- il y a 3 ans
Avec Raphaël Morav, ambassadeur d'Israël en France.
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NewsTranscription
00:00 Notre invité, Raphaël Morave, qui est ambassadeur d'Israël en France.
00:03 Monsieur l'ambassadeur, bonjour.
00:05 - Bonjour Jean-Jacques.
00:06 - Merci d'être avec nous.
00:07 L'armée israélienne a intensifié ses bombardements sur Gaza,
00:12 ces derniers jours, ces dernières heures.
00:14 Israël ne lance pas son offensive terrestre sur Gaza, pourquoi ?
00:19 - Pour le moment, elle ne lance pas son attaque terrestre,
00:22 car il y a sans doute des préparatifs encore à faire.
00:26 Il y a des renseignements encore à récolter.
00:29 Et il y a la question des otages qui...
00:33 - Qui freinent l'offensive terrestre,
00:35 qui empêche aujourd'hui Israël de lancer son offensive dans Gaza.
00:40 - Empêche, je ne dirais pas, mais qui peut freiner,
00:43 et qui est un facteur qu'on doit tenir compte.
00:45 - N'y a-t-il pas des dissensions au sein du cabinet de guerre,
00:50 comme je l'ai lu dans plusieurs journaux, et notamment des journaux américains ?
00:53 - C'est fort possible, nous sommes un État démocratique,
00:56 il y a la diversité des opinions,
00:58 et ce que l'armée voit, ce n'est pas forcément ce que les politiciens voient,
01:01 et c'est normal.
01:03 - C'est normal.
01:05 Pression de Washington aussi, peut-être ?
01:07 - Peut-être.
01:08 - Peut-être aussi ?
01:09 - Peut-être aussi, oui.
01:10 - Bon, donc oui, peut-être, ça veut dire quoi ?
01:12 Ça veut dire oui ou ça veut dire non, peut-être ?
01:14 - C'est-à-dire que c'est possible,
01:16 nous sommes en forte coordination avec les Américains,
01:19 le président Biden a fait une visite en Israël il y a quelques jours,
01:23 et on tient compte des positions américaines, voilà.
01:26 C'est pas une question de pression, mais c'est une question de tenir compte
01:28 des positions de nos alliés, également de la France et d'autres.
01:31 - Alors à propos des États-Unis, je lis Barack Obama,
01:34 "Des milliers de Palestiniens morts à Gaza,
01:36 plus de 2000 enfants,
01:38 investir militairement la bande de Gaza
01:40 aggraverait la crise humanitaire,
01:42 la stratégie militaire d'Israël doit respecter le droit international,
01:46 cette stratégie pourrait se retourner contre Israël
01:49 et rôder le soutien mondial à Israël."
01:52 C'est ce que déclare Barack Obama.
01:54 Que lui répondez-vous ?
01:56 - Je répondrais que nous prenons toutes les mesures pour effectivement
02:00 ne pas tomber dans le piège du Hamas
02:02 qui souhaiterait avoir le maximum de pertes civiles,
02:05 et c'est une des raisons pour lesquelles
02:07 l'offensive militaire sur le terrain n'est pas encore exécutée,
02:11 justement c'est pour pouvoir mettre en œuvre
02:15 une opération chirurgicale, ce qu'on appelle,
02:18 et en même temps permettre la population civile
02:23 de la ville de Gaza, j'insiste,
02:26 de se retirer à 20 kilomètres,
02:29 donc c'est un peu comme Paris-Versailles,
02:31 et afin de nouveau d'éviter les pertes civiles,
02:35 et voilà, donc en fait,
02:38 je suis d'accord avec M. Obama
02:40 qu'il ne faut pas tomber dans le piège que le Hamas voudrait nous pousser.
02:44 - Oui, mais tu es des enfants à Gaza, ce qui est le cas.
02:47 - Non, alors ce n'est pas du tout le...
02:49 - Il n'y a pas d'enfants qui meurent à Gaza sous les bombes israéliennes.
02:52 - Ce que je dis, ce n'est pas l'intention,
02:55 et ce n'est pas la cible de l'armée israélienne.
02:58 - Pas que j'imagine.
