Pourquoi l'anxiété est-elle devenue le trouble le plus répandu au monde ? Comment reprogrammer notre cerveau face au stress permanent ?
Lors de la conférence Futurapolis Santé organisée par Le Point, le neuroscientifique et docteur en neurobiologie Sébastien Bohler (auteur de « Pourquoi avons-nous peur ? » et rédacteur en chef de Cerveau & Psycho) dévoile les secrets de notre réseau cérébral.
De l'amygdale — notre centre d'alarme hérité de 400 millions d'années d'évolution — au « réseau par défaut » qui fabrique nos scénarios angoissants le soir dans notre lit, découvrez comment notre biologie réagit à la surinformation et à l'isolement moderne. Le chercheur partage également des clés scientifiques simples (respiration nasale lente, lien social, activités manuelles) pour désamorcer l'angoisse en quelques minutes.
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De l'amygdale — notre centre d'alarme hérité de 400 millions d'années d'évolution — au « réseau par défaut » qui fabrique nos scénarios angoissants le soir dans notre lit, découvrez comment notre biologie réagit à la surinformation et à l'isolement moderne. Le chercheur partage également des clés scientifiques simples (respiration nasale lente, lien social, activités manuelles) pour désamorcer l'angoisse en quelques minutes.
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00:03Bonjour à tous, vous l'avez entendu, je voudrais vous parler d'une émotion que vous connaissez tous,
00:09la peur et sa cousine, l'anxiété. Et si je veux vous en parler, c'est d'abord parce qu
00:14'elle nous
00:14empoisonne bien souvent la vie, cette émotion, mais aussi parce qu'elle pourrait jouer un rôle
00:22important dans nos vies, dans les années à venir. Déjà aujourd'hui, les troubles psychiques les plus
00:27répandus à la surface de la planète, ce sont les troubles anxieux. Mais s'ajoute à cela le fait
00:32que quand on regarde le monde dans lequel on vit, ce monde fait peur. Les menaces sont à la fois
00:40globales,
00:40multiples, diffuses. C'est le climat, on le sait tous. On est aujourd'hui face à un horizon qui se
00:47rapproche
00:48d'une terre qui pourrait devenir inhabitable. On a vu les coups de semences cet été avec les canicules,
00:53on sait que ça va continuer. Et ça, ça génère quoi ? Ça génère de la peur, de l'anxiété,
00:57de l'éco-anxiété. Une deuxième menace, c'est évidemment ce qu'on croyait radier de la surface
01:02de la terre. Vous savez, quand on parlait de fin de l'histoire, fin des guerres, ben non,
01:06les conflits se rallument partout et les budgets militaires augmentent partout. L'humanité s'arme,
01:11ça veut dire qu'on se prépare à s'entretuer. Je ne veux pas du tout plomber l'ambiance.
01:18Mais je préfère être lucide pour ensuite vous dire, quand même, on a des clés en nous. Déjà pour
01:23ne pas craquer sous la pression et pour savoir comment aussi activer les bons leviers psychiques.
01:29Donc le climat, les guerres, également l'IA, l'IA qui aujourd'hui génère aussi une nouvelle forme
01:34d'anxiété puisqu'elle commence à remplacer différents pans de l'économie, des emplois humains.
01:39Beaucoup de gens sont inquiets de ça et ça a donné lieu à une nouvelle catégorie d'anxiété
01:44qu'on appelle l'IA anxiété. Il y a des premières publications qui arrivent.
01:47Donc on a peur de ça. Ça fait quand même pas mal de menaces qui arrivent.
01:51Et puis évidemment, un certain nombre de personnes sont très inquiets des grandes migrations de masse
01:55qui vont résulter aussi du réjouement climatique. Et puis on peut aussi rajouter la peur des pandémies
01:59qui a été réinaugurée par l'explosion du Covid et puis on imagine que d'autres pourraient arriver.
02:04Tout ça, l'anxiété, c'est aussi parce qu'on imagine que les choses pourraient arriver.
02:08Moi, ce que j'ai envie de dire, Sébastien, comment est-ce que tu peux avoir envie du futur ?
02:13Comment tu peux avoir confiance ? Comment tu peux vivre détendu dans ce climat-là ?
02:17Comment est-ce que je peux dire aussi à mes enfants ?
02:19Continuez à croire dans des causes qui vous amèneront vers un futur souriant.
02:23Et puis, ayez envie peut-être aussi de faire des enfants
02:26parce qu'on voit que c'est en train aussi de se tarir cette envie-là.
02:29Moi, je me dis qu'il faut quand même comprendre comment fonctionne la peur.
02:32Sinon, c'est elle qui va nous guider.
02:35Et donc, allons voir un petit peu dans le cerveau comment ça se passe.
02:37Et pour simplifier aujourd'hui, je vous dirais que la peur,
02:40c'est tout un ensemble de réactions biochimiques dans notre cerveau et dans notre corps,
02:44mais qu'il y a un pivot, un centre très important qui s'appelle l'amidale,
02:49que vous voyez ici, qui a été mise en évidence déjà depuis plusieurs décennies
02:53par un grand neuroscientifique américain qui s'appelle Joseph Ledoux,
02:56qui a montré ce que fait cette amidale.
02:59C'est-à-dire que quand on est confronté à une menace,
03:01elle enclenche toute une série de réactions dans le corps,
03:03le cœur qui balle, la tension artérielle qui monte,
03:06la fréquence respiratoire qui s'amplifie,
03:09des hormones du stress qui circulent de partout.
03:12Et on peut avoir différentes réactions.
03:14Soit je me fiche de terreur, soit je prends la fuite,
03:16soit j'ai envie de me battre, en gros.
03:18Et ça, ce qui est très important,
03:19c'est que quand on regarde cette structure du cerveau,
03:22on s'aperçoit qu'elle existe chez tous les vertébrés.
03:25Les oiseaux, les poissons, les reptiles, les mammifères, partout.
