00:00RTL Matin, avec Amandine Bégaud et Thomas Soto.
00:05Il est presque 8h20, c'est l'heure de l'interview d'Amandine Bégaud.
00:07Amandine, ce matin, les chiffres que vous avez découvert sur le temps que passent les ados sur les réseaux sociaux vous ont glacé.
00:13C'est pire que tout ce que l'on redoutait.
00:15Alors vous avez choisi de recevoir la docteure Juliette Hazard.
00:18Elle publie « Mon ado est accro aux réseaux sociaux ».
00:20C'est aux éditions de Bouc-Supérieur. Bonjour et bienvenue.
00:23Bonjour Docteur, et je précise que vous êtes médecin addictologue.
00:27Ces chiffres, vous les rappelez d'emblée, en tout début du livre,
00:3190% des jeunes Français âgés de 13-19 ans sont inscrits sur les plateformes de réseaux sociaux.
00:37Près de 60% des 11-12 ans, je croyais que c'était interdit avant 12 ans.
00:41Et ces ados, ils y passent en moyenne 2h12 chaque jour.
00:46C'est l'équivalent de 3 épisodes d'une série télé, plus de 15 heures par semaine.
00:50Et les réseaux sociaux, bien sûr, ne sont qu'une partie du temps passé devant les écrans.
00:54Il y a 18h sur internet, 9h25 à jouer aux jeux vidéo, 9h par semaine devant la télé.
00:59On est d'accord, c'est beaucoup trop.
01:01Alors, ça peut être excessif en effet.
01:03Après, c'est important de faire la différence entre l'usage qui va être récréatif,
01:07donc un usage des réseaux sociaux qui va être constructif,
01:10qui va permettre de se lier les uns aux autres, d'avoir des apprentissages,
01:14d'un usage en effet excessif, où le temps peut être excédentaire, de l'addiction.
01:18Parce que l'addiction, c'est encore autre chose.
01:19Ce n'est pas forcément une question de temps et de fréquence.
01:22C'est une question de maladie.
01:23C'est vraiment quand on perd le contrôle, on perd l'usage.
01:26Et on va y revenir dans le détail, mais quand on additionne tout ça,
01:28les 13-19 ans, ils passent plus de temps devant les écrans qu'en cours ?
01:32Tout à fait, oui.
01:33En moyenne, en effet, ils vont passer plus de temps.
01:35Alors, on prend en compte le temps passé aussi sur les supports, sur l'ordinateur, la télévision.
01:42Et c'est un temps qui est très important.
01:44Après, les adolescents, actuellement, c'est la première génération
01:48qui a vécu complètement entourée des réseaux sociaux, de la technologie numérique.
01:53Et donc, je pense que c'est important, d'un autre côté, de ne pas non plus diaboliser cet usage.
01:58Vous, vous n'êtes pas contre, sincèrement, en lisant votre livre,
02:01je me suis dit, il n'y a pas beaucoup de médecins qui ont un discours aussi cool,
02:06j'allais dire, à l'égard des réseaux sociaux.
02:09Vous n'êtes pas contre les réseaux sociaux, qu'on soit clair ?
02:11Non, je ne suis pas contre. On se doit de vivre avec.
02:13On ne peut pas se targuer, en 2024, d'être technophobe.
02:17Et ça nous apporte aussi, ça a des bénéfices, les études le montrent.
02:21Et d'ailleurs, maintenant, l'absence complètement d'usage d'écran est néfaste pour les enfants et les adolescents.
02:27Alors qu'un usage modéré, ça va avoir des effets positifs, cognitifs,
02:31ça va améliorer l'apprentissage, les connexions.
02:36Donc, après, tout est question, évidemment, d'équilibre.
02:38D'équilibre et d'âge. Quand vous dites l'absence totale d'écran est néfaste pour les enfants et les ados,
02:43là encore, c'est complètement à rebours de ce qu'on entend.
02:46À partir de quel âge vous conseillez les écrans pour les enfants ?
02:50Alors, ce n'est pas les conseillers, mais c'est qu'ils sont là.
02:52Ils sont là à l'école, ils sont là partout.
02:54Alors, ce qui est recommandé par l'OMS, c'est de ne pas dépasser 2 heures de temps d'écran par jour entre 7 et 11 ans.
03:00Dans les premières années, évidemment, le mieux, c'est de ne pas être trop en contact avec les écrans, on est d'accord.
03:06Et après, c'est surtout que les parents soient à l'écoute,
03:10s'intéressent à ce qui se passe sur les écrans, sur les réseaux sociaux des enfants.
03:13Et les accompagner, en fait, dans leur apprentissage des réseaux.
03:17Pour les réseaux sociaux, l'Australie s'apprête à voter une loi pour interdire les réseaux sociaux avant 14 ou 16 ans.
03:23L'âge n'a pas encore été fixé.
03:25Ici, en France, la commission écrans avait dit pas de réseaux sociaux avant 15 ans.
03:30Emmanuel Macron, d'ailleurs, était plutôt favorable à l'idée d'une loi ou en tout cas d'une interdiction sur le sujet.
03:35Vous y êtes favorable, vous ?
03:37Je pense que la restriction, la prohibition, en général, ça ne marche pas.
03:42On le voit dans les conduites addictives, les addictions à des substances, ça ne fonctionne pas seul.
03:47Donc moi, je suis plus pour la prévention et accompagner progressivement les enfants dans leur usage,
03:53pour qu'ils soient autonomes et qu'ils prennent leurs propres décisions face à leurs relations aux écrans.
03:59À partir de quand est-on accro aux écrans ?
04:02Alors, on est accro quand on perd le contrôle.
