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Pendant 70 ans, l'Armée rouge a été l'un des piliers de l'URSS, objet de crainte autant que d'admiration, symbole de libération comme de coercition. Ce documentaire explore son histoire, conjuguant le récit épique et la déconstruction du mythe. Si chacun sait que le nom de Trotsky est attaché à sa création, contrairement à l'idée commune, l'essentiel de son histoire est faite de défaites et d'échecs militaires. Grâce à un montage tout en archives, ce film est une véritable immersion au coeur de l'Armée rouge. Année de Production :
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00:0826 décembre 2016 la russie est en deuil l'avion qui transportait les coeurs de
00:14l'armée rouge s'est abîmée en mer 64 d'entre eux sont morts dans l'accident
00:27l'orchestre vocal qui reprend depuis plus de 80 ans les standards du répertoire révolutionnaire
00:33était l'un des derniers témoignages vivant de la grande guerre patriotique le combat mené
00:39par l'armée rouge contre le nazisme au prix de 10 millions de morts
00:43c'est parti
02:54Le général Timoshenko, tétanisé, n'ose pas réveiller Staline.
03:00Il se défausse sur son second, le général Zhukov.
03:06A l'autre bout du fil, Staline se contente de dire « Convoque le politbureau au Kremlin ».
03:14Face au péril, Staline n'a qu'une réponse, la répression.
03:20Il fait arrêter et fusiller les hauts gradés qui n'ont pas pu stopper l'offensive allemande.
03:30Pour mieux cadrer les troupes, Staline adjoint à chaque unité des commissaires du NKVD, la police politique.
03:38Officiellement, il s'agit de relever le moral des soldats.
03:48En réalité, le NKVD signalera le moindre écart et purgera les rangs de toute forme de trahison et de défaitisme.
04:02Ces mesures exceptionnelles, l'URSS en a déjà fait l'expérience au cours de sa brève histoire.
04:09Pendant la guerre civile, qui éclate après la révolution bolchevique.
04:27Au mois de novembre 1918, quand débute la guerre civile, Lénine nomme Léon Trotsky au commissariat à la guerre.
04:37Il n'a aucune compétence militaire, mais c'est un organisateur hors pair.
04:43Sa mission est un tour de force.
04:46Vaincre les armées du tsar, en même temps que la coalition internationale, qui s'est liguée contre le jeune état
04:52communiste.
04:56Trotsky doit constituer une armée dans l'urgence.
05:03L'armée rouge des ouvriers et des paysans devait être une armée de volontaires, un peuple en armes, sans grade
05:10ni haut commandement.
05:13Ces officiers auraient dû être élus démocratiquement.
05:19Mais en deux mois, seuls 150 000 hommes se sont présentés au bureau de recrutement.
05:26C'est insuffisant.
05:35Trotsky comprend que les idéaux de la révolution ne peuvent pas s'appliquer dans ces circonstances.
05:42La mobilisation générale est obligatoire, est décrétée.
05:51Les conscrits n'ont pas l'expérience du feu.
05:55Qui pour les former et les diriger ?
05:58Trotsky décide d'intégrer d'anciens officiers tsaristes, rompus à l'encadrement des troupes.
06:05Il se heurte au désaccord de Staline, qui n'est encore qu'un commissaire au peuple.
06:14Pour lui, confier la sécurité du régime aux ennemis de la révolution est une aberration.
06:23Un compromis sera trouvé.
06:26Des commissaires politiques, à la fois agents de contrôle, instructeurs et délégués du personnel,
06:33seront désignés pour surveiller les officiers tsaristes.
06:39« On ne peut pas dresser une armée sans répression », écrit Trotsky.
06:43« On ne peut pas mener à la mort des masses d'hommes
06:46si le commandement ne dispose pas dans son arsenal de la peine de mort. »
07:01Malgré cet encadrement strict, les soldats, affamés et sous-équipés,
07:06désertent par centaines de milliers.
07:10En 1920, deux ans après sa création, l'armée rouge revendique 3 millions de soldats.
07:18En réalité, elle n'en compte pas plus de 700 000.
07:27Sur le terrain, les exactions collectives plongent la population dans l'horreur.
07:33À la terreur blanche de l'armée tsariste, répond celle des Rouges.
07:39Villages incendiés ou rasés, exécutions sommaires, viols systématiques.
07:48Les femmes les plus jeunes sont raflées et enrôlées comme esclaves sexuelles.
07:57Des brigades de réquisition sont créées pour fournir des vivres aux soldats.
08:04Elles font main basse sur les céréales, provoquant des révoltes paysannes.