02:59 - Oui, tout à fait, c'est important de le souligner.
03:02 Et même en prenant toutes les précautions,
03:05 il peut y avoir malheureusement des cas collatéraux,
03:09 et dans ce cas-là, c'est très regrettable,
03:13 et je dis bien, ce n'est pas dans notre intention,
03:15 ni dans le dynamique, d'avoir des populations...
03:18 - Des dégâts collatéraux, comme vous dites.
03:20 Couper l'eau, l'électricité, priver la population de nourriture,
03:24 et de médicaments. Est-ce se défendre ?
03:28 - Alors premièrement, il n'y a pas de problème de nourriture,
03:31 et selon le droit international,
03:34 on n'a pas l'obligation de ravitailler son ennemi.
03:36 Donc, il est hors de question qu'on va ravitailler le Hamas
03:39 d'électricité ou d'essence, qui va être utilisée bien sûr
03:42 pour leurs machines militaires.
03:46 Et la population qui s'évacue vers le sud,
03:49 elle a de l'eau, et elle a également les moyens
03:52 qui sont fournis par l'aide humanitaire.
03:54 Donc, il n'y a pas de focus.
03:56 - Est-ce que l'Israël commet des crimes de guerre à Gaza ?
03:59 - Définitivement non, certainement pas.
04:01 On se soumet au droit international,
04:03 d'une manière scrupuleuse, et ce n'est pas du tout le cas.
04:07 - Oui, ce n'est pas ce que dit le secrétaire général de l'ONU.
04:09 Vous avez vu ses déclarations, je le cite.
04:12 "Il condamne les violations claires du droit humanitaire à Gaza."
04:19 J'ai vu qu'Israël avait réagi, pas de visa pour l'ONU.
04:23 C'est cela, monsieur l'ambassadeur ?
04:25 - Écoutez, le droit international n'oblige pas à fournir
04:29 une aide humanitaire.
04:32 Le droit international exige qu'on n'empêche pas
04:35 l'acheminement d'aides humanitaires, et c'est le cas.
04:38 Israël a bien permis, on a vu même ce matin,
04:41 qu'il y a eu encore un nouveau convoi d'aides humanitaires
04:44 dans la banque de Gaza.
04:45 Donc ce que le secrétaire général dit est tout à fait faux, malheureusement.
04:48 - Est tout à fait faux, ce que vous dites, monsieur l'ambassadeur.
04:51 Mais le président Macron était en Israël,
04:55 il est aujourd'hui en Jordanie.
04:57 Il est passé par Ramallah, il a rencontré l'autorité palestinienne.
05:01 Emmanuel Macron demande des pauses humanitaires,
05:04 ou des trêves humanitaires.
05:06 Est-ce que des pauses ou des trêves humanitaires seront observées ?
05:11 - Alors je voudrais comprendre quel est le sens de trêves humanitaires.
05:14 Est-ce que cela veut dire que d'une part Israël arrête de bombarder
05:17 les cibles militaires du Hamas, mais en même temps ils peuvent continuer
05:20 à lancer des roquets d'une manière
05:23 sans distinction sur la population israélienne ?
05:26 Non, ça c'est hors de question un genre de trêve.
05:29 Si on veut parler de trêve, c'est une trêve de cessation de tout tir
05:32 des deux côtés.
05:34 Et si on parle de trêve humanitaire, il faut parler des otages.
05:38 Il y a plus de 220 otages qui sont tenus dans la bande de Gaza,
05:41 qu'on ne sait pas leur sort, qui n'ont pas eu la visite de la Croix-Rouge.
05:44 Donc si on parle d'une trêve humanitaire, c'est également,
05:46 premièrement je dirais, une visite des otages par la Croix-Rouge.
05:51 - Un cessez-le-feu est possible ou pas ?
05:53 Parce que beaucoup appellent à un cessez-le-feu.
05:56 Est-ce qu'aujourd'hui Israël est prêt à observer un cessez-le-feu à Gaza ?
06:02 - Vous devez comprendre qu'un cessez-le-feu, c'est une assurance de vie pour le Hamas.
