- il y a 16 heures
Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 18h45 avec Alain Marschall. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.
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00:00C'est donc une nouvelle journée de manifestation et rassemblement qui s'annonce samedi prochain, 24 octobre.
00:05Le thème, on les connaît, c'est « Contre la vie chère, pour des meilleures conditions de travail des lycéens
00:09et des étudiants, une baisse des taxes sur les carburants ».
00:12La CGT en sera. Sophie Binet, numéro 1 de la centrale syndicale, c'était tout à l'heure au sortir
00:17de sa réunion à l'hôtel de Matignon avec le Premier ministre.
00:21Il n'y a pas de démocratie sans liberté de manifester. C'est ça qui fait la différence entre une
00:26démocratie et une dictature.
00:27Et donc c'est pour ça que nous serons présents samedi. Nous serons là avec nos gilets rouges pour que
00:33toutes celles et ceux qui souhaitent manifester puissent le faire en sécurité.
00:37Donc c'est de nouveaux appels à manifester, à être dans la rue samedi avec les risques inhérents.
00:43On va en parler avec vous, Jimmy Machella, pardon, excusez-moi, boulangère, fondatrice d'Urban Bakery, parce que vous avez
00:51fait partie de ceux qui ont eu les casseurs face à vous.
00:54Avec combien de magasins qui ont été impactés ou cassés ?
00:58Aujourd'hui, un seul magasin, fort heureusement, mais c'était notre dernier magasin.
01:03Donc nous avons ouvert le 2 octobre dernier, après 5 ans de dur labeur, entre les autorisations administratives, les demandes
01:11de financement,
01:12parce qu'en fait c'est vraiment une boutique qu'on a autofinancé.
01:15Donc ça veut dire que vous avez des dettes sur le dos.
01:17Et là, on voit les dégâts sur votre boulangerie avec des Hades anarchiques qui ont été tagués, le magasin vandalisé,
01:25saccagé.
01:26Vous avez le montant du préjudice ou pas aujourd'hui ?
01:28Aujourd'hui, pas encore.
01:30Pas encore, le dossier est entre les mains de nos experts.
01:35Nous avons la chance d'avoir une compagnie d'assurance qui a été très réactive,
01:40qui est déjà passée hier.
01:43Aujourd'hui, on attend le chiffrage.
01:46Simplement, l'activité est totalement à l'arrêt.
01:48Mais par contre, vos prêts et tout le reste, ça court.
01:51Il faut payer.
01:52Exactement, tout à fait.
01:53Il faut continuer à supporter les salaires.
01:54Vous avez des salariés ?
01:55Oui, nous avons 7 salariés sur cet établissement.
02:00Aujourd'hui, sur la première semaine en tout cas, nous avions pris la décision de les mettre en congé,
02:07à nos frais, tout simplement pour leur permettre de digérer.
02:12Je ne sais même pas si on peut digérer un traumatisme,
02:15mais en tout cas, leur permettre de récupérer des événements qu'ils ont subis de tout le stress.
02:22Et comment ça s'est passé, en fait ?
02:23Vous étiez là.
02:25Comment est-ce que ça s'est déroulé ?
02:28Combien de casseurs sont rentrés en marge des manifestations, j'imagine ?
02:32Tout à fait.
02:32C'est vraiment un saccage qui a eu lieu en marge des manifestations.
02:37Ce ne sont pas des manifestants.
02:38Je tiens à le préciser, ce ne sont pas des étudiants qui sont venus revendiquer leurs droits de la manière
02:45la plus pacifique possible.
02:46Il y avait la manifestation pacifique d'un côté.
02:48Exactement.
02:48Et puis là, ce sont vraiment des casseurs qui sont venus se servir.
02:51Exactement.
02:52Et tout casser gratuitement.
02:53Exactement.
02:53Ce sont des casseurs professionnels qui étaient organisés, qui sont venus dans un but de détruire, de semer la terreur.
03:00Qu'est-ce qu'ils venaient faire alors ?
03:01Je ne sais pas.
03:02En fait, c'est la question qu'on se pose.
03:05Nous, en tant que commerçant, on a ouvert notre commerce comme tous les jours.
03:09De la semaine, on a été prévenu qu'il y avait une manifestation.
03:12Il y a toujours des manifestations.
