ailleurs,
06:10que pour ces trafiquants, ces caïds, la prison c'est un bureau en fait.
06:17Alors écoutez, bonjour déjà.
06:19Bonjour.
06:21La prison c'est un bureau.
06:23C'est pire que ça.
06:25Mais ça fait quand même des années que nous, on le crie haut et fort.
06:30On néglige tout.
06:32Les téléphones, on l'a déjà expliqué à ma entreprise,
06:36lorsqu'à une époque, les détenus étaient sanctionnés d'une tentative d'évasion
06:42dès lors qu'ils étaient en possession d'un téléphone portable en cellule,
06:46ça calmait un petit peu les ardeurs.
06:48Aujourd'hui, un téléphone qui est retrouvé dans une cellule,
06:51c'est banalisé et non sanctionné pour 80% du temps.
06:54Donc les téléphones, il y en a 4 par cellule, il y en a 2 partout,
06:57on en trouve tous les jours, ça rentre de tous les côtés.
07:00Pourquoi ? Parce qu'on nous enlève petit à petit les moyens
07:04de pouvoir lever tout ce qui est téléphone et stupéfiants,
07:08parce que nous n'avons plus assez d'hommes pour travailler dans les établissements
07:12et on a encore entendu aujourd'hui qu'il allait y avoir encore des réductions
07:15parce qu'il faut faire des économies, donc encore moins de fonctionnaires,
07:19comme si on n'était pas déjà assez en danger.
07:22Et en plus, la loi qui vient contre nous,
07:25la loi qui a été mise en application en 2014 par Madame Taubira,
07:29qui nous empêche de fouiller les détenus de manière systématique
07:33à l'issue des contacts avec des personnes extérieures.
07:36Donc en fait, et ça c'est qu'un sujet,
07:39parce qu'après on a les drones aussi, on a le fléau du drone,
07:42c'est qu'un sujet, donc oui, c'est une lutte sans cesse.
07:46Cyril, ce qui nous inquiète beaucoup, c'est qu'en fait, on voit bien,
07:49vous êtes désemparé, désespéré, vous n'avez pas les moyens de contrer tout ça.
07:56Les moyens, on n'en avait déjà pas et on n'en avait pas encore.
08:00Aujourd'hui, l'administration crée des nouveaux métiers,
08:03donc la police ne peut plus tout assurer.
08:05Donc l'administration pénitentiaire, et c'est un honneur,
08:08récupère des métiers de police, mais ne récupère pas du personnel supplémentaire,
08:11ne récupère pas les moyens supplémentaires.
08:14Donc nous n'avons pas les mêmes armements
08:16et en témoignent nos deux collègues qui ont été exécutés dernièrement,
08:21pour ne pas dire que depuis, tout ce qu'on a gagné,
08:23ce ne sont que des réunions unites et pas plus.
08:26Donc l'administration est en souffrance et il n'y a personne qui nous aide.
08:29Donc on n'a ni moyens humains, ni moyens matériels, ni moyens coercitifs,
08:33on ne peut pas lutter contre ça et ça fait des années qu'on le dit.
08:36– Votre ministre de l'Intérieur vous écoute peut-être, Bruno Retailleau.
08:40– C'est le ministre de la Justice qui s'occupe.
08:43– Juste un mot maître, comment il va votre client ?
08:46– Mal.
08:47– Il a fait deux tentatives de suicide ?
08:49– Il a fait deux tentatives de suicide et on peut comprendre effectivement que…
08:53– C'est lié à quoi ces tentatives ?
08:55– C'est lié tout simplement à ce qui s'est passé.
08:58Vous savez qu'avoir affaire effectivement…
09:00– C'est-à-dire qu'il a peur ?
09:01– Il a peur, il y a eu des représailles assez sévères
09:04qui ont été mises en place à son encontre,
09:06puisqu'il a été menacé sur les réseaux sociaux, sa photo a été publiée,
09:10il a même été indiqué qu'il était passé à l'axe,
09:12c'est-à-dire qu'il avait tué quelqu'un alors que ce n'est absolument pas le cas.
09:15Et donc bien évidemment, pour quelqu'un qui vit dans la banlieue parisienne
09:21et qui jusque-là n'avait jamais eu maille à partir avec ce type d'affaires,
09:26c'est le saut dans le grand bain justement.
09:30Et c'est toujours extrêmement compliqué pour lui,
09:33raison pour laquelle effectivement il a fait deux tentatives de suicide
09:36et qu'il a du mal à se reconstruire actuellement.
09:38– Il a déposé plainte aussi je crois, non ?
09:40– Il a déposé plainte effectivement sur mes conseils
09:42parce que le but est quand même de démontrer et de montrer surtout
09:46qu'effectivement il est avant tout victime,
09:49parce que l'objectif est quand même de protéger les mineurs de ce type de recrutement
09:53et les mineurs plus que quiconque peuvent tomber dans le panneau
09:57et effectivement être engrainés dans ce type d'affaires.
09:59– À 17 ans il aura une excuse de minorité,
10:01même s'il n'a pas, on le rappelle, il n'a pas été mis en examen.
10:03– Oui, il pourra jouer effectivement l'excuse de minorité
10:06s'il est renvoyé un jour devant une cour d'assises,
10:08ou en tout cas la justice il pourra…
10:10– Tout ça est quand même édifiant.
10:12– Merci d'avoir été avec nous ce matin, merci Stéphane.
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