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Avec David Libeskind, Avocat au barreau de Paris, docteur en droit privé et militant, cofondateur de "Robes noires et Gilets jaunes" et Michel Maffesoli, sociologue

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##LE_FAIT_DU_JOUR-2026-10-22##

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News
Transcription
00:01Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, le fait du jour.
00:06Vous êtes bien sur Sud Radio, il est 12h14 et je reçois Michel Maffesoli.
00:11Bonjour Michel Maffesoli, merci d'être avec nous en visio si je puis dire,
00:16mais c'est comme si vous étiez là parce que votre présence est réelle,
00:20vous êtes déjà venu sur cette antenne et vos propos sont toujours écoutés avec beaucoup de considération.
00:25Vous êtes un sage, voilà, je me permets de vous faire ce compliment
00:27parce qu'aujourd'hui dans cette situation de tension, c'est très important.
00:31Avant de rentrer dans le vif du sujet, et Dieu sait si le sujet est vif,
00:34Michel Maffesoli, vous êtes l'auteur de l'ère des soulèvements aux éditions du CERF,
00:38je voudrais vous poser une question globale.
00:40Pourquoi dans ce pays qui est la France, ce pays avec des esprits, avec des consciences,
00:44un pays intellectuel, avec une classe politique qui est quand même assez émancipée,
00:48pourquoi à chaque fois, lorsque l'on prévient, non pas juste un petit avertissement,
00:52on prévient avec un ouvrage, un travail sociologique, un travail littéraire,
00:55que ce soit sur l'environnement, sur la société, sur l'économie, sur la politique,
01:00pourquoi on n'est pas écouté ?
01:01Vous l'avez un peu annoncé ce malaise, vous n'êtes pas le seul à l'avoir fait.
01:05Pourquoi est-ce que nos autorités, notre classe politique, si brillante,
01:08si cultivée, si courageuse, n'écoute rien et ne prend aucune conclusion de rien ?
01:15Ah, cher ami, c'est difficile à dire, mais de mon point de vue,
01:19vous avez compris, je l'ai essayé de l'analyser depuis longtemps, avec d'autres en effet,
01:23on est dans une crise civilisationnelle, qui est en jeu actuellement,
01:28pour parler d'un terme qui est connu, un changement de paradigme.
01:31Et dans ces moments, justement, les élites, comment dire, sont totalement déconnectées.
01:38Quand je dis élites, dans le sens simple du terme, tel que le sociologue Pareto l'a analysé,
01:44ceux qui ont le pouvoir de dire, ceux qui ont le pouvoir de faire,
01:47politiques, journalistes, experts de tous ordres, restent sur des valeurs qui sont défasées.
01:52Je vous les dirai, si vous le désirez.
01:54Oui, oui, bien sûr.
01:56On passe avec ce qui est en jeu actuellement, avec véritablement, il y a une déconnexion.
02:03Voilà, donc, ils ne trouvent pas les mots, vous voyez, ils ne trouvent plus les mots.
02:07On continue, si je puis le dire ainsi, des incantations.
02:11Des incantations, c'est quand on dit quelque chose dont on n'est plus convaincu.
02:16Valeurs républicaines, démocratie, contrat social, ça ne marche plus, ça.
02:21Voilà, ce sont des grandes valeurs, il ne faut pas cracher dans la soupe.
02:24Ce sont des grandes valeurs qui ont marqué la modernité.
02:27Et nous vivons actuellement une décennie où sont en train de cesser ces valeurs.
02:32Les élites continuent à rester sur l'individualisme, le rationalisme, le progressisme,
02:38la république une et indivisible.
02:39C'est fini, ça, c'est saturé.
02:41Voilà, excusez-moi de vous dire un peu brutalement.
02:43Non, mais convenons Michel Maffesoli que le terme élite, étymologiquement,
02:49qui en général est une désignation qualitative, a pris du plomb dans l'aile.
02:53Parce que si c'est ça l'élite, qu'est-ce que ça doit être si ce n'est plus
02:56l'élite ?
03:00Pardon.
03:01J'en viens à ma question.
03:03On poursuit cet échange.
03:04J'en viens à ma question, le sujet du jour,
03:07qui est celle de cette émission pour laquelle je vous ai invité.
03:10Pourquoi la colère des Français ne retombe-t-elle pas ?
03:13Pourquoi ce gouvernement semble incapable de la faire retomber,
03:17tant sur le volet social que sur le volet de l'ordre public ?
03:20Il y a une déconnexion énorme, si vous voulez.
