00:00Personne ne peut souhaiter la guerre, surtout pas les militaires, parce qu'on sait ce que c'est.
00:03Les films, le cinéma vous donne une mauvaise idée, parce que vous croyez que ce passe des trucs,
00:08ça tire tout le temps, qu'on est toujours à avoir peur, qu'on n'aimait pas du tout.
00:12Aujourd'hui, grĂące Ă vous, je suis avec un homme exceptionnel.
00:15Je m'appelle Michel Joulin de Noray, je suis né le 30 mai 1929, j'aurai 97 ans dans 3
00:22mois.
00:22Suite au vote de notre communauté, vous avez décidé qu'on aille chez un général 3 étoiles.
00:27C'est un homme qui a traversé la guerre, l'histoire et presque un siÚcle de vie.
00:30Aujourd'hui, je vais vous raconter mon histoire.
00:33Mon grand-pÚre était officier, mon arriÚre-grand-pÚre aussi, mes deux grands-pÚres étaient officiers.
00:38Trois frÚres de mon pÚre étaient officiers aussi.
00:40On me donnait des soldats de plomb à Noël, vous voyez, pour moi je ne pensais qu'à ça.
00:44J'Ă©tais tellement content d'ĂȘtre venu que le bizutage, les brumas, tout ça, ça me faisait rire.
00:49Mon pÚre, si vous voulez, nous a poussés vers l'armée, ça ne se discutait pas, c'était comme ça.
00:56Je suis parti en Indochine, c'était 1953.
01:00Mais alors ma guerre d'Indochine s'est passée trÚs vite, malheureusement trop vite,
01:03parce que j'ai attrapé une tuberculose pulmonaire.
01:07J'étais dans un poste à moitié enterré, vous voyez, un poste en béton à moitié enterré.
01:11C'est peut-ĂȘtre la cause de ma tuberculose, je ne sais pas pourquoi, parce que j'Ă©tais en pleine
01:14forme.
01:14On faisait beaucoup de poses de mines et de dĂ©poses de mines la nuit pour empĂȘcher que les viettes ne
01:20passent.
01:21AprÚs deux mois, donc, de l'hÎpital avec les rapatriés par avion.
01:25Croisant sur la touche, alors pour un jeune lieutenant, ce n'était pas du tout ce à quoi je pensais.
01:29J'étais au fond de la piscine, si je puis dire.
01:33Mais enfin, on ne peut que remonter Ă ce moment-lĂ .
01:37J'ai intéressé le SDEC, vous dites la DGSE maintenant, parce qu'ayant fait des langues étrangÚres et du japonais,
01:44ça les a intéressés.
01:45C'est grĂące Ă eux que j'ai pu passer le brevet parachutiste.
01:49Et à ce moment-là , je suis allé en Algérie, j'étais au 11e choc, qui était le bras armé
01:54du SDEC à l'époque de la DGSE.
01:56On me donnait le commandement du 2e commande, c'était à peu plus de 100 personnes.
02:00J'ai fait des sauts sur bois, sur forĂȘt, sur mer, en mer.
02:04J'ai mĂȘme sautĂ© dans l'eau bĂ©nite, vous voyez, parce que, enfin, je plaisante, mais j'ai sautĂ© dans
02:08le lac de Lourdes, par exemple.
02:09On était les enfants gùtés.
02:10On vous demande, vous ĂȘtes prĂȘts Ă mourir pour la patrie ?
02:13Avez-vous peur de mourir ?
02:14Mais on ne pense pas à ça, quand vous prenez votre voiture, est-ce que vous avez peur de mourir
02:18sur la route ?
02:18Bah, vous n'y pensez pas.
02:19Ăa vous endurcit beaucoup.
02:21Ăa vous empĂȘche peut-ĂȘtre de ressentir des Ă©motions.
02:26Oui.
02:27Oui, sûrement.
02:28Personne ne peut souhaiter la guerre, surtout pas les militaires, parce qu'on sait ce que c'est.
02:32Les militaires font la guerre, mais ce n'est pas eux qui la décident.
02:36C'est la République qui m'a envoyé en Indochine, c'est la République qui m'a envoyé en Algérie.
02:39Ce n'est pas moi qui ai déclaré la guerre d'Algérie, ni les guerres d'Indochine.
02:45AprÚs la guerre d'Algérie, les parachutistes ont été assez mal vus par le gouvernement,
02:49parce qu'il y a eu le putsch, oĂč les parachutistes ont pris une part, je ne dirais pas, peu
02:55glorieuse,
02:56mais c'est comme ça, mais à cette époque-là , moi, j'ai pris le mauvais cÎté, évidemment.
03:00Les parachutistes, on était tous pour ne pas lùcher l'Algérie, pour ne pas lùcher les pieds noirs,
03:05pour ne pas s'ĂȘtre battus pour rien.
03:06Vous ne vous rendez pas compte comme quand on est en opération, on est sur le terrain,
03:11qu'on n'est pas informé.
03:12Vous savez, il n'y avait pas de télévision.
03:14On nous aurait dit de sauter sur Paris, on sauter sur Paris, bon.
03:18On ne pose pas de questions.
03:19AprÚs, on m'a envoyé en Nouvelle-Calédonie, c'était en 1962 que la guerre d'Algérie s'est terminée.
03:25J'étais heureux de retrouver la famille, laisser sa famille, laisser sa femme seule,
03:30avec les enfants Ă charge, laisser les enfants qu'on n'a pas vus naĂźtre.
03:33Ah oui, ça c'est un gros sacrifice.
03:37Et d'un autre cÎté, l'armée m'a rendu beaucoup de choses,
03:39parce que j'ai été attaché militaire à Washington, j'ai été directeur de renseignement
03:44au secrétaire de la Défense Nationale, j'ai été en Belgique à l'OTAN.
03:49J'ai eu beaucoup de choses intéressantes.
03:51J'ai apportĂ© peut-ĂȘtre moins Ă l'armĂ©e qu'Ă l'armĂ©e de m'a apportĂ©.
03:54Vous voyez, quand je vois mes petits-enfants, je me dis que tout n'est pas perdu.
03:59Quand les gens vous disent « la jeunesse actuelle, elle ne vaut rien », etc.
04:02Mais pas du tout.
04:03Il y en a beaucoup dans nos petits-enfants qui ont sacrifié un an et demi, deux ans de leur
04:09vie
04:09pour aller qui au Sri Lanka, qui au Salvador.
04:13Alors lĂ , je ne l'aurais pas fait.
04:15Donc, vous voyez, ce n'est pas perdu du tout.