00:00Et après le livret A, le livret D comme dette, c'est votre proposition Charles de Courson.
00:04Bonjour, vous êtes député, député Lyot de la Marne, vous êtes grand spécialiste des questions budgétaires,
00:10ancien rapporteur du budget, avec votre groupe parlementaire.
00:13Vous proposez que les Français puissent investir dans la dette française,
00:17que l'on prête à l'État un placement qui rapporterait aux épargnants et à l'État.
00:21Comment ça se mettrait en place ?
00:23Vous savez que c'est le gouvernement qui en décidera,
00:27mais nous ce que nous proposons, c'est qu'on fasse un appel à l'épargne directe des Français.
00:35Les Français font partie des peuples qui épargnent le plus en Europe.
00:39On est à plus de 17% de taux d'épargne.
00:42Et ce taux d'épargne, grosso modo, a plutôt tendance à augmenter et qu'à diminuer.
00:47On était historiquement autour de 14,5.
00:49Donc il y a beaucoup d'argent, ne serait-ce que sur les comptes bancaires.
00:53On est presque à 500 milliards sur les comptes bancaires.
00:56Sur les livrets A et les LDD, on dépasse les 650 milliards de mémoire.
01:02Donc nous, notre idée, c'est de lancer un emprunt.
01:06Un grand emprunt national.
01:08Un grand emprunt national en demandant aux Français de venir souscrire à une dette
01:14avec un taux d'intérêt fixe, un emprunt sur 10 ans, à 3,5%.
01:20Je rappelle qu'actuellement, l'État s'endette à 10 ans, les OAT à 10 ans, viennent de dépasser les
01:255%.
01:26Donc ça fait une économie du différentiel.
01:28Mais défiscalisé.
01:30Voilà.
01:32Les 3,5% de taux de rémunération de cet emprunt, pour les Français qui prêteraient,
01:36c'est bien mieux que le livret A qui est aujourd'hui à 1,7%.
01:39Bien sûr, bien sûr.
01:40C'est intéressant.
01:41Il est aussi défiscalisé, donc c'est neutre, de ce point de vue-là.
01:44Et donc certains disent, oui, mais il y aura un coût pour l'État de perte de recettes fiscales.
01:48Mais je dis, ça dépend.
01:50Si c'est une partie du livret A, du LDD ou des dépôts des...
01:55De l'argent qui dort.
01:56De l'argent qui dort.
01:57Enfin, qui dort.
01:58Il dort pas pour les banques, mais il dort pour l'intéressé.
02:00C'est-à-dire qu'ils ne sont pas rémunérés.
02:02Ça me paraît intéressant.
02:03Charles Lecourson, si on ne le fait pas, au fond, on est dans un moment où, autour de la dette,
02:08il y a à la fois un vrai débat politique, avec une partie de la classe politique,
02:12notamment LFI, Jean-Luc Mélenchon, qui dit qu'on pourrait brûler une partie de la dette.
02:15Exact. Mais il y a aussi une question qui est, au fond, si on ne le fait pas,
02:20et qu'on se retrouvait sous la tutelle de la BCE, du FMI, qui est aussi une menace qui plane,
02:27à ce moment-là, il est possible aussi que l'épargne des Français y soit pris, tout simplement, réquisitionné.
02:31Non. Non ?
02:32Non, non, non.
02:33Ça, c'est des rumeurs qui existent.
02:37Vous savez, quand mes électeurs me disent, mais qui détient cette dette, cette énorme dette de l'État ?
02:43Eh bien, j'ai dit, mais t'en détiens une partie. Comment ?
02:46Tu n'as pas un contrat d'assurance-vie ?
02:48Il me dit, si, j'en ai un.
02:50Eh bien, tu as regardé la composante ?
02:53Vous savez qu'on a à peu près un quart de la dette de l'État français qui est dans
02:58les contrats d'assurance-vie, tout simplement.
03:00Voilà.
03:01Et ce qui est l'intérêt, si vous voulez, de notre idée, elle est double.
03:05La première, c'est de sensibiliser les Français et qu'ils se rendent compte de la dette.
03:14Oui, mais en même temps, sensibiliser les Français, là, ça serait demandé aux Français.
