Peut-on retirer une partie du cerveau chez un patient éveillé tout en préservant sa personnalité, son langage et ses compétences ? Chef du service de neurochirurgie au CHU de Montpellier, le Pr Hugues Duffau démontre comment la chirurgie du cerveau éveillé et la compréhension des réseaux cérébraux ont transformé la prise en charge des gliomes de bas grade chez les jeunes adultes.
En démontant le dogme du « localisationnisme » (l'idée qu'une zone fixe du cerveau commande à elle seule une fonction), le Pr Duffau s'appuie sur la neuroplasticité pour opérer au plus près des fonctions cérébrales. Résultat : une médiane de survie passée de 5-6 ans à plus de 20 ans, avec 95 % de reprise d'études, 94 % de retour à la vie professionnelle et 93 % de reprise du sport.
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En démontant le dogme du « localisationnisme » (l'idée qu'une zone fixe du cerveau commande à elle seule une fonction), le Pr Duffau s'appuie sur la neuroplasticité pour opérer au plus près des fonctions cérébrales. Résultat : une médiane de survie passée de 5-6 ans à plus de 20 ans, avec 95 % de reprise d'études, 94 % de retour à la vie professionnelle et 93 % de reprise du sport.
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00:03Alors professeur Dufault, vous êtes chef du service du département de neurochirurgie au CHU de Montpellier,
00:08vous êtes directeur de l'équipe plasticité cérébrale et gliome de Bagrade à l'Inserm,
00:14et les patients vous disent merci, vous disent beaucoup souvent merci, plutôt deux fois qu'une,
00:19vous allez vite comprendre pourquoi. 95% des jeunes que vous avez opérés ont pu reprendre leurs études
00:24et décrocher un diplôme, 94% des adultes ont repris leur activité professionnelle,
00:2993% des patients ont recommencé à pratiquer leur sport, parfois de façon intensive, je m'arrête là,
00:35quel type de patients opérez-vous ?
00:38Merci déjà pour l'invitation, est-ce qu'on peut lancer le diaporama s'il vous plaît pour répondre à
00:44votre question ?
00:49Première slide s'il vous plaît, ah voilà, mais il n'est pas sur l'écran contrôle, il est derrière
00:56vous monsieur Dufault.
00:57D'accord, merci.
01:00Est-ce qu'on peut avoir sur l'écran contrôle les slides s'il vous plaît ?
01:04Je me retournerai, c'est pas bien grave, vous comprendrez pourquoi je n'utilise pas la technologie au bloc opératoire.
01:11Je fais confiance au cerveau de l'être humain, et je le fais confiance depuis une trentaine d'années,
01:17justement en proposant aux patients porteurs d'une tumeur cérébrale de m'aider au bloc opératoire à se traiter soi
01:25-même,
01:26de façon active et avec une collaboration basée sur la meilleure compréhension du fonctionnement du cerveau,
01:32d'où une interaction perpétuelle au sein de l'équipe, avec le patient, mais également entre la neurochirurgie et la
01:38recherche.
01:40Pour raconter une simple histoire, même si les diapositives ont l'air un peu compliquées,
01:45mais volontairement je ne souhaite pas trop simplifier une problématique qu'il est à savoir comment fonctionne le cerveau,
01:52surtout pour deux journées qui sont consacrées à le cerveau de l'être humain,
01:57et je me permettrai aujourd'hui de vous montrer un film de comment est le cerveau en action.
02:03Alors dans ce petit film, les âmes sensibles auront le droit de fermer les yeux de temps en temps ?
02:07Le cerveau est magique.
02:10Les patients sont porteurs d'une tumeur au cerveau, en général ils sont jeunes, entre 20 et 50 ans,
02:15ils ont une crise d'épilepsie alors qu'ils ont une vie tout à fait active,
02:18et juste après la crise ils recommencent leur vie active.
02:20Et ce qui peut être impressionnant, c'est la partie blanche que vous voyez sur cet écran,
02:25qui n'empêche pas qu'on puisse avoir une vie familiale, sociale et professionnelle.
02:30Le problème c'est que si on laisse évoluer cette tumeur, elle va s'accélérer,
02:34elle va finir par devenir maligne, générer des troubles neurologiques majeurs,
02:38et finalement emporter le patient.