03:13Franchement, dans un magasin de sport ou dans une bijouterie, on peut comprendre, ils viennent piller, voler des affaires.
03:20Après, peut-être ils revendront ou qu'ils gardront pour eux.
03:22Mais dans une boulangerie ?
03:23Je ne sais pas.
03:24Pas l'heure du goûter, enfin, excusez-moi pour la mauvaise expression.
03:27Peut-être si, c'était l'heure du goûter pour eux.
03:29Ils se sont servis, ils ont pris des boissons, ils ont pris du café, ils ont pris des cookies, un
03:32peu de pain, de la farine, de la fin, de la levure.
03:35Et en même temps, ils ont tout cassé.
03:36Oui, et puis quelques mobiliers de terrasse, un gris pain.
03:44Mais c'est surtout qu'ils ont terrorisé nos églises.
03:45Est-ce que vous avez essayé de parler, de les raisonner, de leur dire arrêter ?
03:48Mais c'était impossible.
03:50C'était une meute ?
03:51Mais c'était vraiment une meute.
03:52Ils se sont pris d'abord à la façade de la boulangerie.
03:55Bon, là, je n'ai pas les images.
03:57Mais la façade de la boulangerie a été démontée, mais de manière militaire et organisée.
04:04Et en fait, avec les pierres, les pierres ont servi de projectiles contre les forces de l'ordre.
04:09Comment est-ce qu'on arrive à expliquer ça ?
04:11Quel être humain, normalement constitué, vient pour semer la terreur ?
04:17Est-ce que vous avez entendu cette fameuse phrase ?
04:19Écoute, tais-toi, c'est pas grave, t'as les assurances ou tu seras remboursé.
04:23On vous l'a dit, ça ?
04:23On ne me l'a pas dit, personnellement, ce jour-là.
04:26Mais vous l'avez entendu ?
04:27Je l'ai entendu le soir, quand je suis venue constater les dégâts,
04:33sur le chemin qui me sépare de mon logement parisien jusqu'à ma boulangerie,
04:38je voyais les jeunes.
04:41On voyait des jeunes, mais c'est de nos quartiers.
04:43Ce ne sont pas des habitants du quartier de la place de la République.
04:47Ce sont des jeunes qui sont venus d'ailleurs, qui étaient...
04:49Ça veut dire quoi, qui venaient d'ailleurs ?
04:51Qui venaient des banlieues.
04:54Aujourd'hui, on va nous reprocher de parler de la banlieue en disant que si on en parle,
04:59si on dit que ces jeunes viennent de banlieues, qu'on stigmatise les banlieues.
05:01Moi, je ne suis pas d'accord.
05:02Moi, je viens de la banlieue.
05:03J'ai grandi là-bas.
05:04OK ?
05:05Je sais, la misère, je la connais.
05:08Je la côtoie encore aujourd'hui parce que mes enfants font du sport dans les quartiers
05:12nord de Marseille.
05:13Je n'ai vraiment aucun sujet.
05:15Mais qu'en revanche, moi, ce que je n'admets pas, c'est qu'on laisse éclater la violence,
05:22qu'on excuse la violence par une misère sociale.
05:25La misère sociale n'explique pas tout.
05:26Toutes les banlieues ne sont pas violentes et tous les gens pauvres ne sont pas violents non plus.
05:30Non.
05:31Ce que vous voulez dire, c'est qu'il faut nommer les choses quand elles se passent.
05:34C'est ça, sans avoir peur.
05:35Exactement.
05:35Et ne pas dire qu'on stigmatise ou quoi que soit.
05:37Il y avait des casseurs, il y avait de tel endroit, point barre.
05:38Tout à fait.
05:39Et point barre.
05:40Et c'est la vérité.
05:41Ça, vous n'en savez rien.
05:42Enfin, je veux dire, l'origine de...
05:43Vous ne savez pas où ils habitaient.
05:45Je veux dire, moi, je vous entends bien.
05:46Vous avez eu l'impression que c'était une zone de banlieue.
05:47Mais que je sache, ils ne vous ont pas laissé leur adresse, à mon avis,
05:50ni leur dernier relevé de quittance de loyer.
05:52Non, mais effectivement, non, mais effectivement, mais...
05:55Donc, faire attention.
05:56Non, mais...
05:56Enfin, aujourd'hui, on fait tout dans le politiquement correct.
