00:00 L'invité éco, Isabelle Raymond.
00:04 Bonsoir à tous.
00:05 Quelles solutions pour augmenter les salaires et notamment les plus bas salaires ?
00:09 Ce sera l'objet de la conférence sociale qui se tiendra dans une semaine tout juste
00:13 autour de la Première Ministre Elisabeth Borne avec les partenaires sociaux, syndicats
00:17 et patronats.
00:18 Bonsoir Marc Firaci.
00:19 Bonsoir.
00:20 Vous êtes député Renaissance des Français de l'étranger, spécialiste du travail.
00:24 Et vous vous êtes penché sur un outil qui est censé favoriser l'emploi en France,
00:28 ce sont les exonérations de cotisations, familles, retraites, maladies.
00:32 Des exonérations, montrez-vous dans un rapport que vous avez rédigé avec le député socialiste
00:38 Jérôme Gage, des exonérations qui ont explosé pour atteindre 73 600 000 000 d'euros l'an
00:46 dernier.
00:47 C'est énorme.
00:48 Comment est-ce possible ?
00:49 C'est plutôt le fruit d'une bonne nouvelle.
00:51 Parce que les exonérations, vous savez, elles sont calculées sur la masse salariale.
00:54 Donc quand l'emploi augmente, ce qui est le cas aujourd'hui, quand les salaires augmentent,
00:57 ce qui est le cas aujourd'hui, les exonérations augmentent.
00:59 Néanmoins, vous avez raison, ça coûte extrêmement cher au budget de l'État.
01:02 Il y a un enjeu très important, c'est ce que nous avons voulu faire dans ce rapport,
01:05 c'est d'en évaluer les effets et en particulier de savoir si toutes les exonérations créent
01:09 bien de l'emploi.
01:10 Et justement, est-ce qu'il faut maintenir ces exonérations de cotisations ?
01:13 La réponse n'est pas la même, suivant que les exonérations portent sur les hauts salaires
01:17 ou sur les bas salaires.
01:18 Sur les bas salaires, les exonérations sont efficaces et elles sont nécessaires pour
01:21 maintenir ou créer des emplois.
01:23 Donc, elles favorisent la politique de l'emploi et elles créent de la compétitivité.
01:26 Alors, sur la compétitivité, c'est un autre sujet.
01:28 Mais en tout cas, ce qu'on démontre dans ce rapport, parce qu'on a auditionné beaucoup
01:31 de chercheurs, mais aussi beaucoup d'acteurs de terrain, c'est que les exonérations qui
01:35 portent sur les hauts salaires, entre 2,5 et 3,5 SMIC, donc c'est des salaires qui
01:39 ont pris entre 4 et 6 000 euros, il faut se rendre compte de ce que c'est, ne créent
01:43 pas beaucoup d'emplois, elles n'améliorent pas beaucoup la compétitivité des entreprises.
01:46 Quand je dis pas beaucoup, c'est même pas du tout.
01:48 Et donc, nous proposons dans ce rapport de supprimer les exonérations qui portent sur
01:52 les hauts salaires et de maintenir celles qui portent sur les bas salaires.
01:56 - Combien d'argent vous récupérez si vous supprimez ces exonérations de cotisation
02:01 entre 2,5 SMIC et 3,5 SMIC ?
02:04 - Eh bien, ça représente 1,5 milliard d'euros, ce qui est faible par rapport à la totalité
02:10 des allègements.
02:11 Vous parliez de 73.
02:12 En réalité, pour le budget de l'année prochaine, on va approcher les 80 milliards.
02:15 Donc, on est sur des sommes extrêmement importantes.
02:17 Néanmoins, on a choisi de s'intéresser à des exonérations dont beaucoup d'indices,
02:23 beaucoup d'études montrent qu'elles ne sont pas efficaces.
02:25 Pour montrer qu'il fallait avoir une approche rationnelle, efficace de la dépense publique,
02:30 vous savez qu'on a une dette de 3 000 milliards d'euros, on a des taux d'intérêt qui remontent.
02:33 On doit faire tout ce qui est en notre pouvoir de députés et de législateurs pour s'assurer
02:38 que les euros qu'on dépense au nom des Français atteignent leurs objectifs.
02:41 Et ce n'est pas le cas pour les exonérations sur les hauts salaires.
02:43 - Alors, vous dites que c'est votre rôle, mais vous savez qu'il y a débat au sein
02:45 du gouvernement et notamment que le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, ne veut pas
02:49 en entendre parler.
