00:00 *Musique*
00:03 Sachez que chaque jour ouvré de la semaine, une pharmacie ferme en France.
00:08 Une pharmacie.
00:09 Cinq pharmacies ferment par semaine.
00:11 Ces fermetures de pharmacies ont augmenté de 60% l'an dernier, en 2023.
00:15 C'est un désastre dont on parle avec notre invité, Philippe Besset.
00:18 Bonjour à vous.
00:19 Bonjour.
00:20 Bienvenue sur Sud Radio.
00:21 Vous êtes le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, la FSPF.
00:26 Une pharmacie qui ferme à chaque jour ouvré en France, ça a l'air vertigineux.
00:31 Ça fait des années qu'on parle des déserts médicaux.
00:33 En fait, c'était l'arbre qui cachait la forêt.
00:35 Oui, on a perdu 4000 pharmacies depuis le début des années 2000 en France.
00:41 On avait dans les centres-villes des grandes villes, effectivement, un peu trop de pharmacies.
00:47 On en voyait un petit peu à chaque coin de rue.
00:49 Et c'était plutôt une bonne chose qu'elles se regroupent.
00:52 En revanche, depuis maintenant quelques années, ça touche la ruralité et ça n'est pas possible.
00:58 Je l'avais dénoncé lors du Congrès des maires de France et devant l'ancien ministre
01:04 de la Santé.
01:05 C'est vraiment le point majeur.
01:08 Nous sommes des militants de la ruralité, des militants de la proximité.
01:11 Et ça, il faut vraiment faire quelque chose.
01:13 Ces pharmacies doivent rester dans les territoires.
01:16 C'est d'abord pour l'accès aux soins, l'accès aux médicaments.
01:19 C'est souvent les dernières portes de la santé parce qu'il n'y a plus de médecins.
01:24 Et donc, c'est vraiment quelque chose qui est important.
01:26 On attaque avec l'assurance maladie un round de négociation.
01:31 Et le sujet du maintien de ces officines en zone rurale est un enjeu majeur.
01:37 Alors un enjeu majeur, évidemment.
01:39 Mais vous voyez, vous parlez à un journaliste, il y a deux semaines, on faisait une émission,
01:41 on parlait de la pénurie de médicaments, les déserts médicaux, la pénurie de médecins,
01:45 on en parle à peu près toutes les semaines.
01:47 Maintenant, c'est le désert pharmaceutique.
01:49 On a l'impression que tout vient à manquer et que rien ne se remplace dans ce pays.
01:53 Est-ce que c'est le cas ?
01:54 Oui, c'est le cas.
01:57 En fait, tout le monde, vous savez, se plaint de l'économie.
02:02 Donc, je ne veux pas...
02:03 C'est toujours un peu ennuyeux parce que moi, j'entends vos émissions.
02:08 Je vois bien que les corps de métier, les uns après les autres, viennent se plaindre de ça.
02:14 Malheureusement, c'est une réalité pour les pharmacies rurales.
02:18 Elles n'ont plus de modèle économique.
02:21 C'est-à-dire qu'on ne peut plus gagner sa vie quand on est pharmacien à la campagne.
02:28 Mais pourquoi ?
02:29 À mon avis, on pourrait, mais il faut donner des moyens supplémentaires pour réinvestir
02:36 dans ces pharmacies.
02:37 Alors, ça je comprends Philippe Besson, mais c'est quelque chose aussi que j'entends beaucoup,
02:41 si vous voulez.
02:42 Et vous avez raison de dire que tous les corps de métier se plaignent de la même chose.
02:44 Et très souvent, tous les corps de métier disent aussi qu'on a besoin de moyens.
02:48 Mais au-delà de ça, qu'est-ce qui explique, pour le pharmacien que vous êtes, c'est une
02:51 question qui me taraude, qu'est-ce qui explique qu'il y avait assez de pharmacies il y a 40
02:56 ans et qu'il n'y en ait plus aujourd'hui ?
02:57 C'est le métier qui ne recrute plus ?
02:59 C'est les pharmaciens qui ne veulent plus vivre à la campagne ?
03:02 Je parle des jeunes.
03:03 C'est quoi ?
03:04 Il n'y a pas moins de gens à la campagne quand même ?
03:05 Donc pas moins de malades ?
03:06 Alors d'une part, il y a un petit peu moins de gens dans la campagne.
03:09 D'autre part, il y a moins de médecins.
03:11 Et le couple médecin-pharmacien est quand même indissociable.
