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Elle est la première à porter plainte en France depuis les nouvelles révélations des documents Epstein. Ebba Karlsson accuse Daniel Siad de "viol" et "traite d'être humains". Le nom de ce recruteur de top models apparaît des milliers de fois dans des discussions avec Jeffrey Epstein révélés dans les fichiers publiés par la justice américaine, où il est question de jeunes femmes et d'échanges d'argent.

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Transcription
00:00Elle est l'avocate d'un homme dont le nom et le visage viennent de surgir dans l'actualité, dans
00:04la foulée de l'affaire Epstein.
00:05Cet homme, c'est Daniel Siad. Il est sous le coup d'une plainte pour viol, déposée par une femme
00:09qui l'accuse également d'avoir été l'un des rabatteurs d'Epstein en France.
00:13C'est donc son avocate, l'avocate de Daniel Siad, qui prend la parole ce soir.
00:17Pour la première fois, bonsoir Maître Arab Tigrine.
00:20Merci d'être avec nous, je dis nous, puisque Pauline Drevenat, la chef du service police-justice, est à mes
00:24côtés pour vous interroger.
00:26Je précise que votre client, à ce jour, n'a jamais été entendu par la police, qu'il est présumé
00:31innocent,
00:31qu'il a échangé également des centaines de messages et de photos de jeunes femmes avec Jeffrey Epstein.
00:36C'est une très longue correspondance qui a duré dix ans, entre 2009 et 2019.
00:41Son nom apparaît un millier de fois au total dans les fichiers.
00:44Il est sous le coup d'une plainte pour viol. On va en parler avec vous dans quelques instants.
00:48D'abord, où est-ce qu'il se trouve ?
00:51En France, il a la nationalité suédoise, il ne se cache pas à l'étranger.
00:56Non, non, non, il ne se cache absolument pas, puisque l'idée, au contraire, pour lui, c'est de coopérer
01:01avec la justice.
01:02Le jour où la justice voudra entendre ce qu'il a à dire, il n'est absolument pas question de
01:07fuir une demande judiciaire qui n'est à ce jour pas d'actualité.
01:12Il s'y attend, il s'y prépare ? Une édition, une garde à vue ?
01:15Il a, comme nous tous, accès aux médias. Donc, il sait que son nom est propagé dans la presse française.
01:23De sorte qu'il se demande, évidemment, si cela pourrait amener à la convocation d'un service de police.
01:31C'est probable et c'est la raison pour laquelle, effectivement, il s'y prépare.
01:35Mais son visage a été diffusé absolument par tous les médias depuis cette plainte.
01:40On va en parler dans un instant avec Pauline. Il vit caché aujourd'hui ?
01:43Non, non, non, ce n'est pas le terme. Il n'a pas de raison de se cacher, puisqu'il
01:49conteste les faits qui lui sont reprochés.
01:51Et puis, de toute façon, il vit en France de manière régulière.
01:55Il a juste une interrogation qui est tout à fait saine. C'est celle de savoir quelles seront les questions
02:03qui lui seront posées.
02:04Et que va-t-il arriver judiciairement une fois que la foudre médiatique sera passée ?
02:11Vous l'avez préparée, donc ?
02:13Je l'ai préparée à la procédure pénale et aux éventualités qui s'ouvrent lorsque, comme c'est le cas
02:19actuellement,
02:20une plainte est déposée par une femme à l'encontre d'un homme.
02:24On va y venir dans un instant. Votre client Daniel Satt s'est exprimé ces derniers jours dans une vidéo.
02:29En voici un extrait. On en parle juste après.
02:32Je travaillais professionnellement pour présenter le mannequin pour lui et pour l'agence.
02:38Et avec le temps, on découvre que ce personnage, il a fait des atrocités, de la pédophilie, etc.
02:49Heureusement, je n'ai jamais présenté de ma vie un mannequin mineur qui était, ou qui ne sont pas mineurs,
02:59qui ont été abusés.