05:59C'est pas du politiquement correct, c'est qu'il faut être factuel.
06:01En tout cas, moi, c'est mon constat, OK ?
06:04On peut ne pas avoir le même constat, et je le conçois.
06:07Et je respecte votre opinion.
06:09Mais moi, je veux simplement dire ce que moi, j'ai vu, ce que j'ai entendu.
06:14Et c'est une histoire qui m'appartient à moi, OK ?
06:17Tout comme elle appartient à toutes les personnes qui ont été touchées par ce qui s'est passé.
06:22Attendez, que je comprenne bien.
06:24Ce que vous voulez dire, c'est qu'il y a des espèces de codes,
06:27ou de manières d'être, de dire, de parler, qui vous font penser à...
06:31Oui, exactement.
06:32Ça, c'est une réalité, ça, aussi.
06:35Je ne sais pas.
06:35En l'occurrence, dans la rue, vous savez repérer quelqu'un qui habite dans le 19e arrondissement de Paris,
06:39ou quelqu'un qui habite à Bobigny, quelqu'un qui habite à Pantin, à Bagneux...
06:42Par rapport aux habillements, ou aux...
06:44Non, c'est pas sérieux.
06:46Le jeune de banlieue, vous savez le repérer comme ça ?
06:47Par rapport aux habillements, ou à la manière, parfois, de parler,
06:51vous n'êtes pas la même chose entre des jeunes du 16e, des jeunes de Bobigny, ou quoi que ce
06:54soit.
06:55C'est une réalité.
06:55Le 16e, c'est une chose, mais je ne sais pas si vous connaissez bien,
06:57et Paris, et la diversité de Paris, le 19e, le 20e...
07:00C'est madame qui nous le dit aussi.
07:01Non, mais moi, peu importe cette question.
07:03Ah, mais non !
07:04Non, mais si, si, on va y aller.
07:05Pourquoi peu importe ?
07:05On va y aller.
07:06Vous avez l'air de balayer.
07:07Mais pas du tout.
07:08Ce que je veux dire, c'est qu'il y a la question que pose, comment dire,
07:11cette dame qui a été victime d'actes épouvantables.
07:13C'est quand même ça, le sujet qui est ici.
07:15Et ça, je pense qu'on est tous en train de se dire
07:17comment est-ce qu'il faut que ce genre de choses-là n'arrivent pas.
07:19Et il y a une deuxième chose qui est le discours que vous ne portez pas,
07:22mais qui a été porté, par exemple, par l'extrême droite,
07:24par les tas de gens qui arrivent.
07:25Il n'y a pas de procès.
07:26On ne sait rien de qui sont ces gens-là.
07:27Et aussitôt, les gens arrivent, avec des certitudes,
07:29ce sont des votes de banlieue, des immigrés, des ci, des ça.
07:31Ce n'est pas ce que madame a dit.
07:32Ce n'est pas vous qui avez dit ça.
07:34Ce n'est pas vous.
07:34Ce n'est pas ce que vous avez dit.
07:35Et puis moi, je suis issue de l'immigration.
07:38Non, mais ce n'est pas ce que vous avez dit, vous.
07:39Mais simplement, comme c'est un discours qui est porté beaucoup en ce moment,
07:43les gens pourraient l'interpréter de cette manière-là.
07:45On veut juste dire à ce stade.
07:46En fait, ce qui vous fait peur, c'est ce que dit madame,
07:48que ce soit récupéré derrière politiquement.
07:50Oui, mais si c'est la réalité.
07:51Non, non, la réalité, on ne sait pas.
07:51Personne ne sait aujourd'hui.
07:53Ce qu'on ne sait pas, c'est qu'aujourd'hui, on doit savoir...
08:01Je ne suis qu'une simple citoyenne, chef d'entreprise, maman de trois enfants.
08:06Je ne suis pas politique et je n'ai pas d'objectif politique dans mon discours.
08:12Moi, ce que je veux, c'est pouvoir exercer ma profession dans les bonnes conditions.
08:17Je veux pouvoir élever mes enfants dans une société qui est civilisée,
08:22dans une société où mes enfants vont se sentir en sécurité.
08:26Ce sont mes révendications à moi.
08:29Mais pour qu'on arrive à soigner une société,
08:32il faut commencer par nommer les difficultés de cette société-là.