02:50 - Écoutez, on aura ce débat et j'espère que nous l'aurons dans l'hémicycle.
02:53 Moi, je vais probablement déposer un amendement pour supprimer ces exonérations sur les hauts
02:58 salaires.
02:59 J'espère que nous aurons l'occasion de manière très courtoise, très républicaine et même
03:02 très amicale, puisque j'ai une bonne relation avec Bruno Le Maire, de débattre avec des
03:05 arguments sur ce sujet.
03:07 Mais moi, ce que je voudrais dire, c'est qu'au-delà de ce 1,5 milliard d'exonérations,
03:11 il y a une histoire de méthode derrière tout ça.
03:13 C'est est-ce qu'on se donne l'objectif d'évaluer de manière systématique la dépense publique.
03:17 C'est ce qu'on a voulu faire et c'est ce qu'il faut continuer à faire.
03:19 - Et donc, vous montrez qu'elles ne sont pas efficaces, ces exonérations de cotisations.
03:24 Et c'est là que votre avis diverge avec le député socialiste Jérôme Getsch.
03:28 C'est à quoi sert ces 1,5 milliard que vous récupérez si vous supprimez ces exonérations
03:33 de cotisations ?
03:34 - Oui, effectivement, on a la même recommandation qui est de supprimer ces exonérations, mais
03:37 on n'a pas forcément les mêmes idées sur à quoi on utilise ce 1,5 milliard d'euros.
03:41 Moi, je souhaite qu'on n'augmente pas le coût du travail pour les entreprises.
03:45 Donc, on recycle ce 1,5 milliard d'euros dans des baisses de charges ou de fiscalité pour
03:50 les entreprises, mais qui soient plus efficaces en termes de création d'emplois.
03:53 Et j'ai, pour être un petit peu plus précis, envie qu'il y ait plus de baisses de charges
03:58 sur les bas salaires et un peu moins sur les hauts salaires.
04:01 Le tout, pour un coût nul pour les dépenses publiques, devrait nous amener à créer des
04:04 emplois et des emplois par millier.
04:06 - Donc, c'est-à-dire que vous voulez renforcer les exonérations de cotisations, en gros,
04:11 entre 1 SMIC et 1 SMIC et demi.
04:13 Est-ce que vous ne craignez pas de renforcer ce qu'on appelle les "traps" à bas salaires ?
04:19 Moi, je suis employeure aujourd'hui.
04:21 Je me dis pourquoi est-ce que je veux augmenter le salaire de mon salarié, puisque je ne
04:26 vais plus profiter de ces exonérations de cotisations ?
04:28 - C'est une question très importante.
04:29 On se l'est posé avec ce rapport.
04:31 On a demandé s'il y avait ces effets de trapes à des endroits particuliers, par exemple
04:36 à l'endroit où vous avez des seuils, où les exonérations deviennent moins importantes.
04:39 A 1,6 SMIC, par exemple, on a un seuil et quand on est employeur…
04:43 - On est autour de 2 000 euros net.
04:44 - Voilà.
04:45 Et les employeurs voient les exonérations tomber.
04:47 Est-ce qu'à cet endroit-là, vous avez des employeurs qui disent "bon, moi, je n'ai
04:50 pas envie d'aller au-delà parce que ça va me coûter plus cher en termes d'exonération
04:54 ?".
04:55 Ce que disent les études, c'est qu'il n'y a pas de nombreux salaires qui restent collés
04:59 à ce seuil et qui n'augmentent pas au-delà de 1,6 SMIC.
05:02 Néanmoins, on reste prudent.
05:03 Il est possible que les salaires soient un peu freinés, notamment parce qu'il n'y
05:06 a pas que les exonérations pour les employeurs.
05:08 Il y a aussi un dispositif que vous connaissez qui s'appelle la prime d'activité, qui
05:11 vous donne de l'argent en complément de votre revenu jusqu'à 1,5 SMIC.
05:15 Quand vous passez 1,5 SMIC, vous n'avez plus cette prime d'activité.
05:18 Et donc, il est possible, mais nous n'avons pas les éléments pour en juger dans ce rapport.
05:22 Nous avons demandé à ce que le gouvernement continue d'expertiser, que les employeurs
05:25 et les salariés se disent autour de 1,5 à 1,6 SMIC.
05:29 Ce n'est pas très intéressant pour l'employeur et ce n'est pas forcément très intéressant
05:32 pour le salarié parce qu'il perd la prime d'activité.
05:35 On a parlé des bas salaires.
