00:00Alors j'ai envie de vous demander pour démarrer, qu'est-ce que vous connaissiez de La Douzée avant de faire ce film ?
00:05Plus de choses que nous, français.
00:07C'est sûr, parce qu'elle est vraiment dans l'inconscient collectif en Italie.
00:11C'est une actrice très populaire en Italie.
00:13Il n'y a pas une ville italienne où il n'y ait pas un théâtre.
00:17Elle honore à Douz.
00:18Mais au-delà de ça, j'avais une coach américaine.
00:23Parce qu'il faut dire que La Douz est très connue aux États-Unis aussi.
00:26Très aimée par les gens de l'Actor Studio.
00:29Elle était adorée par Strasberg, qui avait compris que toute seule, elle, de l'autre côté de l'océan, avait compris la même chose que lui.
00:38Quelque chose sur la modernité du jeu de l'acteur et sur la recherche de la vérité.
00:44Et du coup, moi j'avais cette coach Geraldine Barron, à qui je dédie le film, qui est morte il y a quelques années,
00:52qui nous faisait travailler en nous parlant beaucoup d'elle.
00:55Et carrément, elle nous amenait à faire des stages de méthode de Strasberg à Azolo, dans le village de la Douzet, pour nous imprégner d'elle.
01:05Oui, c'est ça.
01:05Donc c'est quelqu'un qui est présent dans ma formation de jeunesse et dans mon imaginaire.
01:14Et quelqu'un de totalement engagé dans son art.
01:18Est-ce que vous êtes reconnue en elle ?
01:20Parce que vous avez ce point commun, ce total dévouement, cette frontière qu'on a du mal à cerner entre ce que vous êtes et l'actrice que vous êtes.
01:29Il y a vraiment un dévouement total.
01:32Moi, je n'ai pas pensé, je vais faire une icône.
01:36J'ai pensé, je vais rencontrer quelqu'un dans un train, une inconnue, et on va se parler.
01:40Et on va avoir des points communs ou des choses pas en commun.
01:43« Ah, toi, t'es comme ça. Non, moi, tu vois, je ne suis pas comme ça. »
01:46Et parfois, avec une inconnue, on trouve une intimité plus grande qu'avec quelqu'un qu'on connaît.
01:52Et donc, à la fin du voyage, on est devenus amis.
01:55Voilà. C'est un peu ça, mon travail que j'ai.
01:57Un long dialogue.
01:59Un long dialogue avec elle.
02:01Et oui, effectivement, il y a beaucoup de choses d'elle qui me...
02:05Je ne me compare pas à elle, mais je comprends, je suis d'accord.
02:09Par exemple, cette chose de mettre l'être humain avant ce qu'on appelle la carrière.
02:15Il y avait une scène, par exemple, qui n'est pas dans le film,
02:17où il y avait un soldat qui n'avait pas de jambes et je passais à côté de lui.
02:21Il y avait une prise où je me suis juste mise à genouiller et je lui ai demandé comment ça va.
02:26Voilà. Ça, pour moi, c'est la douze.
02:28C'est quelqu'un qui peut s'arrêter, arrêter sa vie, arrêter son travail, arrêter tout,
02:35pour demander à quelqu'un qu'elle ne connaît pas comment ça va.
02:38Et pourtant, avec sa fille, les rapports sont conflictuels.
02:42Comment est-ce que vous l'expliquez ?
02:44Enrique, ta fille, c'était l'amour de sa vie.
02:47Elle n'avait aucune espèce de froideur.
02:49Elle était obligée de l'éloigner parce qu'elle n'arrivait pas à être intime sur scène devant elle.
02:58Donc, elle avait une guerre intérieure.
03:02C'était un problème, c'était très douloureux pour elle.
03:04Moi, je ne suis pas pareille.
03:06Moi, j'aime beaucoup que mes enfants viennent sur les tournages et tout ça.
03:10J'ai besoin d'être, par exemple, de dormir sous le même toit que mes enfants.
03:14Mais, par contre, je la comprends.
03:17Je la comprends. Je comprends son problème.
03:20Oui, c'est comme s'il y avait une connexion entre vous.
03:22Oui, même si on n'est pas pareille.
03:23C'est beau cet arbre, hein ?
03:27À la fois, l'impression que je me regarde est que je me dis, c'est que je me dis, c'est que l'art est peut-être.
03:38Ou quant au moins consulter.
03:42S'est-ce pas beau d'être à teatres, signora Duse.
03:44Quelle est votre définition allant du métier d'artiste, d'actrice ?
04:13Ma définition du métier d'artiste ou d'actrice ?
04:16D'actrice, pardon.
04:18Parce qu'en fait, la Duse, c'était une artiste.
04:21C'était plus qu'une actrice.
04:23C'est la première femme metteuse en scène en Italie.
04:26Metteuse en scène, capo comico, ça s'appelait à l'époque.
04:30Première capo comico donna.
04:32Et donc, un jour, Sarah Bernard a écrit un livre.
04:37Elle a écrit, la Duse est une grande actrice, mais pas une artiste.
04:41Alors, c'est vraiment faux, vraiment faux, mais intéressant qu'elle dise une chose.
04:47Si, c'est vraiment l'opposé de la réalité.
04:50La Duse a lu ça.
04:51Elle admirait beaucoup Sarah Bernard, qui était plus âgée.
