00:00En fait, tu n'as aucune idée de ce que j'ai fait pour avoir ce premier enfant
00:03et est-ce que j'ai envie de refaire ça pour un deuxième ?
00:05Est-ce que c'est même possible ?
00:08Salut, je m'appelle Mathilde Piton
00:10et aujourd'hui, avec Cosmo, on va parler de mon récit d'infertilité
00:13qui se lit comme un roman, Broken Pussy.
00:16Alors moi, j'ai mis 5 ans pour tomber enceinte.
00:18J'ai d'abord essayé naturellement, comme on dit.
00:21Ça s'est transformé en 6 inséminations
00:22et ensuite j'ai fait 4 fives.
00:24Il y a eu un transfert final au bout de la quatrième five qui a fonctionné.
00:27Moi, quand j'ai appris que j'avais de l'infertilité inexpliquée,
00:31en tout cas mon conjoint et moi, j'étais rassurée.
00:33Je me suis dit, il n'y a pas un truc super grave,
00:35on n'a pas un défaut mécanique, un défaut hormonal super dur à soigner.
00:40Cela dit, mon conjoint n'était pas du tout rassuré
00:42parce que lui, il est chercheur, c'est un scientifique
00:44et il s'est dit, si on ne trouve pas, si on n'a pas trouvé la réponse,
00:47ça ne veut pas dire qu'il n'y a rien, sinon ça aurait déjà marché.
00:50Et pour lui, ce n'était pas du tout un diagnostic rassurant.
00:52Je pense que les choses qui font de la peine,
00:55quand on les entend, quand on passe par l'infertilité,
00:57ça peut être des choses comme, tu as pensé à adopter,
01:00ça fait seulement deux ans, ce n'est quand même pas beaucoup,
01:03alors que deux ans, ça veut dire autant de mois et de déceptions.
01:07Ça peut être aussi, l'infertilité, c'est dans la tête,
01:10est-ce que tu le veux vraiment ?
01:11C'est le genre de choses qui sont très blessantes
01:14parce qu'en tout cas, moi, je les prenais personnellement.
01:16Je me disais, mais oui, est-ce que c'est vraiment dans la tête ?
01:18Est-ce qu'il faut que je débloque quelque chose ?
01:20Réagir aux grossesses des autres, c'est compliqué
01:22parce qu'il y a plein de sentiments qui se mélangent.
01:25J'étais souvent jalouse, j'avais très envie d'être à leur place,
01:28j'étais frustrée que moi, ça ne m'arrive pas.
01:30Il y avait quand même, malgré tout, sous toutes ces couches d'émotions,
01:33il y avait quand même de la joie, malgré tout,
01:34je me disais, bon, finalement, tant mieux pour elle.
01:36Me rendre responsable de mon parcours médical,
01:40c'était à la fois me rendre responsable en connaissant les termes,
01:44ce qui implique aussi beaucoup de googling,
01:46et c'était aussi tout vérifier.
01:48En fait, il y a eu des erreurs parfois de commande de médicaments,
01:50et je me suis rendue compte, l'infirmière traite 20 dossiers,
01:5530 dossiers, 50 dossiers,
01:56elle ne va pas vérifier si j'ai bien reçu mes médicaments,
01:58et c'est à moi de le faire.
02:00Parfois, on aurait envie que quelqu'un nous prenne par la main
02:02et fasse tout pour nous.
02:03Après, j'ai eu des relations assez conflictuelles
02:06avec tous les médecins et toutes les infirmières,
02:08mais je crois que c'est mon tempérament parfois un peu impétueux.
02:12Il y a eu des médecins qui étaient très sympas et très encourageants,
02:14mais j'étais tellement en colère de ce parcours que j'avais du mal,
02:17et ça m'est arrivé des fois de rester mutique face à un récap de docteurs
02:21qui voulaient faire un bilan de pourquoi ça n'a pas marché.
02:24Moi, j'étais comme une ado, bras croisés, pas contente.
02:28Moi, j'ai fait le grand classique de l'infertilité,
02:30j'ai fait de l'acupuncture.
02:31Et après, sur les recommandations d'une copine,
02:34j'ai fait appel à une thérapeute un peu alternative
02:37qui m'a tiré les cartes,
02:39qui m'a prescrit des élixirs floraux en écoutant mon corps.
02:42Là, on était un peu dans une dimension un peu spéciale,
02:46et c'est vrai que parfois, j'ai eu l'impression qu'on pouvait profiter
02:51de cette détresse profonde qu'on a quand on ne sait pas ce qui ne va pas.
02:55La sexualité, quand on lutte contre l'infertilité,
02:57c'est vrai qu'en fait, on oublie qu'en fait, pour faire un enfant,
03:00il faut faire le sexe.
03:01C'est vrai que parce qu'on fait tellement de traitements,
03:03on se dit, bah oui, en fait, c'est quand même comme ça.
03:06Et moi, je n'oubliais pas,
03:07et j'étais avec ma petite app,
03:11on avait appelé ça avec mon conjoint le sexe de reproduction,
03:14ce qui est le sexe le plus nul qui soit,
03:15où c'est le truc où tu te dis, c'est l'heure, c'est maintenant,
03:18c'est pas très sexy.
03:19Et c'est vrai qu'il faut arriver à maintenir des temps
03:22où c'est pas ça, parce qu'après, qu'est-ce qu'un couple,
03:25pourquoi on est ensemble, ces questions,
03:27elles se posent aussi, ça passe aussi par la sexualité,
03:30et qui n'est pas juste le sexe de reproduction.
03:32C'est beaucoup distrait, on a fait beaucoup de vacances,
03:34on a fait beaucoup de voyages, de sorties, de fêtes,
03:37où on avait des projets communs,
03:40mais c'est vrai que c'était compliqué,
03:44et je pense que la grossesse a été ce moment
03:46où on a sans doute pu un peu plus se poser,
03:48et se dire, ok, c'est en train de nous arriver,
03:52et il faut se préparer pour la suite.
03:53Mais on demande, et le deuxième, alors, vous y pensez ?
03:56Et en fait, là, ces problématiques d'infertilité,
03:58elles reviennent, et on se dit,
04:00mais en fait, tu n'as aucune idée de ce que j'ai fait
04:02pour avoir ce premier enfant,
04:03et est-ce que j'ai envie de refaire ça pour un deuxième,
04:05est-ce que c'est même possible ?
04:06Je pense que ce qui m'a apporté du réconfort,
04:09ça a été de trouver une amie
04:12avec qui j'ai parlé de tous ces aspects assez moches
04:17de l'infertilité, on était sur la même longueur d'onde.
04:20A posteriori, je pense quand même que la thérapie,
04:23par la parole, ça m'a beaucoup aidée,
04:25même si j'ai été terrible avec ma psy,
04:28mais malgré tout, elle a persisté,
04:30et pas à pas, j'ai appris,
04:33je pense que je pense que ça s'apprend,
04:34j'ai appris l'empathie, j'ai appris la compassion
04:36pour moi-même, pour les autres,
04:38c'est les deux choses qui m'ont le plus aidée.
Commentaires