03:28Et quand on retrace son histoire phylogénétique,
03:31dans l'arbre de la vie, on se rend compte qu'elle existait
03:33il y a à peu près 400 millions d'années
03:35chez les premiers poissons, dans les océans du Cambrien.
03:38Ça veut dire que, probablement,
03:40la peur est la plus ancienne des émotions.
03:43Et si elle est la plus ancienne,
03:44c'est parce qu'elle est aussi la plus nécessaire pour survivre,
03:47parce que c'est elle qui va nous faire fuir
03:49ou nous préserver face à des dangers.
03:51Et donc, elle a gardé la mémoire ancestrale
03:53de dangers qui ont menacé nos ancêtres
03:55pendant des millions d'années.
03:57Alors, de quoi est-ce qu'on a peur encore aujourd'hui
03:58de façon automatique ?
04:00Ce sont des prédateurs, évidemment.
04:02Et de façon automatique, de façon inconsciente.
04:05Lionel Lacage, d'ailleurs, qui a donné une présentation ce matin,
04:08a réalisé une magnifique étude
04:09montrant que l'amidale s'active de façon très rapide
04:13et souvent inconsciente face à des stimuli de ce type-là.
04:17Alors ça, c'est la peur des prédateurs, évidemment.
04:20Mais nos ancêtres étaient aussi en danger
04:22quand ils risquaient, par exemple,
04:24de chuter depuis une hauteur, un ravin.
04:26Donc ça, ça a ancré aussi dans les circuits de cet amidale
04:29la peur du vide.
04:30Et la peur du vide, aujourd'hui, elle est assez fascinante
04:33parce que, je ne sais pas si vous avez entendu parler
04:35de ces grimpeurs de l'extrême, on va en voir un.
04:38Sa spécialité, c'est d'escalader des falaises
04:40de plus de 900 mètres de haut, sans cordes.
04:43Et on se demande, mais est-ce qu'il a peur ?
04:48Donc là, c'est le parc de Yosemite, en Californie.
04:53Et les équipes de tournage qui ont filmé ça
04:55fermaient les yeux.
04:58Ils ne pouvaient pas supporter de voir ça.
05:00Et lui, aucun problème.
05:01Alors du coup, les scientifiques ont voulu le mettre
05:04dans une IRM pour voir comment fonctionnait son cerveau.
05:19La amidale, hein ?
05:24Ça, c'est la sienne.
05:48Alors lui, il cherche à comprendre
05:49pourquoi il a peur de rien.
05:51Son amygdale ne réagit à rien
05:53de tous les tests qu'on peut faire en laboratoire.
05:55Alors lui, il a encore une amygdale,
05:56même si elle ne bouge pas beaucoup.
05:57Mais il y a des personnes qui n'ont plus d'amygdale.
05:59Elles sont très rares.
06:00Il y a des patients célèbres qui sont étudiés
06:02par plusieurs groupes de recherche dans le monde.
06:04Notamment une femme qui est célèbre
06:05parce que son amygdale a été détruite
06:07par une maladie très spéciale.
06:09Et cette femme, on peut la couvrir
06:10avec des serpents, des araignées, des mygales.
06:12Elle ne ressent absolument rien.
06:13Elle joue avec.
06:15Et on se dit, mais elle est en danger, cette femme.
06:17Et effectivement, elle a failli mourir plusieurs fois
06:19d'attaques à main armée
06:21dans des quartiers, des coupes-gorges dans la ville
06:23parce qu'elle sortait innocemment
06:26à des heures impossibles
06:27et sans conscience du danger.
06:29Donc ça, ça nous montre d'une part
06:30que la peur, elle vient du fond des âges
06:32et qu'elle a toujours été en fait
06:33au service de notre survie.
06:37Alors évidemment, il y a la peur du vide,
06:39mais il y a aussi la peur du noir.
06:42Et là encore, ça se comprend
06:43à travers l'évolution de notre espèce.
06:46Je veux dire, à une époque,
06:47il n'y avait pas des lampadaires dans les rues
06:48quand on rentrait chez soi.
06:49Quand la nuit tombait, c'était le moment du danger,
06:51le moment où les prédateurs pouvaient surgir
06:53et puis attraper les bébés.
06:54C'est pour ça que les enfants ont très peur du noir.
06:56Dès que le noir arrive,
06:57ils se blottissent contre leurs parents.
06:59Ça a favorisé la survie de l'espèce.
07:01Et aujourd'hui, dans des laboratoires
07:02comme à l'université de Victoria, en Australie,
07:04on fait des expériences amusantes
07:05où on met des gens dans une IRM
07:07et puis on éteint la lumière de la pièce.
07:09Et là, aussitôt, l'amidale s'allume.
07:11Même si c'est des adultes
07:12qui n'ont pas peur du noir,
07:13il y a quand même cette relation de qui-vive,
07:15cette réaction de qui-vive qui s'active.
07:16Et puis, dès qu'on rallume la lumière,
07:17l'amidale s'éteint.
07:18C'est comme les guirlandes de Noël
07:19qui s'allument, qui s'éteignent alternativement.
07:21C'est automatique,
07:22donc c'est complètement automatique.
07:23Et c'est fait pour nous préserver.
07:24Il y a aussi la peur, évidemment, de l'étouffement.
07:26Les claustrophobes le savent.
07:28Dès qu'on est dans un lieu clos,
07:29on a l'impression de manquer d'oxygène comme ça.
07:31C'est cette même amidale
07:33qui tire le signal d'alarme.
07:34Elle est munie de petits récepteurs,
07:36des molécules qui captent la présence de CO2.
07:38Ça s'appelle les schémo-récepteurs.
07:40Dès qu'il y a trop de CO2,
07:42ça veut dire que la respiration est compromise,
07:43elle s'allume,
07:44elle crée une réaction de panique.
07:46Et elle s'active aussi dans les troubles paniques.
07:49Donc ça, ce qu'on vient de voir, en gros,
07:50les prédateurs, le vide, le noir, l'étouffement,
07:53ce sont les menaces ancestrales
07:55qui ont accompagné notre évolution
07:56et qui font que notre amidale a enregistré ces dangers.