03:01Alors ce n'est pas, je n'ai rien me reproché.
03:04Alors maître, est-ce que c'est vous qui lui aviez conseillé de parler ? Parce que c'est assez
03:07compliqué comme message.
03:08Alors je n'étais pas encore son conseil au moment de la diffusion de cette vidéo.
03:12Donc non, je ne suis pas intervenue dans la communication de M. Siad à ce stade.
03:16C'était spontané, c'était ce qu'il avait besoin de dire, puisque c'est très difficile de se défendre
03:21médiatiquement.
03:22C'est la raison pour laquelle il est venu vers moi, en sachant ce qu'il devait faire tant qu
03:26'une enquête n'est pas ouverte.
03:29Évidemment, on n'a pas toujours le réflexe d'aller vers des avocats.
03:31Mais puisque le procès, pour l'instant, se fait médiatiquement, il s'est dit qu'une avocate était peut-être
03:36nécessaire.
03:37Comment vous définissez les relations entre votre client et Jeffrey Epstein ?
03:42Amis, associés, rabatteurs ?
03:45Alors j'imagine que je dois répondre sur la base des fichiers qui sont devenus publics.
03:50Peut-être sur la base de ce qu'il vous dit aujourd'hui ?
03:52Non, peut-être que lui vous a dit le lien qu'il a avec lui.
03:54Vous voyez, il y a quand même quelque chose d'assez particulier, vous l'aurez compris, c'est qu'on
03:57doit discuter ce soir et peut-être à l'avenir,
04:01sur la base d'une non-procédure française qui n'est donc pas discutable contradictoirement.
04:07Et de toute façon, si elle existait, je serais soumise à un secret.
04:10Mais lui, quand il vient vous chercher, il vous dit quoi ?
04:12Alors, lui m'explique de manière très simple, et c'est d'ailleurs, je vous le dis, ce qui ressort
04:15de ces documents que depuis j'ai consultés.
04:18Il est lui-même, à cette époque, agent de mannequin.
04:21Il est, alors on appelle ça scout, ce qu'il voudrait dire recruteur en français.
04:25Il travaille avec une société française, Karine Models, mais pas que, puisqu'il travaille avec d'autres sociétés dans le
04:33mannequinat.
04:33Donc il n'a pas sa propre agence, il est, comment on appelle ça, scout, donc recruteur, comment est-ce
04:39qu'on dit ?
04:40Alors, on va dire recruteur de mannequins, oui. Comme les agences de recrutement portent ce terme, c'est le terme
04:46le plus approprié.
04:47Le glissement vers rabatteur, ça n'est absolument pas un terme qui s'emploie dans le monde du mannequinat.
04:53Et pour être précis, il recrute des mannequins pour Jeffrey Epstein ?
04:56Alors non, non, non, j'y viens. Il a ses propres relations professionnelles, dans le cadre desquelles se trouve M.
05:03Brunel.
05:04Et M. Brunel a une autre société.
05:05Soupçonné d'avoir été l'un des rabatteurs français et qui s'est suicidé en prison.
05:09Voilà, et qui est désormais, du fait du non-lieu, ne sera jamais poursuivi ni condamné par la justice française,
05:17du fait de son décès, l'extinction de l'action publique.
05:20Il va donc travailler ensuite avec M. Brunel, il va travailler avec M. Epstein,
05:25qui ont ensemble une société de mannequins qui s'appelle MC2.
05:28Et c'est dans ce cadre-là que vont intervenir tous les échanges de mails,
05:32avec effectivement 2000 mails qui sont pour certains une redite,
05:39puisque quand on ouvre ces fichiers américains, vous avez parfois 4 ou 5 fois le même mail
05:43qui traite de relations professionnelles liées aux mannequins.
05:46Donc il leur recrute des mannequins qu'il confie ensuite à la société de Jean-Luc Brunel et de Jeffrey
05:53Epstein, c'est ça ?
