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00:02 RTL midi.
00:04 Agnès Bonfillon, Éric Brunet.
00:06 Alors la FNSEA, qui est le premier syndicat agricole français,
00:10 communiquera ce soir une quarantaine de revendications claires, Agnès.
00:15 Unes revendications pour lesquelles les réponses doivent être immédiates.
00:18 La première fédération le précise.
00:22 Bonjour Pascal Canfin.
00:23 Bonjour.
00:24 Vous êtes député européen au sein du groupe Renaissance,
00:27 président de la commission environnementale du Parlement.
00:30 Et c'est à ce titre d'ailleurs qu'on vous présente comme l'artisan du Green Deal,
00:35 ce pacte vert qui regroupe depuis 2020 toute une série de législations environnementales.
00:41 Autrement dit, ce contre quoi les agriculteurs protestent aujourd'hui en très grande partie.
00:47 Trop de normes, nationales, européennes, commerciales, environnementales.
00:50 Comprenez-vous d'abord, Pascal Canfin, la colère des paysans ?
00:54 Bien sûr, je comprends leur colère qui a des raisons très très différentes.
01:01 Quand les agriculteurs disent que c'est inacceptable que les aides de la PAC,
01:05 de la politique agricole commune, soient versées par les régions françaises,
01:09 puisque ce sont les régions qui les versent systématiquement en retard,
01:13 ils ont raison, mais ça n'a rien à voir avec les normes environnementales.
01:16 Quand ils disent un dossier PAC, dossier politique agricole commune,
01:20 à remplir, c'est l'horreur. Ils ont raison, il suffit de passer 10 minutes devant un dossier PAC, c'est l'enfer.
01:26 Mais ce n'est pas la norme elle-même, c'est l'administration de la norme.
01:30 C'est la façon dont on la met en œuvre dans les dossiers administratifs.
01:35 Et donc il y a des choses très très très différentes dans la colère des agriculteurs.
01:39 Il ne faut pas la caricaturer, il ne faut pas l'instrumentaliser, comme certains le font,
01:45 à six mois des élections européennes, pour se centrer uniquement sur une cause
01:49 qui serait la cause unique, qui serait les normes environnementales européennes,
01:52 dont je rappelle qu'aucune d'entre elles, aucune, n'est entrée en vigueur au moment où on parle.
01:58 C'est là que vous parlez d'instrumentalisation ?
02:01 C'est là où je parle d'instrumentalisation.
02:03 On voit Jordan Bardella qui a acheté des bottes toutes neuves et qui va à la ferme,
02:07 et qui dit que c'est scandaleux.
02:09 Mais je rappelle que les seules normes qui sont entrées en vigueur aujourd'hui,
02:13 au moment où on parle dans le cadre du pacte vert, c'est la réforme de la politique agricole commune,
02:17 ce qu'on appelle le verdissement de la PAC.
02:20 Eh bien, il se trouve que les Républicains et le Rassemblement National ont voté ces normes à Bruxelles,
02:27 et aujourd'hui, de manière totalement hypocrite, ils les dénoncent dans les cours de ferme.
02:32 Alors on a un petit peu de mal à suivre, nous comme les auditeurs, la Pascale Confin,
02:36 parce qu'on se dit que les syndicats agricoles nous racontent n'importe quoi ?
02:40 Non, ils ne racontent pas n'importe quoi.
02:42 Simplement, la colère est multiple.
02:45 Elle est par exemple liée au sujet que je viens d'évoquer,
02:49 le paiement systématiquement ou quasiment systématiquement en retard des aides.
02:53 Ça n'a rien à voir avec l'Europe, mais je peux vous dire que c'est particulièrement énervant,
02:57 et personne, ni vous ni moi, n'aimeriez voir son salaire versé avec trois mois de retard.
03:03 C'est ce qui se passe aux agriculteurs pour les aides de la PAC.
03:05 Mais il y a aussi des sujets géopolitiques, l'Ukraine.
03:08 Ça a totalement déstabilisé certaines filières agricoles.
03:12 Par exemple, la filière volaille.
03:14 Aujourd'hui, 50% des poulets sont importés d'Ukraine.
03:17 Avant, ce n'était pas le cas.
03:19 Pourquoi ? Parce qu'on a, en solidarité avec les Ukrainiens, et c'est normal,
03:23 baissé les droits de douane pour que leur économie puisse survivre dans un contexte de guerre
03:28 au nom de nos valeurs et au nom de l'esprit européen.
