00:00RTLmatin, avec Amandine Bégaud et Thomas Soto.
00:05Il est 8h17, on en parlait tout à l'heure, la santé mentale qui sera donc une grande cause en 2025
00:09est un vrai sujet d'inquiétude chez de nombreux ados.
00:12Alors ce matin, Amandine, vous avez choisi de recevoir Caroline Goldman,
00:15une psychologue qui n'a pas peur d'aller à rebours de la bien-pensance éducative.
00:19Bonjour et bienvenue à vous.
00:20Bonjour à tous.
00:21Bonjour Caroline Goldman, vous publiez le Guide des parents d'aujourd'hui, Thomas le rappelait.
00:26À l'instant, Michel Barnier a annoncé qu'il voulait faire de la santé mentale la grande cause nationale l'an prochain.
00:33Qu'est-ce que vous dites ? Enfin, il était temps.
00:36Bon, c'est un effet d'annonce, j'espère qu'il sera suivi d'une métabolisation réelle sur le terrain.
00:41Mais évidemment, on ne peut que se réjouir parce que la situation de la pédopsychiatrie en particulier est quand même assez préoccupante.
00:47Et on rappelait ces chiffres très inquiétants ce matin sur RTL.
00:5013 millions de Français qui souffrent aujourd'hui de troubles psychiques ou psychiatriques.
00:5340% des 18-24 ans présents ont des symptômes dépressifs.
00:57Et alors, pire encore, au collège, une fille sur quatre déclare avoir déjà eu envie de mourir.
01:03Pourquoi est-ce qu'ils vont si mal nos ados ?
01:05Je ne suis pas sûre qu'ils aillent plus mal qu'autrefois.
01:08Je pense qu'effectivement, le Covid a eu un vrai effet.
01:11Je pense que l'éducation positive n'a pas fait de bien non plus.
01:15Et puis surtout, vraiment, la proposition de soins en pédopsychiatrie est catastrophique.
01:19Il n'y a plus de place dans les CMP.
01:21Les psys sont de moins en moins formés à la psychopathologie qui explique mieux que personne et que rien du tout
01:30comment on souffre et quel conflit psychique se cache derrière les symptômes
01:34et comment faire en sorte que ça aille mieux.
01:35Tout ça, c'est dissous dans la politique de santé publique actuelle.
01:40Vous évoquez l'éducation positive, ça veut dire que nous aussi, parents, on est responsables de cette situation-là ?
01:46Pas vraiment. Je dirais que les médias ont eu un petit rôle aussi dans le fait d'avoir véhiculé des contenus.
01:54Mais vous dites dans votre livre que la dépression, c'est une maladie d'amour. On ne leur donne pas assez d'amour ?
01:58Ou alors, on ne les nique pas et du coup, ça les rend malheureux aussi.
02:02Il y a plusieurs voies d'accès malheureusement à la tristesse.
02:05C'est toute la complexité de la psychopathologie.
02:07Moi, je ne suis pas sociologue. Je suppose qu'il y a des spécialistes de la santé publique qui vont répondre à mieux.
02:13Vous les voyez ces enfants et vous racontez dans votre livre que souvent, derrière un enfant triste, dépressif,
02:21on a des parents qui ne vont pas bien par exemple.
02:23Oui, mais parfois aussi, les enfants sont malheureux d'avoir été mal limités.
02:27Ça rend leur vie impossible puisqu'ils ne sont plus aimés de leurs amis. Ils ne sont plus invités aux anniversaires.
02:33Les maîtresses en ont marre parce qu'ils sont très symptomatiques.
02:37Les grands-parents ne veulent plus les garder. Les nounous ne veulent plus non plus les garder.
02:40Tout ça, ça rend un enfant extrêmement malheureux. C'est la réalité.
02:43Quoi qu'en disent les idéologues de l'éducation positive, vendeurs de livres complètement bidons,
02:48parce qu'ils ne rencontrent pas la souffrance infantile. Donc, ça reste extrêmement théorique.
02:52C'est quoi l'éducation positive ?
02:54L'éducation positive, c'est une merveille.
02:56C'est une éducation qui envisage au départ que l'enfant doit être un support d'explication, d'amour et aussi de limites éducatives.
03:06Mais je voudrais rectifier peut-être quelque chose. Vous n'êtes pas contre l'éducation positive.
03:10Quand on lit votre livre, et on va en parler, les conseils que vous donnez, le premier conseil que j'adore moi,
03:16c'est soyez heureux, faites rire vos enfants au moins une fois par jour.
03:20Si ça, ce n'est pas de l'éducation positive...
03:22Absolument. Expliquez-leur ce qui se passe en eux, en vous, bien sûr.
03:25Mais il faut aussi court-circuiter les pulsions d'emprise et la toute-puissance et la quête de limites.
03:33Il faut répondre à cet appel au même titre qu'il faut répondre à leur demande d'explication.
03:37Il faut aimer et cadrer.
03:39Oui, mais tout ça, c'est tellement du bon sens.
03:41Et ce qui est fou, je dis parfois que je me suis lancée sur la scène médiatique pour faire de la psychologie inutile.
03:47C'est quand même inouï d'avoir à venir prendre la parole pour dire ces assertions de pur bon sens.
03:53Mais pourquoi ? Parce que les médias, les maisons d'édition ont laissé des messages dingues être véhiculés.
04:01C'est ça la réalité.
04:02Alors, c'est du bon sens, on est bien d'accord.
04:04En même temps, ce n'est pas tous les jours simple d'être heureux dans le monde dans lequel on vit.
04:08On galère au boulot, certains ont du mal à boucler leur fin de mois.
