00:0013h, 14h, Europe 1 Info, avec Lélie Mathias sur Europe 1, et ses chroniqueurs Hélène Roux et Michel Fayad et
00:06Gauthier Lebrecht.
00:07Je voudrais vous faire écouter Dominique Schellcher, il y a eu cette phrase très forte ce matin, ça m'a
00:12interpellé quand j'ai écouté l'interview au micro de Laurence Ferrari.
00:16C'est pour moi la chose la plus frappante actuellement, un véritable effondrement de la consommation de carburant.
00:23Je dis ce mot sciemment, effondrement au mois d'octobre, chez Coopérative U c'est moins 10 de volume depuis
00:31le début de l'année, c'était déjà très fort en baisse au mois de septembre,
00:35et là on a des stations au mois d'octobre, c'est jusqu'à moins 40% de volume de
00:39consommation.
00:40Les gens ne bougent plus, les gens restent à la maison, sacrifient beaucoup de choses, le sport, l'activité sportive
00:46des jeunes, ils ne bougent plus,
00:49parce que le prix du carbone c'est trop lourd, pèse trop sur leur budget à date.
00:54Alors sans vouloir faire de hiérarchie, minimiser les problèmes des lycéens, on parlait de leur colère il y a un
01:00instant, mais il y a aussi là un vrai problème.
01:03Pendant ce temps, les gens, et vous l'avez entendu, font des sacrifices, ont du mal à boucler les fins
01:07de mois,
01:08renoncent à des sorties pour les enfants, des activités sportives, et qui entend leur ras-le-bol à eux ?
01:15Pour le coup, je suis d'accord avec vous, il ne faut pas hiérarchiser,
01:17mais ça n'a rien à voir d'entendre des lycéens qui ont de l'anxiété avec Parcoursu,
01:20par rapport à des personnes qui sont en train de choisir entre un plein,
01:23et s'ils peuvent remplir le frigo, ça n'a strictement rien à voir.
01:25Vous avez raison, cette interview, elle était très intéressante sous plein d'aspects,
01:29et en fait, on commence à voir le mauvais arbitrage qu'a pris le gouvernement au printemps dernier,
01:34quand tout le monde leur disait, quand tous les pays européens étaient en train de dire,
01:37il faut baisser les taxes, et en fait le gouvernement a dit, oui, mais on n'a pas les moyens
01:41de le faire.
01:42Donc, ils n'ont pas fait ça, sauf que maintenant, on se retrouve avec les conséquences indirectes,
01:45on se retrouve avec les retombées économiques, évidemment c'est une tragédie,
01:50parce que tout simplement, perte d'activité, vous avez des personnes qui se sont réorganisées,
01:54vous avez des personnes qui maintenant, évidemment, n'utilisent plus leur voiture,
01:57qui ont sacrifié, c'est toujours pareil, perte d'économie, perte d'attractivité,
02:01augmentation de la défiance, perte de recettes pour l'État,
02:03mais bien sûr, c'était un arbitrage à ce moment-là, oui, ça aurait été dur,
02:07on n'avait pas forcément les moyens, mais au moins, on avait peut-être un espoir que la croissance ne
02:11s'effondre pas,
02:11il ne fallait peut-être pas revoir la croissance à la baisse, etc.
02:14C'était simple, c'était un arbitrage, et encore une fois, je pense que Bercy a pris le mauvais.
02:18Michel Fayette ?
02:18Oui, le 15 octobre dernier, lorsque le gouvernement a décidé de libérer les réserves stratégiques,
02:23ils estimaient qu'on allait faire baisser un peu les prix de 18 centimes à peu près le litre,
02:28le seul problème, c'est que lorsqu'ils ont décidé cela, le prix du baril au Brent était à 100
02:33dollars,
02:34aujourd'hui il est à 115 dollars, donc même les 18 centimes ne vont certainement pas être les 18 centimes
02:38prévus.
02:38C'est pour le diesel en plus.
02:40Absolument, ça va être beaucoup beaucoup moins, donc c'est encore une mesurette qui a été faite par le gouvernement,
02:44de même que le fait qu'Emmanuel Macron ait voyagé dans le Golfe pour aller prendre une cargaison,
02:50qu'on appelle dans le marché du pétrole spot, c'est-à-dire qu'il a pris une cargaison,
02:55il n'a pas signé un contrat d'un an, cinq ans ou dix ans, il a juste pris une
02:58cargaison qui est en fait une goutte dans l'océan,
03:00donc c'est que des mesurettes, parce que la seule vraie mesure, c'est celle qu'Hélène vient de dire,
03:04qui est de, en réalité, jouer sur les taxes, les impôts.
03:09Le dernier chiffre qu'on avait, c'était au milieu de la crise, donc ça continue évidemment,
03:13c'est 400 millions d'euros de pertes pour l'État.