03:16 Et indissociable surtout parce que quand le pharmacien n'a plus d'ordonnance, comme
03:22 quand les gens vont en ville chez leur médecin, ils vont à la pharmacie juste à côté du
03:26 médecin pour prendre leurs médicaments.
03:28 Et ce faisant, c'est un gros problème pour la pharmacie du lieu où ils vivent.
03:34 Donc vous êtes victime aussi du désert médical.
03:39 Ça c'est un premier point.
03:40 Est-ce que les jeunes veulent aller à la campagne ?
03:41 Parce que les médecins, quand on leur demande, ils assument clairement de dire que les jeunes
03:44 ne veulent pas y aller.
03:45 Donc c'est le même problème pour les pharmaciens ou pas ?
03:47 Pas vraiment.
03:48 Parce qu'en fait, moi je fais beaucoup d'enquêtes avec les étudiants là-dessus.
03:53 Et les étudiants, ils sont assez partants eux-mêmes pour aller à la campagne.
03:58 Alors il y a la problématique du conjoint.
04:01 Généralement, quand un professionnel de santé veut s'installer à la campagne, il
04:05 faut que son conjoint puisse avoir lui aussi une activité en travail.
04:09 C'est vrai.
04:10 C'est complexe.
04:11 Ça c'est une chose qui a changé.
04:13 Ça concerne les médecins d'ailleurs.
04:14 C'est ce qu'ils disent.
04:15 Ils disent "Est-ce que ma femme, ma compagne ou alors mon mari ou mon compagnon pourra
04:19 trouver du travail à la campagne ?"
04:20 Donc ça c'est la crise économique de la campagne en fait que vous pointez là-dessus.
04:24 Oui, c'est la crise économique de la campagne.
04:26 Mais franchement, la pharmacie c'est souvent le dernier acteur économique des villages.
04:31 Notez qu'il y a 4000 villages en France de moins de 2500 habitants qui sont équipés
04:36 d'une pharmacie, d'une officine.
04:37 4000.
04:38 Mais il y a souvent la pharmacie et le bureau de tabac.
04:40 C'est les deux enseignes en général, les deux dernières enseignes à faire.
04:42 C'est assez paradoxal mais c'est vrai.
04:45 Oui, c'est vrai.
04:46 Vous avez raison.
04:47 Donc le lieu de santé, il doit se transformer avec beaucoup plus d'activités.
04:52 Il doit embarquer d'autres activités.
04:55 Nous travaillons avec Assurance Maladie à faire prendre en charge par des pharmaciens
05:00 des soins de premier cours, des soins qui... puisqu'il n'y a pas de médecins qui pourraient
05:05 être faits là.
05:06 On travaille sur la télémédecine embarquée dans les officines, dans ces milieux-là
05:10 pour justement rapatrier un médecin, même virtuel, sur le lieu de santé qu'est la
05:15 pharmacie avec un professionnel de santé qui accompagne.
05:19 Et on travaille aussi avec l'Association des Mères Ruraux sur l'attractivité pour
05:24 les jeunes.
05:25 C'est-à-dire qu'en fait, on essaye de faire venir les stages des jeunes pharmaciens, ils
05:30 sont très volontaires pour ça, en zone rurale avec un lieu d'hébergement, avec des lieux
05:36 d'hébergement regroupés pour mettre des jeunes infirmiers avec des jeunes pharmaciens.
05:39 - Des jeunes qui ont eu un sol par exemple et qui n'arrivent pas dans un endroit qu'ils
05:42 ne connaissent pas.
05:43 C'est vrai que c'est un sujet.
05:44 Vous savez quoi ? On va en reparler avec vous, Philippe Besset.
05:46 - On recrée la colo.
05:47 - On recrée la colo à la campagne, pourquoi pas.
05:50 On va vous réinviter, Philippe Besset, parce qu'il faut quand même qu'on reparle de ce
05:52 problème-là et de cette désertification rurale des différents corps de métier et
05:57 presque service public.
05:58 La pharmacie, en quelque sorte, c'est un service public.
06:00 Merci beaucoup.
06:01 - Merci et on est motivés.
06:02 On ne laissera pas tomber la campagne.
06:04 - Mais on espère bien, en tout cas.
06:05 Et c'est pour ça qu'on retournera vous voir d'ailleurs, président de la Fédération
06:09 des syndicats pharmaceutiques de France, Philippe Besset.
06:11 Tiens, justement, on visite une certaine partie de la France rurale.
06:15 Direction la Haute-Loire tout de suite.
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