08:37Je ne suis plus si jeune que ça, mais quand même, moi, j'habite Bagneux,
08:40donc je suis une sorte de jeune de banlieue.
08:41Vous m'aurez reconnu dans la rue, il est évident que vous m'auriez dit
08:44« lui, c'est un jeune de banlieue ».
08:45C'est moi, en l'occurrence.
08:46Moi, je suis effectivement quelqu'un qui habite à Bagneux,
08:48qui est à la banlieue parisienne.
08:49Donc, vous voyez ce que je veux dire.
08:50Donc, ce que je veux dire, c'est que...
08:51Et donc, qu'est-ce que ça a à voir avec ceux qui ont saccagé le magasin de madame ?
08:54Repérer à l'œil qui sont les jeunes de banlieue, ça n'existe pas.
08:57Je pense que je le dis.
08:58Donc, il faut faire attention au discours de stigmatisation sans qu'on sache.
09:02À ce stade-là, il faut que la justice se fasse
09:04et méfions-nous des a priori et des discours trop rapides.
09:06– Attendez, vous stigmatisez ?
09:07– Absolument pas.
09:08– Non, mais vous dites que c'est des jeunes de banlieue.
09:09On ne sait pas qui sont ces gens du tout.
09:11– Admettons.
09:12On a un discours qui stigmatise.
09:14Mais qui va penser, moi, les stigmates qui sont laissés à mes équipes ?
09:19– Bien sûr, je suis d'accord avec vous.
09:20C'est deux sujets différents, absolument.
09:22– La peur qu'on leur laisse.
09:23– Absolument.
09:23Il est grand temps aujourd'hui qu'on change,
09:25qu'on arrête cette politique qui amène à des destructions
09:27qui sont insupportables.
09:28Ça, c'est évident.
09:29C'est absolument évident.
09:30– Mais alors, justement, Dominique Crisier,
09:31il y a quand même des faits sur lesquels s'appuient
09:34ou des données, ce sont celles du renseignement.
09:36– Il a été brillant.
09:38– Il a été brillant.
09:39– Même s'il a failli dans le maintien de l'ordre.
09:40En revanche, ils estiment qu'il y a une espèce de convergence de lutte
09:43ou une connexion des luttes
09:46entre l'ultra-gauche ou l'extrême-gauche
09:48et une partie de jeunes qui viennent de Morleux,
09:51c'est ce qu'ils ont dit, et qui sont là juste pour piller.
09:53Ça, ce sont des données policières.
09:55– Oui, ce sont des données policières.
09:56C'est surtout une observation qu'on a faite samedi.
09:59Je ne suis pas sûr que les policiers étaient sur ce coup-là
10:02très bon en amont.
10:03Ils ont peut-être autre chose à faire et du boulot à côté.
10:05Je ne veux pas les accabler.
10:06Mais c'est vrai qu'on a vu quand même quelque chose samedi
10:09pour avoir vécu à cette place, à la place de madame,
10:12de 11h du matin jusqu'à 1h du matin,
10:14tous les événements et tout ce qui s'est passé.
10:17Le premier signe qui était étonnant,
10:19c'est qu'avant même l'arrivée des manifestants légaux,
10:23enfin des manifestants qui venaient à la place de la République
10:25à 14h, il y avait des équipes qui venaient affronter
10:28les forces de l'ordre qui étaient là
10:30et qui ont semé du désordre,
10:32puisque les affrontements étaient tellement violents,
10:34mais immédiatement, c'est monté tout de suite
10:35dès 11h du matin, des poubelles en feu,
10:38des caillassages des forces de l'ordre,
10:41à tel point que les manifestants ne savaient même pas
10:44comment ils allaient réussir.
10:45Ils n'ont pas pu, pour certains d'entre eux,
10:46se rendre place de la République
10:47parce que la police avait bloqué des rues
10:50parce qu'elle était attaquée par des personnes
10:53qui étaient déjà là en amont de la manifestation.
10:55Et ça s'est passé dans d'autres villes de France.
10:58À Marseille, ça a démarré très tôt.
11:00Et ici, on se disait vers 11h midi,
11:02c'est étonnant parce qu'on a l'impression
11:03qu'il y a le même mode opératoire,
11:04comme si dans au moins deux ou trois grandes villes,
11:07des personnes s'étaient concertées pour dire
11:10on va y aller dès le début.