02:40Sur cette base, on a essayé de mieux comprendre pourquoi avec des images aussi impressionnantes,
02:46où on n'a pas besoin d'être médecin pour comprendre que le cerveau s'est adapté,
02:51et que plus on lui laisse le temps avec des tumeurs qui peuvent évoluer pendant des mois,
02:56voire des années avant qu'on ne fasse le diagnostic,
02:58il aura tout loisir de se réorganiser au sein et entre les réseaux.
03:04Et c'est ce dont je vais parler aujourd'hui.
03:06Le cerveau ne correspond pas à une zone qui correspond à une fonction,
03:09mais bien à une interaction entre les réseaux.
03:12Et c'est bien pour ça que, j'ai le regret de vous dire,
03:15qu'on continue à enseigner dans toutes les universités du monde,
03:19ce localisationnisme qui a prévalu pendant 150 ans,
03:22à savoir la région, en l'occurrence de Broca,
03:25que quasiment tout le monde connaît,
03:26et qui est censée être la région du langage,
03:28sauf que je l'ai enlevé des centaines de fois que les patients vont bien.
03:31Pourquoi ? Parce qu'en fait, on n'a rien compris à cette vision beaucoup plus dynamique
03:38où, depuis que j'ai commencé cette conférence,
03:40votre cerveau s'est déjà modifié.
03:42Et qu'en permanence, il y a une instabilité
03:46qui permet d'avoir un comportement adapté
03:48lié, par exemple, à ce qui s'est passé en régie il y a à peine 5 minutes,
03:53ou à des pensées que je peux avoir autogénérées,
03:56même en parallèle du fait que je suis en train de vous parler,
03:59parce que je peux penser à ce qui m'est arrivé avec un patient
04:02à cet instant T, pendant 500 millisecondes.
04:05Et c'est bien pour ça qu'on pourrait nous dire
04:08oui, mais c'est valide chez l'enfant et pas chez l'adulte.
04:11Au contraire, je vous ai parlé de patients jeunes
04:13mais qui ont entre 20 et 50 ans,
04:15pour considérer qu'on a quitté la phase dite développementale.
04:19Pour autant, quand on a ce type de tumeur,
04:22le cerveau non seulement s'adapte en réorganisant les forces en présence,
04:26mais peut augmenter le volume du cortex
04:30au niveau notamment de l'autre hémisphère,
04:32puisque pour parler simplement,
04:34le cerveau est fait de deux hémisphères en miroir
04:36et chacun a tendance à se spécialiser un petit peu plus
04:40en fonction, certes, de la génétique,
04:42mais également du développement, de l'éducation, etc.
04:45Donc ça veut dire que morphologiquement, structurellement,
04:48le cerveau est capable de se modifier à l'âge adulte.
04:52Et c'est bien pour ça que sur cette diapositive,
04:55en fait, ce qu'il faut retenir,
04:56c'est qu'une zone, une fonction, on peut oublier,
05:00puisque ça voudrait dire aussi
05:01que chaque fois que j'enlève une région du cerveau,
05:03comme je vais vous le montrer,
05:04le patient devrait être déficité,
05:06red vitam, eternam, ce qui n'est pas le cas.
05:08Ensuite, on s'est dit, oui, d'accord,
05:10on a compris le réseau du langage,
05:12le réseau du mouvement.
05:13Mais en fait, non, c'est l'interaction entre les réseaux,
05:16parce que si vous avez sur cette même scène
05:19les solistes d'un côté,
05:21les violonistes, les violoncellistes,
05:23et puis vous rajoutez le piano pour faire un concerto,
05:26à un moment donné,
05:27si on n'est pas en phase avec des oscillations
05:30qui nous permettent d'avoir la rythmicité,
05:33alors il n'y a plus de musique.
05:35Et c'est comme ça que fonctionne le cerveau.
05:38Donc si on revient très rapidement
05:40sur l'aspect oncologique,
05:42qui sera beaucoup plus longuement détaillé
05:44par ma collègue, le docteur Darlix, juste après,
05:47sur ce qu'on appelle ces gliomes de Bagrade,
05:49tumeurs primitives du cerveau,
05:50dont on ne connaît pas l'origine,
05:52quand j'ai commencé il y a un certain temps,
05:54la médiane de survie, ça veut dire l'espérance de vie,
05:57était finalement de 5 à 6 ans,
05:59et la qualité de vie n'était pas tellement évaluée.
