00:00 Y'a pas un mois où j'ai pas quelqu'un au téléphone qui me dit qu'il va se suicider.
00:03 Voilà, c'est ça la sérophobie aussi.
00:04 De quoi je parle sur les réseaux ?
00:07 Essentiellement de VIH, des droits des personnes séropositives.
00:11 Et étant donné qu'on est très peu à parler de séropositivité à visage découvert,
00:15 du coup on a plein de demandes.
00:16 La version courte pour expliquer la différence entre VIH et SIDA,
00:19 VIH c'est le virus, quand on est séropositif,
00:21 on est séropositif à une infection,
00:23 ça peut être le VIH, ça peut être la grippe, ça peut être le Covid.
00:25 Moi je suis séropositif au VIH.
00:27 Et le SIDA c'est la maladie provoquée par le virus du VIH quand il n'est pas traité.
00:30 Moi mon quotidien c'est des dizaines, des dix, vingt, trente demandes d'aide par jour.
00:35 C'est des appels à l'aide de "je suis en train de mourir, je sais pas quoi faire,
00:38 je suis perdu, aidez-moi par pitié".
00:40 Et y'a des personnes que j'ai accompagnées jusqu'à leur mort.
00:43 Les anecdotes les plus dures, j'en ai plusieurs.
00:45 J'ai échangé avec des personnes en Afrique
00:48 où leur compagnon qui était séropositif ça s'est su,
00:51 il a été retrouvé gorgé à l'appartement avec écrit "Salpédé" de SIDAIC sur le mur avec son sang.
00:55 Un autre qui avait été retrouvé, qu'ils avaient torturé,
00:59 il avait attaché une bagnole, il avait traîné sur trois kilomètres sur le bitume
01:03 et il avait laissé pour mort sur la route.
01:06 En fait tout ce qu'on va retrouver autour des violences, sur l'homophobie, ce genre de choses,
01:11 on va le retrouver au niveau du VIH.
01:13 Sauf que c'est quelque chose qui est complètement invisible
01:15 parce que vu qu'on en parle pas de la sérophobie et que c'est complètement invisibilisé,
01:18 c'est des histoires qu'on sait pas.
01:19 On nous rattache à une vision où on va nous juger comme des meurtriers, comme des assassins.
01:23 Et ça peut aller extrêmement loin les maltraitances qu'on subit.
01:28 Une jeune fille que j'ai accompagnée pendant plus d'un an, qui vivait à Paris,
01:31 qui a appris sa séropositivité, qui en a parlé à sa mère,
01:34 et sa mère n'osait plus toucher, sa fille elle la touchait plus.
01:37 Et elle passait sa journée à nettoyer tout ce qu'elle touchait à l'appartement, elle avait elle.
01:42 Et elle avait, je crois qu'elle avait 19 ans, je crois, ou 20 ans.
01:45 Et en fait un jour j'ai pu une nouvelle d'elle.
01:47 Et quelques semaines plus tard c'est sa soeur qui m'a réécrit en me disant
01:50 "Tu te rappelles cette jeune fille que t'as accompagnée ?"
01:51 Elle me disait "Oui c'est ma soeur, elle vient de se suicider."
01:55 C'était terrible parce que cette gamine elle avait 19 ans, elle était en parfaite santé.
01:58 Voilà c'est ça la sérophobie aussi.
02:00 En fait ça s'arrête pas.
02:01 Y'a pas un mois où j'ai pas quelqu'un au téléphone qui me dit qu'il va se suicider.
02:05 Que ce soit en suicide brutal ou que ce soit aussi ce qu'on appelle des suicides longs,
02:09 ça aussi on en parle très peu,
02:11 ce qu'on appelle en suicide long, c'est des personnes séropositives
02:14 qui sont tellement isolées et qui ont vécu tellement de violences,
02:16 qui finissent par arrêter de prendre le traitement et se laisser mourir.
02:19 En termes de culpabilité c'est difficile à gérer.
02:22 Et là ça va, avec le temps j'apprends un peu plus à me dire
02:25 "Ok il faut vraiment que tu fasses une séparation et il faut que tu te renforces
02:30 parce que je sais que je vais encore avoir des gens qui vont mourir."
02:32 Pour moi c'est un devoir.
02:34 On a quasiment 1 million de morts du sida par an,
02:36 alors que c'est une pathologie qu'on s'est traité depuis 1996.
02:41 Ça fait 30 ans qu'on est plus censé mourir du sida.
02:43 On est quand même plusieurs, on parlait sur les réseaux,
02:45 y'a Andréa Maître, y'a Journal Positif,
02:47 mais on est une poignée, on est peut-être 4-5 en France.
02:50 Je sais pas comment les rediriger,
02:51 et puis les associations c'est très compliqué,
02:52 la plupart des associations font beaucoup de prévention,
02:55 et l'axe de l'accompagnement des personnes séropositives
02:58 il est presque inexistant.
03:00 Et le problème aussi de la prévention,
03:02 c'est qu'en ne parlant que de prévention, c'est-à-dire en parlant de l'avant,
03:05 finalement on a mis de côté l'après.
03:07 Donc qu'est-ce qui se passe, qu'on a le VIH, on sait pas.
03:09 Je pense qu'une campagne d'information qui expliquerait aux gens
03:12 ce qu'est un cégide, où faire des dépistages, quand faire des dépistages,
03:16 qu'est-ce que c'est être séropositif,
03:18 donner des informations concrètes c'est beaucoup plus efficace.
03:20 Donc je pense qu'il faut le prendre sur un autre angle.
03:22 Et l'autre angle c'est l'accès aux soins,
03:24 c'est le non-jugement, c'est l'information, c'est la sensibilisation,
03:28 et c'est surtout rendre le sujet du VIH aux premières personnes concernées,
03:31 à savoir les personnes séropositives.
03:33 Aujourd'hui, en 3 ans, ça fait 3 ans que je n'arrête pas de contacter des associations,
03:37 je n'ai pas de relais.
03:38 Ça fait 3 ans que je dis j'aimerais avoir une personne qui me sert de relais,
03:42 dans lequel je peux rediriger les gens, je n'en ai pas.
03:44 Je n'en trouve pas.
03:45 Ce qui est proposé aujourd'hui, c'est bien.
03:47 Le souci ce n'est pas la prévention, c'est qu'il n'y ait que la prévention.
03:52 Et qu'à côté de ça, il y a un no man's land avec un vide absolu,
03:55 ce qui fait que la prévention n'est pas efficace.
03:57 C'est ce que j'ai dit à un mois à Cide Action,
03:59 je suis sûr qu'on met un séropositif à Koh Lanta,
04:02 ça a 1000 fois plus d'impact que toutes les campagnes de prévention
04:05 qui peuvent coûter beaucoup d'argent.
04:06 [Générique]
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