00:00 Born, Darmanin, Schiappa, d'accord.
00:02 Mais Gabriel Attal, on en parle ?
00:04 Parce qu'il a toute sa place là, dans la riposte actuelle du gouvernement
00:08 pour faire oublier la réforme des retraites et faire croire que tout va bien.
00:10 Or, ces interventions récentes dessinent les contours de la société
00:14 dans laquelle ces gens veulent qu'on vive.
00:16 Non mais on n'a pas attendu d'entendre des casseroles
00:18 pour écouter les Français et pour entendre les Français.
00:20 Voilà. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est les Français qui se lèvent le matin,
00:23 qui vont travailler ou qui télétravaillent,
00:24 mais en tout cas qui attendent de nous qu'on agisse pour eux.
00:27 On a compris le cadre général, c'est de l'action pendant 100 jours,
00:30 aller sur le terrain et bombarder de projets de loi et de mesures
00:34 pour qu'on parle de ça et que ça couvre le bruit des casseroles.
00:38 Je pense qu'il y a aujourd'hui une attente extrêmement forte
00:41 de la classe moyenne qui travaille, qui nous disent quoi ?
00:44 Qui nous disent qu'on travaille et on a le sentiment qu'on nous en demande toujours plus
00:47 pour financer un modèle qui permet parfois à des gens de ne pas travailler
00:50 et qui finance des services publics dont on a le sentiment qu'ils se dégradent.
00:54 Gabriel Attal, puisqu'il est le ministre délégué chargé des comptes publics,
00:58 il s'occupe du versant, fiscalité, impôts, dépenses publiques.
01:02 Et il a manifestement été chargé de séduire les classes moyennes
01:05 et cette France qui, selon l'expression, se lève tôt.
01:09 On va voir que cette démarche a une certaine odeur.
01:21 Retraite, assurance chômage, RSA, apprentissage,
01:25 il y a une offensive générale capitaliste contre le travail.
01:28 Attal incarne un certain volet,
01:30 celui d'aider les classes moyennes à mieux vivre de leur travail
01:33 par un supposé plan Marshall pour les classes moyennes.
01:37 Ces interventions prennent la forme archi classique
01:40 de l'opposition entre les Français qui travaillent et les assistés.
01:44 Je pense que notre action, elle doit être dirigée avant tout
01:47 vers ces Français, cette classe moyenne qui travaille,
01:49 qui a le sentiment qu'on lui en demande toujours plus,
01:52 soit pour d'autres qui, eux, peuvent ne pas travailler,
01:54 soit pour des services publics qui se dégradent
01:56 alors que c'est financé par leurs impôts.
01:57 Lors d'un déplacement dans l'Hérault,
01:59 on a pu le voir en pleine démonstration d'arrogance
02:01 lorsqu'il s'en est pris à des manifestants
02:03 qui pratiquaient la casserolade avec un argument inattendu.
02:07 Moi, je fais la part des choses.
02:08 D'ailleurs, ceux qui peuvent se permettre,
02:10 qui ont le temps en pleine semaine, en plein après-midi,
02:13 d'aller accueillir des ministres pendant 4 heures,
02:15 de 14 heures à 18 heures, a priori,
02:17 c'est quand même pas les Français qui travaillent,
02:18 qui ont des difficultés au quotidien pour boucler leur fin de mois.
02:20 C'est pour eux qu'on veut agir et c'est pour eux qu'on veut répondre.
02:23 Alors, il va peut-être découvrir que les gens ont tout un tas d'horaires bizarres,
02:26 ils travaillent de nuit, le week-end, ou bien ils démarrent très tôt.
02:29 Il va peut-être découvrir qu'il y a plein de retraités
02:32 qui participent à ces manifestations,
02:34 ou même que des gens sont prêts à poser des RTT pour continuer la lutte.
02:37 Mais passons.
02:38 Semez la discorde, la zizanie,
02:40 on a déjà parlé de cette manœuvre éculée.