06:02On a pu tout changer grâce à la chirurgie,
06:05sauf que ces tumeurs, on ne les voit pas.
06:07Il ne faut pas vous imaginer une masse noire
06:10qui sera en train de refouler le cerveau,
06:12c'est le cerveau lui-même qui est malade.
06:14Sauf que la maladie, on ne la voit pas.
06:16Donc comment on fait ?
06:17On enlève le cerveau lui-même
06:18en faisant de l'obectomie, comme vous voyez,
06:20une cavité, un trou qui ne repousse jamais.
06:23Excusez-moi, vous ne la voyez pas,
06:24mais comment vous la dépistez ?
06:26Justement, grâce à la chirurgie vieillée.
06:28Et c'est bien pour ça que, certes,
06:30on fait une échographie qui nous donne,
06:32en gros, une image blanchâtre au bloc opératoire,
06:35mais que je ne vais pas me baser sur l'imagerie,
06:38parce que ce qu'on voit en IRM,
06:39malgré les progrès technologiques actuels,
06:41ou en ultrasonographie, en paire opératoire,
06:44ce n'est pas la réalité de la maladie
06:46où il y a des cellules tumorales
06:47qui diffusent plus loin que la macro.
06:50Et on n'a pas un marqueur
06:51de ces cellules tumorales spécifiques ?
06:53Quelque chose qui les rendrait, je ne sais pas,
06:54luminescence ?
06:56Et non.
06:57Parce que, justement,
06:58comme elles sont diffuses,
07:01on a tendance à enlever ce qu'on voit au milieu.
07:04Je viens de vous dire à l'instant
07:05qu'on ne voyait pas,
07:05mais quand on a l'expérience,
07:06on peut sentir que la texture
07:08est un petit peu différente.
07:09Or, la récidive a lieu
07:11surtout au niveau de la périphérie.
07:13Et c'est là où, donc,
07:14toute la question est,
07:15vous enlevez du cerveau, d'accord,
07:17mais est-ce que vous êtes sûr
07:18que le patient va récupérer ?
07:20Oui, parce qu'il s'est réorganisé avant,
07:21sinon il aurait déjà,
07:22au-delà des troubles des piepsies,
07:24des difficultés pour bouger ou parler.
07:26Donc, on va jouer sur ces mécanismes
07:28de neuroplasticité majeurs
07:30pour s'arrêter
07:32lorsque le cerveau du patient
07:34va me dire en temps réel
07:35qu'on n'en est pas plus loin.
07:36Et c'est bien pour ça
07:38qu'on a décidé de faire
07:39des chirurgies éveillées
07:40qui existaient il y a 80 ans
07:44au Canada,
07:45mais qui étaient surtout utilisées
07:46en surface pour l'épilepsie,
07:48alors qu'on a décidé
07:50de l'utiliser comme paradigme
07:53pour les tumeurs cérébrales.
07:55Très rapidement,
07:56je passerai sur l'imagerie fonctionnelle,
07:58mais c'est important
07:59parce qu'on pourrait
08:00se donner l'illusion
08:01que cette imagerie
08:03qui est extraordinaire
08:04pour la recherche
08:04et à visée didactique
08:06va nous donner
08:07les renseignements pertinents
08:09pour ce patient
08:10et dire
08:10telle zone activée
08:12est la réalité des faits.
08:14En d'autres termes,
08:15si vous enlevez l'activation,
08:16alors le patient
08:17va avoir un déficit.
08:19Et j'aurais passé
08:20les 30 dernières années de ma vie
08:21à opérer des patients
08:23qui n'ont pas été sélectionnés
08:25parce qu'en zone dite fonctionnelle
08:27selon le localisationnisme
08:28ou selon l'imagerie fonctionnelle,
08:31a priori,
08:31ce n'est pas enlevable,
08:32donc on laisse la tumeur,
08:33donc elle évolue,
08:34donc le patient s'aggrave
08:35et il meurt.
08:36Et en fait,
08:36on enlève cette tumeur
08:37et le patient récupère
08:40avec des cavités
08:41que vous pouvez voir gigantissimes
08:43qui montrent
08:44le potentiel cérébral.