08:17En octobre 1920, à 300 kilomètres au sud de Moscou, une insurrection éclate à Tambov.
08:25La brigade de réquisition y a été lynchée par la population.
08:34Pour mater la révolte, Lénine fait appel à un ancien officier tsariste,
08:41Mikhail Tukhachevsky.
08:44Ce jeune militaire a fait ses preuves en écrasant une mutinerie de marins
08:48dans le port de Kronstadt.
08:57Tukhachevsky, qui a reçu les pleins pouvoirs de Lénine,
09:01mène une répression sanglante à Tambov.
09:04L'armée rouge ne fait pas seulement la guerre contre une armée adverse,
09:08mais contre la population locale.
09:12Tukhachevsky émet des ordres d'une impitoyable sévérité.
09:17Ordre du jour numéro 171.
09:21Fusillé sur place, sans jugement,
09:23tout citoyen qui refuse de donner son nom.
09:28Fusillé sur place, sans jugement,
09:31l'aîné des familles de bandits.
09:35L'officier soviétique fait larguer des obus chargés de gaz toxiques sur les paysans.
09:44Les familles récalcitrantes sont expédiées en Sibérie.
09:51D'autres sont internés dans les camps de concentration gérés par l'armée rouge.
09:57En 1922, la re-soviétisation de Tambov est achevée.
10:04La guerre civile aussi.
10:10Pour une génération de soldats et d'officiers, elle fut un baptême du feu.
10:16La guerre civile a transformé le pays en un camp militaire, dira Joukhov.
10:21Il a ainsi été possible de concentrer l'ensemble de l'économie nationale sur les objectifs militaires.
10:29Mais ce pays militarisé est plus que défaillant lorsque l'Allemagne envahit l'URSS en 1941.
10:40Au premier jour de l'invasion, les Allemands qui progressent sur trois fronts ont enfoncé toutes les lignes soviétiques.
11:00Dans l'armée rouge, la désorganisation règne à tous les niveaux.
11:12Les liaisons sont coupées.
11:15Rien n'a été anticipé.
11:32Rien n'a été anticipé.
12:05Boris Vassiliev, un engagé volontaire de 17 ans, se retrouve perdu au milieu des combats.
12:14Ce matin-là, nous avons été réveillés par un vacarme assourdissant.
12:20Ça tirait de tous les côtés.
12:23Nous nous sommes dirigés en courant vers la forêt où se trouvait notre régiment.
12:28Seuls quatre d'entre nous ont pu y arriver sains et saufs.
12:41La première semaine, un soldat soviétique meurt toutes les deux secondes.
12:49Deux cent mille sont tués au combat.
12:52Plus de cent mille sont faits prisonniers.
13:09Le 26 juin 1941, Minsk, la capitale de Biélorussie, tombe aux mains des Allemands.
13:19Chaque jour, la Wehrmacht gagne du terrain.
13:29A Moscou, Staline confie à Molotov son bras droit.
13:35Lénine nous a laissé un grand héritage.
13:38Et nous, ses successeurs, nous avons tout foutu en l'air.
13:45Mieux que personne, Staline sait que l'armée rouge n'est plus que l'ombre d'elle-même.
13:50Et pour cause.
13:52Quelques années auparavant, il l'a réduite à néant.
14:03En 1936, l'ancien officier tsariste qui a pacifié Tambov, Tukhachevsky, surnommé le petit Napoléon,
14:12est devenu commissaire adjoint à la défense.
14:16Vénéré par ses soldats, il a fait de l'armée rouge l'une des meilleures armées au monde.
14:25Mais en dénonçant la menace que représente Hitler,
14:29Tukhachevsky contrecarre les plans de Staline,
14:31qui veut privilégier un accord de paix avec l'Allemagne.
14:37Staline décide de le faire taire.
14:39Pour cela, il devra aussi se débarrasser des hommes du maréchal.
14:49Le 11 juin 1937,
14:52avec huit autres commandants de premier plan,
14:55Tukhachevsky est arrêté et condamné à mort.
14:59Ils sont exécutés la nuit même.
15:04C'est le coup d'envoi de la purge contre les militaires.
15:09Quatre des cinq maréchaux de l'armée rouge,
15:1214 de ses 16 généraux,
15:14ainsi que 11 commissaires politiques,
15:17suivent Tukhachevsky dans la tombe.
15:24Même les cœurs de l'armée rouge,
15:26créés en 1928 pour le dixième anniversaire de la révolution,
15:30sont décimés.
15:34Au total, 75 000 des 80 000 officiers de l'armée soviétique
15:39auraient disparu dans ces purges
15:41qui se poursuivent jusqu'au mois de mars 1939.
