00:00 ...
00:01 -Bismart.
00:02 -C'est l'interview de la semaine avec Renan Grossiak,
00:06 secrétaire général de l'ADIAF.
00:08 Merci d'être avec nous. -Bonjour, Sybille.
00:10 -L'ADIAF, c'est l'association pour la diffusion internationale
00:14 de l'art français qui décerne le prix Marcel Duchamp.
00:17 Celui-ci a été remis il y a quelques jours à Tariq Kiwanson.
00:20 Est-ce que vous pouvez nous rappeler
00:22 quelle est la mission de l'ADIAF ?
00:24 -Oui, la mission, c'est de soutenir la scène française
00:28 à l'international, en particulier à l'international.
00:31 Par scène française, on entend tous les artistes
00:35 qui vivent et travaillent en France.
00:38 L'axe principal, c'est bien sûr le prix Marcel Duchamp,
00:41 mais c'est peu connu.
00:42 Une des activités fortes de l'ADIAF,
00:45 c'est aussi d'organiser des expositions
00:47 en partenariat avec des institutions à l'international.
00:50 Il y a le soutien régulier depuis le démarrage du Centre Pompidou,
00:54 qui expose régulièrement les finalistes du prix Marcel Duchamp,
00:59 mais il y a une demi-douzaine d'expositions à l'étranger
01:02 chaque année, qui permettent de diffuser
01:04 les oeuvres de la totalité des finalistes
01:07 depuis le début du prix Marcel Duchamp,
01:09 c'était déjà l'année 2000.
01:11 On est à plus d'une centaine de finalistes
01:13 qui sont régulièrement réexposés.
01:15 -Et l'association, qui sont les personnes, les membres ?
01:19 -Il y a 350 collectionneurs et messères
01:22 qui sont des adhérents.
01:24 Ce sont des collectionneurs d'art contemporain,
01:27 les adhérents du prix Marcel Duchamp,
01:29 ce sont elles et eux qui soutiennent financièrement le prix.
01:33 Et le prix est possible, évidemment,
01:35 grâce aussi à des partenaires privés, des entreprises.
01:39 Vous avez cité tout à l'heure Artprice,
01:41 c'est un des partenaires,
01:42 le Comité professionnel des galeries d'art en est un autre,
01:45 Catawiki, pour la jeune scène émergente.
01:48 Nos partenaires sont clés
01:50 et nous accompagnent depuis le début
01:52 dans l'organisation du prix Marcel Duchamp.
01:55 -Et pour devenir membre, il faut être collectionneur,
01:58 est-ce la principale... -Oui, c'est la seule condition.
02:01 -La seule. -C'est-à-dire avoir déjà son oeil
02:03 sur ce monde de l'art contemporain.
02:06 Ca va déterminer un peu après les conditions
02:08 du prix Marcel Duchamp.
02:11 -Oui, avec quand même un élément,
02:14 c'est que chacun peut avoir un oeil neuf sur l'art contemporain.
02:18 Il n'y a pas d'ancienneté requise,
02:21 on est très attaché à régulièrement renouveler
02:23 les adhérents, adhérentes,
02:26 à accueillir les nouvelles générations
02:28 et on peut être collectionneur d'art contemporain
02:31 à des niveaux de prix très raisonnables,
02:33 notamment en collectionnant les artistes émergents,
02:36 en démarrant par exemple avec des éditions,
02:38 en démarrant par exemple avec des lithographies.
02:41 Donc le terme "collectionneur" n'est pas forcément réservé
02:44 à des personnes qui auraient des moyens financiers importants.
02:48 -Oui, c'est plus le regard qui est important.
02:50 Et le prix Marcel Duchamp,
02:52 qu'est-ce que vous avez voulu mettre en lumière
02:55 à travers ce prix ?
02:56 -Alors, l'idée de démarrage
03:00 du fondateur de la DIAF
03:02 et le créateur du prix Marcel Duchamp, Gilles Fouques,
03:05 était de soutenir, grâce au prix, la scène française
03:09 en lui apportant une visibilité additionnelle.
03:12 Lorsque le prix a été créé, au début des années 2000,
03:16 la scène française n'avait pas la visibilité qu'elle a aujourd'hui.
03:20 Le prix a été probablement la première grande création
03:25 qui était effectuée avec un total esprit d'équipe.
03:29 Les collectionneurs étaient les premiers soutiens
03:32 des artistes dans ce prix,
03:34 mais très tôt, il y a eu la volonté de s'associer
03:37 à une institution publique de renommée,
03:39 le Centre Pompidou, qui nous a accompagnés
03:41 depuis le démarrage et qui expose maintenant
03:44 la totalité des finalistes.
03:45 Être accompagnés aussi des galeries,
03:48 ça a toujours été important pour nous,
03:51 et d'un certain nombre d'entreprises privées mécènes.
03:54 Donc, dès le départ, le prix a été créé avec la volonté
03:58 d'en faire un vrai partenariat public-privé
04:01 rassemblant l'ensemble des acteurs de la scène française.
04:04 Ça a été une vraie initiative
04:08 dans le domaine précurseur
04:11 et qui a accompagné les évolutions très positives
04:14 de la scène française depuis maintenant 20 ans.
04:16 -Est-ce que vous pouvez nous raconter
04:18 comment se passe la sélection des artistes
04:23 jusqu'au lauréat ?
04:25 -Alors, c'est un process intéressant
04:28 parce qu'au sein des grands prix internationaux
04:31 d'art contemporain, c'est probablement
04:33 le process le plus long.
