00:00 [Générique]
00:09 La France est en prise avec un véritable baby crash.
00:13 Avec moins de 687 000 naissances enregistrées en 2022 en métropole,
00:18 jamais le nombre de nouveaux-nés n'était tombé aussi bas depuis l'immédiate après-guerre.
00:24 Et 2023 s'annonce pire encore.
00:27 Sur les cinq premiers mois de l'année, le nombre de naissances a constamment été inférieur à celui de l'année précédente.
00:33 Au cœur de cette crise de la natalité, il y a d'abord la chute du nombre de femmes en âge d'avoir des enfants.
00:40 Étant donné que le taux de fécondité atteint son maximum entre 24 et 36 ans,
00:45 le suivi du nombre de femmes appartenant à ces classes d'âge
00:49 donne un très bon aperçu de l'évolution du nombre de mères potentielle.
00:53 Et il a considérablement baissé depuis le début des années 90.
00:57 C'est de la pure mécanique, le nombre de naissances a diminué dans les années 80 jusqu'en 1994.
01:03 Or ce sont ces générations creuses qui sont maintenant à l'âge de procréer.
01:08 Le deuxième facteur à prendre en compte est à la fois technique et sociétal.
01:12 Les femmes retardent leur première maternité.
01:16 C'est en liaison avec la généralisation des études des femmes, notamment aux supérieures,
01:20 tout comme leur place croissante sur le marché du travail
01:23 et leur désir d'avoir une stabilité professionnelle avant de fonder une famille.
01:28 À cela s'ajoute la volonté croissante de vivre un certain temps à deux.
01:32 Elles ont finalement leurs premiers enfants vers 30 ans quand leurs mères ont eu le leur vers 25.
01:38 Les enfants suivants sont retardés d'autant et l'âge moyen à la maternité
01:42 pour l'ensemble des naissances, que les enfants soient le premier de leur mère ou non, ne cessent de s'élever.
01:48 Le nombre total de naissances au cours d'une année en est d'autant diminué.
01:53 Le contexte économique, social, épidémiologique, géopolitique,
01:57 plus ou moins anxiogène pèse aussi au moins à court terme.
02:01 Les périodes de tensions, comme après le premier choc métrolier de 1973, la crise de 1993,
02:06 la grande récession de 2009 et ses répliques, sont toutes associées à une baisse de la natalité.
02:11 La pandémie en 2020, le conflit en Ukraine et ses conséquences sur le pouvoir d'achat n'échappent pas à la règle.
02:17 Le recul actuel du nombre de naissances s'inscrit donc dans un contexte très particulier,
02:23 marqué par l'arrivée à l'âge d'avoir des enfants des générations creuses,
02:27 l'augmentation de l'âge moyen de la maternité et un environnement anxiogène,
02:32 qui amplifie une tendance de fond certes mal orientée, mais qui n'a pas encore pris une allure catastrophique.
02:38 Pour analyser les évolutions durables de la fécondité, il faut utiliser la descendance finale,
02:44 qui mesure le nombre d'enfants que les femmes ont vraiment eus à la fin de leur vie féconde,
02:49 par convention de 15 à 50 ans.
02:52 Un indicateur qui ne varie pas avec la conjoncture, mais qui a l'immense inconvénient d'être très long à établir.
03:00 En 2019, les femmes de la génération 69 ayant atteint l'âge de 50 ans ont en moyenne donné naissance à deux enfants tout au long de leur vie.
03:09 Ce niveau est proche du seuil de renouvellement des générations, mais ne l'atteint pas.
03:15 Quant à l'indicateur conjoncturel de fécondité, qui peut être interprété comme le nombre moyen d'enfants
03:20 que mettrait au monde une femme si elle connaissait durant toute sa vie féconde
03:25 les conditions de fécondité observées à un moment donné, il est tombé à son niveau le plus bas depuis 25 ans.
03:32 Ce dernier a certes le défaut de ne pas intégrer l'effet de calendrier,
03:36 c'est-à-dire l'arrivée de plus en plus tardive des enfants et donc donc une image un peu biaisée.
03:40 Mais il confirme bien néanmoins que la France ne remplace plus ses générations.
03:46 Les facteurs ponctuels s'affaiblissant, ne serait-ce que parce que les générations nombreuses nées à la fin des années 90
03:52 et au début des années 2000 vont bientôt être en âge d'avoir des enfants,
03:55 le nombre de naissances va à nouveau mécaniquement progresser ces prochaines années.
04:00 Mais cela serait une erreur monumentale de croire que la France aura tourné le dos à son problème de natalité
04:05 et échappera à une remise en cause de sa politique familiale.
04:09 [Musique]