03:31 C'est normal de l'avoir fait.
03:33 Mais objectivement, ça déstabilise la filière poulet-volaille française.
03:38 Et donc, il faut qu'on arrive à trouver le bon compromis,
03:41 et on est précisément en train d'y travailler avec la Commission européenne,
03:44 entre la nécessaire solidarité avec l'Ukraine
03:47 et le fait de mettre des garde-fous pour éviter la déstabilisation de cette filière.
03:52 Alors, quand vous nous parlez de ces produits importés,
03:55 notamment d'Ukraine, vous citiez cet exemple dans la filière volaille,
03:58 ces produits importés moins chers, qui ne sont pas soumis aux mêmes normes,
04:02 on peut en parler.
04:04 Comment fait-on ? Parce qu'on a l'impression qu'on dit aux consommateurs,
04:06 c'est à vous de prendre vos responsabilités,
04:08 de défendre finalement les agriculteurs français.
04:11 En période d'inflation, on sait que ce n'est pas toujours évident.
04:15 Absolument. Donc chacun doit prendre sa part de l'effort.
04:18 Nous, nous nous battons, la France et nous au Parlement européen,
04:23 pour obtenir ce qu'on appelle les clauses miroirs.
04:26 Les clauses miroirs, c'est simple, c'est si un produit, par exemple un pesticide,
04:30 est interdit en Europe, alors ceux qui sont fabriqués en dehors d'Europe,
04:35 avec ce même pesticide qui reste autorisé ailleurs,
04:38 par exemple au Brésil ou en Thaïlande, ne doivent pas pouvoir entrer en Europe.
04:42 Ces clauses miroirs, on se bat et on est en train, progressivement,
04:46 secteur après secteur, culture après culture, de les gagner.
04:49 Je donne un exemple, les néonicotinoïdes,
04:52 ces pesticides qui ont été utilisés, qui le sont encore un peu sur les betteraves,
04:56 ont continué à importer des produits faits avec les mêmes néonicotinoïdes,
05:01 interdits en Europe. Depuis le 1er janvier 2023, c'est fini.
05:05 Mais pourquoi ça prend tant de temps ? Parce qu'à l'enfin, ça semble si logique.
05:09 Je suis d'accord, ça prend du temps. Pourquoi ?
05:11 Exactement pour la raison que vous avez dite vous-même au départ.
05:14 C'est-à-dire que si demain, on ferme à toutes nos importations brésiliennes,
05:18 thaïlandaises, ukrainiennes, argentines, etc.,
05:21 parce qu'elles ne respectent pas les mêmes normes,
05:23 et qu'on aurait une mesure, une sorte de mesure coup-près,
05:26 on a un réel problème d'approvisionnement.
05:28 Et je pense que les mêmes Français qui disent "c'est pas normal",
05:31 et ils ont raison, si demain, il y avait la moitié de viande en moins dans les étals,
05:35 ils ne trouveraient pas ça normal non plus.
05:37 Et donc, on est obligés de naviguer dans ce champ de contraintes.
05:40 C'est ça la beauté, la complexité de la politique.
05:42 C'est d'être capable d'aller progressivement, secteur après secteur,
05:46 vers des clauses miroirs extrêmement clairs.
05:48 Et en même temps, il faut le faire dans des conditions économiques
05:50 qui font que pour les consommateurs, que nous sommes tous,
05:52 ça ne veut pas dire des pénuries, des quotas, etc.
05:55 Et donc, on est en train d'avancer dans cette direction.
05:58 Je suis d'accord avec vous, ça prend trop de temps, on aimerait aller plus vite.
06:02 Mais je peux vous dire qu'il y a cinq ans, on était nulle part.
06:04 Et aujourd'hui, clairement, on avance dans la bonne direction,
06:06 et les agriculteurs le savent, et ils mènent ce combat avec nous.
06:09 Merci infiniment, Pascal Confin, d'avoir été l'invité de RTL midi.
06:12 Je rappelle que vous êtes député européen au sein du groupe Renaissance.
06:15 Merci.
06:16 Merci.
06:17 J'ai toujours rêvé de dire ça, Eric.
06:20 Dans un instant, c'est la fête du slip sur RTL.
06:23 Allons bon.
06:24 À tout de suite.
06:25 Eric Brunet et Agnès Bonfillon.
06:27 ♪ ♪ ♪ RTL.
06:29 Merci à tous !
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