15:52Pour remplacer les hauts gradés engloutis
15:55dans les purges de la grande terreur,
15:57près d'un millier de jeunes officiers
15:59sont promus généraux en 1940.
16:08Parmi eux,
16:10Zhukov,
16:10que son origine modeste a sans doute épargné,
16:13ou Konyèv,
16:14qui a réussi à dissimuler les biens immobiliers de sa famille.
16:22C'est de cette classe 1940
16:24qu'émergeront la majorité des chefs
16:27du haut commandement en poste,
16:28en 1941.
16:40Alors que la Wehrmacht déferle
16:42sur le territoire soviétique,
16:44les officiers sont encore tétanisés
16:46par les effets de la purge.
16:50Nous nous souvenions tous de 1937,
16:53dira Zhukov.
16:56Les plus expérimentés font profil bas,
16:59se gardant de toute initiative,
17:02les généraux maintiennent le flou sur la débâcle,
17:06dissimulant à Staline les retraites et les défaites.
17:09Ils savent qu'au moindre faux pas,
17:11c'est le peloton d'exécution qui les attend.
17:15Et ils n'ont pas besoin de perdre des batailles pour cela.
17:18Il suffit qu'ils oublient d'envoyer
17:20un de leurs rapports bicotidiens.
17:263 juillet 1941.
17:29Deux semaines après le début du conflit,
17:32Staline s'adresse aux soviétiques
17:34dans un discours radiodiffusé.
17:37C'est la première fois depuis le début de l'invasion allemande.
17:42C'est la première fois.
17:51Sous-titres par Jérémy Diaz
18:24Pour compenser les pertes, Staline déclare la mobilisation générale.
18:30Les soviétiques en âge de combattre se ruent au bureau de recrutement, tous sexes confondus.
18:40Elena Koudina était l'une d'entre eux.
18:45Staline s'est adressée à nous en nous appelant frères et sœurs.
18:48Et soudain, tout le monde a oublié ses ressentiments.
18:53Nous avions un oncle prisonnier dans un camp du goulag.
18:56Mais maman a dit, défendons d'abord la patrie, le reste peut attendre.
19:08Dans un pays qui proclame l'égalité de ses citoyens, entre 500 000 et 1 million de femmes seront envoyées
19:14au fond.
19:15Elles sont infirmières, cuisinières, opératrices, mécaniciennes, mais aussi tankistes et fusillés marins.
19:29Quand elles intègrent l'armée, les jeunes femmes comme Maria Morozova pénètrent un univers fait par et pour les hommes.
19:39Dès qu'il nous a vus, le commandant s'est mis en colère.
19:43Voilà qu'on me colle des filles sur le dos.
19:45Qu'est-ce que c'est que ce corps de balai ?
19:47C'est la guerre ici, pas une soirée dansante.
19:52Nous nous sommes sentis insultés.
19:55Pour qui nous prenaient-ils ?
19:57Nous étions venus pour faire la guerre.
20:15Automne 1941.
20:17L'armée rouge est en retraite sur tous les fronts.
20:27Staline est le premier responsable de ses défaites militaires.
20:31Il n'a cessé de lancer des contre-offensives en position de faiblesse, perturbant le travail de ses généraux,
20:38les remplaçant constamment dans son obsession de débusquer les traîtres.
20:46La pénurie se fait sentir partout.
20:52Dans ses mémoires,
20:54Zhukov écrit
20:57Aussi incroyable que ça puisse paraître,
21:00on devait qu'émander les munitions.
21:02L'ordre était de consommer deux cartouches maximum par jour,
21:06alors que nous étions en plein combat.
21:07Sous-titrage Société Radio-Canada
21:40Pour les soldats soviétiques, la situation semble sans issue.
21:47Ils se rendent en masse à l'envahisseur.
22:09Fin septembre 1941, plus de 2 millions ont été faits prisonniers.
22:33Considérés comme des sous-hommes par les nazis,
22:35les soldats de l'armée rouge sont détenus dans des conditions épouvantables
22:40et affamés jusqu'à la mort.
22:48Le soldat Igor Trapitsin se souvient.
22:53Ce que j'ai vu au camp était horrible.
22:57Il y avait des bagarres à mort pour arracher à un type
23:00le pain qu'il triturait dans sa bouche.
23:04Les Allemands nous disaient que nous n'avions encore que 3 mois à vivre.
23:08Mais nous avons commencé à mourir beaucoup plus tôt.
23:15A partir de la mi-juillet 1941,
23:19l'ASS pénètre dans les camps pour sélectionner les éléments indésirables.
