00:00 - Il est 7h13, Elisabeth Borne, la première ministre accompagnée de François Borne, le ministre de la Santé,
00:06 se rend aujourd'hui du côté de l'Aveyron.
00:09 Il y a trois rendez-vous avec les professionnels de la maison de santé rurale de Salles-Curon, on va voir ça dans un instant,
00:17 avec le personnel soignant du centre hospitalier de Rodèze et puis aussi avec
00:21 les professionnels
00:23 territoriaux également de santé du nord Aveyron. Du côté de Salles-Curon, alors c'est
00:29 une commune d'environ 1000 habitants, c'est ça Alexandre Darcourt,
00:33 vous êtes médecin généraliste à cette maison de santé rurale,
00:38 elle a quelque chose d'exemplaire votre maison de santé rurale ?
00:43 - Alors notre maison de santé, il faut savoir que c'est une des deux premières de France qui a été construite
00:49 sur fonds publics dès l'année 2008.
00:52 Elle est née d'une double volonté, celle de mon prédécesseur, le docteur Ducamp, qui est parti à la retraite aujourd'hui,
00:58 et de monsieur le maire de Salles-Curon, monsieur Combet, qui se sont
01:02 serrés les coudes pour trouver des solutions aux problèmes de
01:06 l'offre de soins.
01:09 Donc elle est sortie de terre déjà il y a une quinzaine d'années.
01:13 Nous sommes aujourd'hui 17 professionnels, 2 médecins, 2 dentistes, 7 infirmières, kinés,
01:20 podologues, orthophonistes, diététiciens et
01:27 - Du 7 mais pas à temps complet, c'est-à-dire que vous tournez, ils vont ailleurs ?
01:32 - Alors pour certains, à temps complet,
01:34 nous, avec mon associé par exemple, et 2 médecins, on fait 4 jours par semaine, et on couvre
01:41 les 5 jours du lundi au vendredi, on a chacun un jour
01:44 de repos dans la semaine. Les dentistes font un peu le même fonctionnement, et puis bon, effectivement, il y a aussi des vacations des professionnels qui viennent
01:52 une fois par semaine, je pensais à des diététiciennes, ça permet quand même d'avoir une offre de soins assez fournie.
01:58 Nous avons une secrétaire physique, qui nous permet, si vous voulez,
02:05 de traiter la demande, d'adapter une réponse en fonction du degré d'urgence.
02:11 Nous sommes aussi
02:14 médecins-saveurs-pompiers correspondant à la demande du SAMU, donc on a amené à faire des
02:19 interventions en urgence sur le secteur.
02:22 Nous soignons à peu près 2000 patients,
02:25 en commune féminine, mais avec les communautés en commun, nous avons 2000 patients, on n'a pas de problème de rendez-vous,
02:31 on arrive à traiter les urgences dans la journée sans trop de problèmes, on a un exercice
02:37 rural assez polyvalent, on fait des urgences de la gynéco, de la pédiatrie,
02:41 de l'échographie,
02:45 et du soin palliatif aussi, des fins de vie à domicile avec des patients âgés.
02:50 Nous accueillons des internes
02:52 depuis des années, j'ai moi-même été interne
02:56 dans ce cabinet, ce qui m'a conduit à m'y installer.
03:00 Et nous sommes aussi acteurs de la permanence des soins, c'est-à-dire que le soir nous assurons une garde de 20h à minuit,
03:06 le week-end également, avec nos collègues de la maison de santé qui est à 15 km, de Ponds de Salaire.
03:13 Nous sommes 6 médecins sur le secteur. - Bon alors quand on dit que
03:16 ça ne marche pas dans notre système de soins, quand on vous écoute, Alexandre Darcourt, on se dit "bah vous avez eu un peu
03:23 la solution miracle", est-ce que
03:25 vous-même, les professionnels de santé, la population, vous êtes
03:29 globalement heureux de ce mode de fonctionnement ? Est-ce que ça marche bien ?
03:32 - Je pense qu'à l'échelle de la commune on est absolument ravis parce qu'on a une qualité de travail
03:39 tout à fait exemplaire et on ne se plaindra pas. Par contre,
03:44 ce qui est un peu plus gênant, moi qui suis à l'association des effecteurs de garde et des médecins d'états de garde,
03:50 on voit que quand on connaît un petit peu le territoire même de l'Aveyron, qui est le premier département en termes d'installation
03:58 d'équilibre et de départ à la retraite de France, si je ne dis pas de bêtise, on est quasiment à l'équilibre, ce qui est quand même
04:05 rarissime. On a quand même des secteurs qui, à
04:08 15 km à l'ouest de chez moi ou à l'est, sont en grande difficulté avec des collègues
04:15 sur certains villages qui étaient quatre médecins il y a dix ans
04:18 et qui se retrouvent tout seuls à
04:21 64 ans, à un an et demi, deux ans de la retraite et qui n'ont toujours pas de successeurs. Donc
04:25 il y a des contraintes locales
04:28 qui font que, bon, nous ça a marché mais ça ne marche pas partout.
04:32 - Non, ça ne marche pas partout. Et puis parce qu'il y a beaucoup de jeunes qui n'ont pas forcément envie aussi d'aller dans des
04:37 secteurs un peu isolés,
04:41 ruraux.
04:43 - Oui, c'est aussi qu'on peut rebuter par l'exercice libéral. Il faut dire que tout ce que je vous ai dit,
04:48 médecine d'urgence, petite urgence future, faire de l'échographie, faire de la consulte en fait, avoir une secrétaire pour pouvoir gérer,
04:59 éviter des consultes inutiles parce qu'on a fait un énorme travail aussi pour limiter le nombre d'actes inutiles, c'est-à-dire
05:06 voir les chroniques deux fois par an au lieu de quatre ou cinq ou six, faire une visite tous les mois
05:11 au lieu de quatre fois par an parce que finalement ça sert pas à grand chose, mais pouvoir répondre par contre
05:16 en leur disant "je vous vois aujourd'hui mais si demain vous avez besoin, vous venez demain, on vous prend"
05:20 s'il y a besoin. Et ça, ça donne du sens à notre pratique et je pense que malheureusement
05:26 beaucoup de jeunes de mon âge, quand on les met dans des cabinets avec
05:31 une surcharge administrative, on nous demande de construire des CPTF, des outils administratifs pour organiser et coordonner les soins
05:40 de professionnels de santé sur un territoire, ce qui est louable dans le fond, mais dans la forme on nous demande à nous médecins qui
05:46 sommes voués quand même à rester auprès des patients, à consulter à les soigner, de créer
05:51 des structures administratives
05:55 et juridiques, parce que c'est...
05:57 de faire des réunions pendant des heures et donc évidemment là on se prend que l'on perd beaucoup de monde en chemin
06:03 et ça motive peu de gens. - C'est ce que vous direz, j'imagine, tout à l'heure à Elisabeth Borne, ministre de la Santé, François Braune.
06:10 Merci en tout cas de vous être levé tôt ce matin pour nous répondre aux questions
06:15 de Sud Radio ce matin et donc vous allez revoir la première ministre et le ministre de la Santé tout à l'heure
06:21 donc à Salles-Curon dans L'Aveyron.
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