00:00 Bonjour Jean-Claude Félix Schrikhaia, vous êtes chercheur à l'Institut de Prospective et de Sécurité en Europe et spécialiste de l'Afrique.
00:06 Alors l'agente au pouvoir soumet au vote une nouvelle constitution.
00:08 Cette nouvelle constitution, elle prépare le retour au pouvoir des civils comme prévu ou elle va être utilisée pour renforcer le pouvoir des militaires ?
00:18 Alors c'est une question qui se pose au sein même du Mali, dans le continent africain et autres.
00:24 Mais l'agente au pouvoir, en tout cas les autorités actuelles, avaient dit qu'ils allaient donc, promis de rétrocéder le pouvoir aux civils.
00:33 C'est un test politique fort ce référendum, il n'y a pas eu de vote depuis 2020 au Mali.
00:40 Monsieur Asimi Goïta le colonel est une personnalité forte, pas seulement au Mali mais dans toute la région et au continent.
00:47 Sur le continent africain, il faut savoir et se rappeler d'où il provient.
00:52 Il provient après un mouvement tectonique géopolitique des peuples y compris au Mali, dans le Sahel et dans toute l'Afrique.
00:59 Donc il symbolise un petit peu pour bon nombre d'Africains et d'Africaines une nouvelle Afrique.
01:07 Alors son côté militaire est plutôt excusé ou compris au regard de la situation sécuritaire et l'adversité djihadiste et des groupes armés.
01:18 A l'intérieur de cette nouvelle reconfiguration, en tout cas nouvelle constitution, en tout cas c'est un test d'une reconfiguration politique et institutionnelle du Mali.
01:27 Il y a donc le renforcement d'une souveraineté, donc un état fort, une institution forte.
01:33 Avec un Sénat qui va permettre donc une plus grande pluralité.
01:39 Il y a aussi des mesures et une reconnaissance de toutes les autorités traditionnelles et autres.
01:45 La laïcité est maintenue comme une vision pour protéger la multi-confessionnalité, pour protéger ceux qui veulent croire et ne pas croire et la neutralité de l'état.
01:55 Donc il y a des points forts et démocratiques à l'intérieur.
01:59 Maintenant sur la question que vous me posez, on n'a pas la réponse.
02:04 En tout cas, s'il fait tomber le costume comme certains l'ont fait sur le continent après un coup d'état pour se présenter,
02:12 il hérite tellement d'une grande popularité au sein du Mali qu'il pourrait en tout cas l'emporter.
02:20 Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'opposition qui ont malheureusement pour eux, en tout cas pour le Mali,
02:25 l'important c'est qu'il y ait une plus grande pluralité qui revienne parce qu'il y a une érosion.
02:30 On accusait la classe politique antérieure de beaucoup de corruption, d'affairisme et de népotisme.
02:36 Donc ils sont eux aussi en train de se reconfigurer, se réinitialiser.
02:39 Donc pour la pluralité des avis du Mali, il est bien que cette nouvelle constitution permette qu'elle s'exclue.
02:44 Mais ce n'est pas un hasard Jean-Claude Fexicaillaire si l'article 72 sur les droits de l'homme par exemple a disparu.
02:50 Et par ailleurs, est-ce que la charte de la transition va être déclarée caduque ?
02:53 Puisqu'elle interdit normalement aux militaires justement d'être candidats.
02:57 Oui, il y a des points qui posent question et notamment celui-ci.
03:01 C'est-à-dire que la démocratie, elle ne peut pas se mettre en dehors des droits fondamentaux et des droits de l'homme.
03:09 Parce que s'ils sont au pouvoir, c'est parce que cette tectonique géopolitique des peuples, eux au sein du Mali,
03:16 voulaient plus de liberté publique, plus de démocratie, être mieux entendu.
03:20 Et surtout, surtout, au regard de l'état social et politique.
03:25 Parce que ceux qui sont au nord, qui ne peuvent pas voter aujourd'hui.