03:17Et la question qui est posée, c'est seront-ils intéressés ?
03:20On leur dit, finalement, les députés votent un budget en déséquilibre, ça, depuis une trentaine d'années, une quarantaine d
03:25'années.
03:26On a un déficit qui ne cesse d'augmenter, on a une dette qui ne cesse d'augmenter.
03:29Et que vont faire les Français ? Vous allez participer à ce déficit.
03:31On pourrait plutôt demander aux députés, aux élus, de voter un budget à l'équilibre,
03:35plutôt que de demander directement aux Français...
03:37C'est pas faux de l'avoir déjà demandé, Charles de Courson.
03:39Financer la dette.
03:40D'ailleurs, vous avez parlé du livret A.
03:42Le livret A finance des investissements publics.
03:45Là, ici, votre livret D, ça serait simplement financer le déficit, voter tous les ans par les députés.
03:49Oui, mais actuellement, à travers les contrats d'assurance-vie,
03:53à peu près le quart de la dette publique française est financée par les Français,
03:57qui s'en rendent d'ailleurs souvent pas compte.
04:00Et donc, c'est un emprunt volontaire, c'est pas un emprunt forcé.
04:05Et donc, je pense que c'est important de sensibiliser les Français
04:09et qu'ils puissent directement financer la dette, pour qu'ils se rendent compte.
04:15Vous voyez, il y a un aspect aussi psychologique.
04:18Tous les plans de redressement...
04:20Participer.
04:21Gérard nous appelle au 3216.
04:23Gérard, qui est chauffeur VTC à Nice.
04:26Est-ce que, Gérard, vous seriez prêt à prêter à l'État ?
04:29Non, pas du tout.
04:31Non ? Pourquoi ?
04:32Non, pas du tout.
04:33Aujourd'hui, l'État, comme tout le monde le sait,
04:36qu'on passe de la politique ou pas,
04:37on sait que l'État est très endetté.
04:40Du coup, qu'est-ce qu'on a comme garantie d'un retour de cet argent ?
04:44Puisque, de toute façon, si un gouffre se fait,
04:46l'État doit de l'argent à tout le monde.
04:48Moi, j'ai déjà même entendu des sociétés
04:54auxquelles l'État doit de l'argent et qu'il ne le donne pas.
04:57Je trouve ça très intéressant, votre message, Gérard,
04:59enfin, votre appel, parce qu'on a de nombreux messages
05:01qui vont aussi dans ce sens-là.
05:02Charles de Courson, quelle garantie ?
05:03Il y a déjà eu le fameux emprunt russe
05:05où on a perdu de l'argent quand il y a eu un changement de régime.
05:07Est-ce que ceux qui prêtent auront la garantie de retrouver l'argent ?
05:10Quand vous regardez le projet de budget pour 2027,
05:13l'État français doit se réendetter de 340 milliards.
05:18C'est ça les estimations actuelles, 340 milliards.
05:21C'est le plus grand emprunteur européen.
05:24Voilà.
05:24Et on rembourse, on a toujours remboursé la dette française
05:28en se réendettant, c'est-à-dire on rembourse 150 milliards
05:31et on serait en dette de 340 milliards.
05:34On a un bon emprunteur.
05:35Voilà la situation.
05:37Donc il n'y a aucun risque de ce point de vue-là, bien entendu.
05:40Aucun risque, dites-vous.
05:41Charles de Courson, j'ai une autre question sur le contexte actuel.
05:43On est en pleine discussion du budget.
05:46Et honnêtement, ça va dans tous les sens.
05:48On a l'impression que chacun y va de son idée, de son amendement.
05:52La présidente de l'Assemblée nationale dit au fond, arrêtons.
05:55De toute façon, on sait que ça va se finir par un 49-3, cette histoire.
05:57Donc autant l'avancer et ne pas avoir ces débats qui sont en réalité des débats pour du beurre
06:02puisqu'on sait qu'à la fin, ce sera un 49-3.
06:04Qu'est-ce que vous dites ?
06:05Mais c'est pire que ce que vous dites.
06:08Puisque comme tout le monde sait que la première partie de la loi de finances sera repoussée,
06:13ça pousse à l'irresponsabilité.