05:37 Ce sera le sujet de la conférence sociale qui se tient lundi prochain.
05:41 60 branches ont toujours des grilles de salaires qui sont en dessous du SMIC.
05:44 Que pensez-vous qu'il faut faire et notamment, est-ce qu'il faut conditionner les exonérations
05:49 de cotisations à la négociation ? C'est dans l'étui aujourd'hui.
05:52 Oui, c'est une proposition qui est dans l'air.
05:54 Déjà, 60 branches, c'est beaucoup.
05:55 Si on regarde juste les branches qui n'ont pas négocié depuis plus d'un an, il y en
05:58 a 11 ou 13.
05:59 Donc, il faut quand même relativiser un petit peu le point.
06:02 Et notamment des branches qui ont engendré des résultats.
06:05 Tout à fait.
06:06 On pense aux laboratoires notamment.
06:07 Donc, c'est un vrai sujet.
06:08 Il faut s'intéresser à ce sujet.
06:09 Est-ce qu'il faut conditionner les exonérations de charges au fait d'avoir des minima de
06:12 branches en dessous du SMIC ? On s'est intéressé à cette question dans ce rapport.
06:15 Ça nous paraît compliqué et nous ne recommandons pas de le faire pour plusieurs raisons.
06:19 La première, c'est que c'est très difficile de savoir comment vous traitez deux entreprises
06:22 de la même branche dont l'une garde des salaires bas, c'est-à-dire tasse les salaires
06:27 autour du SMIC parce que les minima sont en dessous du SMIC.
06:29 Il faut quand même rappeler que si les minima sont en dessous du SMIC, ça ne signifie pas
06:32 que les gens sont payés en dessous du SMIC.
06:33 Ça signifie que plein de salariés qui n'ont pas forcément les mêmes qualifications
06:36 sont payés au SMIC.
06:37 Et ça, effectivement, c'est quelque chose de dommageable.
06:39 On veut lutter contre ça.
06:40 Néanmoins, une entreprise qui fait ça et une entreprise qui a des salaires plus élevés,
06:44 qui sont plus généreux que la Convention collective, n'ont pas forcément vocation
06:48 à être traitées de la même manière.
06:49 Si vous leur supprimez les exonérations à toutes les deux, ce n'est pas juste et vous
06:53 n'êtes pas dans une démarche efficace.
06:56 Donc ça ne se passe pas au niveau de la branche professionnelle ?
06:57 Alors, effectivement, on pourrait envisager de conditionner au niveau de l'entreprise.
07:01 Ce qu'on a vu dans ce rapport, c'est que ça existait déjà dans notre droit.
07:04 Il y a une loi de 2008 qui dit aux entreprises, si vous ne négociez pas sur les salaires
07:08 effectifs dans votre entreprise, on peut vous couper une partie des exonérations.
07:11 Le problème, c'est que cette loi n'a pas du tout atteint ses objectifs.
07:15 Elle a touché quelques dizaines, quelques centaines d'entreprises et ça a représenté
07:18 quelques millions d'euros pour un total qu'on évoquait tout à l'heure qui se chiffre
07:21 en dizaines de milliards d'euros.
07:22 Donc, on voit que c'est très compliqué à faire.
07:24 Alors, si on ne peut pas faire au niveau de la branche, on ne peut pas faire au niveau
07:27 de l'entreprise, qu'est-ce qu'il faut faire pour obliger ces branches à négocier ?
07:32 Ce sera ma dernière question.
07:33 Eh bien, il faut, par exemple, ce qu'on a fait et qu'on va continuer à faire l'année
07:37 dernière en votant un article sur le PGI et le pouvoir d'achat, c'est par exemple
07:41 contraindre les branches à fusionner, ce qu'elles n'aiment absolument pas faire,
07:45 si elles ne redégoutent pas leurs minimas.
07:46 Ça, ça peut être efficace.
07:47 Et puis, je vais ouvrir sur quelque chose d'autre, à un moment ou à un autre, pour
07:50 augmenter son salaire, il faut augmenter sa qualification et sa productivité.
07:54 Moi, je suis pour qu'on investisse plus, y compris un peu plus d'argent public, dans
07:58 la formation des salariés les plus modestes, dans la formation des salariés les moins
08:01 qualifiés et j'espère que la conférence sociale évoquera ce sujet aussi.
08:04 Merci beaucoup Marc Ferracci, député Renaissance des Français de l'étranger, spécialiste
08:07 du travail.
08:08 Invité Echo de France Info ce soir.
08:10 de la France.
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