03:16Les taxes sont tellement, c'est là où l'État est bête, c'est-à-dire que les taxes sont
03:20tellement fortes
03:22que les Français, on vient de l'entendre, arrêtent d'aller à la pompe,
03:24donc l'État, en fait, perd de l'argent au lieu d'en gagner, et c'est proprement stupide, en
03:30fait.
03:31Le refus systématique de baisser les taxes fait, au final, perdre de l'argent à l'État,
03:36alors que sans doute, s'il les baissait, certes, il en perdrait, mais il n'en perdrait pas à hauteur
03:40de 400 millions d'euros,
03:42et encore une fois, c'était le dernier relevé, depuis, ça a dû largement augmenter,
03:46et même s'il en perdait à hauteur de 400 millions d'euros,
03:49déjà, donc ça serait nul par rapport à ce qui se passe aujourd'hui,
03:51mais tout le reste de l'économie ne serait pas impacté.
03:53C'est-à-dire que les Français continueraient, pour reprendre ce qui a été dit,
03:56à aller déposer leurs enfants au sport, à faire vivre, donc, le sport du mercredi après-midi
04:00de leur fils ou de leur fille, continueraient, je ne sais pas, au cinéma, le week-end,
04:04le déplacement, donc, en voiture, la sortie annuelle ou mensuelle au restaurant, tout ça,
04:11donc tout ça, c'est des trucs qui sautent.
04:12Donc, évidemment, c'est toute l'économie qui est impactée, bien au-delà seulement du carburant.
04:17Alors, le gouvernement pourra vous dire, oui, mais il y a les aides.
04:19Alors, il y a les aides qui sont toujours ciblées,
04:21et vous savez que nombre de Français qui ont le droit aux aides n'y vont pas,
04:24parce qu'il y a tellement de paperasses à remplir qu'ils n'y vont pas.
04:28Et ce que dirait aussi le gouvernement, c'est qu'il n'y a plus d'argent.
04:30On a cramé la caisse, il n'y a plus d'argent dans les caisses.
04:32Alors ça, c'est toujours l'argument que je ne supporte pas.
04:35En l'occurrence, c'est vrai, quand même.
04:36C'est vrai, il y a de l'argent pour l'Ukraine.
04:37Il y a de l'argent pour l'Ukraine, et d'ailleurs Marine Le Pen dit que ça suffit.
04:40Il y a de l'argent pour les pays étrangers, ce qu'on appelle la fameuse aide au développement.
04:43Là, il vient de trouver 5 milliards pour les lycéens.
04:45Voilà, il y a de l'argent pour les lycéens.
04:46Donc il y a une partie de prêts.
04:49Donc visiblement, l'argent, quand on veut, on en trouve.
04:52C'est juste à quel moment on décide de le cibler.
04:56L'aide à l'Ukraine depuis le début de la guerre, pour la France, c'est 26 milliards.
04:59Je veux dire, 26 milliards qui sont donnés aux Français plutôt qu'aux Ukrainiens,
05:04ça fait une petite différence pour le prix des carburants.
05:07Après, c'est des choix idéologiques et politiques.
05:09Il y a quelque chose qui m'a marquée aussi dans l'interview de ce matin,
05:12et je trouvais ça très intéressant.
05:14C'est le petit coup de gueule de Dominique Schellcher,
05:16quand il raconte effectivement sur cet arbitrage, évidemment financier,
05:19où c'est très compliqué.
05:20Il rappelle ce chiffre qui est édifiant de 46% des Français
05:23qui aujourd'hui peinent vraiment dans les fins de mois.
05:25Donc déjà, c'est un chiffre, pardon, mais ça déchire le cœur
05:27de voir qu'il y a quasiment un Français sur deux
05:29qui n'arrive pas à boucler ses fins de mois.
05:31Et ensuite, il dit, voilà, vous avez quand même l'avènement,
05:33vous savez, de ce qu'appelle Pierre Brochand la société des individus.
05:36Parce que vous vous rendez compte aujourd'hui
05:37que vous avez des personnes qui ne veulent plus mettre de l'argent,
05:40évidemment, dans leur alimentation, etc.
05:42Mais par contre, c'est des personnes qui crient là-dessus,
05:44c'est-à-dire sur les grands patrons,
05:45en disant, mais oui, mais vous n'arrêtez pas d'augmenter vos prix, etc.
05:47Alors que les grandes sociétés de distribution
05:49essaient juste de faire en sorte que les agriculteurs français
05:52soient payés, évidemment, comme ils devraient être payés.
05:55Et ces mêmes personnes qui sont en train de crier,
05:56justement, sur le fait que le prix des tomates augmente un petit peu,
05:59et bien tout simplement, elles arrivent avec le dernier iPhone.
06:01Donc c'est vrai que c'est assez intéressant.
06:02Je suis contente que vous souleviez,
06:03parce que moi aussi, ça m'a interpellé sur ce que ça dit de la société.
06:07Exactement.