05:54Pour certaines d'entre elles.
05:55Pour certaines d'entre elles.
05:56Alors les confier n'est pas tout à fait le terme, puisqu'ils demeurent leurs agents,
06:00lui et les autres hommes qui vont intervenir dans le cadre de ces échanges de mails.
06:05Et ensuite, pour qu'elles aient une carrière internationale pour certaines d'entre elles,
06:09est envisagée une collaboration avec certaines sociétés, pas seulement celui de M. Epstein,
06:14à travers le monde.
06:16Je voudrais vous faire lire, vous allez me dire ce que vous en pensez, deux des messages.
06:20Vous en parliez il y a quelques instants, deux parmi tous les...
06:22Parmi les 2000.
06:23Parmi les 2000.
06:24C'est un choix.
06:25D'abord ce message de Daniel Siad à Jeffrey Epstein.
06:28On est en 2009.
06:30Je rappelle qu'en 2008, Jeffrey Epstein a été condamné pour prostitution de mineurs aux Etats-Unis.
06:34C'est une décision qui a été rendue publique par la presse américaine
06:38et qu'on pouvait même trouver dans les médias français.
06:41Je viens, lui écrit-il, d'en trouver une incroyable.
06:43Elle a 20 ans mais elle paraît plus jeune.
06:45Elle vient de Lettonie.
06:46En pièce jointe de ce mail, il y a également plusieurs photos de cette fille incroyable
06:51qui sont en pièce jointe.
06:52On a choisi évidemment de ne pas les diffuser.
06:53Nouveau mail en 2014, cinq ans plus tard, toujours de votre client à Jeffrey Epstein.
06:57Dans ce business, je me sens comme un pêcheur.
07:00Parfois j'attrape vite.
07:01Parfois il n'y a pas de poisson.
07:03C'est qui le poisson ?
07:06J'ai tout de suite une remarque puisque moi j'ai eu connaissance de ces mails.
07:12Il y a évidemment une phrase avant, une phrase après, un mail avant, un mail après.
07:17C'est la raison pour laquelle, dans le cadre d'une instruction pénale...
07:21Vous avez raison, il y a une phrase.
07:23Après celle-ci, qui interroge sur l'âge des mannequins qu'ils recrutaient
07:27puisque la suite de ce message, toujours le message de 2014,
07:32la plupart d'entre elles seront prêtes à commencer dès demain.
07:34Au moins cinq d'entre elles, âgées de 16 et 17 ans, seront prêtes pour l'année prochaine.
07:40Il y a même le nom d'une Française qui a 15 ans qui suit.
07:43Et voyez-vous, c'était le début de ma réponse.
07:46Ce dernier mail que vous évoquez, il y a même un début de phrase que vous n'avez pas choisi
07:52puisque vous disiez que vous aviez choisi des passages.
07:55La difficulté, voyez, quand on recherche la vérité, c'est de pouvoir avoir accès à l'intégralité des informations
08:01qui sont dans une enquête ou qui sont dans une instruction.
08:03C'est la raison pour laquelle il est largement préférable, en tout cas c'est l'avocat qui vous parle,
08:08qu'il y ait des interlocuteurs de la justice qui, lorsqu'ils recherchent la vérité, la débattent, la discutent
08:13et ensuite la jugent, c'est sur la base de tous les éléments.
08:17Est-ce qu'ils recrutaient des jeunes filles de 14 ou 15 ans ?
08:19Alors là, voyez, par exemple, il y a des mails ensuite qui font suite à ceux que vous choisissez,
08:25qui démontrent qu'en fait, il n'y aura jamais eu d'envoi de qui que ce soit
08:28et encore moins des mineurs vers les États-Unis.
