00:00 [Musique]
00:09 [Applaudissements]
00:10 Elle a été la sénatrice de l'année 2022,
00:13 mais avec ses convictions, avec son engagement,
00:18 avec ce qu'elle représente, son attachement à la République
00:22 et cette forme d'attention aux autres,
00:24 aux plus modestes et aux plus pauvres,
00:26 elle incarne vraiment à la fois sa famille politique,
00:29 à laquelle elle est tellement attachée,
00:30 mais aussi une richesse pour notre Sénat et pour notre République.
00:34 Je voulais la remercier personnellement.
00:36 [Applaudissements]
00:38 Juillet 2023, Eliana Sassi vit ses derniers moments de sénatrice.
00:42 Elle ne se représente pas après 19 ans de mandat.
00:46 Pour l'occasion, le Sénat tout entier se lève pour l'applaudir.
00:51 Même là en le regardant, je suis encore émue.
00:53 Je le dis souvent, le président Larcher, c'est un adversaire politique,
00:58 c'est un renard en politique,
01:00 mais c'est un homme que je respecte énormément.
01:04 Et je crois qu'il a reconnu en moi,
01:08 mais à travers moi aussi, ma famille politique,
01:11 cette capacité à porter ses convictions, à les défendre,
01:17 mais aussi en respectant celles et ceux avec lesquels nous ne sommes pas d'accord.
01:23 Eliana Sassi est une personnalité discrète,
01:25 pas très à l'aise dans la lumière des projecteurs.
01:28 Et pourtant, de nombreux Français la connaissent,
01:31 notamment depuis la commission d'enquête sur les cabinets de conseil.
01:34 En 2022, les auditions menées par la sénatrice connaissent un fort retentissement dans le pays.
01:39 J'ai été scotché quand même de 8,6 millions de vues,
01:44 des centaines de milliers d'impacts, je ne sais pas comment on appelle ça précisément.
01:49 C'était effectivement assez…
01:53 Quelque part un peu vertigineux.
01:55 Vous pouvez nous dire à quoi aboutit cette mission ?
01:59 Oui, bien sûr madame la rapporteure.
02:00 Notre rôle a été d'accompagner la DITP pour organiser un séminaire qui était prévu
02:05 par le ministère en lien avec le centre d'organisation internationale,
02:08 pour réfléchir à quelles étaient les grandes tendances d'évolution de marché.
02:13 On a mis à jour un phénomène tentaculaire,
02:15 c'est-à-dire cette omniprésence des cabinets privés dans les affaires de l'État.
02:19 Et ça, ça a beaucoup touché les gens.
02:22 Eliane Assasi est élue sénatrice en Seine-Saint-Denis pour la première fois en 2004.
02:27 Une équipe de public sénat la suit dans son département en 2006.
02:31 Elle évoque alors les priorités de son mandat.
02:34 Franchement, je mets mon mandat au service des gens, quels qu'ils soient.
02:40 C'est résumé, c'est franc, c'est direct, c'est être utile.
02:44 Mon engagement politique, il se fonde sur la lutte contre l'injustice,
02:49 contre les injustices pardon,
02:52 et puis effectivement être utile.
02:53 Et je crois que durant mon mandat, j'ai toujours essayé de faire en sorte d'être utile.
02:59 Pas aux communistes, d'être utile aux gens.
03:03 Malheureusement, il y a des millions à souffrir dans ce pays.
03:06 Et voilà, je pense que c'est les raisons de mon engagement.
03:10 Et ce que j'ai dit en 2006 vaut toujours.
03:12 J'ai pris plusieurs années entre deux, mais c'est toujours les mêmes combats.
03:17 Et parmi les dossiers importants pour elle, est ce, dès le début de son mandat,
03:21 les combats en faveur de la jeunesse, trop souvent stigmatisés en banlieue.
03:25 On a une mauvaise image de la Seine-Saint-Denis.
03:27 Bien évidemment, il y a beaucoup de gens qui sont en souffrance.
03:31 Il y a une paupérisation assez forte en Seine-Saint-Denis.
03:35 Mais on ne retient que ça.
03:38 C'est un département, c'est la planète monde, on dit c'est la planète monde.
03:41 Un département où il y a je ne sais combien de dizaines d'associations de terrain,
03:47 qu'elles soient caritatives, sportives, culturelles, que sais-je.
03:53 C'est un département qui vit.
03:55 Et on n'en retient toujours qu'une chose, c'est ce qui ne va pas.
03:58 Or, en Seine-Saint-Denis, majoritairement, ça va bien.
04:02 Parce que même dans le dénuement le plus total,
04:05 les gens se serrent les coudes et sont toujours solidaires.
04:09 Et ça, c'est important.
04:10 Cette solidarité en Seine-Saint-Denis, Eliane Assassi en a directement été témoin
04:15 dans une des épreuves qu'elle a vécues toute jeune et qu'elle racontait en 2006.
04:19 J'ai perdu un petit frère qui s'est fait renverser par une voiture.
04:22 Et ma maman n'avait pas beaucoup d'argent.
04:26 J'allais dire à l'époque, mais elle n'en a jamais vraiment eu.
04:29 Et donc, un jour, il y a deux personnes qui ont cogné à la porte
04:34 et dans leurs mains, une boîte en aluminium, où on met le sucre.