03:24Et là, entre une fois ceux qui sont des institutions politiques, en particulier,
03:30qui nous sont, comment dire cela, cette grande dame de la pensée,
03:34qui s'appelait Anna Arendt, cette grande philosophe,
03:37quand elle parle de l'idéal démocratique,
03:39elle montre que c'est difficile à faire, on y arrive au XIXe siècle,
03:44elle explique qu'il y a une représentation politique, un ensemble d'idées,
03:48qui va vous convaincre, vous me donnez votre voix, c'est la représentation politique.
03:52Il y a des moments où cette représentation ne fonctionne plus,
03:55ces élites, ces politiques n'ont plus de représentation, n'ont plus d'idées.
04:00Ils se contentent, le mot que j'ai employé, je le redis,
04:03ils se contentent des incantations.
04:04Et donc, du coup, ils sont déphasés, totalement déconnectés.
04:08Mais ce n'est pas la première fois, voyez, chaque fois qu'une époque s'achète,
04:12je me viens à l'esprit, les jacqueries,
04:14mais surtout d'un coup, le peuple ne se reconnaît plus
04:17par ce que représente le Seigneur, il se révolte.
04:20C'est ce que nous vivons actuellement.
04:22En gros, voilà, ma réponse, elle est simple.
04:25Ces élites, ces politiques en particulier, soyons clairs,
04:28gauche et droite confondues, de mon point de vue,
04:31restent sur des valeurs qui ne sont plus en phase.
04:34Et donc, du coup, ces jeunes générations ne se reconnaissent pas.
04:38Michel, Mifel m'a fait zoli.
04:40Est-ce que cette classe politique n'est pas le reflet
04:43de l'effondrement scolaire sur 30 ou 40 ans ?
04:47Est-ce qu'ils sont moins cultivés, moins compétents,
04:51moins formés, moins conscients, moins impliqués ?
04:55Est-ce qu'il y a un individualisme qui fait que ma carrière politique compte avec mon siège,
05:00mon poste, voilà, mon intérêt personnel,
05:03que si l'on pouvait dire du général de Gaulle, de Georges Pompidou,
05:06voire de Giscard d'Estaing et de Mitterrand,
05:08ils sont habités par leur mission, par leur fonction,
05:12ils sont habités par la France.
05:13On n'a aujourd'hui que des aventuriers, voilà,
05:17qui relèvent de défis avec plus ou moins de panache
05:18et qui, à l'heure de la vérité, montrent le vide,
05:21le vide énorme, béant de leur incapacité,
05:25de leur inconscience et de leur manque de courage ?
05:29C'est pas la peine que je vous réponds,
05:31mais moi, ils n'ont plus de représentation,
05:35dans le sens de cette dame,
05:37ils n'ont plus d'idées.
05:39Alors, à l'heure de la carrière,
05:40c'est quelque chose qui fait qu'on veut préserver,
05:43si je puis dire, son métier, ses avantages, etc.
05:47Et ça, le peuple le sent.
05:48Pour tout vous avouer,
05:49je suis dans mon petit village du Seven Hall actuellement
05:51et je discute, bien sûr, avec ma parentèle,
05:54mes amis, mes voisins,
05:55et c'est frappant, ce que j'entends de...
05:58Ils ne se reconnaissent plus,
06:00ils ne se sentent plus représentés,
06:03vous avez compris, cette idée de représentation.
06:05Donc, du coup,
06:06alors ça s'exprime par l'abstentionnisme,
06:09par les non-inscrits sur les listes électorales,
06:12en fait, toute chose qui fait que,
06:13d'une certaine manière,
06:15encore une fois, ces politiques,
06:16j'ai dit élites,
06:17ces politiques ne sont plus en phase,
06:19ils sont déconnectés.
06:20Donc, du coup, il n'est pas étonnant
06:22dès le moment où je ne me reconnais plus
06:24dans une classe
06:25ce qui est censé représenter le peuple,
06:28eh bien, qu'il y ait ces révoltes,
06:29bien sûr,
06:30nous ne sommes qu'au début.
06:32Vous voyez, dans mon livre,
06:33que vous avez cité,
06:33L'ère des soulèvements,
06:35je considère que les Gilets jaunes ont commencé,
06:37puis il y en a des quantités
06:38d'autres petites révoltes comme cela,
06:40celles qui s'est passées le 17 octobre,
06:43celles qui peuvent se représenter,
06:44se refaire dans les semaines à venir,
06:47ne font qu'exprimer,
06:49vous voyez,
06:49comme se dit exprimer,
06:51c'est-à-dire,
06:51comme on exprime le jus d'une rose,
06:53ne sont qu'exprimer cette insurrection,
06:55cette révolte,
06:57cette colère,
06:58qui fait que je ne me sens plus représenté.
06:59Voilà, donc, du coup,
07:00oui, vous avez raison,
07:01vous disiez,
07:02ces politiques ne sont plus en phase,
07:04eh bien, on en a des expressions.