23:24Juifs, communistes, intellectuels
23:28sont systématiquement exécutés.
23:42Les Allemands sont à 200 kilomètres de Moscou.
23:48Le métro ne circule plus.
23:51La ville retient son souffle.
23:56Les institutions, à l'instar du corps diplomatique,
24:00sont évacuées à la frontière du Kazakhstan.
24:04Pour tromper l'aviation ennemie,
24:07le théâtre du Bolshoï et le Kremlin
24:10sont recouverts de grandes bâches imprimées d'immeubles d'habitation.
24:27L'arrivée précoce de l'hiver
24:29offre un répit aux soviétiques.
24:32Staline en profite pour marquer les esprits.
24:35Le 7 novembre 1941,
24:38il organise un grand défilé pour l'anniversaire de la Révolution.
24:44...
24:53...
24:55...
24:55...
24:57...
25:14Un sentiment oublié, le patriotisme ravive l'espoir des soviétiques.
25:22« Mon cœur était à la fête », se rappelle Grigory Pomeranz, un étudiant en philosophie.
25:29Il frappait à grands coups, il sentait la pulsation des autres cœurs.
25:36J'ai complètement cessé de penser, et la volonté collective l'a emporté.
25:45Le 15 novembre 1941, la Wehrmacht n'est plus qu'à 20 kilomètres du Kremlin.
25:59Mais le gel vient fixer les positions allemandes.
26:08La nuit, la température tombe à moins 30 degrés.
26:13L'huile des moteurs s'est transformée en glace.
26:17La Luftwaffe ne peut plus faire décoller ses avions.
26:21Leur ravitaillement est de plus en plus rare.
26:24La Wehrmacht manque de carburant et de gants.
26:32Le 1er décembre 1941, Zhukov téléphone à Staline.
26:37« L'ennemi est épuisé, lui dit-il. »
26:42Trois jours plus tard, il lance sa contre-offensive.
26:47Son armée fait pâle figure.
26:49Des fantassins, de l'artillerie.
26:54Une poignée de blindés.
27:10Pour compenser la faiblesse de ses troupes,
27:14Zhukov s'en remet à la stratégie militaire.
27:18« Nous avons pris les Allemands en tenaille autour de la capitale, écrit-il.
27:23Nous répéterons la manœuvre à Stalingrad et les Allemands donneront de nouveau dans le panneau. »
27:33La stratégie de Zhukov met les Allemands en déroute.
27:41Pour la première fois, l'armée rouge découvre les exactions commises par les nazis.
27:49Les soldats soviétiques exécutés sommairement,
27:52les forêts de pendus qu'ils ont laissées derrière eux,
27:56entraînent une justice expéditive.
28:07Les traîtres,
28:09ces soviétiques passés à l'ennemi,
28:12sont jugés sur place par l'armée rouge avant d'être fusillés.
28:22«Poli!»
28:29«Fascistские полчища пытались захватить столицу.
28:33Не вышло!
28:34Под сокрушительными ударами доблестных воинов Красной Армии
28:54Joukov, le sauveur de Moscou, devient du jour au lendemain un héros national.
29:04La victoire soviétique entraîne un regain de la propagande.
29:10Le cinéma et les actualités permettent de souder les soviétiques derrière leur armée.
29:30Les comédies amusent le public en se moquant de l'ennemi.
29:56Les films de guerre exaltent le courage des soldats.
30:04Boris Vassiliev, estropié par l'explosion d'une mine, n'en croit pas ses yeux.
30:11Dans les films de guerre, on voit les soldats qui foncent à l'attaque en criant « Pour la patrie,
30:17pour Staline ! »
30:20En fait, ce que j'entendais surtout au front, c'était « enculé de ta mère ».
30:29En fait, c'est parti, c'est parti !
30:34C'est parti, c'est parti, c'est parti !
30:58Le lien entre le front et l'arrière se résume aux lettres que s'échangent les soldats et leurs familles.
31:0645 500 wagons, chargés de la correspondance des soldats, sillonnent chaque jour l'URSS.
31:14Le courrier est une question centrale et un enjeu de la propagande.
31:22Dans l'unité de Danil Altschitz, c'est l'officier politique que ces hommes surnomment « Papa Shnitov » qui
31:30écrit aux parents.
31:32Les recrues y sont toujours exemplaires, leur combat héroïque.
31:38Quand les soldats viennent lui demander des explications, il répond « Pour chaque mère, son fils doit être le meilleur
31:46des soldats. »
31:51Quant aux lettres envoyées par leur famille, elles sont soumises à la censure du NKVD,
31:56qui caviarde avec soin les difficultés de la vie à l'arrière, les pénuries, les réfugiés qui dorment à même
32:03le sol,
32:04le décès d'un cousin ou d'un voisin.
