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00:21 - Ravie de vous retrouver sur Arte pour un nouveau numéro.
00:24 Je vous emmène dans le plus grand port du monde,
00:27 celui de Shanghai, construit à 100 km de la ville.
00:31 Dans ce classement, ce sont des ports asiatiques
00:34 qui occupent les premières places.
00:36 Les Etats-Unis n'apparaissent qu'en 9e position,
00:39 avec le port de Los Angeles.
00:40 L'Europe, seulement en 11e et 13e position,
00:43 avec les ports de Rotterdam et d'Anvers.
00:46 90 % du commerce mondial est aujourd'hui transporté par bateau
00:49 dans ces containers de couleurs standardisés,
00:52 élément clé de notre mondialisation.
00:55 Ces boîtes peuvent aller sur n'importe quel moyen de transport,
00:58 dans n'importe quel pays.
01:00 Pourtant, cette belle machine s'enraye.
01:03 Souvenez-vous de la période Covid,
01:05 quand les ports asiatiques étaient fermés,
01:08 et qu'on constatait en France et en Allemagne
01:11 des pénuries de produits banals, comme le papier ou le paracétamol.
01:15 Le Covid, la guerre en Ukraine,
01:17 deux crises internationales qui ont bouleversé le commerce mondial.
01:22 Et on a une tendance avec nos cartes.
01:24 Apparu à Wuhan, en Chine, en novembre 2019,
01:27 le Covid s'est rapidement diffusé à l'ensemble des pays en jaune,
01:31 poussant les gouvernements des pays qui apparaissent en rouge
01:34 à fermer leurs frontières aux personnes et aux biens.
01:38 Cette fermeture a eu conséquence de bloquer les échanges commerciaux.
01:42 Une décision lourde en répercussion pour l'économie mondiale,
01:46 une économie globalisée,
01:47 les échanges commerciaux ayant été multipliés par 60
01:51 au début des années 70.
01:53 Ce blocage des échanges, outre le manque à gagner,
01:56 a entraîné de nombreuses pénuries, aux conséquences plus ou moins lourdes.
02:01 Dans le domaine médical, tout d'abord,
02:03 où l'on a vu les Etats se livrer à une concurrence féroce
02:07 pour l'achat de masques chirurgicaux ou de paracétamol à la Chine,
02:11 devenu le principal pourvoyeur de ces produits de première nécessité.
02:15 Mais aussi dans les produits technologiques à haute valeur ajoutée.
02:20 Airbus, par exemple, qui avait décidé de faire du chinois HMC,
02:24 son seul fournisseur de gouvernail pour ses avions A350, A320 et A319,
02:29 s'est ainsi retrouvé dans une situation très délicate
02:33 avec les politiques de confinement très strictes de la Chine,
02:37 qui a mis à l'arrêt de nombreuses usines,
02:40 notamment à Shenzhen ou Shanghai.
02:43 Les conséquences sur l'économie de la pandémie de Covid
02:47 ont en effet été spectaculaires.
02:49 Les échanges de marchandises ont baissé en moyenne de 7 %
02:53 entre 2018 et 2020, avec des différences importantes
02:57 dans les régions du globe, -14 % sur le continent africain
03:01 et jusqu'à -26 % en Afrique du Nord, -6 % pour l'Asie,
03:06 mais avec des baisses de 20 % en moyenne en Asie de l'Ouest,
03:10 -7 % pour le continent américain, l'Europe et l'Océanie,
03:14 la mise en place de systèmes d'aide massive
03:17 qui ont permis à la majeure partie des pays occidentaux
03:21 de soutenir leurs économies et de lutter contre la pandémie.
03:25 Résultat, le PIB mondial a enregistré une baisse de 3 % en 2020.
03:29 Si la croissance est repartie fortement à la hausse en 2021,
03:34 avec +6 % de PIB, la situation s'est à nouveau dégradée en 2022
03:38 avec seulement 3,1 % de croissance,
03:41 et les projections pour 2023 ne sont pas plus réjouissantes,
03:45 selon le FMI, la croissance ne devrait pas excéder 3 %.
03:49 Ce marasme de l'économie et du commerce n'est pas dû qu'au Covid,
03:54 car une autre crise l'a suivi de près,
03:57 l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022.
04:01 C'est dans le domaine des énergies fossiles
04:04 et celui des céréales que l'impact de cette guerre a été le plus direct.