07:59Elle tire le signal d'alarme dès qu'elle les détecte.
08:03Mais l'être humain a développé ensuite
08:06encore bien des capacités.
08:07Son cerveau a grossi par rapport à une souris
08:10qui a aussi ses réactions de peur ancestrale.
08:12Le cerveau humain a développé la partie extérieure
08:14qu'on a vue tout à l'heure dans les opérations.
08:16C'était impressionnant.
08:17Le cortex cérébral.
08:19Et le cortex cérébral, lui,
08:21il est capable de faire quelque chose d'assez extraordinaire.
08:23C'est d'imaginer des choses,
08:26non pas seulement des dangers qu'on a devant nous,
08:28sous les yeux.
08:29Un serpent qui arrive sur la scène,
08:30il serait sous mes yeux, j'aurais peur.
08:32Non, mais notre cerveau, notre cortex,
08:33il est capable d'imaginer des dangers
08:35qui n'existent pas encore.
08:36Et ça, c'est réalisé par un ensemble de zones du cerveau
08:40qu'on appelle le réseau par défaut.
08:41C'est un ensemble d'aires cérébrales
08:43qui sont très douées pour vagabonder.
08:45Imaginez des fictions.
08:47Vous voyez, passer du coq à l'âne,
08:48se dire, tiens, qu'est-ce que je vais faire
08:49pendant mes prochaines vacances ?
08:51Oh, j'ai envie de faire tel projet.
08:52Et ça, ça a beaucoup aidé les humains à survivre,
08:55parce que comme ils n'étaient pas très forts,
08:56ce qui les a beaucoup aidés,
08:57c'est d'innover,
08:59d'imaginer des nouveaux usages
09:00pour des cailloux,
09:01pour des branches,
09:02des arcs,
09:02pousser des gibiers dans des fosses.
09:05La capacité d'imagination de l'être humain,
09:07ça a été évidemment son sauf-conduit.
09:10Sauf que, justement,
09:11ce réseau par défaut,
09:13il a aussi tendance
09:14à imaginer parfois que les choses tournent mal.
09:16Et c'est ce qui se passe le soir
09:18quand vous êtes dans votre lit,
09:18que vous dites,
09:19oh zut, alors,
09:20j'ai pas pensé à faire un test de dépistage
09:22pour mon cancer,
09:23ou alors,
09:24c'est des cambrioleurs
09:25qui pourraient s'infiltrer chez moi la nuit,
09:27et si je perdais mon emploi ?
09:28Et tout ça, c'est le réseau par défaut
09:29qui imagine des scénarios,
09:31et on a pu constater que dans ces cas-là,
09:33il stimule l'amidale.
09:34Autrement dit,
09:35nous, on a un cerveau surpuissant
09:36qui sert en grande partie à nous faire peur,
09:39alors qu'il n'y a pas de raison.
09:40Ça, c'est l'anxiété.
09:41C'est la peur,
09:42non pas d'un objet qu'on a sous les yeux,
09:45mais de quelque chose qu'on imagine.
09:47Et c'est un petit peu le revers de la médaille,
09:49le prix à payer pour avoir un cerveau surpuissant,
09:51puisque récemment,
09:53on a pu montrer
09:53qu'il y a un certain nombre de gènes
09:55dans l'espèce humaine
09:56qu'on appelle les gènes accélérés,
09:58qui ont muté mille fois plus vite
09:59que dans d'autres espèces
10:00et qui ont contribué à développer ce réseau par défaut
10:03qui nous dote d'une imagination sans borne,
10:06mais aussi d'une angoisse illimitée.
10:08Donc la question qu'on va faire avec ça,
10:10c'est qu'on se dit,
10:10mais comment nos ancêtres ont pu survivre,
10:12eux qui étaient confrontés
10:13non seulement à des menaces mortelles,
10:15mais en plus à des dangers
10:16qu'ils commençaient à imaginer.
10:18Alors, si vous regardez un être humain
10:20dans la savane,
10:20effectivement,
10:21ses chances de survie sont très minces.
10:23Il n'a pas la vitesse de pointe d'un guépard,
10:25il n'a pas la force d'un ours.
10:28Regardez-le,
10:28l'homo erectus,
10:29il est grand comme ça,
10:29il peut à peine tenir des pierres dans ses mains.
10:31Comment est-ce qu'il s'en est sorti ?
10:33On sait aujourd'hui comment il s'en est sorti.
10:34On sait très bien à quel moment
10:35il a commencé
10:37à se défendre contre les autres animaux.
10:39C'est en faisant groupe.
10:41La force de l'humain,
10:42c'est le clan,
10:43c'est la coopération,
10:44et ça, c'est ce qui fait de nous
10:45une espèce invincible,
10:47ce qui fait qu'on a tiré
10:48notre épingle du jeu.
10:49Et qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
10:51C'est qu'à chaque fois
10:51que nos ancêtres se retrouvaient dans un groupe,
10:54ça les rassurait sur leur force
10:55et ça éteignait leur amygdale.
10:57Je dis ça parce que là encore,
10:58aujourd'hui,
10:59dans les expériences de psychologie sociale,
11:00on voit quand les gens forment un groupe uni,
11:02leur amygdale se calme.
11:04Ça, c'est vraiment...
11:05En fait, c'est l'antidote
11:07à la peur de l'être humain.
11:08Si on résume,
11:09l'être humain a un cerveau surpuissant
11:10qui génère des angoisses en boucle
11:12et il se rassure en étant dans un groupe.
11:15Qu'est-ce qui se passe
11:16quand il est dans un groupe ?
11:18Eh bien, on voit qu'il y a
11:19la libération de deux hormones.
11:22L'ocytocine,
11:23que vous voyez là,
11:24et une bêta-endorphine,
11:26c'est-à-dire un analogue de la morphine
11:27que notre cerveau produit lui-même.
11:29Et ces deux molécules
11:30qui sont libérées...
11:31En général, l'ocytocine,
11:32c'est plus quand on a des contacts
11:33affectueux avec nos proches.
