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  • il y a 2 ans
Avec son association, le magistrat Youssef Badr vient en aide aux étudiants en droit qui subissent des discriminations dues à leur nom lors de leurs recherches de stage.

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Transcription
00:00 J'ai quand même un étudiant qui a transformé son nom et son prénom.
00:03 Il a été convoqué pour trois entretiens avec le même CV.
00:05 Il m'a dit "moi j'avais besoin de constater que c'est bien moi,
00:08 en tant que personne d'origine maghrébine, qui pose problème".
00:10 Il y a des étudiants qui ont des CV remarquables.
00:14 Comment c'est possible que l'étudiant ne trouve pas de stage avec le profil qui est le sien ?
00:17 Ce qui est triste quelque part, c'est qu'en fait nous on les blanchit.
00:19 C'est ça en fait la vérité.
00:20 Comme quand on dit "on blanchit de l'argent et on la réinjecte dans le circuit".
00:24 C'est ça que je trouve le plus triste.
00:25 C'est qu'on a besoin d'avoir ce passage-là.
00:27 Moi je serais heureux si la courte échelle n'existait pas en fait.
00:30 Si les étudiants étaient tous rentrés en première année,
00:31 ils avaient tous un parcours parfaitement défini,
00:33 puis ils finissaient leurs études et chacun ensuite trouvait sa voie.
00:35 Si on ne nous écrivait pas à l'aide en nous disant "j'ai envoyé une tonne de CV, j'ai pas de réponse".
00:39 Moi je reste marqué par des exemples précis de situations qu'on a vues à l'association
00:43 et qui me tordent le ventre en fait.
00:45 J'ai quand même un étudiant qui a transformé son nom et son prénom avec le même CV
00:49 et qui alors qu'il avait eu une...
00:52 Ce n'est même pas des refus, il n'a jamais eu de réponse.
00:54 Là, il a été convoqué pour trois entretiens.
00:56 Je lui dis "du coup qu'est-ce que tu fais ?"
00:58 Il me dit "en fait moi je ne vais rien faire, j'avais juste besoin de le voir de mes yeux".
01:02 Et je lui dis "écoute moi, je t'ai trouvé un stage".
01:04 Sa réponse, je n'oublierai pas parce que je la trouve triste,
01:06 c'est qu'il m'a dit "moi j'avais besoin de constater
01:08 que c'est bien moi, en tant que personne d'origine maghrébine, qui pose problème".
01:12 Et il est parti à l'étranger et il a trouvé un stage de mémoire au Luxembourg.
01:15 Et j'ai tout fait pour essayer de le rattraper et ça n'a pas marché.
01:17 Et il est parti, voilà.
01:18 C'est ça la réalité d'une discrimination.
01:20 C'est qu'en fait, on ne se rend pas compte de la gifle qui est mise à l'étudiant.
01:23 C'est qu'en fait, on lui dit quelque part
01:25 "tu as beau avoir fait toutes les études que tu veux,
01:26 c'est ta personne qui pose problème".
01:28 C'est ça que ça signifie, tout simplement.
01:29 Pourquoi, d'où ça vient ?
01:30 Sincèrement, je ne sais pas.
01:31 Si ce n'est vous dire que c'est profondément injuste en fait.
01:33 Surtout que quand on passe nous derrière,
01:35 et qu'on arrive à trouver le stage,
01:36 les seuls échos qu'on a eus c'est "merci pour ce stagiaire, c'était super,
01:39 je pense qu'il était content, nous on était ravis du travail qu'il a fait".
01:42 Je ne sais pas si c'est la peur de l'étudiant étranger,
01:44 toujours est-il que les discriminations, je les constate.
01:46 D'ailleurs, je vais vous dire, si elles n'existaient pas,
01:47 elles ne seraient pas punies par le code pénal.
01:49 L'article 225-1 du code pénal, il vous dit que le fait de faire une distinction,
01:53 notamment lorsqu'on recherche un stage en fonction de son origine,
01:56 son apparence et d'autres critères définis par le code pénal,
01:58 c'est puni de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
02:00 J'ai une étudiante récemment qui ne trouve pas de stage,
02:03 et je me souviens que ce qui bloquait pour elle, c'est le port du voile.
02:06 Et je me dis, il ne faut pas que ça s'arrête là en fait.
