00:00Ce matin, vous nous expliquez donc pourquoi les candidats à la présidentielle devraient s'engager à donner plus d'argent
00:05à l'Ukraine,
00:06comme le réclame le président Volodymyr Zelensky.
00:09Et sans la moindre hésitation, du moins pour ceux d'entre eux qui défendent les principes de la démocratie libérale,
00:15bien sûr.
00:16C'est la première raison. Ceci est un combat politique transfrontalier.
00:20Vladimir Poutine a fait savoir qu'il considérait que le modèle de la démocratie libérale était obsolète.
00:26Ce sont ses mots en 2019. Et il joint les actes à la parole puisqu'il tente, on le sait,
00:31par tous les moyens d'influencer les élections à l'Ouest.
00:34Laisser tomber l'Ukraine, ce serait donner raison à Poutine et gonfler les voiles des adversaires de la démocratie chez
00:41nous.
00:41Mais certains sceptiques disent que l'Ukraine, c'est loin.
00:44Ce qui est absolument faux. C'est la deuxième raison.
00:47Si l'Ukraine perd, la menace se portera directement sur les pays baltes qui partagent avec nous nos institutions, notre
00:54monnaie, l'espace Schengen.
00:55L'Ukraine, c'est la première ligne de l'Europe.
00:57S'imaginer que Vladimir Poutine s'arrêterait au Donbass, c'est d'une naïveté folle.
01:02Et puis, vous savez, la portée des missiles s'allonge.
01:042000, 3000 kilomètres.
01:06Zaporizhia, vous savez, c'est à 2000 kilomètres de Strasbourg.
01:10En outre, c'est la crédibilité même de notre défense qui est en jeu.
01:14Si nous ne sommes pas capables de résister à la Russie, dont le PIB est inférieur à celui de l
01:20'Italie,
01:21le signal de faiblesse vis-à-vis des autocrates du monde entier sera terrible.
01:25On renverra l'image d'un paillasson.
01:27Et ce n'est pas bon d'être un paillasson dans ce monde-là.
01:29D'autres sceptiques, Étienne, disent que ça coûte cher.
01:32Oui, c'est une troisième erreur d'analyse de leur part.
01:35L'Europe a dépensé jusqu'à présent environ 230 milliards en aide à l'Ukraine.
01:40Et aujourd'hui, il ne s'agit que de quelques dizaines de milliards
01:43pour permettre à Kiev de renforcer sa défense aérienne, éviter que la Russie détruise ses infrastructures énergétiques cet hiver.
01:51Lui permettre aussi d'acheter des drones, des missiles, porter la guerre en Russie, déstabiliser un petit peu Poutine et
01:57négocier ensuite en position de force.
01:59Et le prix à payer est dérisoire, dérisoire en comparaison des dividendes de la paix, comme on dit.
02:06C'est-à-dire ce qu'on a économisé sur la défense depuis la fin de la guerre froide.
02:11Il y a une étude de McKinsey qui a montré que si les pays européens de l'OTAN avaient consacré
02:16à leur défense,
02:17de 1992 à 2022, la même part de leur PIB qu'entre 1960 et 1992, c'est-à-dire pendant
02:25la guerre froide,
02:26ils auraient dépensé 86 000 milliards de dollars en plus, 86 000 milliards.
02:33Soutenir aujourd'hui l'Ukraine nous permet de nous garder à l'Est
02:36et pour une fraction infime de ce que nous coûtait la guerre froide,
02:40sans oublier bien sûr que sur le terrain, seuls les Ukrainiens payent le prix du sang.
02:45On pense à ces vers de Shakespeare, évidemment.
02:49« Souffle, souffle, vent d'hiver, tu n'es pas si cruel que l'ingratitude de l'homme. »
02:54C'était signe, j'ai un délai, tienne, on va parler.