06:15Puisque si on vote contre la première partie, la partie recette,
06:20on n'attaque pas la partie dépense.
06:22Et donc le texte, il est transmis en l'État au Sénat.
06:26Donc voilà où on en est.
06:27Avec juste la partie dépense.
06:29Ça facilite l'irresponsabilité.
06:30C'est ce qui est en train de se passer sur la loi de financement de la société sociale
06:33puisque le Parlement, l'Assemblée nationale, a repoussé la partie recette.
06:38Tout ça, c'est du grand n'importe quoi.
06:39On est dans le grand n'importe quoi.
06:40Mais bien sûr.
06:41Et donc c'est un chaos complet.
06:44Mais alors pourquoi laisser ce temps d'un faux débat où chacun y va de son...
06:50Je vous donne les chiffres.
06:52En dépense, on est en train d'examiner les missions, en commission des finances.
06:57On en est déjà à 27 milliards supplémentaires.
07:00Et sur les recettes, grosso modo, on a baissé les recettes de 7 milliards
07:08et on les a augmentées, on prétend, de 17 milliards.
07:12Vous voyez, 12 milliards supplémentaires.
07:14Mais c'est n'importe quoi.
07:15Ça part dans tous les sens.
07:17Il n'y a aucune cohérence des votes.
07:18Mais du coup, je vous repose la question, Charles de Courson,
07:20est-ce qu'il ne vaut pas mieux le sortir tout de suite, le 49-3 ?
07:22Ah ben, le gouvernement pourrait aussi faire un vote bloqué
07:27pour arrêter, si vous voulez, ce chaos.
07:30Vous parlez d'un chaos à l'Assemblée nationale en ce moment, Charles de Courson.
07:32Oui, c'est un chaos complet.
07:35Arthur ?
07:35Oui, moi je trouve qu'il y a un problème de cohésion nationale
07:38par rapport à votre proposition en général.
07:40D'ailleurs, ça rejoint au fond la question de l'adhésion des Français à l'État
07:42et à l'argent que l'État est en train de dépenser.
07:44En 1993, qui était le dernier grand emprunt,
07:46ça n'avait pas été une grosse réussite économique pour l'État.
07:47Mais en revanche, ça avait créé un moment.
07:49Un moment français, effectivement.
07:50On avait éclaté tous les objectifs,
07:52parce qu'il y avait une campagne de promotion formidable.
07:54Ça avait resserré le lien entre les Français et l'État.
07:56Est-ce que vous ne croyez pas que, d'une façon ou d'une autre,
07:59il faudrait, alors un grand emprunt c'est une idée,
08:01mais trouver quelque chose comme ça,
08:04rapprocher les gens de ce qu'on vote
08:06par rapport aux dépenses qu'on fait avec leur argent ?
08:08Il faut être adhésion à l'État.
08:09Adhésion, oui.
08:09Charles de Courson.
08:10Parce que je rappelle quand même que ça n'a pas été une grosse, grosse, grosse réussite,
08:13le grand emprunt de 1993.
08:14Grosse réussite pour l'État, vous voulez dire.
08:16Pour l'État, les Français sont beaucoup enrégés.
08:17En revanche, les Français, eux, ont adhéré.
08:19Un grand succès au sens que beaucoup de Français ont soumissionné.
08:23Oui.
08:23Mais cet emprunt national, il faut l'intégrer dans un plan de redressement des finances publiques.
08:30Car le problème central des finances publiques, c'est de réduire la dépense publique.
08:35Bien sûr.
08:35Et si on était une démocratie mature, on se mettrait autour du table,
08:39on ferait la liste des grands axes des possibilités de réduction,
08:44et on dirait quelles sont celles sur lesquelles une majorité peut se dégager.
08:48Mais actuellement, tout ça part dans tous les sens,
08:53donnant d'ailleurs à l'international une image catastrophique.
08:57D'ailleurs, si les taux d'intérêt français flambent,
08:59c'est tout simplement parce que les observateurs étrangers disent
09:04mais qu'est-ce que c'est que cette France
09:07qui a un Parlement incapable de redresser les finances publiques ?
09:12Merci beaucoup. Merci Charles de Courson d'avoir répondu à nos questions ce matin.