11:11Vous savez, les Black Blocs, en général,
11:13les manifs se déroulent
11:14et puis à un moment, on les voit arriver
11:16à l'avant de la manifestation
11:18et puis il y a des affrontements.
11:19Là, ça a été une méthodologie totalement différente.
11:22Avant même que la manifestation existe,
11:25ils étaient là à affronter les forces de l'ordre.
11:27Et puis ensuite...
11:28Ce qui a créé des brèches pour les casseurs,
11:29enfin pour les pilleurs, quoi, c'est ça ?
11:31Bien sûr.
11:31Et puis ce qui a pourri la manifestation,
11:33parce qu'en fait, on a montré plus d'images,
11:34mais c'était normal,
11:35on fait notre boulot de journaliste,
11:37on a montré plus d'images de casse
11:39que d'images de la manifestation
11:41qui se déroulait d'un autre côté,
11:42bon enfant,
11:43et qui est arrivé à son terme.
11:45Mais dans toutes les villes,
11:46ça a été ça.
11:47Et ensuite, c'est monté, crescendo,
11:48et c'est vers 16h30.
11:49Bon, Marseille,
11:50il y a eu le saccage de la mairie.
11:52Je crois que c'est vers...
11:53On doit être aux alentours de 13h, à peu près.
11:56Et c'est là que le ministre de l'Intérieur dit
11:58non, il n'y avait pas une seule compagnie de CRS,
12:00comme le dit Benoît Payan.
12:01J'en ai envoyé deux autres,
12:02donc il y en avait trois plus deux centaures.
12:05Des centaures sont les engins blindés.
12:07Ils sont déployés samedi.
12:08Donc, et c'est vers 16h30
12:09que les premiers pillages de magasins ont eu lieu.
12:14Et c'est vrai qu'il y avait des images qui étaient fortes
12:16parce qu'en fait, il y a une préparation,
12:18il y a une réflexion.
12:20Vous savez, les grilles des arbres à Paris, à Marseille,
12:24les grilles des arbres, ils les prennent.
12:26Et bon, vous voyez le poids que ça fait.
12:27Déjà, il faut être un peu costaud pour faire ça.
12:28Et quand vous balancez ça comme un bélier dans une vitrine,
12:32les vitrines descendent tout de suite.
12:33Donc, ça va très très vite.
12:34– Mais justement, Gaëtan de Sainte-Marie
12:37vise prise dans la CPME,
12:39c'est-à-dire les petites et moyennes entreprises.
12:40Il y a une autre manifestation qui est prévue samedi.
12:42Il y en aura une autre le 31.
12:44Il y a un appel à la grève générale pour le 5.
12:45On va venir sur le contexte social
12:46qui est assez soutenu d'ailleurs par notre sondage.
12:49C'est ce que ça va dire.
12:50J'imagine l'angoisse pour les commerçants,
12:53pour l'activité économique en fait.
12:55– L'angoisse, c'est le suicide collectif si on continue comme ça.
12:59Moi, je suis d'accord avec ce que vous avez dit.
13:02C'est-à-dire que, bien entendu,
13:04il faut faire la différence entre les gens qui viennent manifester,
13:06qui ont le droit de manifester
13:07et qui finalement ont peur dans l'avenir.
13:10Et on peut les comprendre parce que nous,
13:11en tant que patrons de petites et moyennes entreprises,
13:14l'avenir, quand on se pose la question,
13:16il est loin d'être rose.
13:17Donc, on comprend cette peur et on respecte tout à fait ça.
13:20Mais quand je vous entends, monsieur,
13:21en fait, ça correspond beaucoup à ce que j'ai entendu
13:23moi depuis ce week-end.
13:25de plein de commerçants, hôteliers, buralistes, etc.
13:28C'est qu'en fait, il y a eu des vagues différentes
13:30de gens qui se sont présentés
13:32et qui ont littéralement pillé.
13:35Parce que ce que vous n'avez peut-être pas dit,
13:37mais que j'ai entendu chez d'autres commerçants,
13:38c'est qu'il y a des magasins dans lesquels il y a eu des vols,
13:42mais également, il y a eu du pillage,
13:43mais sans aucun intérêt.