06:07Et en fait, je pense, et pour le coup,
06:09alors ça n'a pas forcément de rapport direct,
06:11mais c'est en réalité ce que Pierre Brochand dénonçait
06:12quand il parle, lui, des violences du 17 octobre,
06:14et justement de cette société des individus
06:16qui a connu un avènement depuis maintenant 50 ans.
06:18Je trouve que c'est très intéressant de voir
06:20qu'un grand patron a pointé cette incohérence,
06:22parfois, de beaucoup de Français aussi.
06:24Gauthier Lebrecht ?
06:25Non mais Hélène a 100% raison,
06:28mais au bout d'un moment,
06:29je veux bien que le gouvernement ne sède pas,
06:31il reste six mois, ça va être une lente agonie,
06:33juste jusqu'au départ d'Emmanuel Macron,
06:36quand l'Italie baisse les taxes,
06:38quand l'Allemagne baisse les taxes,
06:39quand l'Espagne baisse les taxes,
06:40avec en plus des gouvernements
06:42avec des étiquettes différentes.
06:43L'Italie de Giorgia Meloni n'a rien à voir
06:45avec l'Espagne de Pedro Sanchez,
06:46qui n'a rien à voir avec l'Allemagne de Frédéric Schmerz.
06:49Et pourtant, tous, au bout d'un moment,
06:51ils se sont dit, il faut baisser les taxes.
06:53Et encore, ils n'ont pas le niveau de taxes français.
06:55Quand vous faites un plein,
06:56quand vous faites un plein,
06:57il y a sur le plein que vous faites,
06:59allez, 70% de ce que vous payez qui part à l'État.
07:03Est-ce que vous trouvez ça normal ?
07:0570% de ce qu'on paye qui part à l'État.
07:08Et le distributeur, il a juste 1 à 2 centimes.
07:10Absolument.
07:11Et la dernière taxe, elle n'a pas 10 ans.
07:13La dernière taxe qu'on a ajoutée,
07:15c'est le dernier budget de Sébastien Lecornu,
07:17c'est janvier dernier.
07:19Janvier dernier, une nouvelle taxe
07:21pour la transition écologique.
07:23Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
07:24Au bout d'un moment, les Français restent chez eux.
07:26Pour l'instant, il y a des demandes quand même dans les rues aussi,
07:28en Espagne ou en Italie, d'ailleurs.
07:30Contre les appels.
07:31Alors, tout se mélange aussi.
07:32Il y a aussi des lycéens, d'ailleurs.
07:34Mais il y a aussi contre la vie chère.
07:36Notamment en Espagne, sur le logement, etc.
07:38Je ne dis pas que tout va bien en Espagne,
07:39que tout va bien en Italie.
07:40Je dis qu'au bout d'un moment,
07:40ils ont décidé de baisser les taxes.
07:42Michel Fayat.
07:42Il y a aussi quand même une chose qu'il faut dire,
07:44c'est qu'en Espagne, ils n'ont pas fermé de raffinerie.
07:46Nous, on en a fermé deux.
07:47Et deux depuis 2012.
07:49Donc, ça pèse dans la capacité de raffinage
07:52et donc dans la capacité d'avoir des produits sur place
07:55qu'on peut donner aux gens,
07:57parce qu'on est tributaire de nos importations.
07:59Donc ça, c'est quand même quelque chose qui pèse sur le prix
08:01et qui pèse sur notre souveraineté nationale.
08:04Oui, c'est des choix.
08:05Oui, Hélène Roy, un dernier mot.
08:06Et puis pour finir, on va le payer très très cher.
08:08C'était un arbitrage qu'on avait dans les mains.
08:10On va le payer très très cher,
08:11parce que tout simplement, l'économie française
08:13connaît un ralentissement de son activité
08:15qui est absolument historique.
08:16Et je ne vous parle même pas
08:17quand vous commencez à rajouter des violences
08:18comme le 17, comme le 24
08:20et notamment Dominique Chachère
08:21qui en parlait aussi ce matin
08:22avec la fermeture des commerçants.
08:24Et en plus, non seulement vous avez un manque à gagner
08:25parce que vous n'avez pas ouvert,
08:26mais quand vous êtes un commerçant
08:28et que vous ouvrez,
08:29en fait, vous vous rendez compte
08:29qu'il n'y a personne dans la rue.
08:30Ben oui, les gens, ils restent chez eux.
08:31En fait, tout le monde est terrifié.
08:32Donc là, en plus, on est dans une période de Noël.
08:34Je ne vous dis même pas
08:34le chiffre de la croissance
08:36qu'on va finir par avoir.
08:37Ça va être une catastrophe.
08:37Hélène Roué, Cotier-Lebrette et Michel Fayette
08:39dans le débat d'Europe 1 Info.
08:41On va revenir sur le profil
08:42du principal suspect de l'attaque de Trappes.
08:44Merci.