11:34Et les endorphines,
11:35c'est plus quand on a l'impression
11:36de faire partie d'un groupe structuré,
11:39d'un groupe de collègues,
11:40d'une équipe de foot, par exemple,
11:41où les liens sont très forts.
11:43On sait qu'on va s'entraider.
11:45Ces deux molécules,
11:46on le sait maintenant,
11:46ont la capacité
11:47d'apaiser l'activité de l'amidale
11:49en se fixant de nouveau
11:50sur des petits récepteurs
11:51de forme complémentaire.
11:52Et quand elles se fixent dessus,
11:54ça bloque l'activité
11:55des neurones dans l'amidale
11:55et ça fait qu'on se sent rassuré.
11:58Donc l'être humain,
11:59pour l'instant,
12:00il a jonglé
12:00entre un cerveau hyper angoissé
12:02et puis l'appartenance
12:04à un groupe
12:04qui permet d'apaiser
12:05son amidale et sa peur
12:07grâce à des hormones
12:08comme l'ocytocine
12:09ou les endorphines.
12:11Et tout ça,
12:12ça fonctionne très très bien
12:14pendant deux millions d'années.
12:17C'est-à-dire
12:17mille fois l'ère chrétienne quand même.
12:19Deux millions d'années,
12:20c'est des abysses temporels.
12:22Et pendant deux millions d'années,
12:23en fait,
12:23la taille critique du groupe
12:24qui permet de calmer nos peurs,
12:26c'est à peu près
12:27100 à 150 individus.
12:28C'est le nombre de Dunbar,
12:30Robin Dunbar,
12:30un grand anthropologue
12:32de l'université d'Oxford
12:33qui a montré que
12:33en fait,
12:34nos ancêtres ont vécu
12:35pendant des millions d'années
12:36dans des groupes,
12:37des clans,
12:38une centaine de personnes
12:39et que c'est la taille critique
12:40qui permet de sentir
12:41qu'on a des liens forts,
12:43qu'on est là
12:44les uns pour les autres
12:45et c'est hyper rassurant.
12:48Alors le seul problème,
12:49c'est qu'à un moment,
12:49tout ça va s'effondrer.
12:51Et certains d'entre vous
12:52savent peut-être
12:52à quel moment
12:53tout ça s'effondre.
12:54Il y a 10 000 ans,
12:56c'est la fin
12:56de la période paléolithique,
12:58c'est le moment
12:58où les humains
12:59commencent à vivre
12:59dans des villages,
13:01ils commencent à pratiquer
13:02l'agriculture,
13:03l'élevage
13:03et donc les populations
13:05augmentent
13:05grâce à l'afflux
13:06de nourriture
13:07et elles commencent
13:07à former des villages,
13:08puis des villes,
13:09puis des mégapoles.
13:11La cité d'Uruk
13:12en Mésopotamie,
13:13la vallée du Nil
13:14en Égypte
13:15ou la vallée de l'Indus
13:16en Inde,
13:16tout ça,
13:17c'est des endroits
13:17où il y a des grandes
13:18communautés humaines
13:19qui se forment.
13:20Et là,
13:20c'est la fin du clan
13:22et c'est le début
13:23de l'anonymat
13:23parce que ce sont des villes
13:24qui concentrent
13:25des dizaines de milliers
13:25d'individus.
13:26Donc pour la première fois,
13:27vous ne vivez plus
13:28avec des gens
13:29que vous connaissez
13:29depuis que vous étiez
13:30tout petit,
13:30à part votre famille,
13:31vous vous promenez
13:32dans une ville
13:32où il y a plein
13:33d'inconnus.
13:33Et ça,
13:34c'est la fin
13:34de l'effet protecteur
13:35des endorphines
13:36et de l'ocytocine
13:37historiquement.
13:38On voit aujourd'hui
13:39à l'université
13:40d'Heidelberg,
13:41Florian Lederbogen
13:42et ses collègues
13:42ont montré
13:43que plus un individu
13:44a grandi dans une grande ville,
13:46plus son amygdale
13:47est spontanément active
13:49parce qu'il a vécu
13:49dans un milieu
13:50où il ne pouvait pas compter
13:51sur des réseaux claniques.
13:53C'est ça qui protège.
13:54Donc, on a perdu
13:55la protection du clan,
13:57du groupe nucléaire
13:58en allant vers
13:59la culture des mégapoles
14:01à partir
14:01à peu près
14:02il y a 10 000 ans.
14:03Et alors,
14:04ce qui est intéressant,
14:05c'est qu'à peu près
14:05à ce moment-là,
14:07qu'est-ce qu'on observe ?
14:09On observe des rassemblements.
14:10C'est-à-dire que les gens
14:11commencent à peu près
14:11il y a 6-7 000 ans
14:13à se rassembler
14:14dans des rituels collectifs.
14:15Ils ne se connaissent pas,
14:16ils sont des milliers,
14:16mais au même moment,
14:17ils font les mêmes gestes,
14:18ils disent les mêmes choses.
14:19C'est les premiers rituels religieux.
14:21Et en faisant ça,
14:22ils ont l'impression
14:23de faire partie d'un groupe uni,
14:24même s'ils ne se connaissent pas.
14:25C'est le miracle du rituel.
14:27Ça crée ce sentiment de fusion
14:28qui est exploré
14:30avec des questionnaires
14:30en psychologie sociale.
14:31Quand on fait
14:32des rituels collectifs,
14:33on a l'impression de nouveau
14:33qu'on fait tous partie
14:34d'un groupe.
14:35C'est le pouvoir des religions.
14:37Religions, ça veut dire relier.
14:38Relier les gens,
14:39relier les lapteins.
14:41Et donc, là encore,
14:42ça produit le même effet.
14:43Ce qu'a montré
14:44Robin Dunbar, justement,
14:45c'est que quand les gens
14:46pratiquent des rituels collectifs,
14:48ça réactive
14:48la libération d'endorphines.