04:12Et quand on vous entend dire qu'un enfant est bien dans ses pompes et heureux quand il voit ses parents heureux,
04:19j'imagine qu'il y a plein d'auditeurs qui se disent qu'elle est gentille, mais ce n'est pas simple.
04:22C'est un cap, c'est un phare, c'est un objectif.
04:25Après, évidemment, on compose avec les contraintes du réel, mais c'est toujours bien de s'entendre rappeler ces réalités.
04:31Et après, on fait du mieux qu'on peut, on compose avec les contraintes de réalité.
04:35Et je trouve, moi, bouleversant dans la clinique infantile, le fait que ce qui rend les enfants heureux,
04:40c'est toujours ce qui rend aussi les parents heureux.
04:43Donc finalement, à chaque fois qu'on brandit comme ça un objectif, on fait du bien à tout le monde.
04:49Quand on dit, par exemple, à des parents, votre enfant est triste, il a besoin que vous soyez plus à la maison
04:54et que vous lui fassiez plus de câlins et que vous soyez plus dans le rire et l'émotion positive avec lui,
05:00ils se disent, effectivement, on est débordé, on s'est laissé déborder par le boulot, les contraintes.
05:05Et là, un choix professionnel, par exemple, ou géographique s'offre à nous, ça va orienter notre choix.
05:10Et tout le monde en tire vraiment des vertus de bien-être.
05:14Autre conseil, accorder du temps à nos enfants, du vrai temps, au moins 1h30 par jour d'amour.
05:21C'est beaucoup 1h30 dans une journée ?
05:23Oui, mais pas pour un enfant.
05:25Quand même, on les met au monde, on leur doit 1h30 d'amour par tranche de 24 heures.
05:30Vraiment, il faut garder aussi à l'esprit cette évidence.
05:34Et une nounou, aussi extraordinaire soit-elle, ne remplacera jamais un parent ou un grand-parent.
05:39Les grands-parents, par contre, peuvent faire souvent le job de véhicule aimant,
05:45parce qu'ils les aiment, ce sont leurs enfants, leurs petits-enfants, donc il ne faut jamais perdre de vue ça.
05:50Les parents qui rentrent à 20h30 après le dîner des enfants pour les embrasser et les coucher,
05:55je dis que ce n'est pas un bon équilibre.
05:57Sauf que certains n'ont pas le choix, je pense notamment aux mamans qui élèvent seules leurs enfants,
06:01qui partent tôt ou qui rentrent tard.
06:03Il y a toujours des aménagements possibles.
06:06Je me rappelle d'une maman qui avait fait une colocation avec une amie à elle,
06:09après leur divorce respectif, et c'était extraordinaire.
06:13Comme ça, les enfants avaient deux figures parentales, en plus de leur papa ailleurs.
06:19Et voilà, ça a marché très très bien.
06:21Vous insistez aussi, Caroline Goldman, sur un truc tout bête, le dîner tous ensemble.
06:25Ce n'est pas du tout tout bête.
06:27Ce n'est pas du tout tout bête, non, mais c'est vrai qu'il y a plein de familles où on fait dîner les enfants tôt,
06:31histoire de ne pas les coucher trop tard.
06:33Et puis, les parents passent un moment ensemble, ce qui aussi est important, j'imagine, au bonheur de chacun.
06:40Et pourquoi est-ce qu'il faut dîner tous ensemble ?
06:43Pour moi, c'est idéal. Après, il y a des familles qui déjeunent ensemble,
06:46il y a des familles qui prennent un long petit déjeuner ensemble,
06:48donc tout ça est sans doute substituable.
06:50Mais moi, ce que j'adore dans le dîner, d'un point de vue théorique,
06:56c'est qu'il se passe tout l'apprentissage des relations, avec toutes ses composantes.
07:03C'est-à-dire se rencontrer vraiment en parlant de nous,
07:07en parlant de ce qui nous a émus dans la journée ou dans les médias, etc.
07:12Laisser la parole aux parents qui ont des trucs à se raconter, qui relèvent des trucs des parents.
07:18Ne pas couper la parole.
07:21Apprendre à accueillir les confidences, par exemple, d'un frère ou d'une sœur sans se moquer.
07:27Se tenir correctement à table.
07:30Apprendre à manger de tout.
07:31Apprendre la diplomatie autour des plats qui arrivent et qu'on n'aime pas forcément.
07:35Tout ça.
07:36Quand un enfant est capable d'avoir un bon état d'esprit, de respecter l'espace de l'autre
07:42et d'être bien accordé sur le plan du ton aux parents.
07:46Et de ne pas éructer à table, par exemple.
07:50Oui, mais c'est quelque chose qu'on rencontre aussi.
07:53Quand on mange avec des enfants, on les laisse rôter jusqu'à 4 ans, 5 ans, 6 ans.
07:58On rit.
07:59Et puis au bout d'un moment, on se dit, mais quand même, c'est malaisant.
08:01On ne va pas le laisser faire ça à l'extérieur.
08:03Donc, il y a un moment où l'éducation vient s'en mêler.
08:06Tout ça, ce sont des apprentissages qui sont très importants pour laisser après notre enfant
08:11repartir dans le monde en étant bien outillé, au code de bienséance.
08:15Voilà.
08:16Donc, c'est très, très important.
08:17Et puis, je ne parle pas de tout ce qui se passe sur le plan structurel dans la rencontre avec les parents.
08:21C'est pour ça que je dis qu'une heure et demie par jour, c'est le minimum.
08:24Parce qu'évidemment, on apprend à se connaître.
08:27On apprend à se parler.
08:29Tout ça, ça paraît du bon sens.
08:32Mais ce n'est pas tous les jours facile à mettre en place.
08:35Le guide des parents d'aujourd'hui s'est publié.
08:37C'est Flammarion.
08:38Merci beaucoup, Caroline Goldman.
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