00:017h, 9h, Europe 1 matin. 8h51 sur Europe 1, Alexandre Lemaire.
00:06Bonjour à vous Julia Définesse. Bonjour Alexandre, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:09Signature Europe 1, Julia, vous revenez ce matin sur ces propos de Sébastien Lecornu
00:14quand le Premier ministre, avant-hier à l'Assemblée Nationale, a appelé les députés, les parlementaires,
00:18à lutter contre toutes les formes de discrimination.
00:22Oui, parce que ce que dit Sébastien Lecornu est évidemment incontestable.
00:25Mais ce n'est pas tant l'abandon ou l'oubli de ces principes qui me semblent préoccupants en France
00:30que l'excès inverse, c'est-à-dire le zèle avec lequel on les défend au point de fragiliser notre
00:36pays.
00:36Ce que je veux dire par là, c'est qu'à force de vouloir faire le bien,
00:39on a fini par renoncer à faire ce qui était nécessaire.
00:42À force de vouloir être moralement irréprochable, nous sommes devenus politiquement impuissants.
00:47Nos bonnes intentions morales ont fini par se retourner contre notre intérêt national.
00:52Il suffit de regarder ce qu'il s'est passé depuis des décennies.
00:55Pour ne pas paraître autoritaire, on a renoncé à exercer l'autorité.
00:59Résultat, plus de respect aucun.
01:01Pour ne pas paraître élitiste, on a renoncé à sélectionner.
01:05Résultat, nivellement par le bas, affaiblissement des exigences et dévalorisation de l'effort.
01:09Pour ne pas paraître raciste, on a refusé d'aborder frontalement le sujet de l'immigration.
01:14Résultat, une immigration sans contrôle.
01:16Et pour ne pas paraître oppressif, on a refusé d'être répressif.
01:20Résultat, un sentiment d'impunité et de laxisme grandissant.
01:24À chaque fois, vous le voyez, c'est le même mécanisme.
01:26C'est la même chose en France.
01:27On confond une exigence légitime avec sa possible dérive.
01:32L'autorité avec l'autoritarisme.
01:34La sélection avec l'élitisme.
01:36Le patriotisme avec le racisme.
01:39Le répressif avec l'oppressif.
01:40Et sous prétexte d'éviter les dérives possibles, on finit par renoncer aux principes eux-mêmes.
01:47Julia, pourquoi une telle abdication ? Pourquoi on en est arrivé là ?
01:50Eh bien parce que le bénéfice de ce mécanisme est double.
01:53D'abord, il est facile.
01:55Il est toujours plus facile de renoncer à un principe que d'assumer les difficultés de son application.
02:00Éviter la sélection, de peur de paraître injuste, est bien plus simple que d'assumer les inégalités inévitables d'une
02:07sélection.
02:08Éviter le sujet de l'immigration, par peur de paraître raciste, est bien plus facile que de chercher à maîtriser
02:13nos frontières.
02:14Dans chaque cas, par facilité donc, on échappe à la difficulté de l'action.
02:19Et deuxièmement, je crois qu'on en retire aussi un grand bénéfice narcissique.
02:22Parce que celui qui refuse la sélection peut se flatter de ne pas être injuste.
02:27Celui qui condamne la répression peut s'enorgueillir d'être tolérant.
02:31Celui qui réprouve le contrôle de l'immigration peut se prévaloir de son antiracisme.
02:36On devient facilement quelqu'un de bien, de moralement honorable avec cette logique.
02:41Et c'est ainsi que le souci d'être moralement estimable a fini par l'emporter, parfois, sur le courage
02:47de dire et le courage d'agir.
02:49Nous nous sommes laissés prendre au piège de l'irréprochabilité morale.
02:53Mais ce piège que vous décrivez n'a rien d'une fatalité ?
02:56Bien sûr que non, mais pour en sortir, encore faudrait-il accepter de comprendre que le bien ne se mesure
03:02jamais à la pureté des intentions, mais aux effets de nos actions.
03:06Chaque action a sa part de risque, bien sûr.
03:09Exercer l'autorité, c'est risquer d'être autoritaire.
03:11Sélectionner, c'est risquer d'être injuste.
03:13Faire respecter l'ordre, c'est risquer d'être excessif.
03:15Mais ce n'est pas parce qu'une action comporte un risque, une dérive possible, qu'il faut renoncer à
03:21la mener.
03:21C'est cela que devrait nous dire le Premier ministre, parce qu'à force de vouloir éviter de mal faire,
03:26on finit par ne plus rien faire.
03:28Et c'est ainsi que les meilleures intentions produisent les pires renoncements.
03:33Julia De Funès, signature Europe 1. Merci Julia.
03:37Europe 1 matin, bienvenue. On se retrouve demain à Nissa Haddadi.
03:40Avec grand plaisir.
03:41Dès 7h, avec plaisir. A demain, chers auditeurs. Dans un instant, l'heure des pros.