14:50Donc, ce qu'on avait perdu,
14:52ce qu'on avait dans le clan,
14:53naturellement,
14:53tous ces gens qu'on connaissait bien,
14:55on le retrouve par le rituel.
14:56Donc, quelque part,
14:57l'humanité s'arrange toujours
14:59pour réactiver
15:00ces vieux circuits,
15:01pour lutter contre ces peurs.
15:03Mais là encore,
15:04ça ne va pas durer éternellement
15:06puisque avec la révolution industrielle,
15:09puis les programmes de développement
15:10de l'individu,
15:11du développement personnel,
15:12la fin des, on va dire,
15:14des familles élargies
15:15où trois générations
15:16vivaient sous le même toit
15:17au début du XXe siècle encore,
15:18la mobilité accrue des individus,
15:20la réussite individuelle,
15:22fait que les liens
15:23entre les individus
15:24dans notre société
15:24sont réduits quasiment à néant.
15:26C'est ce que le sociologue
15:27Zygmunt Bauman appelle
15:28la société liquide.
15:30On est un peu chacun pour soi
15:32et du coup,
15:33on ne bénéficie plus
15:34de la protection
15:35qu'apportait soit le clan
15:37à l'époque préhistorique,
15:38soit la religion
15:39ou la nation
15:40dans les périodes
15:41allant de l'Antiquité
15:42jusqu'au XIXe siècle.
15:43Donc, c'est ça le drame.
15:44C'est qu'aujourd'hui, finalement,
15:46on se retrouve dans une société
15:47où on n'a plus
15:48les protections contre l'angoisse
15:49et en plus,
15:50on va s'en rajouter
15:51une couche d'angoisse.
15:52Alors ça,
15:53c'est le biais médiatique anxiogène
15:54qui a été très bien étudié
15:55par George Gardner,
15:56un psychologue américain
15:57à partir des années 60,
15:58qui montre que plus
15:59on consommait déjà
16:00dans les années 60
16:01des médias anxiogènes,
16:03plus on était persuadé
16:04d'aller se faire égorger
16:04le lendemain matin
16:05dans la rue.
16:06C'est-à-dire qu'on s'inspire
16:07de ce qu'on voit,
16:08on encaisse la charge anxiogène
16:09et on se dit
16:10que ça va arriver.
16:11Alors aujourd'hui,
16:12on a tous ces petits appareils
16:13dans nos poches,
16:14on peut scroller pendant des heures,
16:16je peux vous dire
16:16le niveau de cortisol
16:17et d'angoisse
16:18à tel point
16:19que certaines personnes
16:20décident d'arrêter.
16:21C'est ce qu'on appelle
16:21l'exode informationnel
16:23parce qu'ils sentent
16:23que ça commence
16:24à trop les angoisser.
16:25Donc là,
16:25on sent qu'on met vraiment
16:27tout pour que ça commence
16:28à capoter.
16:29On a perdu notre protection
16:31contre l'angoisse
16:31et on rajoute
16:32des médias anxiogènes
16:34en boucle.
16:35Et en plus de ça,
16:37le soir,
16:38dans son lit,
16:38on se retrouve
16:39avec son réseau
16:39par défaut
16:40qui turbine
16:41et qui nous dit
16:41peut-être qu'il y a
16:43un cambrioleur
16:44qui va t'agresser
16:44ou peut-être
16:45que cette petite boule
16:47sous la peau
16:48c'est un cancer
16:48qui couvre
16:49ou peut-être
16:49que tu vas avoir
16:51un contrôle fiscal
16:52ou que tu vas perdre
16:53ton emploi le lendemain matin
16:54et tout ça tourne en boucle.
16:55Donc le résultat finalement,
16:56c'est qu'on est
16:57dans une situation
16:58où on vit
16:59des menaces globales
17:00sans précédent,
17:01c'est celle dont je parlais.
17:02Et dans une situation
17:03où aussi
17:04on s'inflige
17:05une surcharge informationnelle
17:06en grande partie
17:07anxiogène.
17:08Regardez les chaînes d'info
17:09qui continuent le soir,
17:10vous avez l'impression
17:11que tous les malheurs du monde
17:12vont converger
17:13vers votre petit domicile.
17:15Et par ailleurs,
17:16on n'est plus du tout
17:16dans les schémas
17:17de reliance sociale
17:19qui avaient pu exister
17:19par le passé.
17:20Tout ça fait que
17:21notre système
17:21de la peur
17:22est hyperactivé.
17:23Il faut voir
17:24que l'amidale cérébrale,
17:26elle a été configurée
17:27pendant 2 millions d'années
17:28pour répondre
17:29à des dangers
17:30immédiats,
17:31ponctuels,
17:32réactions de peur,
17:33le cortisol grimpe,
17:35on sauve sa peau
17:35et puis ensuite,
17:36ça s'arrête.
17:38Dans notre société,
17:39on arrive à s'infuser
17:40l'angoisse en boucle
17:42et on a estimé
17:43qu'aujourd'hui,
17:44un jeune de 18 ans
17:45a visionné
17:4630 000 meurtres
17:47déjà à 18 ans
17:47dans sa vie
17:48par les différents médias
17:49qu'il a pu voir.
17:50Ça a été fait aux Etats-Unis,
17:51je ne sais pas
17:51ce que ça donnerait ici.
17:52C'est pour vous dire
17:53que le système de la peur
17:54n'a pas du tout été calibré
17:56pour digérer
17:56une telle charge anxiogène.
17:58Il y a vraiment
18:00un écart,
18:01on va dire
18:02une inadéquation
18:03entre notre matériel cérébral
18:05et l'environnement
18:07culturel médiatique
18:08qu'on s'est créé.
18:09Si on n'en prend pas conscience,
18:10on s'intoxique
18:11avec cette charge anxiogène
18:13tous les jours.
18:14Alors,
18:14comment est-ce qu'on va
18:15s'en sortir ?
18:16Il y a d'abord
18:17des mauvaises façons
18:17de réagir.