08:46On dit,
08:46d'accord,
08:47tu es faux et content
08:48parce que le patient
08:49ne bouge pas.
08:49Non,
08:50je vous parle de patients
08:51qui ont une vie sociale,
08:52familiale
08:53et professionnelle active.
08:55Ce dont vous avez parlé
08:56à l'introduction.
08:58Et pour faire les tests
08:59au bloc opératoire,
09:00et ça va être un peu le sujet
09:01de voir évidemment
09:02le cerveau en action
09:03et de mieux comprendre
09:04l'interaction dynamique
09:06des réseaux en temps réel,
09:08on demande aux patients
09:09de faire plusieurs tests
09:10en simultané.
09:11Je parle,
09:12je bouge,
09:12je pense à m'adapter
09:13et éventuellement
09:14au timing également,
09:16aux questions que vous me posez.
09:17Donc en fait,
09:18vous voyez que ça change
09:19tout le temps
09:19et qu'on est forcé
09:20de s'adapter,
09:21comme je l'ai dit,
09:22mais aussi en fonction
09:23de la culture
09:23puisqu'on a la chance
09:25d'une certaine manière
09:26de drainer des patients
09:27qui viennent
09:27des cinq continents
09:28du monde entier
09:29et que la barrière
09:31de langage
09:32en tant que telle
09:32n'est pas un problème.
09:34On a des traducteurs
09:35au bloc opératoire
09:36si jamais les patients
09:37parlent,
09:38comme il y a peu de temps,
09:39arabe ou russe
09:41et au bloc.
09:43On va leur demander
09:44en fonction de leur définition
09:45de qualité de vie
09:46qui est différente
09:47chez un musicien,
09:49chez un enseignant,
09:50chez un chirurgien,
09:51chez un peintre,
09:51d'avoir des combinaisons
09:55de tests adaptés
09:56et de switcher
09:57d'une combinaison
09:58à l'autre
09:58comme vous allez le voir
09:59à l'instant.
10:00Il y a combien de tests
10:00dans une combinaison ?
10:03Vous mettez à peu près
10:03combien de tests ?
10:04Trois ou quatre
10:05parce qu'on introduit
10:07également la notion
10:08de temporalité
10:09et j'en profite
10:10pour lancer le film
10:11en parallèle.
10:12À savoir,
10:14quand vous me demandez
10:15de répondre,
10:16si je prends
10:1620 secondes,
10:18vous allez vous dire
10:19qu'il y a un problème
10:20sur scène.
10:20C'est très long
10:2120 secondes.
10:22Voilà.
10:23Maintenant,
10:23si on prend
10:24déjà six secondes,
10:26notamment,
10:27je suppose qu'en comité
10:28de rédaction,
10:29ça doit être pareil,
10:29il va falloir donner
10:30une réponse rapide.
10:32Oui,
10:32parce qu'on a l'impression
10:32que vous réfléchissez
10:33six secondes,
10:34ce n'est pas la réponse
10:34immédiate.
10:36Exactement.
10:37Donc,
10:37si on demande
10:38au patient,
10:39en l'occurrence
10:39à la patiente,
10:41qui, évidemment,
10:42avait accepté
10:43d'être filmée,
10:44c'était une dizaine
10:44d'années
10:45que je l'ai opérée,
10:46elle est toujours
10:47médecin à Sao Paulo
10:48et en l'occurrence,
10:49donc, elle parlait anglais,
10:51ça allait à peu près,
10:52mais portugais aussi,
10:53donc,
10:53on a un traducteur
10:53au broc opératoire
10:55et comme vous allez le voir,
10:57on va lui demander
10:58de bouger,
10:59de parler,
11:00de combiner
11:01sémantiquement,
11:02je vais le détailler,
11:02mais juste pour répondre
11:03à votre question,
11:04voilà l'image
11:05de l'échographie.
11:06Ça veut donc dire
11:07qu'ici,
11:08vous avez en blanc
11:09la tumeur
11:10qu'on voyait,
11:11l'infiltration,
11:12la diffusion
11:13que l'on voyait
11:14sur l'IRM.