04:08 Et les principales victimes collatérales de ce conflit
04:13 ne sont pas les mêmes que pour le Covid,
04:16 et c'est ce qu'on va voir maintenant.
04:19 Sur le plan des hydrocarbures, c'est l'Europe qui a été la plus touchée,
04:23 car de nombreux pays de l'Union étaient très dépendants de la Russie
04:27 pour leur approvisionnement, notamment en gaz,
04:31 jusqu'à 98 % pour un pays comme la Finlande.
04:34 L'embargo décrété par la majorité des pays occidentaux contre la Russie,
04:38 3e pays fournisseur mondial de pétrole et 1er de gaz,
04:42 a fait s'envoler les prix.
04:44 Ainsi, le baril de Brent est passé de 17 dollars en avril 2020,
04:49 un cours anormalement bas lié au ralentissement de la consommation
04:53 durant le Covid, à 115 dollars en juin 2022.
04:57 Le prix du gaz en Europe est quant à lui passé de 34 euros le MWh en juin 2021
05:03 à 310 euros en août 2022, soit une augmentation de près de 1 000 % en un an.
05:10 Cette augmentation du coût de l'énergie a entraîné une hausse massive des prix
05:15 dans les pays de l'Union européenne.
05:17 +36 % entre janvier et octobre 2022, une hausse qui handicape les exportations
05:23 et fait de l'Union la grande perdante de cette guerre.
05:26 Dans le même temps, d'autres pays, à l'inverse, ont profité de cette situation.
05:31 Les 13 membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole
05:36 ont changé des recettes record en 2022, 907 milliards de dollars
05:40 contre seulement 320 en 2020.
05:42 Les Etats-Unis sont également grands gagnants avec leur gaz naturel liquéfié
05:47 qui remplace en grande partie le gaz naturel russe.
05:50 La Chine et l'Inde sont devenus les principaux débouchés du pétrole russe.
05:56 La Chine, principalement pour sa consommation personnelle,
05:59 l'Inde, et elle n'est pas la seule à le faire,
06:02 elle permet aux Russes de déjouer l'embargo car étant elle-même exportatrice de pétrole,
06:07 elle revend sous pavillon indien du pétrole russe à différents pays peu regardants
06:12 dont certains ont pourtant signé l'embargo contre la Russie.
06:16 En résumé, le commerce des hydrocarbures se réorganise profondément.
06:21 Les principaux bénéficiaires du conflit russo-ukrainien
06:25 étant la Norvège, le Qatar, l'Azerbaïdjan, les Etats-Unis
06:29 ont augmenté leurs exportations vers l'Union européenne
06:32 tandis que la Russie a trouvé de nouveaux débouchés vers la Chine et l'Inde.
06:38 Parmi les grands gagnants de cette histoire,
06:41 il y a bien sûr et surtout les majeurs pétroliers tous occidentaux.
06:45 En 2022, ils ont enregistré un bénéfice record de 182 milliards de dollars.
06:50 L'autre impact majeur de la guerre en Ukraine concerne le marché des céréales.
06:57 Car avant la guerre, la Russie et l'Ukraine étaient deux des principaux exportateurs mondiaux
07:02 de blé, d'orge et de maïs.
07:05 L'impossibilité pour l'Ukraine d'exporter une grande partie de sa production de céréales
07:09 a entraîné une hausse des prix considérable
07:12 dans une conjoncture déjà tendue par le Covid
07:15 et de graves sécheresses dans d'autres pays producteurs.
07:19 Alors qu'entre 2020 et 2021, l'index FAO du prix des céréales
07:23 était déjà passé de 100 à 140,
07:26 il a grimpé en flèche à 173 en mai 2022,
07:29 soit une augmentation de 73% en deux ans.
07:32 Pour les principaux clients de l'Ukraine,
07:36 l'Egypte, l'Indonésie, le Bangladesh, les Philippines, la Tunisie,
07:39 le Maroc, la Thaïlande,
07:42 la guerre a des conséquences qui s'avèrent dramatiques.
07:45 Mais comme pour les hydrocarbures, le malheur des uns fait le bonheur des autres.
07:49 Les principaux bénéficiaires de cette réorganisation des flux céréaliers
07:53 étant la France, l'Australie, le Brésil, la Pologne, le Royaume-Uni
07:57 ou encore le Paraguay.
08:00 Alors évidemment, ces deux crises consécutives sans précédent
08:03 ont des conséquences importantes sur l'organisation du commerce mondial.