08:31Et que ça, c'est une discussion d'ailleurs qui s'inscrit dans d'autres échanges,
08:36dans le cadre d'autres échanges qui sont purement professionnels,
08:38Donc ces jeunes filles de 16 ou 17 ans qui sont prêtes pour l'année prochaine,
08:41on parle bien là de mannequins ?
08:43Oui, absolument, d'ailleurs c'est la suite du mail.
08:45Donc de mannequins mineurs, donc je reviens à ma question,
08:47est-ce qu'ils l'embauchaient aussi des mannequins mineurs ?
08:49Qui souhaitent devenir mannequins.
08:51C'est la suite du mail qui souhaitent devenir mannequins.
08:54Il n'a jamais été question de mineurs qui auraient été envoyés aux États-Unis
09:00pour travailler avec M. Epstein.
09:01D'ailleurs, et c'est encore la fin de la phrase que je n'ai pas pu encore prononcer,
09:07il faut imaginer que si jamais il était entendu, M. Epstein, par des enquêteurs,
09:13ces enquêteurs lui déballeraient des mails aussi,
09:16et ces mails feraient l'objet d'un débat contradictoire.
09:19C'est-à-dire qu'il aurait la possibilité de se défendre de l'intégralité d'une procédure
09:23qui pour l'instant, si j'ai bien compris le communiqué du parquet,
09:28n'est pas intégralement exploité par la police.
09:31On ne peut pas choisir les éléments...
09:33Je vous donne plus à l'oreille à votre client, je redonne les dates,
09:362008, condamnation de Jeffrey Epstein aux États-Unis,
09:39il fait 13 mois de prison, il est condamné à 18,
09:41il y a des articles dans plein de journaux sur toute la planète.
09:44Ces mails-là datent des années suivantes.
09:46Est-ce qu'il savait ça ?
09:49Manifestement, il ne le savait pas.
09:50Et puis c'est d'autant plus...
09:52Qu'est-ce qu'il vous dit aujourd'hui ?
09:53Ah ben, il ne le savait absolument pas.
09:55C'est ce qu'il dit dans sa vidéo, qu'il ne savait pas qu'il y avait...
09:57Et c'est une relation, encore une fois,
09:59parce que vous savez, il est tout à fait possible d'entretenir une relation professionnelle
10:02avec des êtres humains qui vont être ou qui ont été condamnés
10:05sans que cette information soit portée à votre connaissance.
10:08Ce n'est pas une aberration...
10:08Prostitution pour mineurs, c'est pas...
10:10Ce n'est pas une aberration totale que d'imaginer ce scénario-là.
10:13Ce d'autant que, encore une fois,
10:15ces mails qui sont nombreux mais qui tournent toujours autour du même sujet
10:19ne portent que sur une relation professionnelle entre ces deux hommes.
10:23À aucun moment, votre client n'a pu imaginer que ces filles...
10:26Une bouteille en est tombée.
10:27Que ces filles qu'il recrutait pouvaient être prostituées par Jeffrey Epstein ?
10:31Non, ce d'autant, et je crois que c'est un peu le sens de ce qu'il a voulu
10:34dire maladroitement,
10:36ce d'autant que n'est jamais revenue à ses oreilles
10:39la moindre plainte ou la suspicion d'un mauvais traitement
10:44lorsque ces femmes majeures, celles qui ont rencontré M. Epstein,
10:49sont revenues en Suède ou en France.
10:51Donc lui, en réalité, il ne pouvait pas savoir, en tout cas, c'est son propos,
10:56il ne pouvait pas savoir que M. Epstein s'adonnait à des traitements
11:02que l'on qualifiera pénalement,
11:04même si en France, encore une fois,
11:07il va y avoir des questions de possibilité d'enquêter et de prescription de l'aspect public.
11:11Deux plaintes, il y en a une, déposée en France ces derniers jours
11:14par une femme qui est suédoise qui s'appelle Eba Carlson,
11:17qui porte plainte contre votre client pour viol.