32:29Le 6 janvier 1942, profitant de sa victoire à Moscou,
32:34Staline tente une audacieuse manœuvre militaire.
32:41Il aligne 5 millions de soldats,
32:44avant de lancer 10 contre-offensives sur la longueur du front.
32:53Toutes se soldent par un échec.
33:11Dans le même temps, les conditions de vie des soldats ne cessent de se dégrader.
33:19Leur ravitaillement privilégie les livraisons de vodkas, au détriment des vivres.
33:26Épuisés par les combats et le froid glacial de l'hiver,
33:29les soldats sont la proie des poux, des maladies et de la malnutrition.
33:39Certains en sont réduits à manger de la chair humaine, comme s'en souvient Daniel Altschitz.
33:46Dans notre armée, la sous-alimentation était si dramatique qu'il y a eu des cas de cannibalisme.
33:54Même dans notre division.
33:56A l'hiver 1942, il faisait moins 41 degrés.
34:01Un soldat a trouvé un cadavre, l'a emporté dans une cave et l'a mangé.
34:07Il a été fusillé devant ses camarades.
34:15Les soldats savent que s'ils sont faits prisonniers, ils seront accusés de traîtrise.
34:21A leur libération, ils seront exécutés ou envoyés au goulag.
34:26C'est pourquoi certains d'entre eux, y compris des généraux,
34:30préfèrent se mettre au service de l'ennemi et miser sur une victoire de l'Allemagne.
34:39Le général Vlasov, un héros de la bataille de Moscou, est fait prisonnier en juillet 1942.
34:47Une prise de choix pour les Allemands, qui parviennent à retourner le général soviétique.
34:55Il lui confie le commandement de l'ORA, l'armée de libération russe, composée de prisonniers soviétiques.
35:13Les hommes de Vlasov, les Vlasovtsis, de même que les auxiliaires volontaires, russes, ukrainiens ou baltes,
35:22seront chargés des plus basses besognes.
35:27La plupart sont affectés à l'encadrement des ghettos et des camps d'extermination,
35:32ou versés aux effectifs des Einsatzgruppen,
35:35les unités mobiles de tuerie, en charge du génocide des Juifs.
35:58Les Juifs, qui ont pu échapper aux exécutions de masse,
36:01viennent renforcer les groupes de partisans,
36:03qui, à l'arrière des troupes soviétiques,
36:06harcèlent les soldats de la Wehrmacht.
36:24Cachés dans les forêts ou les marais d'Ukraine et de Biélorussie,
36:27ils mènent sans relâche une guérilla faite d'embuscades,
36:31de sabotages et d'opérations commando.
36:40Baruch Choub a perdu toute sa famille dans la Shoah.
36:44Il a participé à la résistance du ghetto de Vilnius,
36:48avant de rejoindre un bataillon de partisans juifs,
36:50dans la forêt de Rudniki.
36:57On faisait dérailler des trains,
36:59on sabotait les transmissions allemandes,
37:02en coupant les câbles téléphoniques ou télégraphiques.
37:05On faisait sauter des ponts.
37:11J'étais très fier de pouvoir être utile
37:13et de me venger des fascistes.
37:22La résistance sape le moral des Allemands.
37:25Elle redore aussi le blason d'une armée régulière,
37:28en déroute sur tous les fronts.
37:33Alors que ces groupes se multiplient hors du giron de Moscou,
37:36il s'agit maintenant pour le Kremlin
37:38de les former et de les encadrer.
37:45Un commandement général devra coordonner leurs actions.
37:56Pour les intégrer à la propagande du régime,
37:59des opérateurs sont envoyés les filmer
38:01dans les forêts de Biélorussie.
38:23Étei 1942,
38:25les Allemands sont aux portes de Stalingrad.
38:32La ville qui porte le nom du dirigeant suprême
38:34est un nœud ferroviaire effluvial.
38:39Prendre la ville permettrait à Hitler
38:41de couper l'armée rouge de son approvisionnement
38:43en carburant et en matériel de guerre.
38:59La sixième armée du général Paolus
39:02entre sans difficulté dans Stalingrad.
39:08Malgré la faiblesse des troupes soviétiques,
39:10un homme fait rempart à la progression de la Wehrmacht.
39:15Le lieutenant général Chuikov,
39:17qui a pris la tête de la 62e armée,
39:20a combattu pendant la guerre d'Espagne.
39:23Il a l'expérience des combats en zone urbaine
39:26et organise la résistance.