07:06Et excusez-moi,
07:07chère Mise,
07:07je suis confus de le dire,
07:09mais à mon avis,
07:09ces soulèvements,
07:10ça va se renouveler,
07:12malheureusement,
07:12ou c'est ainsi.
07:13Vous pensez donc,
07:14effectivement,
07:15que,
07:15comme nous le disons,
07:16cette colère ne va pas s'épaiser,
07:18qu'il n'y a aucune raison
07:19qu'elle s'apaise,
07:20que l'offre politique
07:21ne permet pas de penser
07:23qu'il va y avoir
07:24une solution rapide,
07:26déjà,
07:26parce que financièrement,
07:27la République est à l'eau,
07:29s'il n'y a plus d'argent.
07:30Vous dites,
07:31ils manifestent
07:32leur désintérêt
07:33et leur rupture
07:34en s'abstenant
07:35ou en ne votant plus,
07:36ou en votant,
07:37je pense aussi,
07:38les votes extrêmes
07:39sont aussi l'expression
07:40d'un rejet du système,
07:42d'un rejet de la classe politique
07:43et même si on sait
07:44qu'on prend un risque,
07:45et bien,
07:45après tout,
07:46pour dégager les gens
07:47qui sont au pouvoir
07:48et qui ont montré
07:48leur incapacité
07:49et leur incompétence,
07:51nous allons prendre le risque
07:52de voter pour des partis
07:53qui nous proposent autre chose.
07:54Il y a aussi ce phénomène-là
07:55qui se produit.
07:57Par exemple,
07:58c'est-à-dire que,
07:58dès le moment,
07:59je reviens sur cette idée,
08:00moi qui est mon obsession,
08:01dès le moment,
08:02il n'y a plus de représentation,
08:04et bien,
08:04la violence va...
08:05Vous voyez ?
08:06En gros,
08:07soyons clairs,
08:08l'animal humain
08:09est un animal.
08:10Il y a de l'agressivité.
08:11Et donc,
08:12tout l'art des sociétés
08:13équilibrées,
08:14c'est de savoir,
08:15je dis,
08:16ritualiser la violence,
08:17l'homéopathiser.
08:18Et que si on ne sait pas
08:20ritualiser la violence,
08:21elle devient perverse.
08:22En latin,
08:23pervir,
08:23ça prend des voies détournées.
08:25Et les pays,
08:26asiat,
08:27que l'on a vu
08:27ces derniers temps,
08:28ne sont que l'expression
08:29perverse.
08:30Mais pourquoi cela ?
08:31C'est parce que,
08:32dans le fond,
08:33cette élite,
08:33ces politiques
08:34qui ne sont plus en phase,
08:36comment dire,
08:37ils vont légitimer
08:38la guerre,
08:39l'Ukraine,
08:40il faut entendre
08:40les discours politiques
08:42des présidents
08:43ou autres,
08:43en particulier,
08:44ou de tel ou tel ministre,
08:46qui vont justifier
08:47des guerres
08:47ici ou là.
08:49Et en même temps,
08:51pour la France,
08:53on parle d'un risque zéro,
08:54le confinement,
08:55en fait un truc comme ça.
08:56Donc,
08:56dès le moment où
08:57ils ne savaient plus
08:57ritualiser la violence,
08:59vous avez compris
08:59ce que je dis,
09:00cette violence ?
09:00Tout à fait.
09:03Justement,
09:03Michel Maffezoli,
09:05autre aspect
09:05de cette tragédie,
09:07vous avez contrôlé
09:08la jeunesse,
09:08vous avez été enseignant,
09:09vous êtes sociologue,
09:10vous connaissez le monde
09:11universitaire,
09:12comment expliquez-vous
09:12que cette jeunesse,
09:13jusqu'à présent,
09:14on était dans des jacqueries,
09:15les gilets jaunes,
09:1668,
09:16on manifeste contre
09:18l'autorité,
09:18on manifeste contre
09:19une puissance.
09:20Vous avez vu cette jeunesse,
09:21là, dans ces images
09:22du 17 et du 18 octobre,
09:23elle s'attaque au pays lui-même,
09:25elle s'attaque au tissu social,
09:26elle s'attaque au petit commerce,
09:27elle s'attaque à notre quotidienneté,
09:29comment pouvez-vous expliquer
09:31que cette sauvagerie
09:32se soit emparée d'une jeunesse
09:33qui pourtant a été éduquée
09:35sur les bancs de l'école ?
09:36Alors, soyons clairs,
09:37pour moi,
09:38il se trouve que je continue
09:40à voir des quantités
09:40de jeunes qui viennent,
09:41qui ont lu tel ou tel
09:42de mes livres,
09:43qui viennent discuter avec moi,
09:44et je reste en phase
09:45avec cette jeunesse
09:46que je trouve généreuse.