11:20Elle affirme qu'il l'a violée en France en 1990.
11:23Je vous propose d'abord d'écouter son témoignage.
11:26Vous réagirez, si vous voulez bien, juste après.
11:28Quand on est arrivé, la maison était fermée.
11:33Il n'y avait personne.
11:35Et là, il m'a dit, ne t'inquiète pas,
11:38on pourra dormir dans la cabane de la piscine.
11:43Mais c'était horrible.
11:44C'était sale.
11:46C'était humide, sombre.
11:50Un seul matelas.
11:52Des draps sales.
11:55Et à ce moment-là, il s'est mis à être très gentil avec moi.
12:00À me mettre en confiance.
12:03À me faire des compliments.
12:05Et à continuer encore et encore.
12:09Et moi, je lui disais, j'ai un petit copain en Suède.
12:12Mais il a continué.
12:14Et c'est là qu'il m'a violée.
12:18Il m'a violée dans cette cabane de piscine.
12:23Elle affirme donc qu'il l'a violée dans cette cabane de piscine.
12:26Elle affirme aussi qu'il l'a menacée.
12:27Si elle parlait, j'imagine que votre client, il a vu ce témoignage.
12:31Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
12:32Ou qu'est-ce que lui répond par votre intermédiaire ?
12:34Qu'il ne s'agit pas de lui.
12:35Tout simplement, nous sommes 36 ans après les faits qui sont décrits par cette femme
12:42qui indiquent qu'elle a reconnu M. Siad sur une photographie qui lui a été transmise récemment.
12:49Par un journaliste dans les dossiers ?
12:50Par un journaliste.
12:51Et que l'homme qui l'avait recruté à l'époque s'appelait bien Daniel.
12:54C'est ce qu'elle dit.
12:55Daniel Goldberg.
12:56Ou Daniel.
12:57Et elle dit qu'il avait un faux passeport parce qu'elle l'avait regardé dans son sac.
12:59Elle ajoute, lorsqu'elle est entendue sur BFM,
13:03qu'il s'appelait à l'époque Daniel Goldberg,
13:06qui est un surnom qui n'a jamais été utilisé par Daniel Siad.
13:10Il n'a pas de passeport à ce nom-là ?
13:11Non, pas du tout.
13:12Donc vous vous dites que votre client n'est pas cette personne-là aujourd'hui ?
13:15Je vous dis qu'il n'est pas cette personne-là,
13:16ce d'autant que lui est absolument ferme, formel,
13:20sur le fait qu'il n'a jamais, jamais commis de faits infractionnels,
13:26a fortiori de nature sexuelle.
13:28Et je mets là l'information,
13:30il n'a jamais été condamné par aucune justice du monde,
13:33que ce soit en France ou ailleurs.
13:35Il n'y a pas de casier ?
13:35Il n'y a pas de casier.
13:37Elle affirme aussi que Daniel Siad l'a présenté à un casting organisé par Élite,
13:41pendant lequel le patron d'Élite, Gérald Marie, l'aurait violé à son tour.
13:45Elle accuse avec une deuxième personne.
13:48Est-ce que ça, vous en avez parlé avec votre client également ?
13:50Les connexions ?
13:51Ça, évidemment, il ne pourrait pas se positionner
13:54sur des faits qui ne le concernent pas directement,
13:56mais lui dit aussi ne pas avoir servi d'intermédiaire entre elle et M. Marie.
14:03J'entends ce que vous dites, Maître,
14:04mais il y a une autre femme également qui accuse votre client,
14:07qui s'appelle Malika, c'est un nom d'emprunt.
14:09En 2022, elle est entendue à deux reprises par la police,
14:13c'est dans le cadre de l'affaire de Jean-Luc Brunel.
14:15Elle le décrit, votre client, comme un rabatteur de femmes pour le comble,
14:18destine à des fins sexuelles.
14:20Comment vous expliquez ces deux témoignages ?