18:19Tout simplement,
18:20c'est d'essayer
18:20de calmer la peur
18:21en se faisant plaisir.
18:22Par exemple,
18:23l'obésité est très corrélée
18:25au niveau d'anxiété.
18:26C'est-à-dire que
18:26quand on est anxieux,
18:27hop,
18:28on se prend un bon
18:28grand hamburger
18:29bien dégoulidant,
18:30on active un autre
18:31réseau de neurones
18:32dans notre cerveau
18:33qui s'appelle
18:33le système de la récompense
18:34qui libère de la dopamine
18:35qui va aussi apaiser l'amidale.
18:37Donc on va arriver
18:37à calmer ses peurs
18:38par la consommation.
18:40Et c'est la nourriture
18:41mais c'est aussi,
18:42donc là ce qu'on voit
18:43c'est le système de récompense,
18:44ça va être les achats de luxe
18:45qui libèrent de la dopamine aussi.
18:46Ça va être les achats
18:47de voitures de sport.
18:48Ça va être la pornographie
18:51anxiolytique aussi
18:51pour cette même raison,
18:52libération de dopamine,
18:53on apaise la peur
18:54mais de façon
18:55totalement temporaire
18:56et il faut y retourner
18:57sans arrêt
18:58ce qui peut entraîner
18:59des addictions
19:00et même l'argent
19:01puisqu'il y a des expériences
19:02qui montrent
19:02qu'il suffit de toucher
19:03des billets de banque
19:03quand on est stressé
19:04pour faire baisser
19:05son stress
19:06et son niveau de cortisol.
19:12Donc la consommation
19:13c'est le premier dérivatif
19:15on va dire.
19:15Pas très malin
19:16parce que ce genre
19:17de comportement
19:17ça augmente l'effet de serre
19:18et l'éco-anxiété.
19:20Donc ça crée boucle
19:21de rétroaction
19:22mais également
19:23tout simplement
19:25il y a des drogues
19:25vous prenez
19:26la morphine
19:27l'héroïne
19:28tous les opiacés
19:28qui ont détruit
19:29des dizaines de milliers
19:30de vies aux Etats-Unis
19:32mais en fait
19:33c'est tout simplement
19:33le fait qu'on n'a plus
19:34nos endorphines
19:35qui nous venaient
19:36de notre lien social
19:37ancestral
19:38on remplace ça
19:39par la chimie
19:39et par le trafic
19:40de stupéfiants.
19:41Ça va avoir
19:41le même effet
19:42qui est d'apaiser
19:43l'anxiété.
19:45Et puis également
19:46donc là
19:47on a la consommation
19:48mais l'addiction
19:49et puis le conformisme.
19:51ça c'est des expériences
19:52qui montrent que
19:53vous voyez
19:54les formes géométriques
19:55qu'on voit là
19:56on demande à des gens
19:57de dire
19:57si ces deux perspectives
19:58correspondent à la même
19:59forme géométrique.
20:01Il y a plusieurs personnes
20:02dans un groupe
20:02et tout ça
20:03c'est des complices
20:04qui font exprès
20:05de donner la mauvaise réponse.
20:07Et alors lui
20:07il commence à se dire
20:08qu'est-ce que je dis ?
20:09Est-ce que je dis
20:10la bonne réponse
20:10ou est-ce que je dis
20:11comme les autres
20:11la mauvaise ?
20:12Et on voit que
20:12quand il dit
20:13la bonne réponse
20:13son ami idéal s'allume
20:15parce qu'il se sent
20:15en insécurité
20:16parce qu'il a l'impression
20:17de se démarquer du groupe
20:18et au contraire
20:19s'il dit la mauvaise réponse
20:21pour être comme les autres
20:22son ami idéal s'apaise.
20:23Donc il y a une espèce
20:24de pression
20:25à rentrer dans le rang
20:26pour ne pas
20:28ressentir d'anxiété.
20:30Et ça
20:30ça va se traduire
20:31de mille façons aujourd'hui.
20:33Par exemple
20:33il y a cette étude
20:33qui a été menée
20:34de 2000 à 2020
20:35qui a mesuré
20:36le désir des individus
20:38de proclamer
20:39leurs propres opinions
20:40de façon indépendante
20:41même quand la masse
20:42disait le contraire.
20:44Cette capacité
20:45à se singulariser
20:46ne fait que décliner
20:47contrairement à ce
20:47qu'on pourrait croire.
20:49Et à l'inverse
20:49l'envie de se fondre
20:51dans le rang
20:51ne fait qu'augmenter.
20:53Ça c'est le conformisme
20:54dans nos sociétés
20:55qui s'observe énormément
20:56dans les comportements
20:57d'achat
20:57avec des grands messes
20:58où tout le monde
20:59désire le même objet.
21:00C'est le désir mimétique
21:01de René Girard
21:02le fameux anthropologue
21:03qui disait qu'en fait
21:04on désire
21:05ce que désirent les autres
21:06pour faire partie de la masse
21:07parce que ça nous sécurise.
21:09On a perdu le clan
21:10et on retrouve la masse globale
21:12en consommant
21:12comme les autres.
21:14C'est pas très réjouissant.
21:15J'avais dit que j'allais pas
21:16plomber l'ambiance
21:16je suis désolé
21:17en fait là
21:19donc consommation
21:19addiction
21:21consumérisme
21:21et aussi
21:23j'en termine avec ça
21:24l'agression.
21:25Henri Labori
21:25fameux biologiste
21:27à la salle Pétrière
21:28qui est l'inventeur
21:29des neuroleptiques
21:29dans les années 60
21:30avait fait une expérience
21:32troublante.
21:34Il stressait un rat
21:35il mettait un rat
21:35dans une cage
21:36il lui envoyait des chocs électriques
21:37pour créer de l'anxiété.
21:38Le rat
21:38il commençait à perdre ses poils
21:40il faisait des ulcères
21:41il avait sa tension artérielle
21:42qui partait dans les tours.
21:44il allait très très mal.
21:46Là-dessus
21:46Henri Labori
21:47met un autre rat
21:48dans la cage.