09:47Mais cette jeunesse
09:49n'est plus en phase,
09:50encore une fois,
09:51avec les grandes...
09:52la valeur travail,
09:54pour moi c'est fini,
09:55ils n'ont plus envie
09:56de perdre leur travail
09:57à gagner,
09:59ils ont envie
10:00d'être ensemble
10:01pour être ensemble.
10:02J'ai dit tout à l'heure,
10:03c'est quelque chose
10:03qui est difficile
10:04et qui est pour moi
10:05le fil rouge de mon travail.
10:06Ce n'est plus
10:07l'individualisme
10:08qui prévaut actuellement,
10:10c'est ce que j'appelle
10:11l'idéal communautaire.
10:12Bien entendu.
10:13Michel Maffezoli,
10:14je voudrais avoir tout de suite
10:14le témoignage
10:15de David Libevski,
10:16donc avocat au Barreau de Paris,
10:18cofondateur de Rome Noire
10:19et Gilets Jaunes.
10:21Michel,
10:22pardon,
10:23David Libevski,
10:24vous voyez cette situation,
10:26ça n'a rien à voir
10:27avec le mouvement
10:27des Gilets Jaunes.
10:28Pourtant,
10:28vous voyez une indignation
10:29dans la jeunesse
10:30et une violence inédite.
10:31Vous l'expliquez par quoi ?
10:33Un déracinement,
10:34une déconnexion
10:35de la réalité ?
10:37Il y a quand même,
10:38je tiens à souligner
10:39au préalable,
10:41il y a quand même
10:42une convergence
10:44des jeunes,
10:45des lycéens,
10:46de la génération Z
10:47avec le mouvement
10:48des Gilets Jaunes.
10:49Je rappelle que
10:50l'appel du 17 octobre
10:51revient à un jeune
10:53gilet jaune.
10:55Alors,
10:57notre jeunesse,
10:57ce n'est pas
10:58qu'elle est en phase
10:59en fait
10:59avec les valeurs actuelles,
11:01les valeurs
11:02de notre république,
11:03égalité,
11:04liberté,
11:07fraternité,
11:07c'est que
11:08les gouvernants
11:09ne respectent plus
11:10ces valeurs eux-mêmes.
11:12Donc,
11:13les libertés
11:14et les fraternités,
11:15j'aime bien la répéter
11:15parce que justement,
11:17la jeune ex actuelle
11:17est en phase
11:18avec ces valeurs
11:19de la république.
11:20La difficulté,
11:22c'est que
11:22les réformes successives
11:25ne leur permettent pas
11:26d'entrevoir
11:27un avenir serein.
11:28Je parle notamment
11:29de Parcoursup,
11:31je fais référence également
11:32à mon Master 1
11:34qui va,
11:35ces réformes
11:35pendant la continuité
11:37de la crise Covid,
11:38on sait que
11:38les jeunes ont été
11:40très impactés
11:40par la crise Covid,
11:42donc ils ne voient pas
11:43en fait,
11:44leur avenir,
11:45leur impose
11:45la compétition
11:46des lycées
11:47pour être admis
11:48à l'université,
11:49ce qui n'existait pas
11:50en montant
11:51et en bout de temps.
11:53Donc,
11:53ça leur donne
11:55un effet de stress
11:57puisque
11:58des lycéens,
11:59il y a beaucoup
11:59des lycéens
12:00qui sont admis
12:00nulle part
12:01une fois le bac
12:01en poche
12:02parce qu'ils n'ont
12:03pas la bonne moyenne,
12:04donc beaucoup
12:04ceux qui ont
12:05les moyens,
12:06qui ont les parents
12:06les moyens,
12:07ils vont se tourner
12:08vers le privé,
12:09faire des écoles,
12:10faire des mers,
12:10etc.
12:11Et pareil,
12:12ça concerne
12:12mon Master 1.
12:14Donc,
12:14on a une jeunesse
12:15qui est consciente
12:16de ses problèmes,
12:17qui est intelligente,
12:18ça faut le dire en fait,
12:19qui est éveillée
12:20et qui s'est radicalisée
12:22malheureusement
12:23parce qu'elle
12:25l'imagine très mal
12:26son avenir
12:27dans la société actuelle,
12:28ce qui explique
12:30également que
12:30beaucoup de jeunes
12:31aujourd'hui
12:32ne s'épatrient à l'étranger.
12:33David Libeskine,
12:34la préfecture de Lyon
12:36a signalé
12:36qu'elle a interdisé
12:37toute forme de manifestation.
12:38Celle de Paris
12:39impose une canalisation
12:42de nations
12:43à Bastille.