11:16Encore une fois,
11:16si vous cherchez
11:17à enlever
11:17toute la diffusion,
11:18vous avez tous les risques
11:20d'un côté
11:20de créer des séquelles
11:21parce que c'est une maladie
11:22qui va au-delà
11:23des limites anatomiques
11:26et d'un autre côté,
11:27si vous n'enlevez
11:28que le cœur
11:28de ce que vous ressentez
11:31physiquement
11:32de la texture
11:33au bloc opératoire,
11:34vous allez laisser
11:35volumétriquement
11:36la moitié de la tumeur
11:37et finalement,
11:37vous ne changerez pas
11:38l'histoire.
11:38Vous allez voir quand même,
11:39l'espérance de vie
11:40s'est très significativement
11:43modifiée.
11:44Je pense qu'on peut
11:45maintenant passer
11:46à la cartographie
11:48dite du cerveau
11:50à la partie superficielle,
11:52à savoir le cortex.
11:53Et voilà,
11:54véritablement un cerveau.
11:56Donc,
11:56chez une patiente
11:57qui ne ressent rien
11:58parce que le cerveau
11:59n'a pas de récepteur
12:00à la douleur,
12:00étant donné que c'est
12:01le seul organe
12:02qui est entouré
12:03par de l'os
12:04et que la douleur
12:05s'est faite pour
12:06« Ah, je vais me brûler,
12:07donc il faut
12:08que j'ai des récepteurs
12:09qui me permettent
12:10d'éviter
12:10les traumatismes potentiels
12:12alors que le cerveau
12:13en dehors
12:14de l'idée saugrenue
12:15du neurochirurgien
12:16d'enlever la boîte crânienne
12:17ne sera
12:18à l'échelon d'une vie
12:19jamais en contact
12:20avec le milieu extérieur. »
12:22Ce qui veut donc dire
12:22qu'on a opéré
12:23plus de 1 000 patients
12:24de l'âge de 13 ans
12:25à 82 ans
12:26et que le taux
12:27de patients
12:28qu'on a dû rendormir
12:29après la phase d'ouverture
12:30sous anesthésie générale,
12:32bien entendu,
12:33puisque la peau
12:33pourrait faire mal
12:34et qu'à ce moment-là,
12:36on dit
12:36« c'est impossible
12:38que je travaille »
12:39a été simplement de zéro
12:40parce qu'on ne ressent rien.
12:42Par contre,
12:43pendant qu'évidemment
12:44la patiente
12:46bouge,
12:47parle,
12:48associe un chien
12:49avec un chat
12:49alors que vous avez
12:50une image de voiture
12:51par exemple,
12:52donc si vous dites
12:53« cat car »
12:55puisque ça commence
12:56phonologiquement pareil
12:57mais ça ne veut plus dire
12:58la même chose,
12:59ça montre que vous pouvez
13:00parler, bouger
13:01mais que vous ne comprenez plus.
13:03Donc évidemment,
13:04on s'arrête.
13:05Ça peut être aussi
13:06« ah, laissez-moi réfléchir,
13:07ça fait miaou,
13:08ça a quatre pattes,
13:09j'en ai un chez moi,
13:10clac, on a passé
13:10les 4 à 5 secondes,
13:12la patiente a compris
13:13puisqu'elle a décrit
13:14mais elle n'a pas eu
13:15accès au mot
13:16dans le délai
13:17qui vous permet
13:17notamment de revenir
13:19au travail.
13:20Ces corrélations
13:20de pouvoir faire
13:21au bloc opératoire
13:23finalement
13:24cette multitâche
13:25en temps réel
13:26est directement
13:28reliée
13:28à la chance
13:29que vous avez
13:29de pouvoir faire
13:30des études
13:31ou de retravailler.
13:32Ça prend combien de temps
13:33une intervention
13:33comme celle-là ?
13:35Juste l'action
13:36sur le cerveau ?
13:37L'action sur le cerveau
13:38de l'ordre
13:39d'une heure
13:39à une heure et demie
13:40maximum.
13:40Ce qui veut donc dire
13:42ouverture,
13:42positionnement,
13:43une heure,
13:44fermeture,
13:45trois quarts d'heure,
13:46une heure,
13:46mais la phase
13:48vraiment
13:48de la chirurgie
13:49du cerveau,
13:50c'est ce qui est
13:50en train de se passer.
13:51Voyez qu'il n'y a pas
13:53d'arrêt.