14:22Là non plus, vous dites, elle ne connaissait pas cette femme ?
14:25Alors, ma fonction ne consiste pas à expliquer les déclarations de plaignantes.
14:30Et puis, ce serait tout à fait maladroit de ma part de faire cela,
14:32parce que je ne dis pas non plus si ces femmes disent la vérité ou si elles mentent.
14:36Je suppose que vous avez eu cet échange avec votre client,
14:39est-ce qu'il connaît Malika ?
14:40Alors, elle ne s'appelle pas Malika.
14:42Non, je ne l'ai pas dit.
14:43Il voit de quelle femme nous parlons,
14:45et pareillement, il conteste absolument avoir été un rabatteur,
14:51puisque c'est le terme qu'on utilise, pour M. Epstein.
14:54Je précise au sujet de cette femme qu'elle a été entendue dans le cadre de la procédure qui concernait
15:00M. Brunel,
15:01a priori à plusieurs reprises, procédure à laquelle je n'ai pas accès, je le dis tout de suite,
15:04mais en tout cas, il y a une vérité judiciaire qu'on ne peut pas ignorer,
15:11c'est qu'il n'a jamais été entendu dans le cadre de ce dossier.
15:14C'est-à-dire que pendant des années, à compter de 2019...
15:16Puisque tout s'est arrêté à la mort de M. Brunel ?
15:17Ah non, ce n'est pas...
15:18Puisque, à compter de 2019 jusqu'à 2023, il y a une instruction qui est ouverte au tribunal judiciaire de
15:24Paris.
15:25Et son nom apparaît ?
15:26Et son nom apparaît, puisque manifestement, cette femme l'avait déjà mentionnée.
15:29Un juge, l'instruction est saisie de cette affaire,
15:31et il n'estime même pas, à cette époque, de la même manière que le parquet ne l'estime pas,
15:36qu'il faille entendre M. Siad, ne serait-ce qu'en qualité de témoin.
15:39Cette instruction est clôturée.
15:41Alors, je sais qu'aujourd'hui, le parquet est en train de la relire,
15:44mais ça veut dire, nous sommes en train de dire publiquement,
15:47et avec une suspicion de culpabilité que je vois dans vos questions,
15:52on est en train de dire que tous ces magistrats, tous ces professionnels de la loi,
15:56et de la vérité, et sa recherche, seraient complètement passés à côté de M. Siad,
16:02alors qu'ils avaient les déclarations de cette femme.
16:04Mais ça peut, ça peut, pour de vrai.
16:05Alors, c'est assez rare que juges d'instruction, policiers, enquêteurs, procureurs de la République,
16:13chambres de l'instruction de Paris, que personne ne se rende compte
16:17qu'une femme est en train de dénoncer des faits de cette nature,
16:20et qu'il n'y ait même pas une audition de témoin.
16:23Je finis juste là-dessus, parce que c'est très important.
16:27Il y a une seconde, j'en ai vraiment pour une seconde.
16:30Je vous laisserai vraiment autant de temps que vous voulez.
16:31De toute façon, je répondrai quand même ce que j'avais à l'esprit.
16:33Il va y avoir une fin.
16:35Mais vous lire quelques mots de l'audition de cette femme.
16:38Allez-y.
16:38C'est le PV qui a été révélé par le Parisien et confirmé à BFM TV.
16:43Malika dit qu'elle a rencontré Daniel Siad à cinq ou six reprises.
16:46Elle dit aussi d'ailleurs que grâce à lui, ou à cause de lui,
16:49elle a été envoyée ensuite à New York et à Paris dans l'appartement de Jeffrey Epstein,
16:52qui en aurait fait son esclave sexuelle.
16:54Voici ce qu'elle dit au sujet de Daniel Siad.
16:56Votre client, il voulait que je rencontre des filles pour Epstein,
16:59pour lui faire des massages de la prostitution.