21:48Le premier rat
21:49se jette dessus
21:50il se défoule sur lui
21:51il l'agresse
21:52il le mord
21:52il le déchire en morceaux
21:53et à mesure qu'il fait ça
21:54en fait
21:55ses ulcères se résorbent
21:56sa tension artérielle
21:58se normalise
21:58il reprend du poil
21:59de la bête.
22:00Autrement dit
22:00en défoulant son anxiété
22:02sur un bouc émissaire
22:03il va mieux.
22:05Ce qui veut dire
22:05qu'il y a des moyens
22:07d'apaiser son anxiété
22:08en fait
22:09c'est de se trouver
22:09des boucs émissaires
22:10de les pointer du doigt
22:11et de les agresser.
22:11Ça ne vous dit rien ?
22:14Dans toutes les phases
22:14de l'histoire
22:15ça s'est passé comme ça.
22:16Donc si on n'a pas conscience
22:17de ces mécanismes-là
22:18on peut être simplement
22:19guidé par notre amygdale
22:20pour avoir des comportements
22:21discriminatoires et violents.
22:22Ou même chez soi
22:23dans le couple
22:23la montée des violences domestiques
22:25les violences faites aux femmes
22:26dans les foyers
22:27c'est souvent lié
22:28à des situations
22:29de misère, de stress
22:30où les gens ne savent pas
22:31qu'en fait
22:31les hommes
22:33s'ils ne se maîtrisent pas
22:34un petit peu
22:34c'est leur amygdale
22:35qui va se défouler.
22:36Donc il faut adresser
22:37ces problèmes.
22:38Alors
22:39là ce que je voulais dire
22:41c'est que si on combine
22:42le conformisme
22:43et l'agression
22:43effectivement
22:44on risque d'aller
22:45vers l'autoritarisme
22:45et il y a ces études
22:47assez troublantes
22:47qui montrent qu'effectivement
22:48il y a une corrélation statistique
22:49entre le volume
22:50de l'amygdale
22:51et la tendance autoritariste
22:52chez les individus.
22:54Donc il y a vraiment
22:54une conversion de la peur
22:56en agressivité
22:58et qui laisse augurer
22:59des lendemains
23:00peut-être un petit peu difficile.
23:01Alors
23:02ça effectivement
23:03c'est ce qu'on observe
23:05la montée des autoritarismes
23:06dans le monde
23:07et je pense qu'on est obligé
23:08de se poser la question
23:09est-ce que c'est un hasard
23:11ou pas
23:11qu'on est à la fois
23:12dans un monde
23:13qui est soumis
23:13à des menaces
23:14de plus en plus stressantes
23:15et dans un monde
23:16où les autoritarismes
23:17montent de partout.
23:18C'est des études
23:19transcontinentales
23:20dans 40 pays
23:20et il suffit de voir
23:21nos dirigeants
23:22pour comprendre
23:23que c'est effectivement
23:24en train de se concrétiser.
23:25Alors
23:25maintenant
23:26venons-en quand même
23:27aux bonnes façons
23:28de domestiquer notre peur.
23:30Vous avez compris
23:32la clé pour l'être humain
23:33c'est de sentir
23:33faire partie d'un groupe.
23:34On a perdu ça.
23:35On allait dans une société
23:36vous savez
23:37la phrase de Margaret Thatcher
23:38dans les années 80
23:39qui a dit
23:40la société n'existe pas.
23:41C'était un programme
23:42qui visait
23:43à libéraliser
23:44entièrement un marché
23:45à placer l'individu seul
23:46face à la pure consommation.
23:48Alors ça nous a apporté
23:49du confort
23:50de la croissance
23:51mais ça nous a apporté
23:52de l'anxiété.
23:53C'est le paradoxe
23:54de nos vies
23:54nous sommes à la fois
23:55confortables et anxieux.
23:57Aujourd'hui
23:58ça va peut-être plus
23:58continuer à passer
23:59cette situation-là.
24:00Donc
24:01comment faire ?
24:02Il faut restaurer
24:02du lien social.
24:03Et ça
24:04il y a mille façons
24:05de le faire
24:05pour sécuriser
24:07ça ne s'invente pas
24:08un système de soins
24:09performant
24:10un emploi stable
24:11arrêter de diminuer
24:12la période des CDI
24:14au profit des CDD
24:15redonner de la visibilité
24:16aux gens
24:17les sécuriser
24:18et évidemment
24:19les inégalités
24:19sont absolument dramatiques
24:21pour ça
24:21parce que
24:22c'est ça qui crée
24:23la peur du déclassement.
24:24Et puis c'est aussi
24:26la façon dont on vit
24:27aujourd'hui.
24:28Les univers bétonnés
24:29il y a des études
24:30très précises
24:30qui montrent
24:31comme celle de tout à l'heure
24:31que plus vous viez dans le béton
24:33plus votre anxiété monte
24:34alors qu'à l'inverse
24:35des environnements
24:36végétalisés
24:37font baisser
24:38la charge de stress.
24:39Donc ça
24:39ce sont des mesures
24:40à prendre
24:41pour faire baisser
24:43nos peurs
24:43et on va en avoir besoin
24:45on a bien compris
24:46par une réflexion
24:48collectiviste
24:50sur le mode
24:50de société
24:51sur des orientations
24:52politiques
24:53raisonnables.
24:54Mais après
24:55on ne va peut-être pas
24:56attendre que tout ça
24:56se fasse
24:57il faut aussi pouvoir
24:57agir à notre propre échelle.
24:59Qu'est-ce que je peux faire moi
25:00pour vivre moins stressé ?
25:02On reprend tout ce qu'on a dit.
25:04Si on reprend
25:05la charge anxiogène
25:05des médias
25:06c'est ce que je disais
25:07c'est ce qui est pointé
25:08par l'institut Jean Jaurès
25:09c'est diminuer
25:11la consommation
25:12quotidienne
25:13de médias anxiogènes.