13:45C'est-à-dire, un buraliste, par exemple,
13:47qui me disait, il avait une tireuse à bière
13:50et la tireuse à bière a été détruite.
13:51Aucun intérêt.
13:53– Ça, c'est du saccage.
13:53– C'est du saccage.
13:54Et donc, je pense que ces casseurs et ces pilleurs,
13:57qu'il ne faut pas confondre avec les manifestants
13:59qui ont le droit de manifester,
14:00ces casseurs et ces pilleurs,
14:01je pense que c'est des ennemis de la République
14:02et qu'il faut qu'on les traite comme tels.
14:04Parce que nous, chefs d'entreprise,
14:06patrons de petites et moyennes entreprises,
14:08si on veut pouvoir travailler,
14:11on a d'abord besoin de quelque chose d'essentiel,
14:13c'est la sécurité.
14:13– C'est de l'activité économique,
14:14ça provoque du chômage,
14:16des licenciements, des fermetures.
14:18– Des fermetures.
14:19Aujourd'hui, les commerçants qui sont fermés,
14:22ils ne travaillent pas,
14:22donc ils ne font pas de chiffre d'affaires.
14:24Les assurances, certes,
14:25vont peut-être rembourser un certain nombre de choses.
14:26– Donc, ça veut dire que samedi,
14:27ça va encore fermer ?
14:28Fermer préventivement,
14:29ou se protéger, ou se barricader ?
14:30– Mais juste pour terminer sur les…
14:31– Donc, c'est du manque à gagner aussi, ça ?
14:33– C'est du manque à gagner,
14:34mais on voit aussi des investisseurs.
14:35J'avais, juste avant de venir sur le plateau,
14:37j'avais quelqu'un au téléphone qui me disait
14:38qu'il y avait deux investisseurs
14:40qui devaient signer des investissements,
14:41des investisseurs étrangers
14:42qui devaient signer des investissements en France.
14:44Eh bien, ils ne l'ont pas fait,
14:45parce que ça devait se faire…
14:46– En raison du contexte.
14:46– Ils sont partis.
14:48Les hôteliers voient plein de réservations
14:51qui avaient été faites par des étrangers
14:52et qui sont annulées.
14:53Donc, en fait, on est en train de donner
14:55une image de la France abominable.
14:57C'est un vrai suicide collectif.
14:59Et donc, l'État doit absolument
15:00reprendre le contrôle.
15:01Il y a d'une fermeté,
15:04une énorme fermeté…
15:05– On va reparler justement du dispositif,
15:06parce qu'il y a deux réponses à apporter.
15:08Il y a à la fois la réponse policière,
15:09puis il y a la réponse politique
15:11et la réponse politique et économique.
15:13Mais juste avant de vous donner la parole,
15:14je voudrais qu'on écoute le témoignage
15:16de Cédric Laurent,
15:17qui est avec nous aussi,
15:18gérant du magasin Cycle Laurent.
15:19Vous êtes Boulevard Voltaire à Paris.
15:21Qu'est-ce qui s'est passé dans votre magasin
15:23samedi dernier aussi ?
15:24– Pour reprendre les propos de notre correspondant,
15:28effectivement, une fois que la place de la République
15:31à partir d'11h a été attaquée,
15:33les manifestants qui arrivaient
15:35du Boulevard Voltaire ou de la nation
15:36se retrouvaient acculés devant le magasin.
15:39Familialement, très calmement,
15:40mais sans possibilité de pouvoir s'échapper
15:43par des rues transversales.
15:45Donc, dans un premier temps,
15:46on a enlevé les mobiliers
15:49de présentation de vélo
15:50qui étaient sur les trottoirs
15:51pour ne pas qu'ils se blessent.
15:53Pendant deux heures,
15:54ils ont essayé de fluidifier un peu ça.
15:57– C'est parce que tout le monde était…
15:58– C'était agglutiné les uns contre les autres,
16:01tassé devant le magasin,
16:02comprimé contre la vitrine.
16:05J'avais jamais vu une manifestation telle qu'elle,
16:08ça fait 40 ans que je suis là-bas,
16:10et j'en ai vu des manifestations.
16:11C'est d'ailleurs un gros reproche
16:13que je fais à la place de la République
16:14et à nos élus par rapport à ça.
16:16Mais là, on n'avait pas de dispositif de sécurité,
16:19celui qu'on peut voir habituellement.