12:45Est-ce que vous pensez
12:46que ces restrictions,
12:47ces interdictions
12:48peuvent
12:48ou canaliser la colère
12:50ou au contraire
12:51la provoquer
12:52et l'augmenter ?
12:55Ça va canaliser
12:58la colère
12:59et ça va l'aggraver
13:00parce que
13:02moi,
13:02je fais partie
13:03des négociateurs
13:05qui seront
13:06dans la préfecture
13:06pour négocier
13:07les parcours.
13:08Tous les samedis,
13:09j'avais négocié
13:09le parcours
13:10du 17 octobre
13:11et il est avéré
13:12que l'ensemble
13:13des étudiants
13:16souhaitent
13:17en fait
13:17un parcours
13:18vers l'ouest
13:18de Paris,
13:19vers les lieux
13:19de pouvoir,
13:20ce qui n'est pas
13:21proposé aujourd'hui
13:22par la préfecture.
13:23Donc ça va canaliser
13:25la colère,
13:25ça va aggraver
13:26la colère
13:26et ça va donner lieu
13:28comme on l'a vu
13:29au 17 octobre
13:29malheureusement
13:30à des manifs
13:31spontanés
13:32ou sauvages
13:33selon les termes
13:34du gouvernement
13:34et malheureusement
13:35à la caisse
13:36sur des viceroux.
13:36Donc vous vous attendez
13:37un samedi 24 octobre
13:39encore plus tendu,
13:40peut-être encore plus
13:40violent ?
13:41Il y a un risque ?
13:43Alors je ne pense pas
13:44qu'il sera plus violent
13:45puisque le gouvernement
13:47avait échoué
13:49quant à la gestion
13:50du matériel de l'ordre
13:51pour la manifestation
13:52du 16 octobre.
13:53Donc je pense que là
13:54il va mettre
13:54chez Paquet,
13:55il va améliorer ça.
13:56Mais en tout cas
13:57on ne peut pas
13:57comme ça imposer
13:58à des lycéens
13:59et des étudiants
14:00des parcours
14:01de bassination.
14:02Nous nous avions demandé
14:03à bassiner
14:04un peu pour le départ
14:05et nous avions demandé
14:08également au Pera
14:08comme vient d'arriver
14:10et ça s'est encore refusé.
14:13Donc à partir de ce moment-là
14:14on considère
14:15en tout cas
14:16les lycéens,
14:17les étudiants
14:18on considère
14:18que c'est une atteinte
14:19à leur liberté
14:19de manifester.
14:20Je ne vois pas
14:21pourquoi en fait
14:22le gouvernement
14:23ne les autoriserait pas
14:26à manifester
14:26jusqu'au Pera
14:27qui n'est pas
14:28je rappelle
14:29se rendre à l'Elysée.
14:31donc ça attise la colère.
14:33En fait les jeunes
14:33nous avons l'impression
14:34qu'on leur impose tout
14:36qu'on ne les écoute pas
14:37qu'on ne leur donne pas
14:38leur avis
14:38et que ces décisions
14:39sont prises
14:40à leur détriment.
14:41Vous les dissociez bien
14:42bien entendu
14:43les manifestants
14:44avec leur juste revendication
14:45voilà
14:46des barbares
14:46qui sont venus piller
14:47et saccager
14:48certaines rues de France.
14:49Je pense que vous faites
14:50une grosse différence
14:50où vous expliquez
14:51il faut quand même
14:52comprendre
14:53ceux qui ont cassé
14:54et une exaspération.
14:57Il faut comprendre
14:59ces causes
15:00de la violence.
15:02En fait
15:02on est un régime en crise
15:03et votre invité
15:04l'a parfaitement évoqué
15:05on est dans
15:08une crise
15:08depuis des décennies
15:09maintenant
15:10et donc
15:11on arrive
15:11je pense qu'on est
15:12dans un fin de cycle
15:13comme
15:15l'a été
15:16en fait
15:17la monarchie
15:18qui a basculé
15:19ensuite
15:19vers une révolution
15:21là c'est une fin de cycle
15:22et je pense qu'on arrive
15:23vers une fin de cycle
15:24mais on est une classe politique
15:26en fait
15:26qui résiste
15:27voilà
15:27donc elle résistera
15:28par deux moyens
15:28en utilisant
15:30la police
15:31en utilisant
15:31de le moyens
15:32Merci David Libensky
15:33pour votre témoignage
15:34je rappelle que vous êtes
15:35avocat de Barreau de Paris
15:37confondateur de Rome Noire
15:38et Gilets Jaunes
15:39Fin de cycle
15:40c'est ce que vient de dire
15:42l'avocat David Libensky
15:44pardon
15:45alors 5 jours après
15:45les manifestations
15:46du 17 octobre
15:47et les violences
15:48qui les ont accompagnées
15:49qu'est-ce qui peut
15:50encore apaiser
15:51le pays
15:51le pouvoir d'achat
15:52la vie chère
15:53l'avenir des jeunes
15:54on ne sait pas
15:54les revendications
15:55sont nombreuses
15:56la colère est là
15:56forte puissante
15:57et elle ne retombe pas
15:58on va continuer
15:59d'en discuter
16:00avec Michel Maffezoli
16:01sociologue
16:02mais vous dites nous aussi
16:03est-ce que vous la comprenez
16:04cette colère
16:04est-ce que vous la ressentez
16:06appelez-nous
16:07et dites-nous
16:07comment vous vous sentez
16:080826-300-300-300 ?