06:05 Donc c'est hors de question. Cessez-le-feu sera quand le Hamas sera
06:08 éradiqué de la bande de Gaza et tous les autres groupes terroristes.
06:12 - Le Hamas éradiqué de la bande de Gaza ?
06:15 - C'est ce que j'ai bien dit.
06:16 - Bien. Pour éradiquer le Hamas de la bande de Gaza,
06:19 il va falloir l'envahir cette bande de Gaza.
06:21 Il va falloir entrer dans la bande de Gaza.
06:24 Et notamment à Gaza-Ville.
06:26 - C'est dans notre intention, effectivement.
06:28 - C'est l'intention d'Israël. Donc c'est clair.
06:30 - C'est clair. Oui, c'est pour ça qu'on demande à la population d'évacuer.
06:34 - Oui.
06:35 - Les otages. Les otages.
06:39 Vous avez dit 220, c'est le dernier chiffre que nous avons.
06:43 - 220, confirmé. Mais on risque d'avoir encore plus,
06:46 parce qu'il reste encore 100 personnes disparues.
06:50 Donc ils peuvent être soit otages, soit morts.
06:52 - De nombreux intermédiaires, évidemment, travaillent sur cette possible libération des otages.
06:59 J'ai vu les familles des otages qui campent à Tel Aviv,
07:05 qui sont là, qui vous demandent de tout faire.
07:10 Et de ne rien faire en même temps, militairement,
07:12 tant que les otages sont encore aux mains du Hamas.
07:15 - Alors, tout faire, c'est en fin de compte, c'est faire militairement.
07:18 Parce que si on peut relâcher les otages,
07:20 je ne crois pas que ça va faire par la bonne volonté du Hamas.
07:23 Il va falloir avoir une opération militaire pour les relâcher.
07:26 Et c'est ce que, également, les familles s'attendent.
07:31 - Que pensez-vous de la proposition d'Emmanuel Macron,
07:34 qui souhaite une coalition internationale,
07:38 à l'image de la coalition internationale contre Daesh,
07:43 qui pourrait lutter contre Daesh et contre l'État islamique,
07:46 qui pourrait lutter contre le Hamas.
07:49 Vous retenez cette idée, ou pas ?
07:51 - Ecoutez, c'est une nouvelle qui nous a un peu surpris.
07:54 - Qui a surpris tout le monde, hein ? - Oui, oui.
07:56 - Et le monde arabe. - C'est vrai, c'est vrai.
07:58 Mais ça ne veut pas dire qu'elle ne mérite pas d'être une réflexion.
08:02 - Elle n'a aucun sens ?
08:05 - Non, non, je dis qu'elle mérite une réflexion.
08:08 Parce que, d'une part, Israël s'est toujours défendu tout seul,
08:12 contre toutes les attaques, que ce soit des armées militaires des États voisins,
08:16 ou que ce soit contre le terrorisme.
08:18 Donc, de ce point de vue-là, on est capable,
08:20 et on a tous les moyens pour lutter contre le Hamas.
08:23 Mais d'autre part, le problème du terrorisme,
08:26 que ce soit l'État islamique,
08:28 ou Al-Qaïda, ou Hamas,
08:31 c'est un combat global.
08:33 Donc, il y a beaucoup de sens qu'il y ait une coalition globale
08:36 contre ce phénomène du terrorisme.
08:38 - Qu'a dit aussi Emmanuel Macron ?
08:40 La sécurité d'Israël ne peut être durable sans une relance décisive,
08:44 je dis bien décisive, le mot est important,
08:46 du processus politique avec les Palestiniens.
08:49 Est-ce que les Palestiniens ont un droit légitime à disposer d'un territoire,
08:53 d'un État en paix et en sécurité, à côté d'Israël ?
08:57 - Tout à fait, oui, oui, c'est dans les accords d'Oslo,
09:02 et on est toujours engagé dans...
09:04 - Accords d'Oslo qui ne sont pas respectés, Monsieur l'Ambassadeur.
09:07 - Ils sont toujours respectés, il y a toujours l'engagement politique.
