00:00 Ils se sont installés là où ils pouvaient, dans des champs, sous de simples bâches en plastique, tout autour de la grande ville de Goma.
00:07 Leur nombre n'a cessé de grandir ces derniers mois.
00:11 Des milliers de déplacés qui fuient les combats.
00:14 Joséphine Kalimunda a 50 ans.
00:16 Elle vit ici depuis trois mois.
00:19 - Voilà où j'ai installé ma cuisine.
00:22 Je cuisine là dedans.
00:24 Mes enfants sont partis mendiers.
00:26 Ils vont ramener de quoi manger, j'espère.
00:29 Et là bas, c'est la maison.
00:30 Je vais vous montrer.
00:31 Venez voir.
00:31 Voilà, c'est une ossature en bois et une bâche par dessus.
00:36 C'est ça, notre maison.
00:37 On n'a pas de douche, ni même de toilette.
00:40 Là, c'est notre lit.
00:44 On dort sur ces sacs avec mes cinq enfants.
00:47 Il n'y a plus rien qui va chez moi.
00:48 J'ai tout perdu.
00:49 Je n'ai même pas de quoi nourrir ma famille.
00:51 Je suis à bout, à bout.
00:52 Un cri de détresse.
00:56 Joséphine a tout perdu le jour où son village a été attaqué.
01:00 - Un matin, on a entendu des coups de feu près du village.
01:04 On s'est dit on va tous mourir.
01:07 Alors, tout le monde a commencé à courir.
01:09 Et en quelques secondes, mon mari a pris une balle.
01:14 Il s'est effondré devant nous.
01:16 On n'a pas eu le temps de réfléchir.
01:18 J'ai dit aux enfants de courir le plus vite possible,
01:20 s'attirer de partout.
01:20 On a dû laisser le corps derrière nous et les rebelles ont pris
01:24 le contrôle de notre village.
01:25 Les rebelles qui ont attaqué son village font partie du M23.
01:33 Un groupe lourdement armé, soutenu par le Rwanda et qui a
01:39 repris les armes il y a un an, après dix années d'absence.
01:42 Ils se battent contre l'armée congolaise et ont pris le contrôle
01:46 de plusieurs localités du Nord Kivu.
01:48 Depuis quelques mois, ils gagnent du terrain et se rapprochent
01:52 de Goma, la capitale provinciale.
01:55 Les villages tombent les uns après les autres,
01:58 forçant les habitants à fuir.
02:00 Plus d'un demi million de personnes ont atterri dans des camps
02:04 de déplacés comme celui-ci.
02:05 Les ONG et le gouvernement sont dépassés.
02:09 Les gens manquent de tout.
02:10 - Vous voulez quoi ?
02:13 Prenez de la farine.
02:14 Ce matin, plus de 2000 personnes attendent leur tour pour avoir
02:19 un peu d'eau et de nourriture.
02:23 - Les gens ont faim.
02:25 C'est pour ça qu'on est là.
02:26 On est juste venus alléger la souffrance.
02:29 Pour Christine, comme pour beaucoup d'autres,
02:31 ces distributions sont vitales.
02:33 - J'espère avoir quelque chose.
02:36 Je n'ai rien d'autre à manger.
02:37 On était agriculteurs avant, mais à cause des combats,
02:40 on n'a plus accès à nos champs.
02:42 - Allez, donnez-lui des haricots.
02:44 Beaucoup de maris ont été tués ou enrôlés de force dans les
02:48 groupes armés.
02:50 Il reste les mères de famille et surtout beaucoup d'enfants.
02:54 Les plus fragiles.
02:56 C'est pour eux que Félix Soumani a repris du service.
03:02 - Un plus, un plus, deux égale combien ?
03:07 Quatre.
03:08 Il était enseignant dans son village avant d'arriver dans le camp.
03:12 Il n'a donc pas hésité à prendre en charge ses centaines d'enfants.
03:17 Même si aujourd'hui, le professeur l'avoue, il commence à fatiguer.
03:20 - Tous ces enfants aiment l'école.
03:25 Ils veulent étudier comme avant dans leur village.
03:28 Et nous, nous voulons qu'ils continuent leurs études.
03:31 C'est important.
03:32 Mais pour le moment, nous ne sommes pas rémunérés.
03:35 C'est très compliqué pour tout le monde.
03:36 On ne sait pas de quoi l'avenir sera fait.
03:38 Au total, seuls 2000 enfants sur 150 000 ont accès à l'école
03:46 dans les camps.
03:47 Depuis leur naissance, la plupart d'entre eux n'ont connu que la peur,
03:51 la pauvreté et la violence.
03:54 (Rires)