17:01Il me montrait des photos de filles, des marocaines.
17:03Et moi, je devais lui dire si elle pourrait plaire à Epstein.
17:06Je lui disais que non, parce que je connaissais l'envers du décor.
17:08Je ne voulais pas qu'une autre fille souffre.
17:11Pourquoi est-ce qu'elle inventerait ça ?
17:13Pourquoi est-ce que le juge d'instruction de l'époque
17:16n'a pas considéré qu'il faille entendre M. Siad ?
17:19Mais il y a plein de réponses possibles.
17:20Et je n'ai pas la réponse.
17:22Il est possible que, puisqu'elle a été entendue...
17:24Mais ce n'est pas la question.
17:25La question n'est pas est-ce que je la crois ou pas.
17:27D'ailleurs, pour vous non plus, la question n'est pas de savoir
17:28si on la croit ou pas.
17:29C'est de faire confiance à la justice de notre pays.
17:32C'est-à-dire qu'il faut imaginer que cette femme
17:33a été entendue à plusieurs reprises.
17:35Peut-être qu'il y avait un problème de crédibilité.
17:36Peut-être qu'il y avait un problème de contradiction
17:38dans ses déclarations.
17:39Peut-être que plus tard, dans cette instruction,
17:41elle a dit je me suis trompée.
17:42On ne sait rien.
17:43On n'en sait rien, puisque vous et moi
17:44n'avons pas lu cette procédure.
17:45Il est important à ce stade, puisque pour l'instant,
17:48la justice n'a pas encore enclenché la machine,
17:52si je puis dire, de réaliser qu'on est en train
17:54de parler d'une instruction qui a été clôturée
17:55par un non-lieu, mais des auxiliaires de justice
17:58ont travaillé.
17:59Que si jamais on réouvrait aujourd'hui
18:01cette enquête et cette instruction,
18:03ça voudrait dire qu'on déjugerait le travail
18:05de tous ces magistrats en considérant
18:06qu'ils n'ont pas été à la hauteur de leur mission.
18:07Il est arrivé, sans lui faire insulte,
18:09que la justice se plante.
18:11Et aujourd'hui, elle rouvre l'enquête.
18:13Est-ce que votre client, par exemple,
18:14est prêt à être confronté à cette femme ?
18:16Mais bien sûr, mais évidemment.
18:17Et s'il est confronté à elle,
18:18il lui dira qu'elle ment ?
18:20Alors, je ne sais pas ce qu'elle dira
18:22à ce moment-là.
18:23Et à ce moment-là, il livrera sa vérité à lui,
18:25qui sera évidemment de dire
18:27qu'il n'est pas coupable de ces faits-là.
18:29Mais voyez, par exemple,
18:29pour arriver à une confrontation,
18:31puisque c'est de ça dont vous parlez,
18:32il faudrait qu'il soit mis en examen.
18:34Donc, encore une fois, à l'époque,
18:35pas témoin, pas entendu dans le cadre
18:39d'une garde à vue, pas mis en examen.
18:40Donc, a fortiori, pas renvoyé devant une juridiction.
18:42Et en 2026, on vient nous dire
18:45« Attendez, on va tout recommencer ».
18:46Mais même pour la justice française,
18:47c'est assez incroyable comme situation.
18:49À ma connaissance,
18:50mais je n'ai pas la science infuse
18:52sur la justice de mon pays,
18:53ça n'est jamais arrivé.
18:55Donc, on est en train de créer
18:56une pression médiatique qui est telle
18:58que le parquet de Paris est obligé
19:00de répondre, mais pas forcément
19:02de céder à cette pression.
19:03– Non, pas une pression médiatique,
19:04elle est plainte déposée pour viol.
19:05– Oui, mais…
19:06– Ce n'est pas les médias…
19:07– Oui, mais la plainte déposée pour viol,
19:09le parquet de Paris,
19:10il requiert par application de la loi.
