00:00Yves Kelvy, Agnès Bonfillon, édition spéciale, nomination de Michel Barnier à Matignon.
00:06Gabriel Attal est toujours en train d'intervenir dans la cour de l'hôtel Matignon.
00:11On attend bien entendu la prise de parole de Michel Barnier dans quelques instants.
00:15Alors là on est dans la plus pure tradition du passage de témoin de la politique française entre deux chefs de gouvernement.
00:22Voilà, l'ancien comme le veut la coutume républicaine passe le relais au nouveau
00:27et le nouveau va se mettre au travail parce que maintenant il va falloir qu'il constitue une équipe gouvernementale.
00:33Et on n'est pas tout à fait dans une cohabitation puisqu'au fond Barnier n'est pas un macroniste
00:39mais ça n'est pas non plus un chef de l'opposition.
00:41Homme de droite ou homme du centre ?
00:43C'est un homme...
00:44On s'est amicalement guirlandé toute la journée en préparant cette émission.
00:49C'est un homme qui allie le centre et la droite dans la mesure où il s'est toujours défini depuis un demi-siècle comme étant un gaulliste.
00:56C'est un homme qui a eu toujours le même cap.
00:58Il adhère, adolescent, à ce qui s'appelait à l'époque l'UDR et puis il est resté dans ce mouvement.
01:05Donc au moins c'est l'homme d'une fidélité et d'une fidélité au gaullisme.
01:09Et on sait que le gaullisme, peut-être encore davantage que le macronisme, refusait les facilités du conflit gauche-droite.
01:16Est-ce qu'on peut projeter ce que peut être un gouvernement dirigé par cet homme, par Michel Barnier ?
01:26Vers quoi veut-il aller ?
01:28Et est-ce que vous pensez qu'il aura une forme d'indépendance ?
01:31Enfin, d'indépendance...
01:32Il vient travailler avec le plus jeune président de la République française sous la Ve République.
01:37Et je ne doute pas qu'il respecte cela.
01:39Mais voilà, comment exister quand on a un président de la République comme celui que nous avons en ce moment ?
01:44D'après ce que l'on sait, Barnier, on ne lui explique pas exactement ce qu'il faut faire.
01:49Et puis de bord à 73 ans, si vous voulez, vous avez une certaine indépendance.
01:52Vous voulez dire qu'il a négocié une forme d'indépendance ?
01:54Certainement.
01:56Ce n'est pas l'homme auquel on donne des ordres.
01:59On peut lui donner des orientations, on peut discuter avec lui de la nécessité d'un compromis.
02:05C'est l'homme de la coalition, il n'aura pas à se forcer.
02:08C'est un homme qui a l'habitude des coalitions.
02:11Il les a pratiquées en Europe, il les a pratiquées en Savoie.
02:15Il les a pratiquées à plusieurs reprises dans sa carrière politique.
02:19Donc ce n'est pas un homme rigide.
02:21Il a un côté un peu hiératique dans sa tenue, dans sa hauteur de vue parfois.
02:28Et dans sa hauteur tout simplement parce que c'est un homme de 35 ans.
02:32Donc c'est un homme qui peut avoir une certaine même raideur.
02:37On l'a vu dans les débats internes au parti républicain.
02:42Donc ça ne sera certainement pas le collaborateur du président de la République.
02:50L'hyper-présidentialisation, on est en train d'en sortir.
02:53Et le président s'en rend compte certainement.
02:56Tout cela se négocie, c'est-à-dire qu'il pourra accepter sa charge.
02:59Ça veut dire qu'il est acquis, pour lui en tout cas, qu'il aura une marge de liberté qui est préparée.
03:07On va le voir très vite avec quelque chose qui est un détail mais qui n'en est pas un du tout.
03:11C'est son directeur de cabinet.
03:13Vous savez, quand le président veut contrôler son premier ministre, il lui colle un copain.
03:18Et puis il lui dit que ce sera le directeur de cabinet.
03:20Là, on va voir quel va être le directeur de cabinet de Michel Barnier.
03:23Si c'est vraiment Michel Barnier, premier ministre, qui choisit son directeur de cabinet.
03:28Ou si c'est le président qui impose.
03:30Je ne veux pas vous faire faire de la psychologie, mais pourquoi est-il revenu aujourd'hui ?
03:34D'une certaine façon, on pourrait dire de Michel Barnier, sa carrière est faite.
03:38Il a donné déjà beaucoup au pays.
03:40Ce n'est pas l'âge même qui est important, mais il a 73 ans.
03:46Il n'a rien à prouver, mais c'est un tempérament vraiment républicain.
03:52Là, si vous voulez, la notion de dévouement à la chose publique, de dévouement républicain.
03:58Il y a comme ça des hommes, à droite, à gauche, au centre, qui portent cette sorte de tripe républicaine.
04:05On les appelle à rendre un service à l'État.
04:08Ils sont là. Ils répondent présents.
04:10Et il a fait savoir, d'ailleurs discrètement, d'après ce que l'on sait, d'après certains bruits qui commencent à courir.
04:15Il a fait savoir, mais sans déclaration tonitruante, qu'il pouvait éventuellement rendre des services.
04:23Et puis, il a attendu qu'on l'appelle. Et on l'a appelé.