04:04Ça veut dire, j'ai envie de baisser mon temps d'écran ou d'arrêter l'usage des réseaux sociaux et je n'y arrive pas, malgré la volonté.
04:11Donc là, c'est vraiment une maladie.
04:13Ce n'est pas une question de volonté.
04:14Donc je vais avoir aussi ce qu'on peut appeler un craving.
04:17J'ai une envie irrépressible d'aller consulter mon fil d'actualité.
04:20J'ai des pensées obsédantes, je pense à mon fil d'actualité alors que je suis en train de faire autre chose.
04:25J'ai besoin d'augmenter mon temps de réseaux sociaux pour obtenir le même plaisir.
04:29Je vais y consacrer plus de temps que prévu.
04:32Donc hop, j'ouvre mon téléphone pour consulter pendant, je compte regarder mes dernières notifications.
04:37Et puis, 15 minutes après, je suis encore sur les réseaux sociaux.
04:40Tout ce que vous dites là, docteur, on remplacerait les réseaux sociaux par de la drogue, de l'alcool ou de la cigarette, c'est pareil ?
04:47Tout à fait, puisque c'est le même mécanisme.
04:50C'est-à-dire qu'en fait, quand on consulte ces réseaux sociaux, quand on reçoit des likes, des commentaires
04:55ou quand on consomme de l'alcool ou de la drogue, on active le même système dans le cerveau, un petit système de la récompense.
05:00Ça nous fait plaisir et donc ça nous incite à répéter ce comportement.
05:04Donc il y a des mécanismes communs.
05:06Pour autant, vous le rappelez, ce n'est pas parce qu'un ado passe des heures et des heures sur les réseaux sociaux qu'il est accro.
05:11Comment on fait le distinguo ?
05:13C'est un petit peu comme pour les jeux vidéo.
05:15C'est-à-dire qu'il y a un ado, il peut passer beaucoup de temps quotidien à jouer aux jeux vidéo.
05:20Mais ça peut être une passion, peut-être que ça le construit, peut-être que ça nourrit sa vie psychique.
05:25Par contre, si on se rend compte que l'adolescent a envie de baisser son usage, il n'y arrive pas.
05:32Ça a des conséquences à l'école sur les résultats scolaires.
05:35Il n'arrive pas à se concentrer sur ses devoirs.
05:37Pardon, mais l'ado qui passe en moyenne 2h16 sur les réseaux sociaux,
05:42sincèrement, quand on sait qu'ils sont 8h par jour à l'école, ça a forcément un impact sur sa vie, on est d'accord ?
05:48Ça limite le temps.
05:50L'addiction, c'est vraiment, je perds le contrôle.
05:52Donc je veux baisser mon temps d'écran, je n'y arrive pas.
05:55J'ai conscience que ça a des conséquences, soit sur ma santé, ma santé mentale,
05:59sur ma relation dans ma famille, je me désinvestis de mes loisirs, mais je ne peux pas m'empêcher.
06:06C'est la différence entre l'usage intensif, où là il peut y avoir un temps qui peut être excédentaire,
06:11et vraiment l'addiction.
06:13Dans ce livre, vous donnez toute une série de conseils.
06:15Premier d'entre eux, vous conseillez de ne pas confisquer un téléphone, même après une grosse bêtise.
06:22Oui, sincèrement.
06:24En tant que parent, je me suis dit que la punition, c'est fait pour ça.
06:28L'idée, c'est de supprimer un truc qu'ils adorent, pour pas qu'ils recommencent.
06:31Alors, oui, ce n'est pas forcément le plus approprié de confisquer,
06:37parce que ça peut générer beaucoup de souffrance.
06:41L'adolescent, il a toute sa vie, en fait, sur les réseaux sociaux, et il peut ne pas comprendre.
06:46Alors, quand c'est expliqué, évidemment, quand tout est justifié, quand le contexte est posé,
06:51on peut interdire, mais ce n'est pas forcément la meilleure des approches.
06:56Après, ce qui est important, de toute façon, je trouve, c'est de verbaliser ses émotions.
07:01Alors, OK, on a interdit, bon, peut-être que c'est mal passé.
07:04Après, c'est d'aller exprimer ses émotions, de dire ce qui se passe,
07:08de communiquer ouvertement avec l'adolescent,
07:12d'avoir une attention vraiment sur ce qu'il fait sur les réseaux sociaux.
07:15Qu'est-ce qui se passe sur le fait d'actualité ?
07:17Et se remettre aussi en question par rapport à notre propre relation aux réseaux sociaux.
07:20Vous lancez l'idée de lancer des défis en famille, de tous y participer.
07:25Finalement, on est d'abord responsable, non, nos parents ?
07:28On est tous des ados face aux réseaux sociaux.
07:30C'est pour ça que ce livre, il s'adresse bien sûr en priorité à l'entourage des enfants et des adolescents,
07:34mais il s'adresse aussi à l'adolescent qui sommeille en chacun de nous.
07:37Et la première des choses, en effet, c'est de prendre conscience de notre rapport aux réseaux sociaux
07:42pour après pouvoir, bien sûr, accompagner nos enfants vers un usage raisonné, équilibré.
07:49Vous envoyez des adultes accros aux réseaux sociaux dans votre cabinet, tous les jours ?
07:54Alors, pas tous les jours, parce qu'ils viennent plus souvent pour des addictions à des substances.
07:59Mais quand on évoque et quand on recherche l'addiction à des comportements,
08:02les réseaux sociaux, évidemment, font partie du panel.
08:05Merci beaucoup, docteur Juliette Hazard, d'être venue ce matin sur RTL.
08:09Mon ado est accro aux réseaux sociaux.
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