00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:03RTL 18h45, bonsoir Daniel Scheck.
00:06Bonsoir Yves et Agnès.
00:09Vous êtes ancien ambassadeur d'Israël en France et responsable du pôle diplomatique du forum des otages et disparus israéliens du 7 octobre.
00:15Merci beaucoup d'être en ligne sur RTL depuis Tel Aviv.
00:18Une grande mobilisation est donc en cours en Israël.
00:21Hier, des centaines de milliers de personnes étaient rassemblées dans les rues de Tel Aviv et dans d'autres villes du pays.
00:26Un appel à la grève générale a donc été lancé, suivi partiellement.
00:29Tout cela après l'annonce de la mort de six otages tués par le Hamas, bien entendu, dans la bande de Gaza en fin de semaine dernière.
00:35Daniel Scheck, le tribunal israélien du travail a ordonné la fin immédiate de cette grève cet après-midi.
00:41Quelle est la situation à l'heure où nous parlons ?
00:44C'était une grève d'avertissement selon les syndicats, le grand syndicat du pays.
00:52De toutes les façons, c'était une grève qui devait se terminer à 18h.
00:57Donc une journée de mobilisation.
01:00Le tribunal du travail a décidé que ce serait quelques heures avant.
01:05Je pense que ça ne fait pas une véritable différence.
01:08C'est surtout un message que la société civile israélienne a lancé hier,
01:14que ce soit par la mobilisation vraiment, vraiment hors du commun des centaines de milliers d'Israéliens à travers tout le pays
01:22et avec la participation des syndicats, mais aussi de nombreuses grandes entreprises,
01:28de restaurants qui ont fermé, de cinémas qui n'ont pas voulu fonctionner normalement à partir de 17h hier, etc.
01:39Il y a un vent de mobilisation, un vent surtout de frustration, me semble-t-il.
01:45Est-ce que c'est une mobilisation inédite dans l'histoire du pays à votre connaissance ?
01:50Vous savez, je vais avoir 70 ans.
01:52Inédit, c'est un terme qu'on aime utiliser.
01:55Je ne sais pas, je n'ai pas compté chaque manifestant.
01:58Je pense que c'est assez extraordinaire.
02:01Et c'est surtout, vous savez, il n'y a pas que les chiffres qui parlent.
02:07Il y a aussi un climat, un vent que l'on sent dans la rue.
02:12Et je pense que quelque chose a basculé hier.
02:17Dans des circonstances on ne pourrait plus tragiques, évidemment.
02:21Et la grande question, c'est est-ce qu'il y aura une dynamique qui va maintenir ce sentiment en vie,
02:28ou bien ce sera un sursaut et il va retomber.
02:32Je ne suis pas en mesure de le savoir.
02:34Que réclament exactement ces milliers de manifestants, et peut-être même ces centaines de milliers ?
02:39La libération des otages, un arrêt des combats à Gaza, le départ du Premier ministre Netanyahou ?
02:45Comment faire le tri ?
02:48Difficile, vous avez raison.
02:50Mais en ce qui concerne le forum des familles d'otages,
02:54qui a lancé le mouvement hier dans la matinée,
03:00après une longue soirée entre samedi et dimanche,
03:04une longue nuit de planification où nous nous sommes réunis au forum
03:09pour savoir ce qu'on fait, pour faire quelque chose qu'on n'a pas fait avant.
03:13Parce que vous voyez, en quelques semaines,
03:16douze otages israéliens qui sont entrés vivants en sont ressortis morts.
03:25Véritablement, c'est terrible.
03:28Et puis ces six jeunes gens qui ont été assassinés brutalement par le Hamas,
03:34il y a quelques jours sans doute, pas plus que ça.
03:36C'est quelque chose qui a vraiment déclenché un sentiment
03:40que si les hommes politiques, les dirigeants de ce pays
03:44avaient fait un véritable effort pour conclure un accord de libération,
03:49au moins ces six dames, ces six jeunes gens pourraient revenir vivants.
03:55Et c'est donc, oui, je pense que l'appel essentiel,
04:00c'est de mettre la libération des otages à la tête des intérêts.
04:05Le couloir de Philadelphie, les exigences sécuritaires,
04:11tout ça peut attendre après.
04:13Mais d'abord conclure un accord qui ramènerait un maximum d'otages vivants
04:22pour pouvoir retourner auprès de leurs proches.
04:27Cela veut dire qu'il existe dans le pays maintenant
04:30une colère à l'égard du gouvernement actuel ?
04:32C'est un mouvement qui peut durer ?
04:35Justement, je ne sais pas.
04:36Oui, enfin, la colère contre le gouvernement sur ce sujet.
04:39Oui, sur ce sujet, bien sûr.
04:40Vous avez raison de dire que tout se mélange au final
04:45et qu'il y a aussi un grand mouvement qui provient de l'opposition
04:50et c'est normal pour tomber ce gouvernement.
04:53Mais ce n'est pas l'objectif du forum des otages ni des familles des otages.
04:58L'objectif est un seul, c'est de ramener les otages
05:02et de terminer ce calvaire pour ces gens.
05:05Je voyais que le président américain Joe Biden
05:07estimait que votre premier ministre n'en fait pas assez
05:10pour parvenir à un accord sur la libération des otages.
05:13Vous partagez l'analyse ?
05:16Oui, je la partage.
05:17Je pense que d'ailleurs les deux parties
05:20ne sont pas suffisamment motivées pour conclure un accord.
05:24Dans chaque négociation vient un moment où la substance compte moins.
05:29C'est juste le besoin de trouver le moment, au même moment,
05:34de pouvoir convaincre les deux protagonistes, les deux négociateurs,
05:42d'être véritablement convaincus, mobilisés pour conclure un accord.
05:50Et je pense que pour des raisons très différentes dans les deux cas,
05:56les deux protagonistes ne sont pas entièrement là.
06:00Paradoxalement, ce sont les négociateurs, les intermédiaires,
06:05donc les Américains, les Égyptiens et les Qataris,
06:08qui sont le plus mobilisés, plus que les deux parties à cette négociation.
06:14Et ça, ça doit changer, ça doit absolument changer.
06:17Ce que vous venez de nous dire est extrêmement troublant.
06:19Merci en tout cas d'avoir pris la parole, Daniel Sheik,
06:21ancien ambassadeur d'Israël en France,
06:23responsable du pôle diplomatique du Forum des otages et des disparus.
06:26Bonne soirée à vous.
06:31Dans un instant, Marc-Antoine Lebray, absolument.
06:33Il rentre dans ce studio.
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