39:35Chuikov approvisionne en continu
39:37ses troupes en munitions
39:38et forme des commandos
39:40qui prennent les Allemands à revers
39:41en passant par les égouts.
39:46Chuikov transforme les fantassas en sniper.
39:57Fin septembre 1942,
40:00les Allemands marquent le pas.
40:17Pour autant,
40:19la victoire est loin d'être acquise.
40:27Staline rappelle Chuikov
40:28que l'on commence à surnommer
40:30le pompier du front
40:31pour rétablir la situation.
40:37Sous son commandement,
40:38les forces soviétiques
40:39attaquent le point faible
40:40des lignes allemandes,
40:42les armées roumaines
40:43alliées au Troisième Reich.
40:45Le plan de Chuikov,
40:47nom de code Uranus,
40:49consiste à encercler
40:51et isoler la sixième armée
40:53dans Stalingrad.
41:02Le 31 janvier 1943,
41:06le général Paolus
41:07se rend aux soviétiques.
41:22Malgré des pertes considérables,
41:25l'armée rouge a remporté la victoire.
41:30Le journaliste Alexander Verthes
41:33résume l'état d'esprit ambiant.
41:36Tous ressentaient une fierté nationale profonde.
41:40On voyait enfin que tant de sacrifices
41:42et de souffrances n'avaient pas été vains.
41:58Alors que s'estompe le souvenir
42:00de la guerre civile,
42:01la Grande Guerre Patriotique
42:03est le nouveau ciment de la société.
42:10Après sa victoire à Kursk,
42:12le 23 août 1943,
42:15l'armée rouge ne perd plus de terrain.
42:19En filant vers Berlin,
42:21elle libère une à une
42:22les villes sur son passage.
42:29L'armée rouge a repris
42:30l'initiative stratégique.
42:33Les autorités militaires
42:34décident alors la création
42:36d'une unité de tireurs d'élite,
42:39exclusivement féminine.
42:43Certaines,
42:43comme Yudmila Pavlichenko,
42:46se sont distinguées par leur précision au tir,
42:49au cœur des combats.
42:52Rosa Chanina n'a que 17 ans
42:54quand elle intègre avec 700 camarades
42:56l'école des tireuses d'élite.
43:01On leur coupe les cheveux.
43:03On les habille avec des uniformes masculins
43:05trop grands pour elles.
43:09L'entraînement est dur.
43:12Réveil à 6 heures.
43:13Cours de théorie
43:15et de balistique.
43:20Puis c'est la formation au tir
43:22pendant 6 mois
43:25avant d'être envoyée
43:27au champ de bataille.
43:32Rosa Chanina devient rapidement
43:34une tireuse aguerrie.
43:39En quelques semaines,
43:41elle compte une vingtaine de victimes
43:42à son tableau de chasse.
43:47Dans son journal intime,
43:49elle écrit
43:52« Depuis que je suis au front,
43:54il ne s'est pas passé une minute
43:56sans que j'ai soif de me battre.
43:58Oh mon Dieu,
44:00pourquoi ai-je un caractère si étrange ? »
44:05Je donnerai tout,
44:06même ma vie,
44:07pour assouvir cette lubie
44:09qui me torture.
44:11Je n'endors pas la nuit.
44:23La propagande
44:24l'apporte aux nus.
44:26Son visage
44:27s'affiche en couverture
44:28des journaux.
44:30Chanina est une célébrité.
44:35À l'automne 1944,
44:37le journaliste
44:38Ilia Ehrenburg
44:39écrit à son sujet
44:43Elle peut être fière,
44:44la mère russe
44:45qui a mis au monde
44:45une fille auréolée
44:46de tant de gloire
44:47et de noblesse.
44:56La propagande
44:57utilise aussi
44:57les cœurs de l'armée rouge
44:58pour remonter
44:59le moral des troupes.
45:05Depuis le début du conflit,
45:07l'ensemble musical
45:08s'est produit
45:08sur tous les fronts.
45:18Les cœurs de l'armée rouge
45:20donneront près
45:21de 1500 spectacles
45:23sous les bombes,
45:25dans les tranchées,
45:27les hôpitaux militaires.
45:49Alexandre Alexandrov,
45:50son créateur
45:51et chef d'orchestre,
45:53compose une chanson
45:54qui est adoptée par Staline
45:55le 15 mars 1944
45:57comme hymne national
45:59de l'URSS.
46:25Alors que l'armée rouge
46:26poursuit sa route
46:27vers Berlin,
46:29Staline édicte
46:30un nouveau règlement
46:31célébrant l'esprit
46:31d'initiative.
46:34Il se résume
46:35en une phrase
46:38poursuivre l'ennemi
46:39partout où il est
46:39en position de faiblesse.