02:42 Ici, le ministre ne discrédite pas seulement les manifestants
02:45 par ce qu'ils font, du bruit, mais aussi par ce qu'ils sont.
02:49 Il légitime parce que supposément pas au travail.
02:52 A priori, c'est quand même pas les Français qui travaillent,
02:54 qui ont des difficultés.
02:55 Quelle est la conception de la citoyenneté qui se cache sous ce mépris ?
02:58 Supposons même que l'ensemble de ces gens soient au chômage ou au RSA.
03:02 Ce que nous dit implicitement le ministre,
03:04 c'est que ce sont grosso modo des sous-citoyens
03:07 et que leur expression ne compte au fond pas vraiment.
03:10 Voilà le fond de la pensée de ce ministre millionnaire épistonné.
03:14 Bah oui, il se permet des attaques à dominem, nous aussi.
03:17 Mais ne croyez pas que c'est un dérapage isolé.
03:20 C'est une véritable ligne de communication,
03:22 qu'il répète sur tous les plateaux.
03:24 Il est 7h43.
03:25 Je pense qu'il y a des personnes qui nous écoutent,
03:27 qui sont en train d'aller travailler
03:28 ou qui s'occupent de leurs enfants avant de les amener à l'école.
03:30 Il y en a probablement qui sont inquiètes ou qui sont en colère.
03:33 Je ne suis pas sûr que ce sont des personnes
03:35 qui peuvent se permettre d'aller de 14h à 18h en pleine semaine
03:39 attendre un ministre.
03:40 Le message, c'est les vrais et honnêtes gens
03:42 ne se plaignent pas du recul de l'âge légal de départ à la retraite.
03:46 Ils sont simplement contents qu'on leur ait supprimé leur taxe d'habitation.
03:49 Le fond de l'affaire, c'est une rhétorique réactionnaire
03:52 visant à stigmatiser les sans-emploi
03:54 comme des paresseux profiteurs.
03:56 Pour justifier tout à la fois le flicage
03:59 et les radiations des chômeurs ou des allocataires du RSA.
04:02 Regardez par exemple, depuis plusieurs semaines,
04:05 Gabriel Attal porte un grand plan de lutte contre les fraudes.
04:08 Je dis bien les fraudes.
04:10 Parce que son entrade hémagogique,
04:12 c'est qu'il ne faut pas opposer les fraudes entre elles.
04:15 La deuxième manière de redonner confiance,
04:16 c'est bien de s'attaquer à toutes les fraudes.
04:18 Moi, je veux qu'on arrête de segmenter les fraudes.
04:20 Dans certains cas, on a l'impression
04:22 qu'il n'y aurait que de la fraude fiscale
04:23 et dans d'autres cas qu'il n'y aura que de la fraude sociale.
04:26 Nous devons nous attaquer à toutes les fraudes,
04:28 qu'elles soient fiscales, sociales et douanières.
04:30 Il n'est pas primordial de faire ce travail de hiérarchisation
04:33 qui permet de s'apercevoir que,
04:35 quelle que soit la quantification exacte,
04:37 les ordres de grandeur ne sont pas du tout les mêmes.
04:40 Entre fraude fiscale, fraude aux cotisations sociales
04:43 et fraude aux prestations sociales.
04:45 En mettant ces fraudes sur le même plan,
04:47 Gabriel Attal accrédite l'idée que
04:49 l'honnête travailleur de la classe moyenne
04:51 est écrasé sans distinction par des profiteurs d'en haut
04:55 tout autant que par des profiteurs d'en bas.
04:57 Cette classe moyenne qui a parfois le sentiment de payer trop
05:01 parce que certains choisissent de ne rien payer du tout.
05:04 Alors que le manque à gagner pour financer
05:06 et améliorer les services publics, par exemple,
05:09 est à chercher du côté de la manière dont les plus aisés
05:12 et les grandes entreprises se soustraient à l'impôt.