02:08 Il y a une magistrate qui est en poste à l'étranger,
02:11 qui m'écrit pour me dire "je vois ce que tu fais, la courte échelle,
02:13 j'ai un stage assez dingue à proposer".
02:16 Avant de publier une offre, je me dis "est-ce qu'il y a des étudiants
02:19 dans ton asso sur lequel ça pourrait coller ?".
02:21 Je pense immédiatement à elle.
02:22 Je lui envoie le CV, elle fait l'entretien, 48 heures après,
02:25 elle est à l'étranger, elle m'envoie un mail depuis là-bas,
02:27 avec son badge et tout ça, et je me dis "il a fallu que ça passe par nous
02:30 pour qu'elle trouve son stage", alors qu'elle aurait dû,
02:32 dans un système normal, elle aurait dû trouver toute seule en fait.
02:34 Quand on est étudiant, il y a nos parents derrière nous.
02:36 Je pense notamment à ceux qui sont issus de l'immigration,
02:38 ils savent ce que c'est la valeur de la réussite de leurs enfants,
02:40 notamment eux qui ont exercé des métiers très compliqués.
02:42 Et en fait, elle me dit "moi, pour mes parents aujourd'hui,
02:45 vous ne vous rendez pas compte, c'est juste génial,
02:46 c'est l'aboutissement des études, parce que c'est un stage long,
02:48 qu'on lui a trouvé et rémunéré.
02:49 Pour ça, moi, ça n'a pas de prix.
02:50 Si moi, je ne donne pas la chance aussi à des étudiants
02:53 qui ont le même parcours que moi ou qui n'ont aucun réseau,
02:55 qui ont des noms ou des prénoms avec des consonances maghrébines,
02:58 asiatiques, sud-américaines, comme vous voulez,
03:00 si moi, je ne le fais pas, en fait, personne ne le fera.
03:02 Depuis deux ans, on va avoisiner les 7000 demandes d'étudiants.
03:05 J'ai eu la chance de compter sur des magistrats qui sont importants,
03:08 qui ont du poids dans la magistrature.
03:09 Je reçois des mails tous les jours de magistrats de province
03:11 qui me disent "je suis dans telle juridiction et tout,
03:14 si tu as des demandes, tu me les envoies".
03:15 Au départ, il faut savoir que j'étais parti pour aider des étudiants du 93.
03:18 Il y a aujourd'hui, à l'heure où on se parle,
03:19 un étudiant qu'on a aidé à Tahiti et qui passe le concours d'entrée
03:22 à l'École nationale de la magistrature.
03:23 Donc aujourd'hui, avec un clic, un mail,
03:25 vous pouvez aider quelqu'un qui est à l'autre bout de la planète.
03:27 C'est ça qui est génial.
03:28 Je n'ai jamais décroché un seul stage.
03:29 Je ne savais pas à qui m'adresser.
03:30 Je n'ai jamais eu une seule réponse.
03:31 Peut-être que mon CV n'était pas suffisamment bien.
03:34 Je me dis "est-ce que mon nom, mon prénom, on est dans les années 2000, 2005,
03:38 est-ce que mon nom ou mon prénom a pu jouer là-dedans ?
03:42 La vérité, je ne le sais pas.
03:43 Moi, aujourd'hui, j'ai le sentiment d'être à ma place.
03:44 La vraie question, c'est qu'il faut y rentrer.
03:46 Il y a des concours qui sont très sélectifs,
03:48 dans lesquels il y a beaucoup de fils de profs ou de fils de cadres CSP+
03:52 qui s'intègrent plus que de fils d'ouvriers,
03:54 où c'est résiduel, pour ne pas dire, pour certains cas, inexistant.
03:57 La vraie question, c'est comment on les fait rentrer ?
03:59 Comment on… Oui, tout simplement, on casse la porte d'entrée, en fait.
04:01 Tout simplement, c'est ça le sujet.
04:02 Comment on casse la porte d'entrée pour permettre à ces étudiants-là
04:05 d'accéder via ces concours ?
04:06 Pas des concours au rabais, les mêmes concours que les autres,
04:09 parce qu'ils valent la même chose que les autres.
04:10 Il faut juste qu'on les forme comme les autres et qu'on leur donne les mêmes chances que les autres.
04:13 [BIP]
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