03:29 Ce qui est bien dans cette constitution, c'est que ça ne permet pas une scission, ni une séparation du Mali.
03:35 Que le Mali reste souverain.
03:36 Mais l'état social, politique, administratif, même après cette constitution et les résultats dans 72 heures,
03:43 il faut absolument que l'état recouvre l'entièreté de son pouvoir souverain.
03:52 Et là, il y a plusieurs adversités.
03:54 Il faudra renégocier avec ceux qui sont en face, tout en voyant dans cette constitution une décentralisation
04:01 qui donne un pouvoir, mais pas de pouvoir pour permettre ce séparatif.
04:06 Donc il y a plusieurs enjeux dans cette reconfiguration.
04:09 Et attention à ce qui a été fait sur les droits de l'homme, sur les libertés publiques, sur la pluralité.
04:15 Là encore, malgré la constitution, il va falloir rediscuter.
04:18 Parce que les Maliens et les Maliennes, en dehors de ce moment important sur la constitution,
04:25 ce qu'ils veulent, c'est le retour d'un état social, économique, que la vie économique reprenne,
04:31 que les écoles reprennent, qu'il y ait une sécurité, qu'il y ait vraiment une remise en action nationale de tout le Mali.
04:41 - Quel est le bilan des militaires, par exemple, face aux attaques des islamistes ?
04:45 Depuis qu'ils sont arrivés au pouvoir en 2020, il y a 30 ans.
04:49 - Certains vont dire qu'il est contrasté, donc vont dire, comme l'ONU, même s'ils sont éconduits,
04:54 qu'il y avait quelques succès, quelques succès substantiels, mais il y a une partie qui échappe de la souveraineté malienne,
05:01 qui échappe donc à la souveraineté, mais comme elle échappait au pouvoir antérieur, avec la première des menaces.
05:10 C'est bien le terrorisme djihadiste.
05:14 Donc il faut garder une unité, même dans la pluralité des avis.
05:18 Certains auront des avis où il faut conduire le Mali comme ci ou comme ça.
05:21 Donc la démocratie est obligatoire, d'ailleurs obligatoire au sens philosophique,
05:25 parce qu'elle est inscrite dans la Constitution,
05:30 parce qu'elle est garante de la géopolitique intérieure du Mali,
05:34 où il y a plusieurs mouvements, soit pas sur le plan ethnique ou autre,
05:39 mais il faut garder l'unité malienne qui s'effrite,
05:43 et qu'il faut surtout éviter la fragmentation qui est allée trop en avant.
05:48 - Est-ce qu'on n'est pas un peu dans la logique avec l'agenda du passé faisons table rase,
05:52 que par exemple l'accord de paix d'Alger, qui avait été signé en 2015, quelle est sa réalité aujourd'hui ?
05:58 - Ils sont obligés de rediscuter, parce qu'à l'intérieur de cet accord, malheureusement,
06:02 ça donne trop de pouvoir à ceux qui veulent une séparation, une scission avec le Mali, le pouvoir central.
06:11 Donc les accords d'Alger doivent se rediscuter.
06:15 C'est pour cela d'ailleurs que l'ONU a été conduit,
06:20 parce qu'à l'intérieur de certaines réunions, parfois on entendait avec trop d'aisance
06:26 ceux qui étaient pour une scission, pour un pouvoir qui pouvait ressembler à un Mali 1 et un Mali 2.
06:31 Donc il faut garder cette unité, il faut convaincre tout le monde,
06:35 il faut que tout le monde soit à sa place, donc vraiment c'est un test politique fort,
06:39 c'est un test de reconfiguration du Mali, qui doit se faire avec toutes les maliennes et tous les maliens,
06:43 avec cet essor social, économique, qui doit se remettre en action.
06:47 - Merci beaucoup Jean-Claude Félix Tshikaya d'être venu et merci pour votre analyse sur France 24.