47:08en Pologne,
47:10les soviétiques
47:11découvrent le camp
47:12de Maïdanek
47:13le 24 juillet 1944.
47:18Les troupes
47:19de l'armée rouge
47:19sont les premières
47:20à pénétrer
47:21dans un camp
47:21d'extermination.
47:23Plus de 200 000 personnes,
47:25dont près de 80 000 juifs,
47:28y ont été assassinés.
47:35les opérateurs
47:35filment
47:36les détenus
47:36les plus valides
47:37et la machine
47:38de mort nazie.
47:43Les allemands
47:43ont fui
47:44sans avoir eu le temps
47:44de détruire
47:45la chambre à gaz.
47:56Le 27 janvier 1945,
48:00les soviétiques
48:01arrivent au camp
48:02d'Auschwitz.
48:12« Nous savions
48:14que c'était
48:14un camp
48:14semblable
48:15à celui
48:15de Maïdanek
48:16où notre division
48:18était passée,
48:19se souvient
48:19le sergent mitrailleur
48:21Ivan Sorokopoud.
48:25En passant le portail,
48:27nous avons vu
48:28une douzaine
48:29de squelettes vivants
48:30qui se déplaçaient
48:31avec peine.
48:33Une odeur putride
48:34se dégageait d'eux.
48:44Revenus à notre camion
48:45après une demi-heure,
48:47personne n'était capable
48:48de formuler une phrase.
48:51Seuls des insultes
48:52nous échappaient
48:53à l'adresse des nazis.
48:55Quelles abominables
48:55ordures !
49:11Les opérateurs,
49:13arrivés trop tard
49:14dans le camp,
49:16reconstituent
49:16la libération
49:17d'Auschwitz
49:18après coup.
49:21Les habitants
49:22des environs,
49:23grimés en déportés,
49:25y accueillent
49:25avec enthousiasme
49:26les soldats
49:27de l'armée rouge.
49:35Mais le film
49:35est si loin
49:36de la réalité
49:37qu'il ne sera
49:38jamais diffusé.
49:57Le 4 février 1945,
50:00Staline rencontre
50:01Churchill et Roosevelt
50:02à Yalta
50:03pour préparer
50:04l'après-guerre.
50:07On y définit
50:09à gros traits
50:09les zones
50:09d'influence
50:10en Europe,
50:11les zones
50:11d'occupation
50:12en Allemagne
50:13et la création
50:14des Nations Unies.
50:18Staline veut
50:19coûte que coûte
50:20prendre de vitesse
50:20ses alliés
50:21et arriver
50:22le premier
50:22à Berlin.
50:36L'armée rouge
50:36est entrée
50:37en Allemagne.
50:39Son mot d'ordre
50:41brisait l'orgueil
50:42de la race allemande.
50:55Sur la route
50:56de Berlin,
50:57les pillages
50:58deviennent la règle.
51:02Léonide Rabitchev
51:04s'en explique.
51:06On rentrait
51:08et on prenait
51:08tout ce qu'on voulait
51:09et des radios
51:11et des vêtements.
51:13En Russie,
51:14nous n'avions rien,
51:15rien du tout.
51:16Et des montres,
51:18des montres.
51:19On enlevait
51:20les montres
51:20à tout le monde.
51:25Au pillage
51:26s'ajoutent
51:26les viols.
51:29Près de 2 millions
51:30d'Allemandes
51:30en seront victimes
51:31entre janvier
51:32et juillet 1945.
51:54Léonide Rabitchev
51:55n'oubliera jamais
51:56le sort de ces femmes
51:57qu'on a enfermées
51:58dans l'église
51:59d'un village.
52:04Cinq de nos chars
52:05ont fait irruption
52:06et ont dispersé
52:07les sentinelles.
52:09Ils sont entrés
52:10dans l'église
52:10et les viols ont commencé.
52:14Le bruit s'est répandu
52:15dans la ville.
52:17Tous les soldats
52:17sont arrivés.
52:19Quelqu'un a eu l'idée
52:20de jeter du haut
52:21de l'église
52:21les femmes
52:22qui avaient perdu connaissance.
52:26Ça a duré 3 ou 4 heures.
52:37Au long des combats
52:38qui l'ont conduite
52:39jusqu'en Allemagne,
52:40la tireuse d'élite
52:41Rosa Chanina
52:42a perdu toute sensibilité.
