00:00 Donc ça, je trouve ça très préoccupant qu'on se dise "bon ben, de toute façon,
00:04 j'ai la possibilité de passer en 49.3 et les représentants de la nation qui sont une
00:10 autre n'ont plus voix au chapitre, ne discutent plus, ne débattent plus, ne votent plus".
00:15 Bonjour à tous, bienvenue.
00:17 Aujourd'hui, on est le 8 décembre.
00:18 On s'est dit que c'était le moment de faire le bilan calmement, de se remémorer
00:24 chaque instant de cette année politique.
00:25 Du coup Lilian, qui est le rédacteur en chef adjoint du service France chargé de la politique.
00:30 Pour toi, c'est quoi le mot qui définit l'année politique 2023 en un mot ?
00:38 Immature.
00:39 C'est une année immature de nos responsables politiques parce que nos institutions sont
00:44 faites pour qu'il y ait une majorité absolue, que le président gouverne avec un ou une
00:49 première ministre qui a une majorité à l'Assemblée nationale et là, ce n'est
00:53 pas le cas.
00:54 On pourrait penser que dans une Assemblée nationale où il n'y a pas de majorité,
01:00 on est des groupes politiques qui se parlent, des ministres qui essaient de trouver des
01:05 accords, des compromis.
01:06 Et en fait, on se rend compte, et on le voit encore là avec le projet de la migration
01:11 qui arrive, que ce n'est que des jeux de dupe, qu'il n'y a pas une vraie volonté
01:16 du gouvernement au départ de trouver un accord politique, il n'y a pas aucune volonté
01:20 des oppositions de trouver un compromis ou des compromis avec le gouvernement.
01:26 Les opposants se disent "de toute façon, Emmanuel Macron ne se représentera pas, donc
01:33 pourquoi on va aller l'aider ? On va plutôt penser au coup d'après".
01:36 Donc c'est ce que je disais en début d'émission, c'est qu'on a Emmanuel Macron assez démonétisé
01:43 et des oppositions qui n'ont aucun intérêt à lui faire des cadeaux, et notamment les
01:50 Républicains qui est le parti, on va dire, le plus proche du programme défendu par Emmanuel
01:57 Macron, n'ont aucun intérêt à venir l'aider.
02:03 Donc sur beaucoup de textes, ils arrivent à trouver des accords et des votes parce
02:08 que c'est des textes mineurs, c'est pas des textes qui engagent vraiment l'avenir
02:15 du pays.
02:16 C'est d'abord sur les retraites, puis ensuite sur le budget, là on le voit sur
02:20 l'immigration, à la fin on n'a pas d'accord et de responsables politiques qui, comme
02:27 dans d'autres pays où il y a cette culture-là, se mettent autour d'une table, décident
02:32 d'un programme de coalition en disant "nos idées sont celles-ci, vos idées sont celles-ci,
02:38 on peut s'entendre sur tout ce programme-là et on va gouverner à partir d'une partie
02:45 de notre programme, d'une partie du vôtre, pour ensuite être ensemble au gouvernement
02:51 et à l'Assemblée nationale.
02:52 Et puis que les textes soient tout simplement débattus, c'est ça le fond du problème,
03:00 c'est que là les textes les plus importants sont quasiment pas débattus, ils arrivent
03:06 à un stade où le gouvernement utilise un 49.3 presque dès le début.
03:09 Là, il y a eu certains moments, notamment sur le projet de loi de financement de la
03:13 sécurité sociale, où deux heures de ce qu'on appelle la discussion générale, au
03:20 début où le gouvernement et chaque groupe politique s'expriment une seule fois, et
03:26 puis on a vu Élisabeth Borde monter à la tribune de l'Assemblée nationale, engager
03:31 la responsabilité de son gouvernement au titre de l'article 49.3 de la Constitution,
03:35 et c'est tout.
03:36 Donc on n'a pas discuté du financement des EHPAD, on n'a pas discuté du financement
03:42 de la protection sociale comme on devrait le faire.
03:45 Et ce serait une année que la situation se présenterait, sauf que là on en a pour 5
03:52 ans.
