00:007h12, vous nous écoutez des quatre coins de notre territoire.
00:03Je vous souhaite un excellent début de matinée en notre compagnie.
00:06Soyez les bienvenus sur Sud Radio.
00:09Alors, on est avec Fabien ce matin.
00:11Bonjour Fabien, vous êtes commerçant à Paris
00:14et vous faites partie de ces commerçants qui sont contraints de s'organiser pour aborder cette journée.
00:20Quelle est votre décision ? Vous ouvrez demain ou vous allez rester fermé ?
00:26Oui, bien sûr, on est obligé d'ouvrir.
00:28Une journée fermée, c'est une perte de chiffre d'affaires.
00:31Les charges continuent à tourner.
00:34On est obligé.
00:35On est obligé d'ouvrir.
00:36Dans quelles conditions, Fabien ?
00:39Dans les conditions de peur.
00:41J'ai encore passé une nuit blanche à me dire qu'est-ce que je fais si je me fais
00:44agresser.
00:47Voilà, conditions de peur et en même temps de vigilance.
00:51On n'a pas le choix.
00:53Moi, je suis président de l'association de commerçants dans mon quartier
00:55qui ne sont que des commerçants indépendants.
00:58On est tous dans la crainte de l'agression de notre quartier.
01:05On n'a pas été touchés la semaine dernière.
01:08On est le quartier après.
01:10Donc, on se demande.
01:12Vous êtes, pour ceux qui ne connaissent pas très bien Paris,
01:14vous n'êtes pas très loin en réalité du prochain parcours,
01:17de celui qui est autorisé.
01:19On n'est pas loin, on n'est pas si.
01:20Oui, c'est ça.
01:21Quel type de commerce vous tenez ?
01:25Je suis une épicerie fine.
01:26D'accord.
01:27Épicerie fine, je suis traiteur.
01:30Je fais également des livraisons de repas pour les entreprises.
01:34J'ai perdu 30% de mon chiffre d'affaires cette semaine.
01:38Non, tout s'annule.
01:39Vous disiez, Fabien, que vous ne dormez pas bien en ce moment.
01:44C'est-à-dire, qu'est-ce qui vous passe par la tête ?
01:46À quoi vous pensez ?
01:47Quelles sont les questions qui vous tracassent ?
01:50C'est le manque de protection.
01:53En fait, on se dit, on paye des charges,
01:57on paye notre retraite,
02:01on paye notre eau, notre électricité, nos fournisseurs.
02:05Il ne nous reste quasiment pas d'argent pour nos salaires à la fin du mois.
02:0840% des commerçants de mon quartier ne se payent pas.
02:12Et on nous dit qu'il faut qu'on paye notre sécurité.
02:15On n'a pas les moyens.
02:17On est complètement désemparés.
02:1840% des commerçants de votre quartier
02:22n'arrivent pas à se payer en ce moment ?
02:25Depuis quand ?
02:25Absolument.
02:27On a beaucoup de nouveaux commerçants.
02:30On est dans un quartier qui est né,
02:32qui était un quartier abandonné et qui renaît.
02:36Donc, c'est des quartiers de néo-commerçants
02:39qui n'ont pas les moyens, aujourd'hui, de se payer.
02:44Parce que, sans doute, il y a eu des investissements importants,
02:46mais aussi parce que, et vous nous le dites très bien,
02:48les charges sont là, elles sont trop importantes et vous ne pouvez pas, aujourd'hui, assumer...
02:52Et puis, on cumule les crises.
02:53On cumule les crises.
02:54C'est surtout ça.
02:55Depuis le Covid, on cumule les crises.
02:57Les augmentations, on est...
03:00Malheureusement, on est un peu la variable d'ajustement des conséquences économiques et politiques du pays.
03:09Et donc, du coup, c'est vraiment un métier de passion.
03:13Parfois, c'est ce qu'on se dit, c'est vraiment...
03:15Pour tenir le coup, il faut être passionné.
03:16Fabien, demain, cette journée, vous la redoutez,
03:19vous savez que vous avez besoin de cet argent du samedi,
03:21parce que c'est votre plus grosse journée.
03:24J'imagine qu'il y a des clients qui vont, évidemment, essayer de venir,
03:28probablement tôt le matin.
03:31Vous avez envisagé, quand même, des mesures de sécurité.
03:34Vous vous en avez parlé.
03:35Qu'est-ce que vous vous dites à ce sujet ?
03:37On a un groupe WhatsApp d'alerte.
03:40Donc, le premier qui voit arriver des émeutes ou quoi que ce soit,
03:45avertir à les autres.
03:46Et dans ce cas-là, qu'est-ce qu'il se passe ?
03:47Mais c'est tout.
03:47Vous baissez le rideau ?
03:48On ferme tous le rideau, oui, bien sûr.
03:52Et pour ce qui est de la sécurité,
03:53vous ne pouvez pas, même en vous mettant en commun,
03:56vous payez une équipe de sécurité,
04:00une équipe de surveillance.
04:02Mais monsieur, j'ai envie de vous dire,
04:04on ne s'est même pas posé la question,
04:06pour la simple raison que nous sommes des commerçants,
04:09on n'est pas des boucliers humains,
04:10ni des variables d'ajustement.
04:12On n'a pas à subir les conséquences
04:14d'une politique entêtée
04:17qui refuse de négocier avec des demandes légitimes
04:22à la base des lycéens.
04:23Parce qu'on en est là,
04:25parce qu'on est un gouvernement
04:26qui a refusé d'avancer
04:29sur des demandes absolument légitimes
04:31de nos jeunes.
04:32Donc, ce n'est pas à nous de faire la sécurité.
04:35Nous ne sommes que des commerçants.
04:37Oui, je comprends, Fabien.
04:38Un commerçant à Paris,
04:39président de l'association Village Popincourt.
04:41Vous avez donc décidé d'ouvrir demain.
04:44Dernière question,
04:46dans quel état d'esprit êtes-vous ?
04:47À 24 heures, vous avez la peur au ventre ?
04:51Oui.
04:52Et j'ai envie de vous dire,
04:53protéger les petits commerces
04:54et protéger la vie de nos quartiers.
04:56Donc, nous ne demandons plus de discours,
04:58mais des actes.
04:59Des actes.
05:00Et merci beaucoup, Fabien,
05:02et bon courage pour la journée de demain.