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00:02 RTL midi.
00:04 Agnès Bonfillon, Éric Brunet.
00:06 On va continuer le combat, et ce combat on va le continuer en toute la France, mais avec dignité.
00:11 Je vous annonce que d'ici mercredi, la France sera paralysée.
00:14 La colère continue de monter chez les agriculteurs, en France comme en Europe d'ailleurs.
00:19 Et la région, l'Occitanie, donne le lad en ce pays.
00:23 Cela fait plusieurs jours maintenant que la profession bloque l'autoroute A64 dans le Sud-Ouest,
00:29 avec un risque de contagion très très rapide.
00:32 Et pour en parler avec nous, nous sommes avec Nicole Ouvrard. Bonjour Madame.
00:35 Bonjour.
00:36 Vous êtes ingénieure agronome, directrice déléguée de l'agence AGRA, l'agence de presse spécialisée en agriculture.
00:43 Alors on l'entend, les agriculteurs français dénoncent les normes européennes.
00:47 Ces normes, est-ce qu'on est d'accord ? Elles sont les mêmes pour tout le monde en Europe ?
00:51 Alors elles sont les mêmes pas tout à fait, parce que depuis la dernière réforme de la PAC,
00:58 on a eu une déclinaison dans chacun des pays des États membres.
01:05 Donc la PAC ne s'applique pas tout à fait de la même façon dans chacun des pays.
01:09 Pourquoi est-ce que chez nous c'est plus dur ?
01:12 Pourquoi est-ce que le monde agricole en France subit plus durement ces normes ?
01:19 Prenons l'exemple du glyphosate.
01:21 L'objectif en Europe est de l'éradiquer complètement, mais on veut le faire plus vite chez nous en France.
01:27 Alors effectivement ça a été un énorme débat dans les années précédentes,
01:33 avec une crainte très forte de la suppression de ce glyphosate,
01:38 qui est une solution technique pas chère on va dire,
01:44 et efficace pour mettre en oeuvre certaines pratiques agricoles,
01:48 notamment pour pouvoir se passer du labour,
01:52 qui a des conséquences sur la consommation de carbone.
01:56 Tout est lié.
01:58 Donc effectivement en France on a aujourd'hui...
02:02 Alors le glyphosate reste autorisé, mais avec des restrictions d'usage en quantité.
02:08 Voilà, aujourd'hui ce débat est un petit peu plus apaisé que les années précédentes,
02:14 on va dire, depuis la réautorisation dans le cadre de l'Union Européenne.
02:18 En revanche il y a un débat sur l'eau.
02:20 Il y a un débat sur l'eau, il y a un gros débat sur l'eau,
02:23 et notamment en Occitanie, qui est une région qui est très concernée par cette question de l'eau,
02:32 à la fois sur les restrictions d'usage,
02:36 c'est-à-dire que chaque été il y a des interdictions en volume à un moment d'utiliser l'eau,
02:44 ce qui peut se comprendre, les agriculteurs peuvent le comprendre,
02:48 mais il faut que ce soit organisé et que l'activité agricole reste encore possible.
02:54 On est dans une région, là en Occitanie, où on a pu garder des exploitations relativement petites en taille,
03:01 parce qu'elles ont justement l'irrigation,
03:04 notamment pour produire des cultures spécialisées et notamment aussi des semences,
03:11 qui demandent une technicité très élevée, mais qui demandent dans les cahiers des charges l'irrigation.
03:18 - Alors il y a une loi, la loi EGalim, qui était censée normalement garantir une meilleure rémunération des producteurs,
03:25 mais cette loi a eu paradoxalement des effets pervers, il y a des injonctions contradictoires, ça devient compliqué là.
03:32 - Alors effectivement, la loi EGalim, elle a eu quand même quelques effets positifs,
03:39 l'idée de cette loi EGalim, elle est pour mieux répartir la valeur entre les différents acteurs,
03:46 donc agriculteurs, transformateurs et distributeurs.
03:50 Sur certains secteurs, ça a eu un effet positif, par exemple pour le lait,
03:55 mais l'objectif, il était aussi de monter en gamme sur les produits globalement.
04:01 Le problème, c'est qu'il y a eu un retournement là, on a assisté à un retournement avec l'inflation,
04:07 et aujourd'hui les consommateurs, ils veulent aussi du bas de gamme, ils veulent aussi des produits moins chers.
04:13 Et là aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? La grande distribution va les chercher ailleurs, dans les pays tiers.
04:20 - Des produits qui n'appliquent absolument pas les normes imposées par Bruxelles.
04:24 - Exactement, voilà, exactement. C'est là où effectivement il y a une difficulté de compréhension du monde agricole, c'est clair.
04:32 - On le voit, la colère s'étend en Europe, est-ce que l'on peut dire que les revendications finalement sont les mêmes,
04:38 que ce soit en Pologne, en Allemagne, en Espagne, ou pas ?
04:42 - Alors non, déjà il faut bien voir qu'on est à l'approche des élections européennes.
04:49 Donc on peut aussi se dire que toutes ces manifestations, elles ont un objectif d'être entendues au niveau de l'Europe.
04:57 Il faut bien toujours penser que la PAC, c'est 33% du budget global de l'Union Européenne,
05:02 et que l'agriculture européenne est régie par l'Union Européenne.
05:07 Donc la pression elle est là aussi, il ne faut pas l'oublier.
05:10 Après les raisons de la colère au départ ne sont pas les mêmes.
05:15 En Pologne, c'est parce qu'on a ouvert les frontières pour pouvoir faire rentrer les céréales dans l'Union Européenne,
05:23 parce que les Ukrainiens ne peuvent plus passer par la mer Noire.
05:27 Du coup, ces céréales ont complètement déstabilisé le marché européen,
05:33 alors qu'il faudrait qu'elles ne fassent que transiter pour aller vers les consommateurs,
05:39 les acheteurs de grains ukrainiens, qui sont situés plutôt, on va dire, en Afrique subsaharienne,
05:49 et puis l'Egypte, le Maghreb.
05:53 Donc là il y a un problème. L'Allemagne, c'est les carburants.
05:56 Clairement c'est le problème des carburants, de l'énergie.
05:59 Les Pays-Bas, c'est l'azote, avec une diminution du cheptel qui a été imposée
06:03 parce qu'ils ont des très grandes exploitations et qu'il y a un gros problème nitrate.
06:07 Vous voyez, donc les causes sont différentes.
06:09 - Bien compris. Merci beaucoup Nicole Ouvrard, ingénieure agronome et directrice déléguée de l'agence Agra.
06:16 - Alors, dans un instant, RTL midi, votre vie, j'arrête de râler.
06:19 Ça fait peut-être partie de vos bonnes résolutions de 2024.
06:23 Plus simple à dire qu'à faire, on en parle dans un instant.
06:26 - Vous ne râlez jamais. Vous n'avez un caractère en or.
06:30 - Oui, oui, qu'avec vous. - A tout de suite.
06:32 Votre avis compte. Venez l'exprimer sur RTL au 30210.
06:36 [SILENCE]
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