03:53 Pendant 5 ans, on ne va pas discuter, on ne va plus discuter et plus voter sur les articles
03:58 qui concernent le projet de loi de financement de la sécurité sociale, et c'est un peu
04:04 le cœur de ce qui fait notre quotidien, ce qui fait la politique.
04:09 La politique au départ c'est voter le budget d'une nation, c'est ce qui fonde un peu
04:16 notre démocratie.
04:18 Donc ça je trouve ça très préoccupant qu'on se dise "bon bah j'ai la possibilité de
04:23 passer en 49.3 et les représentants de la nation qui sont les nôtres n'ont plus voix
04:30 au chapitre, ne discutent plus, ne débattent plus, ne votent plus".
04:32 Au sein du camp présidentiel, il y a un homme politique qui, les années précédentes,
04:38 était super présent, qu'on entendait partout et qui là, en tout cas j'ai l'impression,
04:43 on entend beaucoup moins, c'est notre président Emmanuel Macron.
04:45 Il a du mal à trouver sa place Emmanuel Macron, il essaye, il essaye par des initiatives,
04:52 on va dire un peu cavalières sur le plan international au moment de la guerre à Israël
04:57 à Mass, quand il est allé à Tel Aviv pour marquer son soutien à Israël, il a sorti
05:07 de son chapeau une coalition internationale contre le Hamas qui n'était même pas prévue
05:13 par les services du Quai d'Orsay, des affaires étrangères, donc ça a surpris tout le monde
05:19 et ça a fait flop.
05:20 Sur le plan intérieur, il a sorti ce qu'on a appelé les rencontres de Saint-Denis, c'est
05:24 à dire qu'après les émeutes, pour essayer de retrouver du commun, de l'unité.
05:29 Là on parle des émeutes qui se sont déroulées après le décès de Nahel.
05:32 Donc il a réussi à faire venir vraiment de Jordane Bardella du Rassemblement National
05:38 à Manuel Bompard de la France Insoumise, à les rassembler à Saint-Denis, à rester
05:46 avec eux jusqu'à 3h du matin, donc à un peu scénariser cette longue, très longue
05:52 discussion.
05:53 Il les a convoqués une deuxième fois et cette deuxième fois il y a eu Manuel Bompard
05:58 a dit "je n'irai pas participer à cette comédie", Olivier Faure, lui ne voulait
06:02 pas se prêter à ce jeu là.
06:03 Et même Eric Ciotti n'était pas présent alors qu'il réclamait un référendum sur
06:11 l'immigration.
06:12 C'est aussi immature, c'est à dire qu'on a des responsables politiques qui font de
06:16 la petite politique à des moments donnés où on devrait respecter aussi la fonction
06:20 du président de la République, se rassembler, dire non on est d'accord, pas d'accord.
06:25 Donc ça c'est sur la forme et Emmanuel Macron sur le fond il contourne le Parlement, il
06:31 a un problème au Parlement, il n'a pas de prise sur ce qui est en train de se passer
06:35 au Parlement donc il essaie de trouver un autre sénacle pour essayer de piéger ses
06:42 adversaires et de faire ce qu'on appelle dans notre jargon de journaliste politique
06:46 de la popole, à des moments donnés où on attend du président de la République qui
06:51 est une ligne, un cap de vraies propositions qui sont mises sur la table en disant "j'ai
06:57 vu que dans le programme du Parti Socialiste il y avait cette proposition là sur les salaires,
07:02 et ben banco je la reprends, je vais demander à ce que mon gouvernement la défende au
07:06 sein de l'Assemblée Nationale pour essayer de créer des coalitions au sein de l'Assemblée
07:11 Nationale et pas des petits jeux d'appareils en dehors.
07:14 Après une année 2023 où il n'a pas de majorité absolue comme on le disait, où
07:19 la compétition pour l'élection présidentielle de 2027 commence déjà, Emmanuel Macron
07:25 il se sent, est-ce qu'il a peur ? Il a peur de rater sa sortie, ou en tout cas
07:34 ce moment qui est pour un président de laisser une trace dans l'histoire de France.
