00:0022 sur Europe 1, 7h, 9h, Europe 1 matin.
00:03Et voici donc votre seconde signature du jeudi. Bonjour Julia de Funès.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:08Bonjour Julia.
00:08L'identité de la France, sujet sur lequel vous vous penchez ce matin.
00:11Presque tous les partis politiques se prononcent à ce sujet.
00:14A gauche, on parle de Nouvelle France, de créolisation.
00:17A droite, on affirme au contraire qu'il faut préserver une identité française menacée de disparaître.
00:22Alors a priori, tout oppose ces deux discours.
00:24Vous nous dites qu'au fond, ils posent la même question.
00:26Qu'est-ce qui définit la France ? Vous auriez une réponse ?
00:29Eh bien, je crois que ces deux discours, que tout semble en effet opposer, reposent en réalité sur la même
00:34logique.
00:35Pourquoi ? Parce que dans les deux cas, on définit la France à partir de l'identité.
00:39Le concept de Nouvelle France, qu'est-ce que c'est ?
00:41C'est une manière de redéfinir l'identité française à partir des différentes origines, cultures, religions qui composent désormais le
00:48pays.
00:49Cette identité se veut ouverte, on ne veut pas en exclure certaines, on veut les accueillir toutes, les mélanger.
00:54C'est le principe même de la créolisation.
00:56A droite, le mouvement est inverse.
00:58On ne veut plus diluer l'identité française, mais la retrouver.
01:02On la rattache alors à une histoire, à des traditions, à des racines, à une culture commune.
01:07D'un côté donc, vous avez une identité ouverte, plurielle, et de l'autre, une identité plus homogène.
01:12Évidemment, à première vue, ces deux types de discours s'opposent.
01:15Mais philosophiquement, c'est ça qui m'intéresse, philosophiquement, ils se rejoignent sur un point.
01:20Ils font tous les deux d'une identité, ouverte ou fermée, le principe à partir duquel la France se définit.
01:26Et pourquoi c'est un problème de définir la France à partir d'une identité ?
01:29Eh bien, parce que l'affirmation d'une identité déclenche aussitôt la rivalité des autres.
01:34Une religion va chercher à s'imposer face à une autre, une mémoire face à une autre, une culture face
01:39à une autre.
01:40Leur concurrence devient presque impossible à arbitrer, difficile à arbitrer, et l'espace commun se fragmente en combats identitaires.
01:49Alors bien sûr, on peut toujours continuer d'espérer que les identités se mélangent pacifiquement ou s'assimilent avec respect,
01:55mais force est de constater que l'assimilation ne fonctionne plus comme avant,
01:59et que la créolisation, pour beaucoup de Français, crée le sentiment désagréable d'être étrangers dans leur propre pays.
02:06Mais alors comment nous réunir, Julia, finalement ?
02:08Eh bien, seul l'esprit républicain le permet.
02:11La République ne demande pas aux individus d'effacer leur identité, leur origine, leur religion, leur culture ou leur histoire.
02:17Elle dit simplement qu'au-dessus de toutes ces appartenances identitaires multiples,
02:22existent des principes communs et supérieurs, l'égalité des droits, la liberté de conscience, la laïcité, la citoyenneté.
02:29Autrement dit, je peux être catholique, juive, musulmane, athée, algérienne ou bretonne,
02:33aucune de ces identités ne doit passer au-dessus des normes républicaines.
02:37C'est toute la force de l'idéal républicain.
02:39La République ne nie pas les identités, elle les dépasse,
02:43et permet ainsi de protéger les identités de leur propre concurrence.
02:48Alors lorsqu'on tient à la France qu'on veut préserver et défendre ce qu'elle est, son identité,
02:53il faut paradoxalement dépasser la problématique identitaire,
02:57déjouer le piège identitaire pour mieux défendre son identité.
03:00C'est ça le paradoxe que je voulais souligner ce matin.
03:03Comment on le déjoue ?
03:04En affirmant ce que la France a de bien plus spécifique et de bien plus noble,
03:08ses valeurs républicaines.
03:10Signature Europe 1, Julia De Funès.
03:12Merci Julia, à jeudi prochain, dans un instant.
03:15Je vous souhaite une excellente journée lors des pros.
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