00:00 Le texte de la réforme des retraites va arriver dans l'hémicycle la semaine prochaine, le 6 février.
00:04 Le Rassemblement national va chercher à se mettre en avant.
00:07 Il s'est clairement positionné contre.
00:09 De toute façon, nous votons contre le texte,
00:10 puisque Elisabeth Borne nous a dit, 64 ans, ça ne bougera pas.
00:17 Marine Le Pen entend capitaliser sur une éventuelle défaite de la gauche.
00:21 Si la réforme passe, le RN pourrait fustiger l'impuissance de la gauche
00:25 et se faire le réceptacle naturel des désespérances et des colères.
00:29 C'est pour cela que vous n'allez pas dans les cortèges ?
00:31 Non, ça n'est pas pour cela.
00:32 Nous avons une philosophie depuis très longtemps
00:35 qui, encore une fois, fait le choix de combattre là où les électeurs nous ont emmenés.
00:42 Mais ces combats s'accumulent.
00:45 Je veux dire, nos électeurs sont, encore une fois,
00:48 pour beaucoup d'entre eux, dans les manifestations en province.
00:51 On entend donc une petite musique qui décrit l'attitude discrète de Marine Le Pen
00:56 comme une stratégie habilement attentiste.
00:58 Elle compte les points, elle récoltera les fruits,
01:01 les électeurs se vengeront dans les urnes.
01:03 Mais pourquoi voir nécessairement ce retrait relatif comme le produit d'un calcul ?
01:08 Et si, tout simplement, le RN était en difficulté dans la séquence politique actuelle ?
01:15 Le RN semble avoir marqué un point cette semaine à l'Assemblée
01:27 quand sa motion référendaire a été tirée au sort.
01:30 Une procédure censée aboutir à faire décider directement le texte par les Français
01:34 plutôt que par le Parlement.
01:35 La NUPES refusant de la voter, le RN se sert de cet épisode
01:39 pour entonner le refrain de la complicité avec Macron.
01:42 Est-ce que ces gens-là sont capables de faire passer l'intérêt de leur boutique,
01:46 leur idéologie et l'intérêt de leur parti après les intérêts du peuple français ?
01:50 Les Français ne comprendraient pas que des partis politiques qui sont contre cette réforme
01:54 ne votent pas la motion référendaire du Rassemblement national.
01:57 Il faut comprendre deux choses.
01:58 D'abord, rappelons les circonstances.
01:59 La NUPES avait déposé en premier sa motion référendaire.
02:04 Mais il ne peut y avoir qu'une seule motion référendaire par projet de loi.
02:07 C'était à la conférence des présidents de l'Assemblée, majoritairement macroniste, de départager.
02:12 Tous les moyens de départager, antériorité du dépôt, nombre de votants, etc.,
02:16 aboutissaient à prendre celle de la NUPES.
02:19 Sauf l'idée de tirage au sort, la majorité macroniste a donc sciemment choisi l'unique voie
02:24 pouvant aboutir à prendre la motion du RN.
02:27 Marine Le Pen cherche à faire une polémique et je vais lui répondre de manière très simple.
02:30 Je conteste le fait, un, qu'on ait contourné les règles de l'Assemblée nationale avec un tirage au sort,
02:35 et deux, la manière dont s'est fait ce tirage au sort,
02:37 puisque d'habitude c'est à proportion des signataires.
02:40 Nous avons déposé, nous, la NUPES en premier.
02:42 Nous avons le plus de signataires et donc nous demandons l'annulation de cette décision.
02:46 Ensuite, il faut comprendre que ça ne débouchera jamais sur un référendum.
02:49 Il faut que cette motion soit votée par l'Assemblée nationale,
02:52 passe par le Sénat et in fine, que le président de la République dise OK.
02:56 OK pour un référendum.
02:58 Vous imaginez Macron en train de dire ça ?
03:00 Mais le RN, pour sa communication, a besoin de présenter cette motion référendaire
03:05 comme une solution qui pourrait aboutir, mais qui est entravée par cette méchante gauche.
03:09 Jean-Luc Mélenchon et l'ensemble de ses députés préfèrent Emmanuel Macron à l'intérêt du peuple français.
03:15 Car pour le reste du travail parlementaire, il n'est pas certain que le RN tire son épingle du jeu.
03:20 Il misait sur une obstruction parlementaire de la NUPES
03:22 pour se présenter comme le bon élève à l'Assemblée.
03:25 Si la NUPES arrête ces enfantillages qui risquent d'empêcher le vote,
03:30 eh bien je suis convaincu que l'Assemblée nationale votera contre cette réforme des retraites.
03:35 Le nombre d'amendements reste élevé, 13 000 pour la France insoumise
03:39 contre juste 200 pour le RN.
03:41 Mais la France insoumise a abandonné son projet d'obstruction stricte.
03:44 Elle en avait annoncé des dizaines de milliers à l'automne.
03:47 Et cela pour s'adapter au délai plus court d'examen du texte.
03:51 Reste que je ne vois pas très bien en quoi ce nombre d'amendements proposés par la NUPES
03:55 est compatible avec la volonté de faire apparaître dans les débats
03:59 l'inanité de l'argumentaire de la majorité.
04:02 Ce sera donc tactique contre tactique.
04:04 Jouer la montre comme elle est fille pour permettre à la mobilisation sociale de prendre de l'ampleur,
04:09 alors qu'ils auraient pu jouer le débat pour essayer par exemple de faire monter les tensions entre Renaissance et les LR.