16:21Donc, j'ai senti que ce n'était pas l'ambiance
16:24que ça risquait de mal tourner.
16:28Ces familles se sont diluées ensuite
16:31et on a trouvé des gens un peu belliqueux.
16:34Je suis à l'angle de la rue Rampon,
16:36il y a eu un barrage qui s'est fait
16:38et on a eu une compagnie de CRS
16:39et une petite rue qui est juste mitoyenne
16:41où j'ai 25 mètres de vitrine en latéralité.
16:46On a eu une compagnie de 25 CRS.
16:49En face, ils étaient là pour combattre.
16:54C'était la même morphologie,
16:59c'est-à-dire en noir, casqué, casqué.
17:00Oui, voilà, en noir, casqué,
17:02mais sans avoir de notion de pillage
17:06ou de volonté de pillage dans un premier temps,
17:08ni de cassage.
17:09Alors qu'ils arrivaient,
17:10il n'y a personne qui tapait contre mes vitrines ou autre,
17:12ils avançaient, ils reculaient
17:14en fonction des avancées des CRS.
17:18J'ai senti aussi un climat qui est quand même bizarre
17:21parce que j'avais l'impression
17:22qu'ils étaient au Luna Park, ces enfants.
17:23Ah oui, audite, ces enfants ?
17:25Oui, ces enfants, c'était 15, 17 ans.
17:28Ceux qui voulaient s'affronter avec la police ?
17:29Oui, bien sûr.
17:30Et à quel moment ça a dégénéré en saccage, en pillage alors ?
17:33Eh bien, ça s'est agglutiné.
17:35Ce sont les mêmes ?
17:37Ça s'est agglutiné aux mêmes.
17:38C'est-à-dire que de 50 qui venaient au combat,
17:42c'est passé à 150,
17:43puis à 250, puis à 300.
17:46Et je pense qu'on devait avoir, à la fin,
17:48on devait être à 100, 100 mecs contre une campagne de 20 CRS
17:51qui n'avait plus de quoi se défendre.
17:53Et là, ils ont commencé à casser autour d'eux,
17:56d'abord pour avoir des projectiles.
17:58Donc, ils ont cassé la terrasse de mon ami Jacques en face,
18:01qui était un cafetier.
18:02Ils ont cassé mes vitrines pour récupérer le verre,
18:08pour récupérer deux, trois accessoires
18:09que je n'avais pas réussi à sauver,
18:10qu'ils ont envoyés dans les barricades.
18:13Et ensuite, ils se sont servis ?
18:15Ils se sont servis uniquement quand les CRS sont démissionnés,
18:18les pauvres.
18:20Parce que de 20, ils sont passés à 12 pour la retraite,
18:22après ils sont passés à 5,
18:24et après on a été délaissés pendant 4 heures.
18:26Pendant 4 heures, ça a été le pillage, quoi, en fait, c'est ça ?
18:29Ça a été le chaos.
18:30Chaos ?
18:30Avec des menaces de mort, où on nous a dit...
18:33Des menaces de mort contre vous ?
18:34Oui, bien sûr, j'étais en front,
18:35j'ai une grille entre les vitrines et moi-même,
18:39donc j'étais face à eux,
18:40et pas tous, je veux dire,
18:42ils ne sont pas tous dans le même état d'esprit,
18:43mais les plus belliqueux, j'en ai qui m'ont dit
18:45on va prendre les tessons, on va venir t'égorger.
18:48Mais c'était qui ? Quel profil ?
18:52Les mêmes profils que vous pouvez voir à la télé,
18:54je ne vais pas donner des trucs politisés
18:59ou quoi que ce soit,
18:59je ne peux pas vous dire s'ils étaient de banlieue ou pas de banlieue,
19:02qu'ils étaient de profil.
19:03De toute façon, il n'y avait pas que des Noirs ou des Arabes,
19:06il y avait des Blancs, il y avait tout,
19:07mais ils sont cagoulés.
19:08Je veux dire, à un moment,
19:10je ne vais pas faire un stéréotype sur le mec qui m'a dit qu'il allait m'égocier.
19:12Non, mais c'est pour savoir justement qui est venu,
19:15qui a saccagé, quel profil c'était, quel âge...
19:18Le seul profil qui est correct à dire, c'est qu'ils étaient jeunes.
