00:02Avec vous Etienne Gernel, directeur du Point, ce matin vous vouliez revenir sur cet avertissement lancé par Gérald Darmanin.
00:08Le garde des Sceaux prévient que s'ils accèdent à l'Elysée, Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon tueront
00:14l'Europe telle qu'elle existe.
00:16Et vous nous dites ce matin qu'il a raison.
00:18Absolument, il n'est d'ailleurs pas le seul à le dire, François Hollande disait récemment que la présidentielle française,
00:24je le cite, va engager le sort de l'Europe.
00:27Alors pourquoi ? Premier point, la France est un mur porteur de l'Union.
00:32Elle en est un membre fondateur, elle en est la deuxième économie, elle en est la seule puissance nucléaire, etc.
00:38Sans compter que la géographie de la France fait qu'elle est très difficile à contourner.
00:43Une France contre l'Europe, ça arrête tout.
00:47Souvenez-vous, 2005, le vote non des Français au référendum sur la constitution européenne, ça a congelé la construction européenne
00:55jusqu'à aujourd'hui.
00:56Et LFI comme le RN à l'Elysée, c'est la France contre l'Europe selon vous ?
01:00Ben oui, c'est même pas un jugement de valeur, c'est un fait politique, c'est mon deuxième point.
01:04Les deux vont vers une confrontation brutale avec les institutions européennes et les autres membres.
01:09LFI veut contraindre la Banque Centrale Européenne d'annuler la partie de notre dette qu'elle détient.
01:15Le RN, lui, veut redéfinir les statuts de la Banque Centrale Européenne et surtout s'abrer dans la contribution française
01:22au budget européen,
01:23sans renier sur la politique agricole commune dont nous sommes pourtant les premiers bénéficiaires.
01:30Dans tous les cas, c'est la confrontation assurée pour nos voisins, tout cela est impensable.
01:35D'autant que nous sommes déjà très mal vus à cause de nos déficits.
01:39Alors, ce n'est pas le franc et direct Frexit que prenait Marine Le Pen en 2017,
01:45ni le plan B de Jean-Luc Mélenchon à la même époque et qui ressemblait beaucoup.
01:49Mais si l'un ou l'autre appliquait son programme, oui, on irait vers la fragmentation de l'euro et
01:55donc de l'Union derrière.
01:56Et puis, troisième point, ce serait une rupture politique et philosophique pour toute l'Europe.
02:01Pourquoi ?
02:02Parce que le RN et LFI n'ont jamais voté les plans d'aide à l'Ukraine,
02:06ni à l'Assemblée nationale, ni au Parlement européen et font preuve d'un pacifisme à l'égard de la
02:11Russie
02:12qui est souvent considéré comme de la complaisance.
02:14Les deux sont viscéralement hostiles à l'OTAN à laquelle nos voisins européens sont eux extrêmement attachés.
02:21Or, l'Union européenne est fondamentalement une alliance de démocratie libérale fondée en temps de guerre froide.
02:29La question ukrainienne n'est pas accessoire, c'est une ligne rouge philosophique.
02:33Alors, bien sûr, RN et LFI invoquent tous les deux la posture gaullienne.
02:38C'est oublier que le général plus européen, qu'on ne le dit, a appliqué sans scier le traité de
02:43Rome.
02:44Et puis, terminons justement par les mots du général de Gaulle, le 15 mai 1962, en conférence de presse, et
02:50je le cite,
02:50« Dans un monde comme le nôtre, où tout se ramène à la menace d'un conflit mondial,
02:55l'idée d'une Europe unie et qui relâche assez de force, assez de moyens et assez de cohésion pour
03:01exister par elle-même,
03:03cette idée-là apparaît tout naturellement. »
03:05On va continuer à faire de l'histoire avec vous.
03:08Sous-titrage Société Radio-Canada
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