09:10 Maintenant, la question, et c'est sa grande question,
09:12 est-ce qu'on a un partenaire pour continuer ce processus
09:14 qui a commencé en 1994,
09:16 sachant que depuis 15 ans, il n'y a pas eu d'élection dans l'autorité palestinienne,
09:21 donc il y a une question de légitimité de la classe politique palestinienne,
09:27 et surtout, tenant compte que le président Mahmoud Abbas
09:32 n'a jamais condamné les attaques du Hamas,
09:35 et d'ailleurs le président Macron l'a fait la remarque hier.
09:39 Il a bien suivi donc la question,
09:41 et est-ce qu'on a un partenaire pour la paix,
09:43 parce qu'avec telle position qu'il ne condamne pas le terrorisme
09:47 et qu'il ne veut pas se dissocier du Hamas...
09:49 - Oui, mais avoir un partenaire pour la paix, ça veut dire aussi...
09:51 - Ça ne peut pas amener à une paix.
09:52 - Monsieur l'Ambassadeur, ça veut dire aussi encourager la paix.
09:54 Or, l'État d'Israël continue sa politique de colonisation.
09:59 Est-ce que l'État d'Israël va cesser cette politique de colonisation ?
10:02 - Écoutez, nous avons prouvé dans le passé que la colonisation,
10:05 ou les colonies, ne sont pas un obstacle à la paix.
10:07 Quand il y a eu un vrai partenaire égyptien
10:10 avec lequel on pouvait signer un accord de paix,
10:12 Israël se retirait de tout le Sinaï, y compris des colonies qui étaient sur place.
10:16 On a donné la chance à la bande de Gaza en se disant
10:19 que si l'occupation c'est l'obstacle à la paix,
10:21 on va se retirer de la bande de Gaza, y compris les colonies qui étaient sur place.
10:26 Et on a vu quels résultats ça nous a amenés.
10:28 Donc ce n'est pas l'obstacle.
10:31 - Depuis le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahou,
10:34 pardon, mais les colonies...
10:36 Il y a eu expansion de la colonisation.
10:39 Vous en convenez ?
10:41 De plus en plus de colons israéliens dans la région,
10:44 vous en convenez aussi,
10:46 qui sont installés sous la pression, par exemple, des plus orthodoxes,
10:50 sous la pression aussi de nombreux Israéliens nationalistes
10:54 qui sont allés s'installer dans ces régions,
10:56 privant le peuple palestinien d'un territoire.
11:00 Non ?
11:02 - Je ne vois pas ça, les choses de telle manière.
11:05 Je dis bien, les colonies ne sont pas l'obstacle à un accord de paix.
11:08 Et nous avons aussi des revendications sur ces mêmes territoires.
11:12 Donc ce n'est pas qu'il n'y a que les revendications palestiniennes.
11:14 Et Israël va attendre 50 ans jusqu'à ce qu'il se décide...
11:18 - Pourquoi ne pas ouvrir aujourd'hui des négociations sur ces territoires-là ?
11:22 - Alors vous savez, on dit "quand les armes partent, les murs se taisent".
11:25 Et on ne peut pas maintenant, quand on est en pleine guerre,
11:28 parler d'accords politiques.
11:30 - Mais plus tard ?
11:32 - Oui, bien sûr, plus tard.
11:34 - Vous êtes prêt ? Israël est prêt à ouvrir des négociations sur ces territoires ?
11:37 - On souhaite...
11:38 - Et sur la colonisation ?
11:39 - Tout à fait, tout à fait.
11:40 La colonisation, c'est un des éléments qui doivent être discutés
11:43 pendant les accords d'acquait de paix,
11:44 comme d'autres questions, la question des frontières,
11:46 la question de Jérusalem, la question des réfugiés.
11:48 Il y a plusieurs questions.
11:49 Il y a également la question des colonies.
11:51 Oui, on est tout à fait prêt et on souhaite,
11:54 parce que notre vrai désir, c'est enfin de vivre en paix avec nos voisins.
11:58 - Mais dites-moi, le Hamas, en commettant ces atrocités,
12:01 n'a-t-il pas ramené la question palestinienne au cœur de la diplomatie mondiale ?
12:06 - Non, je ne pense pas. Au contraire.