04:35 Et la longueur de ce processus, qui est sur plus d'un an,
04:39 est aussi une des conditions de sa qualité.
04:43 Et aussi, c'est un des moyens d'éviter les conflits d'intérêts.
04:47 -C'est tout ce qu'on pourrait se dire
04:49 à travers une association de collectionneurs
04:52 qui vont choisir des artistes.
04:53 -Et vous verrez que les collectionneurs
04:56 prennent du recul au fur et à mesure
04:58 qu'avance le processus et donnent les clés à d'autres.
05:02 C'est ça qui est extrêmement intéressant.
05:04 C'est un processus en six étapes.
05:06 La première étape, ce sont les visites d'ateliers.
05:09 Les adhérents de la Diaf rencontrent
05:11 à peu près une centaine d'artistes chaque année.
05:14 Ensuite est établie une liste d'artistes
05:16 qui ont une visibilité importante à l'international,
05:19 soit par leur présence en biennale d'art à l'international,
05:23 en institutions internationales, on arrive à environ 70 noms.
05:26 Ensuite, on aboutit au vote des adhérents-adhérentes.
05:29 Les adhérents-adhérentes sont totalement libres de leur choix.
05:32 Ils définissent quatre noms et, à partir de leur vote,
05:37 on réduit la liste à une quarantaine de noms d'artistes.
05:41 Cette étape se poursuit ensuite avec un comité de sélection.
05:46 Le comité de sélection, c'est une douzaine de membres de la Diaf
05:49 qui changent chaque année pour assurer là aussi...
05:52 -Plus de partialité.
05:53 -Plus, effectivement, d'impartialité,
05:55 pour éviter des proximités qui pourraient exister.
05:59 Et les adhérents qui sont nommés pour être membre
06:02 de ce comité de sélection ne doivent pas être professionnels,
06:06 marchands du monde de l'art.
06:07 Ca ne peut pas être des galeristes, des art-advisers, etc.
06:11 Ensuite, on aboutit à l'exposition, en elle-même, des quatre finalistes,
06:16 puisque ce comité de sélection définit les quatre finalistes.
06:19 Au sein de cette exposition,
06:20 à côté, dans les mêmes locaux du Centre Pompidou,
06:23 est organisée la séance des rapporteurs.
06:25 Ca peut être des philosophes, sociologues, historiens de l'art.
06:30 Les professions sont très variées.
06:32 Ils vont présenter chacun des quatre artistes finalistes à un jury.
06:36 C'est là la dernière étape.
06:38 Le principe est que le jury doit être extérieur à la DIAF.
06:42 -D'accord. -Il est composé
06:44 de responsables d'institutions internationaux,
06:46 de collectionneurs internationaux.
06:48 Récemment, le président Claude Bonin de la DIAF a annoncé
06:52 qu'il allait être étendu également à des artistes.
06:55 L'idée étant que les membres de la DIAF
06:58 laissent à d'autres le choix final
07:00 de l'artiste lauréat ou lauréate.
07:03 -Et après, est-ce que vous avez une visibilité
07:07 sur le suivi des artistes ?
07:09 Comment ils ont évolué ?
07:11 Le Prix Marcel Duchamp a une vingtaine d'années.
07:14 On voit comment chacun a évolué dans sa carrière.
07:17 -Oui, il y a quatre facteurs
07:19 qui permettent de faciliter les évolutions des artistes.
07:25 Le premier, il est immédiat,
07:27 c'est l'extrême relais presse-média
07:30 lié au Prix Marcel Duchamp.
07:32 C'est le prix d'art contemporain en France
07:35 qui est de loin le plus relayé.
07:37 C'est le plus relayé dans les médias européens
07:39 et dans les médias hors-Europe.
07:41 Le deuxième point, c'est le soutien de la DIAF,
07:44 tant à durée, puisque là aussi,
07:45 les adhérents s'engagent à réexposer les artistes
07:48 via des partenariats avec des institutions internationales.
07:52 C'est aussi un atout pour l'ensemble des finalistes.
07:55 Évidemment, le soutien du Centre Pompidou est clé.
07:58 Le Centre Pompidou, non seulement s'engage dans l'exposition,
08:01 mais sur le passé, a eu un vrai effort d'acquisition,
08:04 pas seulement des lauréats,
08:06 mais aussi de l'ensemble des finalistes.
08:08 C'est un des éléments déterminants
08:10 d'être présent dans une des trois grandes institutions muséales.
08:14 -Ca porte tout de suite un label d'institution.
08:17 -Il y a un élément que je garde toujours au coeur
08:20 en termes d'évolution, c'est le potentiel des artistes.
08:23 Ce processus-là, extrêmement long,
08:26 il détecte aussi des potentiels qui sont assez hors normes.
08:30 Là, c'est vraiment les artistes qui font leur carrière,
08:33 qui font leur parcours,
08:34 et les artistes ont eu une très belle progression
08:37 quand on regarde l'ensemble des lauréats,
08:40 mais aussi des finalistes.
08:41 Mais c'est avant tout leur travail,
08:43 et c'est probablement que les jurys précédents
08:47 ont assez bien identifié des potentiels.
08:49 -Merci d'avoir répondu à nos questions.
08:52 Renan Costa, vous êtes secrétaire général de l'ADIAF.
08:55 On se retrouve la semaine prochaine
08:57 pour une nouvelle édition d'Arrêt Marché.
08:59 SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
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