08:07 De nouveaux flux sont apparus, tout comme de nouvelles alliances
08:12 et de nouveaux blocs qui dessinent un monde fragmenté
08:15 où se dressent de nouvelles barrières économiques
08:18 et où s'opère un découplage de certaines économies,
08:21 comme on va le voir maintenant.
08:23 Ce découplage s'accompagne d'un important mouvement
08:27 de relocalisation des outils de production
08:30 dans des domaines sensibles comme la santé,
08:33 dont les failles sont apparues avec le Covid,
08:36 mais aussi dans le domaine de l'agroalimentaire,
08:39 l'électronique et des composants essentiels à l'industrie
08:43 et aux télécommunications.
08:46 Un mouvement de relocalisation particulièrement massif aux Etats-Unis
08:49 a décidé de consacrer 52 milliards sur les 10 ans à venir
08:52 pour maîtriser sur son sol la fabrication de semi-conducteurs
08:55 qui viennent actuellement principalement de Taïwan,
08:59 pays dont la sécurité est menacée par Pékin.
09:02 Parallèlement à cette volonté gouvernementale,
09:05 les grandes firmes américaines comme Apple
09:08 opèrent des relocalisations massives de leur production
09:11 de la Chine vers l'Inde, le Vietnam ou le Brésil.
09:15 En Europe, les Etats-Unis ont aussi
09:18 une même logique de désengagement de la Chine
09:21 et se lancent dans une course effrénée
09:24 aux relocalisations et aux giga-usines
09:27 de composants électroniques ou de batteries électriques.
09:31 Pour contrer ces retraits et ces manques à gagner,
09:34 la Chine renforce ses liens avec la Russie,
09:37 tout en cherchant à se substituer à elle
09:40 dans les républiques d'Asie centrale.
09:43 Mais elle se rapproche un peu plus encore d'Etats amis
09:47 comme le Turquie, l'Arabie saoudite ou le Koweït.
09:50 Ces rapprochements ont pris une forme très concrète
09:53 à la fin de l'été 2023 à Johannesbourg, en Afrique du Sud,
09:56 avec l'élargissement des BRICS qui accueilleront
09:59 en janvier 2024 dans leur rang l'Argentine, l'Égypte,
10:03 l'Iran, l'Éthiopie, l'Arabie saoudite et les Émirats.
10:06 Un nouveau pôle non aligné qui représentera
10:09 45 % de la population mondiale
10:12 et le quart du PIB de la planète.
10:16 Ces nouveaux BRICS sont encore loin derrière les pays du G7
10:19 en termes de richesse. Ils l'étalonnent pour le commerce,
10:22 6 260 milliards de dollars d'exportation
10:25 pour les premiers, contre 7 000 pour les seconds.
10:28 Un poids économique qui pousse les BRICS
10:31 à vouloir se désengager de l'indexation
10:35 de la plupart des transactions commerciales sur le dollar.
10:38 Si le Premier ministre indien Narendra Modi
10:41 se réjouit du multipolarisme du monde à venir,
10:44 on peut s'interroger sur le déséquilibre
10:47 à l'intérieur de ce nouveau bloc dominé par la Chine
10:51 et sur le peu de cas que font la majorité de ses membres
10:54 de la question démocratique.
10:57 A la fin de l'été 2023, le journal "Les Echos"
11:00 rapportait que le FMI s'inquiétait d'un triplement
11:03 des barrières commerciales depuis 2019.
11:07 Conséquence, si les échanges commerciaux diminuent
11:10 et que les barrières augmentent, la croissance mondiale
11:13 finira par être durement touchée.
11:16 Le journal citait l'OMC, s'inquiétant d'une économie mondiale
11:19 qui semblerait être en train de se dissocier
11:23 en 2 blocs commerciaux autonomes sur fond de bras de fer
11:26 sino-américains. Le risque ? Une politisation des échanges.
11:29 En clair, je ne commerce qu'avec ceux qui partagent mes valeurs
11:32 pouvant déboucher sur la fin d'un commerce libré ouvert.
11:35 Et pour aller plus loin,
11:39 ce livre de référence d'un historien de l'économie,
11:42 Robert C. Allen, "Introduction à l'histoire économique mondiale",
11:45 aux éditions "La Découverte".
11:48 Ainsi s'achève ce nouveau numéro du "Dessous des cartes".
11:51 Je vous donne rendez-vous sur Arte.tv pour l'ensemble de nos vidéos.
11:55 A bientôt.
11:56 france.tv access
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