12:08 Parce que le Hamas, ce n'est pas la cause palestinienne.
12:11 Et c'est contre l'intérêt des Palestiniens.
12:14 Les Palestiniens ne veulent pas vivre sous la terreur d'un groupe terroriste.
12:17 Et ça les met plus à l'écart, justement, d'un accord de paix.
12:24 Ce sera beaucoup plus difficile, je ne veux pas vous cacher,
12:26 de relancer un processus politique après telle atrocité.
12:29 - Oui. Raphaël Morave, est-ce que vous avez des preuves de l'implication de l'Iran
12:34 dans les massacres du 7 octobre ?
12:37 - Alors, des preuves directes sur l'implication directe du 7 octobre, non.
12:42 Ce qui est clair, et ce qu'on sait depuis des années,
12:45 et l'Iran même n'en a pas caché, c'est que c'est le fournisseur d'armes du Hamas,
12:51 c'est celui qui a mis tous les moyens financiers pour le Hamas,
12:54 c'est celui qui donne, bien sûr, le soutien politique.
12:59 Donc le lien de l'Iran et le Hamas, il est clair.
13:04 Est-ce qu'il savait la date précise ou non ?
13:06 Pour moi c'est une question secondaire, mais certainement il savait de tous ses préparatifs,
13:10 parce qu'apparemment pendant deux ans, ses préparatifs ont été...
13:14 - Est-ce que vous pensez que l'Iran a la volonté de casser les accords d'Abraham ?
13:18 Accords d'Abraham avec Bahrain, accord d'Abraham avec les Émirats Arabes Unis,
13:24 entre Israël et ses pays arabes.
13:27 Est-ce que vous pensez que l'Iran a la volonté de casser ces accords ?
13:30 - Tout à fait. L'Iran est contre toute stabilité dans le Moyen-Orient,
13:34 ils ont un programme tout à fait différent,
13:38 de faire expander le chiisme dans le Moyen-Orient,
13:44 et pour eux, toute cette normalisation de relations entre Israël et ses voisins,
13:50 notamment l'Arabie Saoudite, qui est quand même la plus grande puissance de la région,
13:53 est tout à fait contraire, et c'est une des raisons pour lesquelles ils ont donné leur aveu.
13:57 - Est-ce que les accords vont se poursuivre ?
14:00 - Les accords sont temporairement suspendus,
14:03 mais je suis convaincu que les intérêts stratégiques des pays des accords d'Abraham,
14:09 et notamment l'Arabie Saoudite, c'est de continuer cette normalisation dans notre région.
14:14 - Une autre réponse sur ce qui se passe en Syrie,
14:19 avec des bombardements israéliens sur des cibles militaires en Syrie,
14:22 vous avez l'aval des Russes ?
14:25 - Je ne sais pas si on peut dire aval, mais on a une coordination avec les Russes.
14:29 - Coordination avec les Russes. Israël a une coordination avec les Russes,
14:33 qui permettent à Israël de bombarder ses cibles civiles.
14:36 - Pas du tout civiles, de bombarder des civils...
14:39 - Pardon, civils, excusez-moi, militaires.
14:41 - Tout à fait. - Tout à fait.
14:43 - Oui, les Russes contrôlent l'espace aérien syrien,
14:46 et donc il y a une coordination pour éviter des accidents non désirables.
14:53 - Pourquoi cette coordination ? Quel est l'intérêt des Russes selon vous ?
14:57 - Il faut leur demander.
14:59 - Vous en discutez avec eux, j'imagine.
15:01 - Je viens de dire qu'on a une coordination.
15:04 - Les liens avec Vladimir Poutine sont toujours étroits ?
15:07 - Ils n'étaient jamais étroits, mais c'est un acteur qu'il faut tenir compte,
15:13 surtout parce qu'il se trouve en Syrie, donc c'est en fait à notre frontière,
15:18 et également c'est un acteur important dans la région,
15:21 et on tient compte de la Russie, bien sûr.
15:23 - Je voudrais élargir un peu le débat, monsieur l'ambassadeur.
15:27 Begin, Rabin, Sharon, de grands noms de la politique israélienne,
15:32 avaient le sentiment de la vulnérabilité d'Israël.
