00:0013h, 14h, Europe 1 Info.
00:03La suite à 13h32 sur Europe 1 avec vous, Clélie Mathias et vos deux chroniqueurs du jour,
00:08Jean-Michel Salvateur et Yvan Riouffol.
00:10Je voudrais qu'on revienne sur le meeting de campagne,
00:13le premier meeting de campagne de Marine Le Pen, c'était hier à Orléans.
00:17Écoutez, puisqu'elle a promis un gouvernement pluraliste.
00:20Le Premier ministre et le mien sera Jordan Bardella,
00:24le chef de l'orchestre gouvernemental,
00:26un gouvernement ouvert et pluraliste,
00:28d'un gouvernement que je souhaite, d'union nationale.
00:31Notre désir d'unité des Français nous y conduit.
00:34La situation d'un pays fracturé nous le commande.
00:38Chaque citoyen, avec la diversité des parcours, des talents, des sensibilités,
00:42est appelé à participer au mouvement de renaissance française que je propose au pays.
00:46Un gouvernement pluraliste, ouvert.
00:49Ça me rappelle ce qu'avait dit Patrick Deveggian à l'époque de Nicolas Sarkozy,
00:52quand il avait plaidé pour une ouverture qui allait y compris jusqu'au Sarkozy.
00:58Ça veut dire quoi la pluraliste selon Marine Le Pen ?
01:01Je pense que là, si vous voulez, elle veut rassurer ses électeurs,
01:05elle veut rassurer ceux qui hésitent encore à voter pour elle.
01:09Et en fait, ce qu'elle essaye d'expliquer, c'est que sa victoire, si elle a lieu,
01:13ne sera pas la victoire d'un camp ou d'un clan,
01:16mais ce sera la victoire d'une majorité d'idées.
01:18Et donc, elle va essayer d'ouvrir son gouvernement,
01:22non pas jusqu'à la gauche, évidemment, de toute façon la gauche n'accepterait jamais,
01:25mais elle va essayer de faire un gouvernement
01:27où elle proposera des postes à l'UDR, de Ciotti, ce qui est assez logique,
01:32puisqu'ils sont déjà alliés.
01:34Mais je pense qu'elle voudra aussi décrocher,
01:37peut-être certains membres du parti républicain,
01:41qui, par hypothèse, auront été battus,
01:43puisque Retailleau n'aura pas été élue,
01:46et c'est Marine Le Pen qui aurait été élue.
01:48Et évidemment, on voit bien qu'il y a une certaine porosité
01:50entre les Républicains et leur Assemblée nationale.
01:53Et puis, je pense qu'aussi, elle voudra sans doute proposer quelque chose
01:57à des gens qui sont peut-être chez Reconquête, etc.
02:01Donc, il faut bien voir qu'à partir de...
02:03Si elle gagne, ça va être un coup de torchon dans la vie politique énorme,
02:08à peu près équivalent à celui qui a été provoqué
02:12par l'élection de François Mitterrand en 1981.
02:14Donc, évidemment que ça va changer les stratégies de tout le monde.
02:17Et donc là, ce qu'elle annonce, c'est qu'elle va essayer d'en profiter
02:20pour essayer d'élargir.
02:22Mais évidemment, elle appliquera son programme.
02:25Mais est-ce que ce n'est pas un peu paradoxal ?
02:26Parce que si on regarde ce que disent les enquêtes d'opinion et de sociologie
02:29sur qui sont les électeurs des Rassemblements nationales,
02:32il y a un fort vote anti-système.
02:35Et donc là, si elle dit, écoutez, je vais refaire en fait le système,
02:39je vais ouvrir avec des gens qui sont déjà dans le système,
02:41et qu'au contraire, ça ne peut pas dissuader certains électeurs.
02:45Vous me suivez ?
02:45Oui, bien sûr, je vous suis.
02:46Non, non, mais moi, je pense que, enfin, j'en sais rien, on verra.
02:49Mais pour moi, enfin, je ne sais pas ce qu'en pense Yvan.
02:51Oui, mais je vais lui poser la question, vous n'inquiétez pas, c'est prévu.
02:52C'est d'ailleurs pour ça que je tombe mon doigt vers lui.
02:55Je pense qu'elle fera un gouvernement à 75% RN,
02:58et puis peut-être à 25% avec, ben,
03:01ça sera l'union des droits, d'une certaine façon.
03:03Oui, elle a été réticente à employer le mot de révolution.
03:07Elle a dit, je ne veux pas une révolution.
03:08Mais il me semble, malgré tout, que dans sa position de rupture avec le système,
03:13pour répondre à votre question,
03:14elle s'oblige à ne fédérer que les anti-systèmes.
03:17C'est-à-dire tous ceux qui n'ont pas cautionné,
03:19en tout cas, ce bloc central, ce centrisme,
03:21toute cette droite-gauche émolliante
03:23qui, depuis 50 ans, a conduit à ce désastre-là.
03:26Moi, j'y ai vu un discours, d'abord, de second tour,
03:29c'est-à-dire qu'elle a déjà compris que le premier tour lui était acquis.
03:33Et là, avec cet appel à l'Union nationale,
03:36il me semble qu'elle essaie de faire comprendre,
03:39en effet, qu'il y a de la place pour les Retaillots,
03:41pour les Lysnars, pour les...
03:43Je ne sais pas, enfin, pour tous ceux qui pourraient,
03:45effectivement, s'adjoindre à sa vision.
03:49Et d'ailleurs, je remarque qu'elle a cité,
03:51tout à fait à propos, un proverbe indien,
03:55dit, Jean, je ne suis ni l'aile gauche, ni l'aile droite,
03:57je suis l'oiseau.
