00:02Avec vous, Étienne, directeur du Point, Parcoursup est déjà presque enterré.
00:06Le gouvernement annonce sa refonte l'an prochain, puis son remplacement en 2028.
00:10Pour vous, la plateforme d'orientation, Étienne, a surtout servi de bouc émissaire idéal.
00:15Quel torrent de démagogie boueuse !
00:18Si vous faites de la politique et que vous ne savez pas quoi dire pour attraper le train de la
00:24contestation lycéenne,
00:25dites suppression de Parcoursup, ça va beaucoup plus vite.
00:29C'est aussi un peu le réflexe du gouvernement qui a annoncé son remplacement pour 2028,
00:34c'est-à-dire bien après son propre remplacement au gouvernement.
00:38Alors, premier étage de la démagogie, la mémoire courte.
00:41Qui se souvient du système précédent, avant 2018, nommé APB,
00:47dans lequel on recourait au tirage au sort pour les filières saturées ?
00:51Est-ce que c'était juste ça, le tirage au sort ?
00:54Encore avant, avant 2009, il y avait le système Ravel.
00:57A l'époque, on disait Ravel, c'est le bordel.
01:00A-t-on oublié ? Le système Ravel, c'était plutôt premier arrivé, premier servi.
01:05Est-ce que c'était juste ça ?
01:06Mais on peut quand même le réformer, Parcoursup, non ?
01:09Ah oui, ça a d'ailleurs déjà été le cas, mais bien sûr, il le faut.
01:12Il y a beaucoup, beaucoup de choses à améliorer.
01:14Par exemple, la transparence sur les algorithmes, pour que ce soit un peu moins une boîte noire.
01:19Par exemple, la réduction des délais de réponse, pour diminuer l'angoisse.
01:23Il y a bien d'autres pistes.
01:24Mais pour ça, il faut d'abord surmonter le deuxième étage de la démagogie,
01:28la préférence française pour la révolution.
01:31On préfère mettre à bas, plutôt que de réformer.
01:34On préfère symboliquement la guillotine.
01:36Alors, me direz-vous, il y a un progrès.
01:38Et cette fois-ci, c'est un programme informatique que l'on veut couper la tête.
01:41Mais c'est symptomatique de ce vieux réflexe français.
01:44C'est surtout symptomatique d'une certaine paresse politique.
01:48Et c'est là le troisième étage de la démagogie,
01:51à moins que ce ne soit même le fondement de cette démagogie.
01:54Mais alors, quelle paresse, Étienne ?
01:56Crier abrogation de Parcoursup dispense de réfléchir à des questions plus profondes,
02:02et donc plus complexes.
02:03Par exemple, la question de l'orientation et de ses faiblesses,
02:06ce ne sont pas des problèmes qu'on abroge, ça.
02:09Et puis, il y a la question des places dans l'enseignement supérieur,
02:12en fonction des filières.
02:13Et donc, pardon du gros mot, des débouchés du marché du travail.
02:17Ce qui nous ramène au grand tabou, la sélection qui est nécessaire,
02:22mais pas assumée en France, ce qui génère des frustrations légitimes.
02:26Et puis enfin, il y a la question de l'égalité des chances.
02:30Colossal sujet de société, avec, en toile de fond, la baisse du niveau scolaire.
02:34Mais évidemment, tout cela est beaucoup plus fatigant que de crier mort à Parcoursup.
02:39Le sujet, c'est évidemment le système éducatif.
02:42Parcoursup, ça n'est qu'un outil.
02:44En faire l'ennemi à abattre est une réponse hors sujet.
02:47Au deuxième siècle, Marc Aurel, pour ceux qui l'ont étudié à l'école,
02:50le notait déjà, et je le cite,
02:52« Il ne faut pas s'hériter contre les choses, car elle ne s'en soucie pas ».
02:57Parcoursup, bouc émissaire idéal, c'était signé Gernel.
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