15:36 Est-ce que les dirigeants israéliens d'aujourd'hui
15:38 ont toujours ce sentiment de vulnérabilité ?
15:42 - Bonne question, je pense que oui.
15:45 Oui, oui, c'est dans notre nature juive également,
15:48 ce n'est pas un question seulement d'Israël,
15:50 on est vulnérable, on est toujours un petit pays,
15:53 ou une petite nation, ou une minorité si c'est dans d'autres pays,
15:58 donc la vulnérabilité toujours fait partie de notre existence.
16:01 - Mais monsieur l'ambassadeur, comment préparer une future paix,
16:05 quand dans son gouvernement, Benjamin Netanyahou a à ses côtés
16:08 deux ministres favorables à l'annexion de l'intégralité de la Palestine,
16:12 de Gaza, en passant par Jérusalem-Est ?
16:15 - Écoutez, s'il y a une vraie proposition de paix,
16:19 et une vraie possibilité, avec un interlocuteur sérieux et sincère,
16:27 pour l'inventer, je suis sûr que monsieur Netanyahou
16:29 pourra trouver l'accord malgré ses partenaires,
16:32 de la coalition actuelle, parce qu'il y aura d'autres partenaires
16:36 qui donneront... - Donc ça va bouleverser la politique israélienne ?
16:39 - Certes, bien sûr. - Évidemment.
16:41 - Évidemment. - Évidemment, d'autant plus que j'ai vu les déclarations,
16:44 notamment de responsables de partis religieux,
16:49 qui ont dit, juste avant le 7 octobre, que le Hamas est notre chance.
16:54 Je l'ai lu, vous l'avez lu aussi, comme moi.
16:57 Le Hamas est notre chance, un renforcement du Hamas
17:00 permettant de freiner tout processus de paix.
17:03 Vous avez lu ça comme moi, vous avez entendu ça comme moi.
17:06 - Et alors ? - Je vous pose la question,
17:09 que faire de ces extrémistes ?
17:12 - Vous savez, dans la politique, il peut y avoir des divergences d'idées,
17:15 et des divergences d'opinions, et bien sûr, ça fait partie d'une analyse
17:20 qui peut-être aujourd'hui... on se réalise qu'elle est erronée,
17:23 mais voilà, ça ne veut rien dire sur le futur.
17:27 Eux, ils ne croient pas qu'il y a une véritable possibilité vers une paix,
17:34 et donc, selon eux, le Hamas, c'est un élément qui va toujours bloquer tout avancé,
17:39 mais la réalité peut s'avérer différente.
17:43 - Des enquêtes seront ouvertes après la guerre,
17:46 pour déterminer toutes les responsabilités sur ce qui s'est passé en Israël, le 7 octobre ?
17:52 - Oui, sans aucun doute.
17:53 - Sur le problème du Hamas, et sur le manque de protection de la population israélienne.
17:59 - Tout à fait, tout à fait.
18:00 Premièrement, c'est les Israéliens eux-mêmes qui exigent de comprendre
18:03 comment plus de 1400 de leurs citoyens et soldats ont été morts
18:07 à une attaque qui ne devait pas avoir lieu.
18:10 - J'en reviens, est-ce que les extrémistes dont nous parlions il y a un instant,
18:14 sont parfois, les extrémistes israéliens, sont parfois des alliés objectifs du Hamas ?
18:19 - Non, je ne pense pas. Non, non, bien sûr que non.
18:23 Les extrémistes israéliens sont très différents dans le comportement,
18:27 parce qu'ils ne commettent pas des massacres, qu'ils ne commettent pas des assassinats.
18:31 Ils ont un discours politique qui dit que, en fait, dans la réalité d'où nous vivons,
18:37 les palestiniens ne veulent pas vraiment la paix avec Israël,
18:41 ils ne souhaitent qu'à anéantir Israël,
18:44 et donc on doit prendre des mesures pour être prêt à faire face
18:47 et ne pas se mettre dans des illusions de paix.
18:50 C'est un peu ça leur propos, qu'ils disent qu'en fait la paix c'est une illusion.
