00:00Je suis persuadé que si l'affaire Grégory avait lieu aujourd'hui, l'enquête serait pliée en 48 heures.
00:05Bonjour Néo, je m'appelle Thibault Solano, je suis journaliste spécialisé dans la chronique judiciaire
00:10et mon sujet de prédilection, ce sont les cold cases et les tueurs en série.
00:14La première fois que je me suis intéressé aux affaires criminelles, vraiment,
00:18c'était l'affaire des disparus de la gare de Perpignan.
00:21Quatre jeunes femmes disparues ou retrouvées mortes autour de la gare de Perpignan dans les années 90
00:26et j'ai commencé à écrire un livre parce que je trouvais que l'histoire valait vraiment le coup d
00:30'être racontée
00:31et au moment où je mettais le point final au manuscrit, le tueur a été arrêté.
00:36Et à partir de ce moment-là, je suis vraiment resté sur la matière judiciaire.
00:39Si certaines affaires deviennent aussi connues, deviennent aussi emblématiques dans l'opinion publique,
00:45c'est souvent parce qu'il y a un mystère.
00:47L'exemple type, c'est évidemment l'affaire Grégory.
00:50On a un enfant assassiné, semble-t-il pour un motif de vengeance contre les parents de cet enfant.
00:55On est sur un village avec peu de suspects et pourtant on ne trouve pas qui à tuer.
01:00C'est ce mystère qui dure si longtemps qui, je pense, fait que l'affaire est devenue aussi emblématique.
01:05Si les affaires restent des cold case, c'est bien souvent parce que l'enquête a été ratée dès le
01:09départ.
01:10Une mauvaise constatation sur une scène de crime peut handicaper l'enquête, parfois éternellement.
01:17C'est encore pire quand l'affaire a eu lieu dans les années 80
01:19parce que dans les années 80, il n'y avait pas les techniques scientifiques qu'il y a aujourd'hui.
01:23L'ADN, on n'en parlait pas.
01:25Et c'est ça qui explique la très grande majorité des cold case aujourd'hui en France.
01:30Je suis persuadé que si l'affaire Grégory avait lieu aujourd'hui, l'enquête serait pliée en 48 heures.
01:35Dans à peu près 95% des cold case, le nom du tueur est déjà dans le dossier.
01:40Il est forcément passé en audition, voire en garde à vue.
01:44Et c'est ça qui est à la fois fascinant et terrifiant, c'est que dans un certain nombre de
01:48dossiers,
01:49les enquêteurs sont vraiment passés à un cheveu de lui.
01:52Moi, j'adore mon métier de journaliste parce que je considère que c'est un métier de passeur.
01:57On est là pour recueillir les informations, pour reconstituer, rassembler, recoller les pièces du puzzle
02:03et les transmettre de la façon la plus claire, la plus limpide possible aux lecteurs, à l'opinion publique.
02:10Je me suis plongé dans neuf dossiers troublants, où la façon dont les victimes sont mortes,
02:16le mode opératoire du tueur peut laisser penser à l'existence de plusieurs tueurs en série qui n'ont jamais
02:22été arrêtés.
02:23Le but, c'était quand même de faire une peinture aussi du monde judiciaire, de s'élouper, de ses dysfonctionnements.
02:31Et je me suis aussi intéressé à ceux qui essaient de réparer le passé.
02:36Il existe maintenant un service spécial à Nanterre, le pôle Colquays,
02:40qui a pour mission de tenter d'élucider le maximum de Colquays en France depuis les années 70.
02:46Et c'est aussi un hommage à leur travail que j'ai voulu rendre dans ce livre.
02:51Sommes-nous passés à côté de toi en série ?
02:53J'ai mis un point d'interrogation sur la couverture, mais la réponse est oui.