19:21C'est-à-dire que je pense que c'est des gens qui n'ont pas de valeur républicaine.
19:26Jeunes et déterminés, c'est-à-dire que si vous aviez résisté
19:28ou si vous étiez mis au milieu...
19:29Est-ce que c'est des mots ?
19:31Est-ce que c'est des mots ? Est-ce que c'est des intentions ?
19:33Est-ce que ça aurait été des actes factuels ?
19:35Jusqu'à présent, dans tous mes amis,
19:36et je me fais porte-parole d'eux, du boulevard Voltaire,
19:38qui a été saccagé, et malheureusement,
19:41des amis à moi avec bien plus d'ampleur,
19:44il y a eu très peu d'actes physiques,
19:47à part mon ami Jacques, qui défendait ses paquets de tirer.
19:50C'était la même détermination dans votre magasin, c'était pareil ?
19:53Exactement, exactement pareil.
19:54Donc en fait, les gens sont venus, comme je l'ai dit,
19:57semer la terreur.
19:59Ils ne sont pas venus pour nous aider,
20:02ils ne sont pas venus pour manifester, pour revendiquer de droits,
20:05Mais samedi prochain, vous ferez quoi, dans trois jours ?
20:08J'ouvre.
20:08Vous ouvrez ?
20:10J'ouvre le matin, mon équipe, que je remercie,
20:12reste avec nous, j'ouvre parce que c'est un acte civique,
20:16c'est un acte de résistance.
20:17Si je ferme, je donne raison à tous les gens qui veulent me diviser.
20:23Je comprends, vous dites que c'est un acte de résistance,
20:24mais si jamais de nouveau vous vous retrouvez face à du monde
20:27qui essaie de rentrer dans votre désert ?
20:28J'ai toujours maigri, j'espère qu'on sera mieux protégés,
20:32pour l'instant, on n'a aucune nouvelle de ce qui va se passer.
20:34Vous allez revenir sur le nouveau dispositif,
20:35mais qu'est-ce que vous ferez, vous ?
20:36Eh bien, moi, je vais demander à mes salariés de partir,
20:40le plus vite possible, et après, j'ai coulé avec le navire.
20:43Ça veut dire quoi, couler avec le navire ?
20:44Je ne vais pas laisser mon magasin...
20:46Être pillé de nouveau ?
20:47Je ne vais pas être pillé, je ne peux rien faire,
20:49mais le regarder de la télévision, c'est détruire.
20:53Ça veut dire, vous entendez vous défendre éventuellement ?
20:57Si ma vie est en danger, oui.
20:59Et comment vous vous défendrez ? Avec quoi ?
21:01Ce que j'ai sous la main.
21:02C'est-à-dire ?
21:03Je ne sais pas ce que je peux trouver.
21:05Vélo ?
21:05Une arme par défaut.
21:07De toute façon, je ne veux pas aller au contact physique avec eux,
21:10ce n'est pas mon métier.
21:11Vous allez apporter quelque chose ?
21:12Un objet ?
21:13Non, je ne veux pas avoir des intentions bellicueuses au départ.
21:16Je dis simplement que je suis dans mon magasin
21:18pour leur montrer que je suis là,
21:19que finalement, je ne suis pas leur ennemi,
21:21mais que je suis là,
21:22que je suis là pour défendre
21:23trois générations d'une famille de vélos.
21:27Ça fait 80 ans que mon magasin...
21:28Vous ne vous considérez pas comme un nanti, j'imagine, non plus ?
21:30Non, je travaille.
21:31Je travaille 80 heures par semaine.
21:33On n'est pas nanti.
21:34On gagne bien notre vie,
21:35mais on n'est jamais devenu milliardaire.
21:37On va continuer de discuter
21:39à la fois de vos témoignages,
21:40de la réponse à apporter,
21:41parce qu'il y a deux choses
21:42que l'on entend depuis hier.
21:44C'est-à-dire, il y a la réponse sécurité,
21:46avec un dispositif qui sera énorme,
21:48mais il n'y a pas de réponse politique non plus
21:50à cette grille, à cette crise.
21:52C'est peut-être ça aussi
21:53qu'attendent les manifestants
21:54et qui risquent de faire gonfler les cortèges.
21:56Restez avec nous sur BFN TV.