04:26Mais j'ai quand même l'impression que vous êtes en train de nous dire que le président de la République a fait le meilleur choix qu'il pouvait faire en ce moment.
04:31Ou en tout cas, l'un des meilleurs choix qu'il pouvait faire en ce moment pour nommer un Premier ministre à Matignon, dans les circonstances que nous traversons.
04:36Oui, dans les circonstances que nous traversons, les équilibres étant ce qu'ils sont.
04:40Parce qu'au fond, la coalition qui se décide est une coalition qui comprendrait l'ensemble des forces de la majorité présidentielle.
04:48Et l'air qui fait savoir, en effet, que bien sûr, ils soutiendront un homme qui est issu de leur rang.
04:54Et puis, rajoutons également cette sensibilité qui est dans le groupe Liott à l'Assemblée nationale.
05:01J'ai fait le petit calcul. Quand vous ajoutez tout cela, la majorité présidentielle Liott et les Républicains, ça fait tout de même 235 députés.
05:09Et je vous interromps parce que nous allons entendre la prise de parole de notre nouveau Premier ministre, Michel Barnier.
05:15Donc nouveau chef de gouvernement. Ces applaudissements que vous entendez marquent la fin du discours de Gabriel Attal.
05:20Long discours, je pense que...
05:24Oui, oui, très long discours.
05:26Il aurait peut-être pu... Enfin bon, on n'a pas tout entendu, mais un peu plus sobre, c'était pas mal.
05:30Il a son cabinet et ses collaborateurs l'applaudissent. Je crois entrevoir aussi quelques ministres.
05:42Mais il doit avoir une certaine frustration parce que 8 mois, c'est court.
05:468 mois, c'est court. Il l'a exprimé en tant que tel. On écoute son successeur, maintenant.
05:51Je peux dire quelques mots, là ?
05:57Mesdames, Messieurs, d'abord, merci à toutes les équipes du service du Premier ministre d'être là autour de Gabriel Attal.
06:10J'ai bien aimé, cher Gabriel, la manière dont vous avez remercié ces équipes, les membres de votre gouvernement.
06:18J'ai bien aimé la manière dont vous avez salué le courage, l'honneur avec lequel partout en France, métropolitaine et outre-mer,
06:30les forces de sécurité assument au prix parfois de leur vie la sécurité des citoyens. J'y reviendrai.
06:38J'ai bien aimé la manière dont vous m'avez donné des... Non pas des leçons.
06:44Enfin, les enseignements, même si ça n'a duré que 8 mois, que l'on apprend quand on est Premier ministre.
06:56Ça va être très, très utile. J'ai bien aimé aussi la manière dont vous m'avez dit que mon bureau...
07:02Je l'ai trouvé un peu vide, là, tout à l'heure. Mais j'ai compris qu'il y avait des tas de projets de loi en suspens
07:11qui n'avaient pas pu être menés à bien. Vous me permettrez... Bien sûr, je vais les reprendre. Il y en a plusieurs auxquelles je tiens, d'ailleurs.
07:20Peut-être d'ajouter ma propre valeur ajoutée. – Bien sûr.
07:25– Et puis j'ai bien aimé la manière dont vous avez plus personnellement évoqué votre famille, votre maman.
07:33– Je pense qu'elle ne voudra pas se signaler.
07:36Mais j'irai l'embrasser tout à l'heure. Comme moi, je salue ma propre famille et mon épouse Isabelle, qui est ici.
07:45Une maman, c'est très important. On va peut-être dire des choses un peu surprenantes pour deux premiers ministres
07:52au moment de cette passation de pouvoir. Mais moi, j'ai eu la chance d'avoir une mère formidable aussi,
08:01qui transformait tous les problèmes qu'elle rencontrait dans sa vie personnelle en causes publiques.
08:07C'est ainsi qu'elle a consacré toute sa vie à un sujet, d'ailleurs, qui fait l'objet d'un des projets de loi sur la sécurité routière.
08:15Et un autre défi qui était celui de l'accompagnement des familles et des amis de malades mentaux.
08:25Je n'ai pas oublié ses combats. Je n'ai pas oublié le moment très personnel et très émouvant où elle m'a demandé
08:32de lui remettre la Légion d'honneur. Je n'ai pas oublié non plus ce qu'elle m'a dit un jour
08:38où elle était venue me porter la contradiction dans ma toute première réunion électorale.
08:43Il se trouve qu'elle était une femme chrétienne de gauche. Et elle m'a dit « Michel, tu as les opinions que tu veux ».
08:51J'étais déjà gaulliste. Et ça reste ma principale fierté que de m'être engagé derrière le général de Gaulle
08:56quand j'avais 14 ou 15 ans. Ne sois jamais sectaire. Le sectarisme est une preuve de faiblesse.
09:04Quand on est sectaire, c'est qu'on n'est pas sûr de ses idées. Voilà.
09:08Applaudissements.
09:14Nous allons marquer une rapide pause. On vient d'avoir un moment d'émotion avec cette prise de parole de notre nouveau Premier ministre.
09:20Et on se retrouve ensuite avec Pascal Perrineau. A tout de suite.
09:22RTL édition spéciale. Nomination de Michel Barnier à Matignon.
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