25:14Il faut aller vers des médias
25:14qui disent des choses intéressantes
25:15comme ce qu'on est en train
25:16de se raconter là.
25:17Ce n'est pas du tout anxiogène
25:18ce que je raconte
25:19par exemple.
25:21Non mais se réserver
25:22des petites plages
25:22de temps
25:23pas se gaver
25:24pas aller vers
25:25l'infobésité.
25:27Et puis évidemment
25:28alors ça
25:29quand on a la possibilité
25:30de le faire
25:30c'est tellement démontrer
25:32et redémontrer
25:32quitter vos téléphones
25:33allez vous balader en forêt
25:34ça va faire baisser
25:35votre cortisale
25:36baisser votre âme idéale
25:37baisser votre angoisse
25:38et vous serez beaucoup plus gentil
25:39avec tout le monde après.
25:40Et ça aussi ça compte
25:42les moments
25:43de rituels.
25:44Nous n'avons plus de rituels
25:45dans nos vies quotidiennes
25:47ou si peu.
25:48Ils ont tous été évacués
25:49et on sait
25:50à quel point ils sont apaisants.
25:51Les moments où on se rassemble
25:52à intervalles de temps fixes
25:54où on va faire des gestes
25:55ensemble
25:56des gestes de partage
25:57qui vont libérer
25:57des endorphines
25:58et au niveau de l'ocytocine
26:01penser à témoigner
26:02son affection
26:03à ses proches.
26:03Aujourd'hui
26:04on a de plus en plus
26:05des familles
26:05qui se retrouvent le soir
26:07et qui pourraient se déverser
26:08des flots d'ocytocine
26:09en passant du temps
26:10les uns avec les autres
26:10et qui sont tous
26:11sur leur écran.
26:12C'est un gâchis formidable.
26:13On a besoin
26:14de se rassurer
26:15les uns les autres
26:16et on sait que ça marche
26:17par des câlins
26:18des caresses
26:18des signes d'affection
26:19demander comment tu vas
26:20être à l'écoute.
26:22Et puis le pouvoir
26:23de la respiration
26:23peut-être qu'on va
26:24terminer presque là-dessus.
26:26Maintenant
26:26on vient de découvrir
26:26la semaine dernière
26:27ça a publié
26:28dans la revue PNAS
26:29on a découvert
26:30comment la respiration profonde
26:31apaise l'anxiété.
26:33Il y a un circuit
26:34de neurones
26:35qui part
26:35des cellules olfactives
26:37du nez
26:37et qui va jusqu'à l'amidale
26:38basolatérale
26:39et qui bloque l'amidale
26:41quand on respire
26:42lentement par le nez.
26:43Cinq secondes d'inspiration
26:44cinq secondes d'expiration
26:45faites ça
26:46cinq minutes par jour
26:47c'est mécanique
26:49ça marche peut-être plus
26:50chez certains
26:51que chez d'autres
26:51mais il y a une vraie base
26:52neurobiologique pour ça
26:54et puis
26:55apaiser le réseau
26:56par défaut
26:57celui qui part
26:58vous savez
26:58dans mille ruminations
26:59anxiogènes
27:00ce qui marche très très bien
27:01c'est les activités manuelles
27:02où on focalise son attention
27:03sur un mouvement répétitif
27:05c'est pas pour rien
27:06qu'il y a plein d'ateliers
27:07poteries, tricots
27:08tout ça qui fleurissent
27:08aujourd'hui
27:09c'est aussi un besoin
27:10de retrouver de l'ancrage
27:11et de ne pas partir
27:12dans des scénarios
27:14catastrophes.
27:14Et ma foi
27:15je pense que j'ai largement
27:16dépassé mon temps
27:18peut-être qu'on peut terminer
27:19quand même sur les cas
27:20où on a besoin
27:21de traitements
27:22contre l'anxiété
27:25notamment vous savez
27:26dans les traumas
27:26où il y a
27:27des circuits cérébraux
27:28très très forts
27:29qui se forment
27:29entre l'amidale
27:30et l'hippocampe
27:31qui mémorisent le contexte
27:33de sorte que
27:33dès qu'on se retrouve
27:34dans un contexte
27:35qui a suscité le drame
27:36on revit la résurgence
27:38des souvenirs traumatiques
27:39vous avez la théorie
27:40la thérapie par mouvement
27:41des yeux
27:42la fameuse EMDR
27:43qui marche très bien
27:43qui permet
27:44de réassouplir
27:45ces liens
27:45entre l'amidale
27:46et l'hippocampe
27:47dans les phobies
27:48par exemple
27:48la phobie
27:49on pourrait en parler
27:50pendant des heures
27:50est-ce que c'est quelque chose
27:51de pathologique
27:52ou c'est un risque
27:53en fait
27:53de l'épisode préhistorique
27:55où c'était bon
27:55d'avoir très très peur
27:56d'une araignée
27:57mais en tout cas
27:57il faut déculpabiliser
27:59beaucoup les patients
28:00sur ce point là
28:01et il y a plein de thérapies
28:02comme la thérapie
28:03d'exposition
28:03qui consiste à
28:05désensibiliser
28:05la réponse de l'amidale
28:06notamment
28:07la réalité virtuelle
28:08marche très bien
28:10et puis
28:10les dernières techniques
28:12dont on a pu parler ici
28:13la stimulation
28:14transcranienne
28:15où on peut cibler l'amidale
28:16et même la stimulation profonde
28:19où on peut insérer
28:20des électrodes
28:20directement dans l'amidale
28:21ça a été fait
28:22sur des vétérans de guerre
28:23américains
28:23qui souffraient
28:24de PTSD incurable
28:26et qui d'un seul coup
28:27voyaient
28:27leurs symptômes
28:29s'arrêter
28:29le pire c'est que
28:30parfois ça reprenait
28:31deux ans après
28:31on se rendait compte
28:33que c'est parce que
28:33la batterie du stimulateur
28:34était épuisée
28:35il suffisait de la remplacer
28:36voilà je vous remercie
28:37de votre attention
28:39merci beaucoup