00:00Je ne peux pas poser le pied au sol, il ne touche pas en fait.
00:02Il y a 15 centimètres d'écart par rapport à la jambe gauche.
00:06Et quand tu n'as pas de cheville, c'est galère.
00:07C'est galère, galère, galère.
00:09Ça dépend des pantalons, des fois je mets 15 minutes, des fois 20 minutes.
00:12Je me suis fait renverser par un véhicule.
00:14J'ai été hospitalisé pendant 4 ans et j'ai subi 42 opérations.
00:18J'ai eu un fixateur Ilizarov qui me prenait toute la jambe.
00:22J'ai eu peut-être 7-8 grèves de peau.
00:24On m'a pris un muscle du dos.
00:26En fait, ma vie, elle tourne autour de ça.
00:29Je ne peux rien faire, c'est que mes soins.
00:34En fait, là, c'est comme si je n'avais qu'une jambe au quotidien.
00:42Ça me fait trop mal.
00:45En ce moment, je ne mange même plus, il n'y a que ça qui rentre dans mon corps.
00:49Vu que je suis en HAD, hospitalisation à domicile,
00:52j'ai les infirmières de santé service qui viennent me voir à la maison
00:56pour effectuer un soin pour ne pas attraper d'infection.
01:00Et du coup, je suis obligé de le faire tous les jours.
01:02Ça me prend, honnêtement, 70% de mon énergie durant tout le reste de la journée.
01:07C'est-à-dire qu'il faut prendre les béquilles, il faut aller ouvrir la porte,
01:09il faut aller nettoyer la jambe.
01:12Et quand on me fait le soin, ça me fait super mal.
01:14Ça y est, je suis déjà KO.
01:16Comme je t'ai dit tout de suite, là, je suis déjà fatigué.
01:18Alors, d'abord, on met quelques compresses.
01:21Non, un peu plus bas.
01:22Là.
01:25Et l'autre juste au-dessus.
01:28Comme ça ?
01:29Exactement.
01:30Je vous ai bien formé, hein ?
01:32Quand même, hein ?
01:33Grâce à moi, vous êtes devenue une bonne infirmière.
01:35C'est mon quotidien et ce n'est pas pour autant que je vais baisser les bras
01:39ou je vais m'apitoyer sur mon sort.
01:41Voilà, c'est comme ça.
01:43Si je n'acceptais pas mon truc, c'est-à-dire que je serais quelqu'un d'aigri, de méchant,
01:47là, je suis trop bien.
01:49J'accepte et j'avance.
01:53Avant, j'avais trois salariés et j'étais à mon compte.
01:56Je bougeais beaucoup, je shortais beaucoup.
01:58J'étais super actif, en fait.
02:03À 30 ans, je me suis fait renverser par un véhicule.
02:07Je suis arrivé avec une triple fracture du tibia.
02:09On m'a opéré le jour même.
02:11Le jour, c'est fini à une heure.
02:14Mais le soir même, en fait, j'ai eu un syndrome d'éloge.
02:16C'est quand les muscles, ils gonflent et j'ai eu un staphylococque doré.
02:21J'ai eu le choix d'amputer tout de suite la jambe parce qu'elle était nécrosée.
02:24Moi, j'ai choisi de mener mon combat, d'essayer de réparer ma jambe.
02:28Je n'ai pas choisi la facilité parce que je me dis que si j'avais amputé tout de suite,
02:32j'aurais des regrets plus tard.
02:33Je me serais dit, pourquoi je n'ai pas essayé ?
02:37De 2018 à 2022, j'ai fait plusieurs hôpitaux, plusieurs centres de rééducation.
02:42J'ai eu un fixateur Elisarof qui me prenait toute la jambe pendant quatre ans,
02:47qui m'a permis de faire pousser mon tibia
02:50parce qu'on m'avait retiré quinze centimètres.
02:54J'ai mené un très, très gros combat, tu vois.
02:56Ça, c'est de la belle marche.
03:00Je ne peux plus rien faire.
03:01Je ne peux plus travailler.
03:02Je ne peux plus bouger comme je veux.
03:03Je ne peux pas voyager comme je veux
03:06parce que je suis déjà tombé plusieurs fois dans les escaliers.
03:12Tu vois, même sur un pied, je suis bien.
03:15Je peux tout faire, je te jure, je suis trop souple.
03:17Maintenant, je peux conduire parce que le véhicule a été adapté.
03:20Je fais tout pratiquement avec le pied gauche.
03:23Je touche la MDPH, c'est l'Allocation Adulte Handicapé,
03:28qui est de 1200 balles, on va dire.
03:31Je suis en ALD, Allocation Adulte Handicapé, je suis à 100%.
03:36Du coup, tous les soins, tout ça, je ne paye rien du tout, tu vois.
03:39C'est pour ça que je disais, il ne faut pas négliger la France, tu vois.
03:42Ce n'est pas dans tous les pays qu'il y a ça.
03:44Il n'y en a pratiquement plus, je pense, qu'en France,
03:47on dispose de ce dispositif.
03:49Je suis chanceux de fou.
03:51Je ne paye pas le logement.
03:53Je vis tout seul dans un grand appartement à 70 mètres carrés.
03:57Bon appétit !
04:00Malheureusement, le processus n'a pas fonctionné comme il devait fonctionner.
04:03Je me fais amputer le 26 septembre.
04:08Je ne regrette pas ces six ans d'acharnement, de travail, de sacrifices.
04:12En 2018, on voulait m'amputer ici, directement.
04:15Et grâce à ça, ces six ans, j'ai pu sauver mon genou.
04:19Et là, je serai amputé en dessous du genou.
04:22Et du coup, c'est déjà quelque chose de gagné, en fait.
04:25Ça va changer la marche.
04:26Ça va changer beaucoup de choses, parce que déjà,
04:29je n'aurai pas une longue prothèse, j'aurai une petite prothèse.
04:31Et je pourrais mieux marcher, je pourrais faire plus de choses.
04:34Je pourrais courir.
04:35Pour moi, en vrai, c'est une libération.
04:37Tu vois, mon cerveau, il a mis six ans à accepter
04:40qu'en fait, ça y est, tu as tout essayé, tous les protocoles,
04:44tout, tout, tout, tout, tout, passe à autre chose.
04:46Au bout d'un moment, je ne me dis plus que c'est un accident.
04:49Je ne me dis plus que c'est une épreuve.
04:50Dans ma tête, c'est une formation de vie, en fait.
04:52La patience, la persévérance, la résilience, le combat en soi-même,
04:57même la vie sur les autres, sur les maladies.
05:00J'étais obligé de passer par là pour devenir l'homme que je dois être, en fait.
05:04Je ne regrette rien du tout, aucun moment, aucune souffrance.
05:07C'est juste du bonheur pour moi parce que ça m'a changé, en fait.
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