07:40 Il a deux peurs, il a peur de ce qu'on appelle la chiracisation, c'est-à-dire un peu ce
07:46 qu'on a vécu sous le deuxième mandat chirac entre 2002 et 2007, d'avoir un président
07:53 qui ne réforme plus, qui regarde de loin la compétition s'organiser pour prendre
08:01 sa suite, à l'époque c'était entre Nicolas Sarkozy et Dominique Deville-Pas, et il a
08:06 peur d'autre chose, c'est la hollandisation, c'est-à-dire d'un président si impopulaire
08:11 qu'il ne pourrait plus gouverner, qu'il ne pourrait plus rien faire, où il y aurait
08:15 des frondeurs parmi son propre camp qui l'empêcherait aussi d'avancer.
08:19 C'est pour ça que sur le texte immigration, par exemple, le choix a été fait de maintenir
08:25 unie la majorité et d'éviter d'avoir une aile gauche qui se sépare du cœur du groupe
08:38 majoritaire, donc ça c'est important pour lui.
08:42 Et il voulait en objectif numéro un rester, être reconnu comme le président qui a relancé
08:49 l'économie française, il voulait rester comme le président qui a sorti la France
08:57 du chômage de masse, et donc est arrivé à ce que lui appelle le plein emploi, et c'était
09:03 son objectif.
09:04 Or, après des mois et des années de baisse du chômage, au troisième trimestre, le chômage
09:12 est un petit peu remonté, et les perspectives sont que le taux de chômage va continuer
09:16 à augmenter.
09:17 Donc il a cette crainte qu'on dise qu'il a échoué sur la question économique et sociale
09:24 qui était le cœur du macronisme.
09:28 On a vu évidemment cette notion que cette année à l'Assemblée nationale, il y avait
09:33 une forme, c'était la politique au ralenti, en tant que chef du service politique de libération.
09:40 Comment est-ce que tu te sens pour les quatre années à venir, avant la prochaine édition
09:44 présidentielle ?
09:45 Bonne question.
09:46 Ça va être long, et en même temps ça va être passionnant, parce que ce que je disais
09:51 tout à l'heure, on ne sait pas ce qu'il se passe en politique.
09:53 Il peut y avoir des chocs externes, on ne pensait pas que la guerre allait revenir sur
09:59 le sol européen de cette manière-là, on ne pensait pas que la guerre en Israël allait
10:04 aussi reprendre cette intensité-là.
10:07 Ça a un choc sur notre politique.
10:11 Ce qui s'est passé entre Israël et le Hamas a eu des conséquences sur la gauche, on peut
10:19 le dire.
10:20 Une des conséquences de la guerre, c'est l'éclatement de la Nupes.
10:23 Aujourd'hui, fin 2023, on peut tirer cette conclusion-là.
10:28 Donc, il peut se passer beaucoup de choses.
10:33 L'émergence de groupuscules d'extrême droite radicale.
10:37 Le Front Populaire en 1936, il se matérialise en réaction aux ligues fascistes du Cifle
10:52 Union 34 et de la peur de voir l'Assemblée Nationale envahie par les fascistes.
11:00 Donc, il peut y avoir des faits de société qui ont des conséquences politiques.
11:09 Et 4 ans, c'est très long.
11:10 4 ans, c'est très très long.
11:12 On va vivre une période électorale avec les élections européennes.
11:15 On va vivre une longue période sans élection, parce qu'il n'y aura pas d'élection en
11:20 2025.
11:21 Il y aura une élection municipale en 2026 et une élection présidentielle en 2027.
11:24 Est-ce qu'Emmanuel Macron proposera un référendum à un moment donné ? Est-ce qu'il y aura
11:32 d'autres pays de l'Union Européenne qui décideront de quitter l'Union Européenne ?
11:34 On n'en sait rien.
11:35 Donc, tout ça fait que ça aura des conséquences dans la politique française.
11:39 Et c'est ce qui fait qu'on fait beaucoup d'analyse et on se dit que ça va être long,
11:43 puisque la situation politique a peu de raisons de changer.
11:46 Et tout d'un coup, un événement qu'on n'aurait pas prévu vient transformer la
11:54 situation politique de notre pays.
11:55 Merci.
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