52:46Au sujet des viols,
52:47elle écrit
52:48« Qu'importe
52:50s'ils se vengent
52:51sur les Allemandes,
52:52maintenant,
52:53de toute façon,
52:55je n'ai plus de cœur. »
52:59Le 28 janvier 1945,
53:02près de Königsberg,
53:04Rosa Chanina
53:05était ventrée
53:06par un éclat d'obus.
53:08L'héroïne de l'armée rouge
53:10ne survit pas
53:11à ses blessures.
53:14Sa mère,
53:16qui a compris
53:16que sa fille
53:17avait franchi
53:18un point de non-retour,
53:20annonce ainsi
53:20la nouvelle
53:20à son fils cadet.
53:24Rosa est morte
53:25et c'est peut-être
53:26mieux ainsi.
53:28Comment aurait-elle
53:29vécu
53:29après la guerre,
53:31elle qui avait tué
53:31tant de gens ?
53:4416 avril 1945,
53:47l'armée rouge
53:47qui a pris de vitesse
53:48les anglo-américains
53:49est à Berlin.
53:56Pendant que Cognèv
53:57tient la ville
53:58en tenaille
53:59par le sud,
54:00Zhukov investit
54:01ses faubourgs
54:02par le nord
54:02le 24 avril.
54:17Les combats ont lieu
54:18en pleine rue.
54:20La résistance
54:21est aussi acharnée
54:22que désespérée.
54:27il n'y a plus
54:28de retraite
54:28possible
54:29pour les derniers
54:29combattants
54:30du 3e Reich.
54:40en moins d'une semaine,
54:42malgré quelques poches
54:44de résistance,
54:45la messe est dite.
54:48Le 30 avril,
54:51Zhukov est au centre
54:51de la capitale allemande.
54:55Ce jour-là,
54:57Hitler se suicide
54:58dans son bunker.
55:14Pavel Winnick,
55:16un fantassin
55:17originaire d'Odessa,
55:18se battait encore
55:19dans Berlin
55:20quand il apprend
55:20que la guerre
55:21est finie.
55:24au petit matin,
55:25il régnait
55:25un silence total.
55:28Que se passait-il ?
55:30Soudain,
55:31nous avons reçu
55:32un message
55:33du quartier général
55:34sur notre radio portable.
55:36Il disait
55:36« Les troupes allemandes
55:38ont capitulé à Berlin.
55:40Cessez le feu. »
55:44C'était le 2 mai 1945.
55:47Nous nous sommes tous
55:48mis à hurler de joie,
55:50à crier,
55:51à pleurer.
55:53à tirer en l'air.
56:13Evgeny Chaldey,
56:14un jeune photographe
56:15de l'agence officielle
56:16TASS,
56:18met en scène
56:18le cliché
56:19qui symbolisera
56:19la victoire
56:20de l'armée rouge.
56:25Deux soldats
56:25se sont portés volontaires
56:27pour faire flotter
56:27le drapeau rouge
56:28au sommet du Reichstag.
56:33Chaldey envoie à Moscou
56:35sa photo.
56:36Elle lui est immédiatement
56:37retournée.
56:39Deux montres
56:40sont parfaitement visibles
56:41au poignet du soldat
56:42qui maintient son camarade
56:44par les pieds.
56:45Elle témoigne
56:46des pillages
56:46de l'armée rouge.
56:50Chaldey gratte lui-même
56:52le contre-type
56:53pour en faire disparaître une.
56:56la photo fait
56:57le tour du monde.
57:03Le 24 juin 1945,
57:06les festivités
57:07de la victoire
57:08sont organisées
57:08à Moscou,
57:09sur la place rouge.
57:15Le maréchal Zhukov
57:16est à l'honneur.
57:20Au milieu des troupes,
57:22on le voit lancer
57:23au galop le cheval blanc
57:24que lui a offert Staline.
57:28Zhukov a le beau rôle,
57:30mais il n'est qu'un
57:31faire-valoir.
57:34Staline ne souffre
57:35aucune concurrence.
57:37Le héros incontesté
57:39de la victoire,
57:40c'est lui.
57:44Comme dans les triomphes
57:45tsaristes,
57:46les bataillons viennent
57:48jeter les bannières
57:48du vaincu
57:49au pied du commandant
57:50suprême.
58:00après des débuts
58:01difficiles
58:02et un conflit
58:03qui restera
58:04pour longtemps
58:04une terrible
58:05meurtrissure,
58:07l'armée rouge
58:08relève la tête.
58:13Mais le monde
58:14chaotique
58:15qui s'annonce
58:16au sortir de la guerre
58:17recèle de nouveaux
58:18défis.
58:20de ceux-là,
58:21l'armée rouge
58:22ne sortira pas vainqueur.
58:23de ceux-là,
58:36ne sortira pas vainqueur.