16:11Sud Radio
16:15Midi 14h
16:17Sud Radio
16:17La France dans tous ses états
16:19le fait du jour
16:21Vous êtes bien sur Sud Radio
16:22il est 12h34
16:23nous sommes avec
16:24Michel Maffezoli
16:25en direct
16:25évidemment
16:26nous nous traitons
16:27de cette actualité
16:29j'allais dire
16:30à la fois inquiétante
16:32et prenante
16:33puisqu'il y a encore
16:33un épisode
16:34le samedi 24 octobre
16:36des manifestations
16:36On voit bien que les pouvoirs publics essaient de prendre des dispositions, interdictions de toute manifestation à Lyon.
16:42Et à Paris, la préfecture a décidé d'imposer un parcours très précis de Bastille, de nation à Bastille.
16:49Anissa, cette colère ne date pas d'hier.
16:52Ça fait un paquet d'années qu'elle gronde en effet.
16:54Et on peut même en suivre la trace dans les enquêtes d'opinion.
16:57Et vous allez voir que nos responsables politiques n'y sont pas vraiment étrangers.
17:00On va déjà remonter à la première grosse colère, celle de décembre 2018, au moment des Gilets jaunes.
17:07Dans le baromètre du Sévi-Pof, 85% des personnes interrogées estiment déjà que les responsables politiques se préoccupent peu
17:14ou pas du tout de leurs avis.
17:16Près de 9 sur 10, quelques mois plus tard, une analyse des labs montre que parmi les personnes qui se
17:21déclarent Gilets jaunes encore,
17:2380% ne font pas confiance au président de la République et 75% ne font pas confiance du tout
17:28au parti politique.
17:30Et depuis Perico, ce sentiment de ne pas être entendu reste massif à la même question du Sévi-Pof.
17:35Les réponses négatives atteignent 83% en janvier 2025 puis 87% en janvier 2026.
17:44Donc plus récemment.
17:45Alors évidemment, je ne vais pas vous faire toutes les enquêtes de manière exhaustive.
17:49Sinon, on y est encore demain.
17:51On va s'intéresser en tout cas aux résultats les plus récents.
17:54Et on voit qu'il y a encore une enquête Elab qui a été publiée le 16 octobre.
17:58Donc il y a quelques jours seulement, qui apporte un élément très actuel.
18:02La colère porte sur le pouvoir d'achat.
18:0465% des Français pensent qu'il faut manifester maintenant aussi, plutôt que d'attendre la prochaine présidentielle.
18:10En fait, ce que dessinent ces enquêtes, c'est une défiance politique qui dure.
18:14Le sentiment que la voix du citoyen ne compte pas.
18:18Et l'urgence d'obtenir des réponses, des réponses qu'ils n'obtiennent toujours pas.
18:22Cette impression persistante de ne pas être entendue constitue donc une véritable piste aujourd'hui.
18:27Pour comprendre pourquoi la colère est toujours là, et toujours là, parce qu'en fait elle remonte à il y
18:31a bien longtemps.
18:32Oui, et on comprend qu'elle n'est pas prête de retomber si, j'allais dire, des dispositions courageuses et
18:37un peu audacieuses ne sont pas prises.
18:39Nous avons Pierre qui nous appelle de Toulouse.
18:42Bonjour Pierre. Vous aussi, vous considérez que la colère va avoir du mal à retomber ?
18:46Bah oui, parce que comme vous l'avez très bien expliqué, le pouvoir d'achat, c'est l'essentiel.
18:50Et depuis à peu près 40 ans, on le sait, nous avons des gens qui nous gouvernent et qui n
18:55'ont jamais su ce que c'était que de produire.
18:57C'est-à-dire que vous avez des gens qui sont des administratifs, des gens qui n'ont pas cette
19:03notion-là de produire du nouveau.
19:06Et donc forcément, eux ont l'habitude de dépenser.
19:10Donc jusqu'à maintenant, on a eu la chance d'avoir des banques qui ont suivi systématiquement chaque fois que
19:16l'État ait besoin de l'argent.