04:40 Et puis, c'est moi qui ai ouvert la porte.
04:42 Ils se sont présentés à moi en me disant, voilà, on est les communistes du quartier.
04:46 Et on a fait une quête, on a récolté de l'argent.
04:48 Et voici cet argent pour aider ta maman à payer l'enterrement de ton petit frère.
04:53 Et voilà, je les ai regardés, j'avais dix ans.
04:54 Et je leur ai dit, quand je serai grande, je serai de grand coup.
04:57 C'est donc de là que remonte votre engagement communiste, vous le pensez ?
05:03 Mais je ne sais pas quoi je pense, j'en suis sûre.
05:05 Et ça fait plus de 50 ans, mais c'est toujours aussi, comment dire,
05:12 difficile pour moi d'y penser.
05:16 Oui, c'est ça qui a fourni mon engagement, bien évidemment.
05:18 C'est la rencontre avec la solidarité par des militants communistes.
05:27 Des fois, je m'interroge, je me dis, mais si ça avait été d'autres militants,
05:31 comment j'aurais réagi ?
05:32 En fait, je les connaissais parce qu'on achetait pif,
05:34 ma maman nous achetait pif à l'époque, donc je les connaissais un petit peu.
05:38 Oui, c'est ça, c'est ça.
05:41 Et rien d'autre.
05:42 Je dis souvent, quand j'ai adhéré au Parti communiste français, j'avais 14 ans.
05:47 Moi, ce n'était pas l'Union soviétique, enfin bon bref, c'était ça.
05:51 La lutte contre les injustices, on y revient, ce que je disais tout à l'heure.
05:55 Et puis, ces actes de solidarité spontanée, on n'est redevable de rien.
06:01 C'est des gestes humains, des comportements humains.
06:05 Et c'est pour ça que je dis toujours, même dans les moments graves,
06:11 on arrive à en sortir des choses assez positives.
06:15 Et cet épisode dramatique de ma vie, il est toujours là, ça se voit.
06:25 Mais c'est aussi grâce à lui que je suis là.
06:30 À partir de 2012, Éliana Sassi prend des galons
06:33 et devient présidente du groupe communiste.
06:35 De ce poste, elle a observé la crise à gauche sous le mandat de François Hollande.
06:40 L'alliance entre le PS et le PCF ne dure pas.
06:43 La ligne politique, et surtout budgétaire, choisie par les socialistes,
06:47 ne penche pas suffisamment à gauche pour les alliés communistes.
06:50 Comme la gauche ici n'avait pas de majorité sans les voix du groupe communiste,
06:56 nous nous sommes beaucoup interrogés quand nous avons examiné ce budget
06:59 qui ne répondait pas à ce que devrait porter la gauche dans ce pays.
07:04 Et donc c'est pourquoi des gens avaient voté.
07:07 Pour moi, c'est ce moment-là qui a été le plus difficile.
07:11 Autre exemple de cette rupture sous le quinquennat Hollande,
07:14 avec la loi Macron en 2015.
07:16 La loi Macron, elle allait à l'encontre de ce que nous portons comme projet politique.
07:21 Eh bien, on l'a combattue.
07:22 Il y avait une insolence aussi.
07:25 Une insolence notamment d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie.
07:31 Ce rôle d'aiguillon, le groupe communiste l'a conservé depuis 2017
07:35 et l'élection d'Emmanuel Macron à l'Élysée.
07:37 Un des plus grands combats pour Eliane Assassi,
07:39 la lutte contre la réforme des retraites.
07:41 Elle est parmi les portes-drapeaux de la gauche.
07:43 Nous exigeons avec 90% des actifs,
07:46 les millions de personnes qui manifestent et l'ensemble des syndicats,
07:49 le retrait de ce projet de loi.
07:51 Le débat doit avoir lieu et notre groupe,
07:54 comme les autres groupes de gauche,
07:56 utilisera tous les moyens constitutionnels
07:58 pour relayer ici les préoccupations populaires.
08:01 Nous n'étions pas là que pour nous opposer.
08:03 Ça, tout le monde le savait qu'on était opposé.
08:05 Mais c'était surtout avec l'idée de proposer,
08:09 de proposer des alternatives dont nous savions pertinemment
08:12 qu'elles seraient rejetées par la majorité sénatoriale.
08:15 Mais de montrer que dans ce pays,
08:16 il y avait aussi des gens en osmose avec celles et ceux,
08:21 et ils étaient nombreux dans le pays,
08:23 d'une part qui manifestaient et d'autre part qui étaient contre,
08:26 et qui sont d'ailleurs toujours contre, la réforme des retraites.
08:29 Et nous, nous étions les porte-voix.
08:31 Et il était hors de question que nous ne puissions pas porter cette voie
08:35 ici dans l'hémicycle.
08:36 C'est donc sur cette séquence que s'achève le mandat d'Eliane Assassi.
08:40 Mais que retiendra la présidente du groupe communiste
08:42 de ces années au palais du Luxembourg ?
08:44 19 ans, au service de celles et ceux qui m'ont élue,
08:48 et plus largement des gens, dans leur diversité.
08:54 Voilà, j'ai essayé de faire au mieux.
08:56 J'ai essayé de faire au mieux.
08:57 Je ne sais pas si j'ai bien fait, mais j'ai essayé de faire au mieux.
09:01 C'est tout.
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