19:13Ça, c'est le texte du Code de procédure pénale.
19:15C'est-à-dire que l'opportunité des poursuites,
19:17d'ouvrir ou de ne pas ouvrir une enquête…
19:19– Ça, ils le verront dans un deuxième temps.
19:20– D'ouvrir ou de ne pas ouvrir une enquête,
19:23c'est aussi en ayant connaissance
19:24de la règle de procédure pénale
19:26qu'est la prescription.
19:27Cette plainte est prescrite.
19:28Et la prescription,
19:30ça n'est pas un sujet à prendre à la légère.
19:32Si le législateur a considéré
19:34qu'il fallait qu'il y ait des prescriptions
19:35sur les crimes et les délits,
19:36c'est parce que le dépérissement des preuves
19:38est une évidence absolue.
19:40Qui on va entendre 36 ans plus tard ?
19:43Quelles sont les preuves matérielles
19:44que l'on va réunir 36 ans plus tard ?
19:46Comment on fait pour aller jusqu'à la justice
19:49avec un délai si long
19:51dans la recherche de la vérité ?
19:52C'est pour ça que la prescription existe
19:54et c'est la raison pour laquelle,
19:55de toute façon,
19:56même si en enquête il y avait et instruction,
19:58il n'y aura jamais de procès.
20:00– D'accord, mais néanmoins,
20:00vous préparez votre client
20:01pour une éventuelle convocation
20:03dans les prochains jours,
20:04dans les prochaines heures.
20:05C'est là-dessus que vous travaillez avec lui aujourd'hui ?
20:07– Oui, évidemment,
20:08mais je vais vous dire,
20:09mon client,
20:10il n'attend presque que ça,
20:11puisque au moins,
20:12il pourrait dire à la justice
20:15ce qu'il a à dire.
20:16Là, vous voyez,
20:17c'est tellement délicat
20:18que c'est moi
20:18qui ne suis que son avocate,
20:20qui viens s'exprimer en son nom,
20:22parce qu'il est accusé de toute part.
20:23qui vous a demandé de parler ?
20:24– C'est une discussion très longue
20:27que nous avons eue ensemble,
20:29qui a été...
20:30Le choix a été difficile.
20:32Est-ce que vous pouvez vous substituer,
20:35vous, médias,
20:36à la justice ou non ?
20:38Moi, je pense que non,
20:39et je pense qu'il ne le faut pas.
20:41Mais néanmoins,
20:42sa réputation étant tellement salie,
20:45il est tellement atteint
20:46dans sa chair
20:47par tout ce qu'il entend
20:48à son sujet,
20:50qu'il est accusé publiquement,
20:52il se défend publiquement.
20:53Je crois que c'est un peu logique
20:54lorsque l'on est un innocent,
20:57mais évidemment
20:58que le meilleur cadre
21:00et la meilleure déclaration
21:01d'innocence possible,
21:02c'est par un magistrat.
21:04– Merci, Maître Araptigrine.
21:05Il va parler, votre client,
21:06dans les jours qui viennent
21:07ou vous lui conseillez
21:08de ne plus parler
21:09depuis la vidéo
21:09qu'on a vue tout à l'heure ?
21:10– C'est une décision
21:11qui n'est pas définitive.
21:12– Vous lui donnez quoi
21:14comme conseil ?
21:14– Je ne peux pas vous livrer
21:15tous les conseils
21:16que je donne à mes clients.
21:17– Peut-être plus comme la vidéo
21:18des premiers jours.
21:20– Je trouve que c'est important
21:22que les gens s'expriment
21:23spontanément
21:24lorsqu'ils ont besoin de dire
21:26qu'une erreur
21:27est en train d'être commise
21:28sur qui ils sont
21:28et sur ce qu'ils ont pu faire.
21:29– Merci, Maître Araptigrine,
21:31d'être venu ce soir
21:32sur le plateau de 60 Minutes.
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