19:17On disait, ben voilà, peut-être pour régler ce problème, on va balancer du fric, de l'argent pour ces
19:22gens mécontents.
19:23Donc ça a fonctionné, ça a fonctionné pendant des années.
19:27Jusqu'à, d'ailleurs je le précise, 2004, on a commencé par créer les intercommunalités,
19:32puisque déjà au départ, les communes étaient endettées pour agrandir le pouvoir de dépenser.
19:40Parce qu'en fait, je ne vais pas expliquer ici comment fonctionnent les crédits auprès des collectivités locales,
19:46mais elles sont essentiellement liées au nombre d'habitants.
19:50Donc on a créé des intercommunalités pour permettre aux banques de financer.
19:54Ensuite, on a supprimé les 22 régions, on est passé à 13 régions,
19:57parce qu'il y avait des régions qui étaient totalement endettées et qui ne pouvaient plus subvenir toutes seules.
20:01Donc évidemment, ça a permis encore de maintenir la dépense.
20:08Et ensuite, lorsque tout ça a été mis en place, et lorsque tout ça a été atteint un niveau tel,
20:13on a commencé par augmenter l'essence, augmenter l'EDF, augmenter donc bien sûr tout ce qui est obligatoire,
20:21comme je le dis, le gaz, l'EDF et l'essence.
20:26Et aujourd'hui, on se retrouve devant une impasse, puisque forcément, on n'a plus les moyens de continuer à
20:32trouver des solutions
20:33pour combler ces manques d'argent qu'il y a.
20:36Donc évidemment, nous sommes dans une période de faillite, et ça, c'est facile à comprendre.
20:41La seule chose, c'est que, bien entendu, les marchés le voient.
20:44Et donc, évidemment, les gens sont dans la rue parce qu'ils ne comprennent pas.
20:48Parce que tout ça, bien sûr, ça s'explique.
20:50Mais comme les gens n'ont aucune notion économique en France, très très peu ont des notions économiques,
20:54et certainement pas ceux qui nous gouvernent, évidemment, eux ont laissé filer tout ce qui s'est passé,
20:59parce qu'ils ont écouté les hauts fonctionnaires de Bercy qui leur ont expliqué comment il fallait que ça fonctionne.
21:04Mais aujourd'hui, ces hauts fonctionnaires de Bercy n'ont plus de solution.
21:07Il faut savoir qu'il y a une vingtaine d'années, j'avais rencontré un haut fonctionnaire de Bercy
21:11qui m'avait dit simplement les choses.
21:13Vous savez, en France, les hommes politiques ont 5% du budget national annuel pour pouvoir créer leur projet.
21:225%, ça c'était il y a 20 ans.
21:24Aujourd'hui, ils ont zéro.
21:25C'est-à-dire que l'homme politique qui arrive, lui, il n'a pas de marge de manœuvre pour
21:28pouvoir proposer quelque chose.
21:29Donc on est dans une faillite.
21:30Merci Pierre pour cette explication très précise, très claire.
21:35Vous feriez un excellent chroniqueur radio parce que vous avez une façon de synthétiser les enjeux avec beaucoup de sa
21:41compte.
21:41Merci, merci Pierre.
21:42Michel Maffezoli, vous avez entendu ce témoignage.
21:45Est-ce qu'on peut vous poser la question, voire la chose suivante ?
21:48Est-ce qu'une fracture sociale peut être dissociée d'une fracture démocratique ?
21:53C'est-à-dire des citoyens et des citoyennes qui ne se sentent plus représentés ou en démocratie ?
21:58Ou est-ce que la fracture sociale elle-même peut participer à cette confusion en disant
22:03puisque aujourd'hui on n'a pas assez de quoi vivre, on ne se reconnaît plus dans les institutions de
22:06ce pays ?
22:07Et que finalement c'est ça.
22:08Plus que la fracture démocratique, la fracture sociale engendre plus de colère et peut-être plus de violence.
22:16L'entendre de votre auditeur me convient tout à fait.
22:18Enfin, pour partie, disons que je pense que la classe, pardon, et les fonctionnaires, les hauts fonctionnaires,
22:25cette verticalité de l'énergie est de plus en plus dépassée.
22:30Voilà, donc du coup, je reviens sur mon idée, ma seule idée obsédante,
22:36la représentation n'existe plus, on ne se sent plus représenté.
22:39Et donc à partir de là, si vous voulez, n'importe quel prétexte est bon.
22:44Pour tout vous avouer, moi je ne suis pas sûr, soit le pouvoir d'achat,
22:47tout le monde parle du pouvoir d'achat qui soit important.
22:50Mais par contre, on prend ce prétexte-là pour manifester le fait qu'on ne se reconnaît plus dans les
22:55syndicats,
22:57dans les partis politiques et bien sûr dans la hiérarchie des hauts fonctionnaires en France.