04:15 Ou bien jouer la carte du parti d'opposition raisonnable comme le RN,
04:19 mais en prenant le risque que ces interventions passent totalement inaperçues.
04:24 Néanmoins, il y a eu un test électoral récent.
04:27 Dans trois circonscriptions, il y a eu des législatives partielles
04:30 parce que les élections de juin avaient été invalidées.
04:32 Résultat des courses, le RN perd un député, quand la NUPES en gagne un.
04:37 Évidemment pour autant qu'on puisse en tirer des conclusions sur ces élections
04:40 qui mobilisent encore moins que celles de juin.
04:43 Ensuite, et surtout, le RN est marginalisé par la rue.
04:48 L'extrême droite combat historiquement l'auto-organisation des travailleurs,
04:51 détestant l'internationalisme des syndicats et opposant à la lutte des classes
04:56 un principe nationaliste de concorde avec le patronat.
04:59 Le RN joue sur l'ignorance de l'histoire en s'offusquant que les syndicalistes
05:03 lui disent qu'il n'est pas le bienvenu dans les cortèges.
05:06 La violence avec laquelle M. Martinez a expliqué qu'il jeterait les députés en dehors des manifestations,
05:13 c'est honteux, objectivement.
05:14 Et ça démontre qu'encore une fois, ces syndicats défendent leurs intérêts propres
05:17 et pas les intérêts des Français.
05:19 Mais le parti d'extrême droite doit se livrer à un numéro d'équilibriste.
05:22 Car l'opinion non seulement soutient ces mouvements,
05:25 mais tend même de plus en plus à soutenir d'éventuels blocages.
05:29 Alors les cadres du RN, par opportunisme apportent un soutien verbal aux mobilisations,
05:35 restent réservés sur la grève et condamnent les actions de blocage de l'économie.
05:40 Donc on est prié de s'opposer à la réforme,
05:42 mais si possible sans bruit et surtout sans construire un rapport de force
05:46 avec le gouvernement et le patronat.
05:48 Les mobilisations et comment on bloque la réforme des retraites,
05:53 ce n'est pas leur problème.
05:53 Eux, ce qu'ils veulent, c'est leur petite place.
05:55 Le discours du RN est toujours le même.
05:57 Nul besoin de vous organiser, de lutter, de fraterniser en manifestation ou sur les piquets de grève.
06:03 Non, non, restez chez vous, allez juste dans l'isoloir quand il faudra et votez pour nous,
06:07 on va s'occuper de tout.
06:09 Enfin, sur le fond, le RN n'est pas très à l'aise,
06:13 car il peut difficilement se faire passer pour la force politique
06:16 la plus historiquement opposée à cette réforme des retraites.
06:20 Le parti n'a jamais eu une position claire sur les retraites en raison de son opportunisme électoral.
06:25 Fin des régimes spéciaux et âge légal de 65 ans, proposé par Jean-Marie Le Pen en 2007.
06:31 60 ans avec 40 annuités de cotisation avancées par Marine Le Pen en 2017.
06:36 Désormais, le RN est revenu à 62 ans avec 42 ou 43 annuités selon les profils,
06:43 et grosso modo 60 ans pour ceux qui ont commencé avant 20 ans.
06:46 Pour justifier ce revirement, Marine Le Pen invoque la dette et l'état de l'économie française.
06:51 Donc pas très loin de l'argumentaire du gouvernement.
06:54 Les orateurs du RN répètent ad nauseam que la gauche ou les dirigeants syndicaux
06:58 ont appelé à voter Emmanuel Macron,
07:00 donc ont soutenu ou sont indirectement responsables de la réforme.
07:04 Il y a comme une contradiction d'ailleurs à faire élire, à choisir un président de la République
07:08 et à six mois plus tard organiser la contestation contre ce texte.
07:11 C'est une vision naïve des enjeux de la présidentielle,
07:14 car il laisse entendre que d'un point de vue économique et social,
07:17 le programme de Marine Le Pen est aux antipodes de celui d'Emmanuel Macron.
07:21 Or il faut marteler que le RN s'inscrit dans l'injonction néolibérale
07:26 à baisser le coût du travail, en essayant d'alléger les cotisations sociales.
07:30 Il y a des recettes qui sont anciennes du côté de la droite néolibérale.
07:34 Tout ce qu'il y a, c'est beaucoup de baisses de prélèvements obligatoires,
07:39 donc des baisses d'impôts sur le revenu.
07:40 On permet au patron d'augmenter les salaires sans cotisation sociale,
07:45 encore plus que ce qu'a fait Emmanuel Macron.
07:48 Donc on met dans la main des Français plus de cash
07:52 pour moins de financement des solidarités collectives.
07:55 Et ce, pour satisfaire son électorat de petits patrons
07:58 et pour appâter des salariés par une augmentation du salaire net.
08:01 Or ce sont les cotisations qui financent les retraites.
08:04 Ce parti accompagne donc le mouvement d'assèchement de notre système social.
08:09 En somme, médiatiquement à Thônes, éclipsé par les journées de mobilisation,
08:14 condamné soit à ressasser le deuxième tour de 2022,
08:17 soit à renvoyer à la présidentielle de 2027,
08:21 Marine Le Pen est contrainte maintenant de jouer un second rôle.
08:24 Néanmoins, la charge de la preuve, en quelque sorte, revient à la gauche politique,
08:28 qui doit faire la démonstration que l'articulation entre le travail parlementaire
08:32 et la mobilisation sociale peut faire plier le gouvernement.
08:36 Sans quoi le RN pourrait reprendre la main.
08:40 A la semaine prochaine.
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