05:14 Mais évidemment, dans ce discours qui exploite les préjugés sociaux
05:18 pour à la fois faire faire des économies à l'État
05:21 et courtiser les classes moyennes,
05:23 la réflexion sur la taxation des hauts revenus et patrimoines
05:27 n'est pas du tout celle qui est la plus mise en avant.
05:29 On le voit par exemple dans sa grande opération transparence
05:33 sur l'usage des impôts,
05:34 qui s'appuie sur le site gouvernemental au nom évocateur
05:37 "En avoir pour mes impôts"
05:39 accompagné d'une consultation citoyenne.
05:42 C'est une grande opération transparente,
05:43 ce site "En avoir pour mes impôts.gouv.fr"
05:46 qui ouvrira, vous l'avez dit, en fin d'après-midi,
05:48 qui permettra au niveau national de dire de manière très concrète
05:51 à quoi sert l'argent public.
05:53 Tout le monde ne sait pas que un enfant,
05:55 une année dans une école primaire, c'est 8000 euros d'argent public.
05:58 La question politique de ce qu'est une juste répartition
06:01 de l'effort collectif n'est pas posée.
06:04 Le citoyen est seulement amené à se penser
06:07 comme un contribuable qui calcule en permanence
06:10 combien la société lui rend
06:12 par rapport à ce qu'il paye en impôts.
06:14 Et à réclamer évidemment que l'État dépense moins
06:17 pour avoir moins d'impôts à payer.
06:19 "Ces Français qui travaillent,
06:20 sans pour autant bénéficier des aides,
06:22 et sans pour autant bénéficier de services publics
06:25 qui répondent à leurs attentes."
06:26 Bon, en fait, ce que fait là Attal,
06:28 c'est implicitement s'adresser à ce que le sociologue Olivier Schwartz
06:32 a nommé la conscience sociale triangulaire.
06:35 Ce sociologue a montré qu'un sentiment est très présent
06:38 dans les fractions hautes des catégories populaires.
06:41 Un sentiment de menace, de méfiance,
06:44 non pas seulement à l'égard du haut de la hiérarchie sociale,
06:48 mais aussi à l'égard des moins bien lotis,
06:50 qui sont vus comme des profiteurs.
06:52 C'est tout le thème des assistés et des cassos.
06:54 "On doit aider les gens qui sont démunis."
06:58 "Non mais y'a des limites, hein."
07:00 "Il faut mieux les accompagner et mieux contrôler.
07:03 C'est ce qu'on va faire avec la réforme.
07:05 On fait les deux."
07:06 C'est cette vision triangulaire de la société
07:08 qui est exploitée et encouragée par l'extrême droite,
07:11 en y ajoutant une lecture xénophobe et raciste.
07:14 Parce que la figure par excellence du profiteur d'en bas,
07:18 ça va être celle de l'étranger ou de l'immigré.
07:21 Bruno Le Maire a tout récemment tiré sur cette corde.
07:24 "C'est l'argent du contribuable.
07:25 Il a aucune envie de voir que des personnes peuvent en bénéficier,
07:28 leur envoyer au Maghreb ou ailleurs alors qu'ils n'y ont pas droit."
07:32 Il devient très utile de mobiliser cette rhétorique
07:35 précisément dans un contexte où la réforme des retraites
07:38 pilonne cette classe moyenne.
07:39 Et dans un contexte où le gouvernement refuse de poser
07:42 la question de l'augmentation des salaires,
07:45 autrement que par des primes qui ne sont pas soumises à cotisation sociale.
07:49 "C'est Français, cette classe moyenne, qui travaille,
07:51 qui a le sentiment qu'on lui en demande toujours plus,
07:53 soit pour d'autres qui, eux, peuvent ne pas travailler,
07:56 soit pour des services publics qui se dégradent."
07:57 Le ministre Gabriel Attal clame donc qu'il lutte
08:00 contre la tentation des classes moyennes d'aller vers le vote RN,
08:04 en stabilisant leur situation économique.
08:06 Mais là, ce qu'il fait concrètement, c'est de flatter les affects qui les y conduisent.
08:11 À la semaine prochaine.
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