04:55Et elle a été très blessée par cette phrase.
04:58Et un jour, elle a rencontré Sarah Bernard.
05:02Et elle lui a dit, vous savez, j'ai lu ce que vous avez écrit sur moi.
05:05« Ça m'a beaucoup blessée, mais tout ce que vous m'avez donné est bien plus important que cette blessure. »
05:12Incroyable.
05:12Ça, c'est la Duse.
05:14Ça, c'est son humanité.
05:16Ça, c'est pour juste avoir un petit aperçu.
05:19Le film questionne aussi les rapports entre l'art et le pouvoir.
05:23La façon dont l'art doit rester libre, mais en même temps, la façon dont le pouvoir peut influencer l'art.
05:28J'imagine que vous êtes d'accord avec ça.
05:29Bien sûr, un jour Pietro m'a appelé et m'a dit, j'ai compris, j'ai compris, c'est un film entre l'art et le pouvoir, le pouvoir et l'art, l'art et le pouvoir.
05:36Donc il le répète en boucle.
05:39Mais en fait, c'est vrai, c'est très important la question que pose le film.
05:44Est-ce qu'un artiste peut influencer un pouvoir, comment dire, tyrannique ?
05:52Mussolini, comment va ?
05:54Manganelli, lasciamo le garde-robe.
05:56Comme c'était à l'époque la montée du fascisme, ou comme maintenant en Italie l'extrême droite,
06:24qu'est-ce que les artistes arrivent à faire ?
06:26Nous, par exemple, en ce moment en Italie, on est très démunis parce que le gouvernement a coupé beaucoup, beaucoup,
06:34une grande, grande somme d'argent pour les films d'auteurs, ce qui s'appelle le tax credit.
06:39Ça veut dire qu'il se peut que l'année prochaine, il n'y ait aucun film, ou presque aucun film qui se fasse.
06:46Et donc, qu'est-ce qu'on arrive à faire de ça ? On essaye, les distributeurs, les producteurs essayent de se révolter.
06:54Mais alors, juste, on peut continuer à essayer de faire des choses honnêtes.
07:01Oui, avec de la conviction.
07:03Qu'est-ce que ça change pour vous de jouer en italien ? Est-ce qu'il y a une différence ?
07:06Oui. Je me sens plus proche de mon enfance. C'est ma langue d'enfance, c'est ma langue de famille.
07:14C'est la langue que je parle avec ma sœur, avec ma mère, que je parlais avec mon père, avec mon frère.
07:19J'ai fait mes études en italien. Donc, c'est vraiment la langue de ma jeunesse et de mon enfance,
07:25où je suis presque un tout petit peu plus maladroite maintenant,
07:29mais plus enfantine et plus proche de mes racines, aussi de mes chagrins.
07:36Et au lieu, la langue française est une langue où je me sens plus à droite,
07:40où je suis plus mieux en société, plus forte, tout petit peu plus hypocrite.
07:48Ah, en français ? C'est plus facile ?
07:50Oui, parce que quand on est mieux en société, c'est qu'on est un peu hypocrite.
07:53Oui, c'est vrai.
07:54Il y a quelqu'un qui a dit la base de la société.
07:56Une société ne peut pas exister sans hypocrisie.
08:01Alors, si on est bien en société, c'est qu'on est un peu hypocrite.
08:05Donc, en français, c'est l'actrice, et en italien, c'est Valéria.
08:08Ah non, non, pas du tout, pas du tout, parce que l'actrice n'est pas du tout hypocrite pour moi.
08:11Au contraire, l'actrice, pour moi, c'est vraiment enlever le masque de la société.
08:17Voilà, c'est la définition, alors. Vous me donnez la définition de l'actrice.
08:20Eh bien, voilà. Enlever les masques.
08:22Oui, c'est beau.
08:24Et justement, j'ai toujours beaucoup de plaisir d'avoir une actrice, jouer une actrice.
08:29Je trouve que pour nous, spectateurs, c'est jouissif.
08:32Voilà, c'est jouissif pour vous. Actrice, ça fait quoi de jouer une actrice ?
08:35Bien sûr que c'est jouissif, bien sûr, parce qu'on est nous, et puis on est aussi avec les personnages qu'on joue, que l'actrice joue.
08:43Moi, j'ai eu beaucoup de plaisir, par exemple, à effleurer la dame de la mer d'Ibsen grâce au film. Je ne connaissais pas cette pièce et j'ai eu envie de jouer le personnage.
08:56Et c'est une pièce absolument magnifique, absolument révolutionnaire. Donc, c'était très agréable pour moi, même de dire quelques répliques de la pièce.
09:05Est-ce que vous diriez que le cinéma consomme moins que le théâtre ? Justement, là, vous parlez du...
09:09Que le cinéma ?
09:10Consomme moins que le théâtre. Moins de soi.
09:14Oui.
09:14Oui.
09:15C'est pour ça que vous en faites ?
09:16Enfin, un peu moins. Ça dépend des films aussi, parce qu'il y a des films où on laisse beaucoup de plumes. Beaucoup, beaucoup de plumes.
09:22Mais, en général, je laisse beaucoup de plumes au théâtre. Plus de plumes au théâtre qu'au cinéma.
09:28C'est pour ça qu'il y a beaucoup de plumes au théâtre qu'il y a beaucoup de plumes au théâtre.
Commentaires