00:00 pour trouver un logement quand même, c'est dingue.
00:02 Mais là, j'en ai marre.
00:04 Je m'appelle Anthony Gusmerini, j'ai 35 ans,
00:07 et j'ai eu un accident de motocross il y a 15 ans.
00:09 Ça fait à peu près deux ans qu'avec ma femme,
00:11 on cherche un logement adapté.
00:13 On a eu beaucoup de refus.
00:15 Au début, on pensait qu'il y avait beaucoup de monde sur les dossiers aussi.
00:20 Au bout d'un moment, on s'est quand même posé la question
00:23 si ce n'était pas le fauteuil qui posait un problème.
00:25 Et au bout du compte, on se rend bien compte
00:27 que quand le dossier est envoyé, qu'il est accepté au niveau financier,
00:32 qu'à la fin, on nous refuse encore, sans réelle raison,
00:37 on sent bien qu'ils ont peur du fauteuil et que c'est une énorme problématique.
00:41 C'est une espèce de crainte et de peur à ce niveau-là qui est pénalisante.
00:45 Tout de suite, ils pensent qu'on va demander des adaptations
00:49 ou qu'on va être procédurier,
00:51 que ça va être tout de suite plus galère.
00:54 Et tout de suite, c'est des craintes.
00:55 Alors du coup, qu'ils ont des locataires valides,
01:01 sans problème à apparence, c'est plus simple.
01:05 C'est la facilité et la tranquillité.
01:08 Moi, je pars du principe que si on a choisi la maison
01:11 et qu'on veut vivre dedans, c'est qu'on l'accepte comme elle est
01:14 et qu'on ne va pas attaquer à dire au propriétaire
01:17 « il faut tout refaire, s'il vous plaît ».
01:18 Sans faire le Marseillais, on peut partir sur une quinzaine de refus
01:22 sans compter le fait que les agences nous ont fait déplacer
01:25 à multiples reprises, à des logements avec des marches,
01:29 et ce n'est pas forcément signalé.
01:31 Et la personne qui nous faisait la visite me disait
01:35 « mais trois, quatre marches, vous ne pouvez pas vous lever juste pour trois, quatre marches ? »
01:39 Et ça, j'ai eu plus d'une dizaine de fois aussi.
01:42 Il y a force, moralement, mentalement,
01:43 même si je suis un peu vaillant, c'est pesant.
01:46 Par exemple, le dernier refus qu'on a en date,
01:48 la personne avait souscrit une assurance pour les loyers payés.
01:52 Ça, ça se comprend totalement.
01:54 Et en fait, quand on a visité la maison,
01:56 on a très bien dit que les dossiers seraient envoyés au 1er juillet.
02:00 Et en fait, on a visité la maison, c'était environ deux semaines, un jeudi.
02:05 Et du coup, le lundi matin, à l'aube,
02:08 il nous a dit que l'assurance avait refusé nos dossiers.
02:11 Et quand on lui a dit « mais normalement, ce n'était pas le 1er juillet »,
02:14 il ne nous a plus jamais donné de réponse.
02:15 La femme, elle veut partir, je la comprends si,
02:18 mais elle ne veut même pas parce que, vous vous doutez le compte,
02:21 quand on voit tout le temps des refus, des refus,
02:22 on se dit qu'il n'y a pas forcément d'avenir.
02:24 Elle a un fiston à faire grandir quand même dans de bonnes conditions.
02:29 On en est là à l'heure d'aujourd'hui, c'est malheureux quand même.
02:31 Je vis dans mon ancien atelier parce qu'en fait,
02:34 pour des questions de facilité,
02:36 vu que je suis dépendant au niveau des transports,
02:38 pour pouvoir accéder à mon magasin plus rapidement,
02:40 je m'étais fait faire par mon frère un petit logement dans mon atelier.
02:44 Vu que c'est dans une petite zone industrielle,
02:47 pour ne pas avoir de vis-à-vis dans l'appartement,
02:48 j'ai fait mettre très peu de fenêtres.
02:50 Il y en a juste dans la cuisine et les fenêtres sont à 2 mètres de haut.
02:54 Jusqu'à ce que je stoppe mon activité en 2018,
02:56 ça m'allait bien car en fait, j'étais 6 jours sur 7 dans mon atelier.
03:00 C'est un peu petit pour une famille à 3
03:03 et c'est pour ça qu'on cherche à déménager juste pour avoir,
03:07 on va dire, un logement standard,
03:10 même pas de la furiture, c'est juste un logement strict au minimum.
03:14 Je compte.
03:14 On vise essentiellement les maisons récentes
03:17 parce qu'en fait, avec les nouvelles lois, on va dire,
03:20 elles doivent être accessibles à 20%.
03:22 Du coup, on sait que sur les maisons récentes,
03:29 il y aura pourtant des douches à l'italienne
03:30 et des surfaces pour tourner en fauteuil.
03:33 Ce qui est dingue, par exemple,
03:35 c'est que l'État oblige les propriétaires de faire des maisons accessibles à 20%,
03:40 mais par contre, ces logements ne sont pas prioritaires pour les personnes PMR.
03:44 C'est quand même dommage d'obliger à faire des maisons
03:48 et de ne pas obliger, on va dire, à mettre prioritaire un dossier PMR.
03:53 Quand, bien sûr, on est bien d'accord,
03:54 quand le dossier de revenu, de ressources est OK.
03:57 Deux ans pour trouver un logement, quand même, c'est dingue.
04:01 Moi, ça fait 15 ans que je suis en fauteuil et je ne suis jamais plein.
04:05 Quasiment jamais plein.
04:07 J'ai fait ma petite vie, j'ai eu mon magasin pendant plus de 10 ans,
04:10 j'ai fait plus de 300 kilomètres en fauteuil.
04:12 Je suis assez vaillant.
04:16 Et bien là, j'en ai marre.
04:17 J'ai perdu un peu de force mentale et morale.
04:21 Et c'est dommage parce que deux ans, quand même,
04:24 deux ans à chercher des logements, ça ne devrait pas être normal, en fait.
04:27 Ça ne devrait juste pas être normal.
04:30 Sous-titrage Société Radio-Canada
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