03:58Alors, naturellement, elle avait fustigé un peu auparavant
04:01les discours d'orgueil des hommes politiques.
04:03Là, ça fait un petit peu orgueilleux également, malgré tout.
04:06Mais elle se met, quand même, malgré tout,
04:08dans une position d'arbitre, si je puis dire,
04:12qui correspond assez bien, me semble-t-il,
04:15à la vision qu'elle a eue.
04:16D'autant qu'elle a fait une autre analyse
04:18qui me semble très juste,
04:20c'est que la bataille du constat,
04:21c'est-à-dire la bataille du réel,
04:22la bataille des idées, est aujourd'hui gagnée.
04:24Elle a déjà gagné, si vous voulez, sur le plan idéologique.
04:26Et donc, elle demande simplement à tous ceux
04:28qui partagent ce constat-là,
04:30qui est le constat des réalités,
04:31c'est-à-dire un effondrement du système,
04:32pour reprendre mon argument précédent,
04:36de venir la rejoindre.
04:37Et je trouve que c'est plutôt une bonne chose
04:40de s'élever à ce point dans le débat.
04:41Deux remarques, questions que j'adresse
04:43à Jean-Michel Salvatore.
04:44Déjà, rien n'est jamais acquis en politique,
04:46il se voit déjà au second tour,
04:47il faut toujours faire, toujours très attention.
04:49Et vous disiez, vous rappelez cette phrase-là,
04:51je ne suis ni de droite, ni de gauche.
04:53Le dernier à avoir dit ça, c'était Emmanuel Macron.
04:55Est-ce que là, dix ans après,
04:56il n'y a pas justement une volonté,
04:57peut-être pour les Français,
04:58de revenir à un clivage droite-gauche ?
05:01Oui, le problème, si vous voulez,
05:04c'est que Marine Le Pen,
05:05évidemment, elle a un positionnement à droite,
05:07très clairement,
05:08mais elle a aussi, dans son programme économique,
05:10des thématiques qui peuvent plaire à la gauche.
05:14Donc, ce n'est pas aussi tranché que ça.
05:16Mais moi, je pense, si vous voulez,
05:17qu'elle pense,
05:20Yvan l'a très bien dit,
05:21le premier tour des présidentielles,
05:24si les petits cochons ne la mangent pas,
05:25elle sera qualifiée.
05:26Donc, elle ira au second tour.
05:28Si les petits cochons ne la mangent pas ?
05:29Oui, c'est une expression française bien connue.
05:31Bon, alors ensuite, si vous voulez,
05:34son sujet, si elle était élue présidente de la République,
05:36son sujet, ce serait les législatives.
05:39Bon, et c'est vrai qu'elle a besoin
05:42de sécuriser ses élections législatives
05:44pour qu'elle ait une majorité à sa main
05:46qui lui donneront la possibilité d'appliquer son programme.
05:50Et donc là, elle fait un appel,
05:51elle tend la main, finalement,
05:53à tous ceux qui, à droite, sont les plus proches d'elle.
05:55Et donc, je trouve que c'est plutôt de bonne politique.
05:57Moi, je pense que le clivage n'est plus tellement
05:59entre la droite et la gauche.
06:01Enfin, en tout cas, le clivage...
06:03Pour être plus clair, on assiste, en tout cas,
06:04à l'effondrement du bloc central.
06:06Ça, maintenant, ça devient une quasi-certitude.
06:08Il suffit de voir, pour l'instant, en tout cas,
06:09les sondages qui vont en s'affaissant
06:12pour Édouard Philippe.
06:13Et il me semble que la vraie opposition,
06:17et d'ailleurs, elle en apparaît elle-même,
06:19sont entre ce que j'ai appelé
06:20les déracinés et les enracinés.
06:22Elle-même parlait aux enracinés.
06:23Dans son discours, je ne sais plus
06:24quelle est la phrase exacte,
06:25mais à un moment donné,
06:26elle a employé ce terme-là,
06:27qui me semble également correspondre,
06:29dans le fond, à ce qui pourrait être
06:31une fédération de ceux qui, à gauche,
06:33s'inscrivent quand même dans un enracinement,
06:35dans une continuité historique, culturelle,
06:37une continuité française.
06:39Et donc, effectivement,
06:41naturellement, cet enracinement
06:42est davantage porté par les patriotes,
06:44par les nationaux, les nationalistes, etc.
06:46Et donc, je pense que c'est plutôt
06:48cette dichotomie-là
06:49entre enracinés et déracinés
06:51qui permet de comprendre
06:52quelle est la position
06:54qu'entend prendre Marine Le Pen
06:57dans sa défense d'une civilisation.
06:59Et d'une renaissance d'une civilisation.
07:00Parce qu'elle a fait tout son discours
07:02était précisément de dire
07:04qu'il fallait aujourd'hui retrouver,
07:05non pas le passé,
07:06mais s'inspirer du passé
07:07pour construire l'avenir.
07:08Enfin, avec des phrases
07:09un peu bateau, naturellement,
07:10mais qui me paraissent
07:12quand même intéressantes.
07:13Yvan Riafon, Jean-Michel Salvatan,
07:15on continue notre débat
07:16sur ce meeting.
07:17On entendra également
07:18Bali Bagayoko
07:18qui s'est dit favorable
07:19d'interdire la parole au RN
07:20lors de cette campagne présidentielle.
07:23A tout de suite sur Europe 1.
07:24Europe 1,
07:24infos, c'est de 13h à 14h.
07:25C'est avec Lélie Mathias
07:26sur Europe 1.