18:53 Bon, c'est une analyse politique que la plupart d'Israël ne partage pas, mais elle existe.
18:58 - Vous savez ce que dit le pape François ?
19:00 "La guerre est toujours une défaite."
19:02 Vous êtes d'accord avec lui ?
19:03 - Non, je ne suis pas d'accord.
19:05 Des fois le choix moral, justement, c'est de réagir avec force.
19:09 Quand il s'agit justement de barbares qui font des atrocités comme le Hamas,
19:16 se taire ou dire "je ne vais pas réagir",
19:19 c'est en fait légitimiser ce qui va se passer,
19:21 et c'est en fait inviter dans le futur proche une nouvelle attaque de ce type-là.
19:25 Et donc c'est pour ça que dans ce cas-là, il est tout à fait moral de réagir avec force et violence.
19:31 - En France, de nombreux juifs ont peur.
19:34 Vous l'entendez, j'imagine.
19:37 Vous recevez cette peur à l'ambassade,
19:41 vous sentez qu'il y a cette crainte chez les juifs en France ?
19:47 - Écoutez, j'ai rencontré les dirigeants de la communauté juive,
19:51 ils me disent qu'ils sont confiants et rassurés des fortes mesures que les autorités françaises ont prises.
19:58 Néanmoins, on sait qu'il y a plus de 300 incidents antisémites en France,
20:05 donc il y a toutes les bonnes raisons pour prendre les mesures nécessaires.
20:08 Cela ne veut pas dire qu'on ne craint pas parce qu'il n'y a pas 100% de sécurité.
20:12 - Vous sentez une forme d'antisémitisme dans une partie de la classe politique française ?
20:17 - Euh... peut-être, oui.
20:21 - C'est-à-dire ?
20:23 - C'est-à-dire... - Quelle partie et quel...
20:26 - Non, je ne rentre pas dans le débat politique inter-français, mais...
20:31 - Comment avez-vous reçu les remarques, soyons directs, disons les choses,
20:36 les remarques de la France Insoumise, par exemple ?
20:39 - Alors, écoutez, pour moi ce n'est pas une question politique,
20:42 c'est une question de discernement moral.
20:45 Toute personne, peu importe la couleur politique,
20:48 qui n'appelle pas les atrocités du Hamas des actes terroristes,
20:51 et le Hamas est une organisation terroriste,
20:54 je crois qu'il manque de discernement moral, voire humain.
20:58 Voilà, c'est tout. Quand on voit ces atrocités, ne pas avoir de compassion, je crois que c'est...
21:02 - C'est simplement un manque de discernement, vous pensez ? Rien de plus ?
21:05 - Discernement moral, oui. - Moral, rien de plus ?
21:08 - Qu'est-ce que vous voulez de plus ? - Je ne sais pas, un antisémitisme latin ?
21:12 - Ça c'est une question d'interprétation. Moi, je dis sur les faits, voilà.
21:16 - Moi aussi, je ne dis pas. C'est la réalité.
21:19 Je pose simplement la question, et j'aime bien poser des questions.
21:22 Alors j'ai une dernière question, il y a des manifestations pro-palestiniennes
21:26 qui sont autorisées en France. Vous comprenez cela ?
21:30 Une démocratie peut-elle les interdire ou pas ?
21:34 - Alors, comme démocrate, je suis tout à fait pour le droit d'expression et le droit de manifestation.
21:38 C'est certes, c'est très important, mais il faut mettre une ligne très distincte et très claire
21:44 entre cela et l'apologie du terrorisme, les appels à la violence, aux actes antisémites, etc.
21:50 Et ça, c'est une ligne qui doit être bien claire.
21:53 Tout en que les manifestations sont pacifiques et dans le droit démocratique d'exprimer ses opinions,
21:59 je suis tout à fait favorable. Si c'est pour inciter la haine et la violence,
22:04 bien sûr, je crois que tout Français est contre.
22:06 - Merci, monsieur l'ambassadeur, d'être venu nous voir, Raphaël Morave, ce matin sur l'antenne de Sud Radio.
22:12 Il est 8h57, presque 56, vous savez que vous pourrez réagir après les infos de 9h.
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