23:02Le jacobinisme français est une vieille histoire, si vous voulez.
23:05Et donc on est dans ce moment, si vous voulez, d'un décalage si important, je maintiens,
23:13que tout sera bon pour qu'il y ait de la révolte, de l'insurrection, etc.
23:17Avec des formes paroxystiques, ce qu'on a vu le 17 décembre.
23:21Et ce qui risque de représenter encore dans les jours à venir.
23:25Mais les formes paroxystiques ne sont que dans le sens simple du terme, que la caricature.
23:31C'est-à-dire qu'on charge le trait de quelque chose qui est là.
23:35Et je maintiens, le vrai problème, c'est l'absence de représentation.
23:39Et quand dans une société, le peuple, on a peur du mot peuple.
23:45Non, il faut être clair, le peuple est le fondement même de toute vie en société.
23:49Quand le peuple n'est plus ou ne se sent plus représenté par la classe politique ou même syndicale, soyons
23:56clairs.
23:57Ben voilà, il y a des insurrections.
24:00Excusez-moi, chers amis, mais je pense que ce genre de révolte va se développer tant qu'une nouvelle élite
24:09puisse remplacer celle qui est là actuellement et qui est défaillante.
24:13Justement, Michel Pézoli, vous êtes dans les Cévennes, vous êtes en ruralité.
24:18Est-ce que le fait que le Président de la République ait longtemps ignoré les corps intermédiaires,
24:24je pense que l'échelon municipal est un corps intermédiaire.
24:27Est-ce qu'on pourrait trouver une solution dans une très forte décentralisation
24:32qui fait que si on donnait des pouvoirs aux régions, si les municipalités, si les maires avaient un peu plus
24:37de pouvoir,
24:38un peu plus de possibilité d'agir sur le quotidien,
24:41les citoyens, par cette proximité institutionnelle, se sentiraient mieux représentés que par des représentants qui vont à Paris,
24:48les sénateurs, les députés et ensuite les ministres ?
24:51Est-ce qu'il n'y a pas une rupture de distance ?
24:53Est-ce qu'un pouvoir local renforcé par la régionalisation ou par la décentralisation
24:57permettrait de soigner cet écart démocratique et de donner conscience aux citoyens et aux citoyens
25:02qu'ils ont près d'eux des gens qu'ils peuvent interpeller et avec lesquels ils peuvent parler ?
25:06Bien sûr, tout à fait un accord avec vous, si vous voulez.
25:10Étymologiquement, politique, police, c'est la ville, tout simplement.
25:13Et donc, de plus en plus, cette politique s'est déconnectée de la base.
25:18Et ce qui peut être, à mon avis, ce qui va se développer, on peut l'espérer,
25:22qu'il y ait repos, on n'a pas ce concept en français,
25:25mais il y a un concept de l'école de Palo Alto en Californie,
25:27proxémie, ce qui est proche.
25:29Moi, j'ai souvent analysé cette idée, le lieu fait lien.
25:33Et le lien social repose sur l'espace, sur le lieu que je partage avec d'autres.
25:38Moi, dans mon village, quand on dit en patois le pays, le pays,
25:41c'est le canton, les 4 ou 5 villages autour, etc.
25:44Donc, ce qui peut être, par opposition à la décentralisation,
25:49par opposition au fait qu'il y a actuellement en France une verticalité,
25:53un président totalement déconnecté, des députés qui sont déconnectés,
25:57il faut revenir en étymologie.
25:59Excusez-moi.
26:00C'est la commune, c'est la ville, c'est la région.
26:06Encore une fois, ce que je partage avec d'autres,
26:09retenez cette idée, proxémie, pour moi, c'est la piste actuellement.
26:12Proxémie, si je comprends bien, pour vous, Michel Maffesoli,
26:15c'est une des définitions de la démocratie
26:17et du sentiment pour le peuple d'être écouté, représenté.
26:21Merci, Marie-Michelle Maffesoli, d'avoir été avec nous à l'antenne
26:23pour votre témoignage et toujours vos analyses qui sont toujours pleines de sagesse.
26:29A très bientôt sur Sud Radio.
26:30On continue, évidemment, à parler de la colère des Français.
26:34Il faut savoir qu'Emmanuel Macron s'est exprimé.
26:36Il annonce que seules les manifestations organisées à la demande des syndicats
26:40seront autorisées ce samedi.
26:41Ce qui veut dire que toutes les autres seront interdites.
26:44Et dans quelques instants, André Bercoff revient également sur Emmanuel Macron
26:49qui s'est exprimé sur les manipulations étrangères des événements en France.
26:53C'est à suivre sur Sud Radio.
26:54Sud Radio.

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