13:54Ce qui veut donc dire
13:55que c'est aussi
13:56de l'attention
13:58soutenue
13:58et divisée.
14:00Entraînez-vous
14:00à vous mettre
14:00sur le côté
14:01à bouger
14:03tout en pensant
14:04qu'il faut faire
14:05un mouvement
14:05relativement ample
14:06à la fois de la main,
14:07de l'avant-bras,
14:08etc.
14:09Associer,
14:09comme je vous l'ai dit,
14:10éventuellement passer
14:11à une tâche
14:12de reconnaissance
14:13des émotions
14:14si on veut tester
14:14l'empathie
14:16à travers le regard.
14:17Est-ce que c'est
14:18la colère,
14:18la joie ?
14:19Et là,
14:19vous pouvez vous auto-évaluer.
14:21Une échelle
14:21de 0 à 6.
14:230,
14:24je ne sais pas,
14:24j'ai dû dire n'importe quoi
14:25parce que du faux
14:26vient de stimuler.
14:276,
14:27je suis absolument certain.
14:29Et si vous dites
14:29la joie pour la colère
14:31mais que vous disiez
14:326,
14:32ça veut dire
14:33que vous avez
14:33un problème
14:35métacognitif,
14:35vous n'avez plus conscience
14:36de dire des bêtises
14:37alors que vous parlez,
14:38vous bougez.
14:39Il y a combien de personnes
14:40avec vous
14:40pour tester le patient,
14:41justement ?
14:41C'est une énorme équipe,
14:42j'imagine ?
14:43Il y a orthophonistes ?
14:45Énorme non,
14:46mais très connecté.
14:49Anesthésiste
14:49avec infirmière anesthésiste
14:51parce que,
14:51évidemment,
14:52c'est très compliqué
14:53d'avoir un patient
14:54qui est sous anesthésie générale
14:56pour l'ouverture
14:57et la fermeture
14:57et qui ne souffre donc pas.
14:59mais que vous réveillez
15:00en 10 minutes,
15:01voire 5,
15:03dans le sens
15:03où il faut être apte
15:05immédiatement
15:05à faire ce type de tâche.
15:07On pourrait dire
15:07oui,
15:08mais en l'occurrence,
15:09le propofol
15:10va altérer la cognition
15:12ce qui fait
15:12que le patient
15:13ne pourra pas
15:13être capable
15:15de faire du multitâche
15:16et d'alterner,
15:17de rester concentré
15:18pendant quand même
15:18une heure
15:19si on lui a donné
15:21une drogue
15:21mal administrée.
15:23Et c'est bien pour ça
15:24que l'anesthésiste
15:25est crucial.
15:27Ensuite,
15:28évidemment,
15:28tous les tests
15:29sont supervisés
15:30par neurologues,
15:32neuroscientifiques,
15:33neuropsychologues,
15:34orthophonistes.
15:35Et en fait,
15:35si je fais une intégration,
15:38c'est que
15:38tous les collègues
15:39qui participent
15:41à cette équipe
15:42ont tous
15:42un doctorat
15:43en neurosciences.
15:44Ce qui veut dire
15:44que d'abord,
15:45parler le discours du cerveau.
15:47Pourquoi ?
15:48Parce qu'il y a une chose
15:48que je n'ai pas décrite,
15:49même si là,
15:50je commence à enlever
15:51en l'occurrence
15:51la région dite de Broca.
15:53Et étonnamment,
15:53la patiente n'est pas au courant
15:55que c'est la région du langage
15:56puisqu'elle continue à parler,
15:57elle continue à comprendre
15:58et elle continue à faire
16:00plusieurs choses en même temps
16:00puisqu'elle bouge.
16:01Et en plus,
16:02là, en l'occurrence,
16:03évidemment,
16:03on l'a fait switcher régulièrement
16:05même si le but,
16:06ce n'est pas de l'entendre
16:07entre le portugais et l'anglais
16:09puisqu'elle a besoin
16:09des deux langues
16:10pour revenir à sa vie active.
16:12On dit,
16:12que veut dire à la carte ?
16:14Moi,
16:14je n'ai pas besoin de portugais
16:16puisque je ne le parle pas.
16:17Un monolingue
16:18n'aura pas besoin
16:19de tester
16:20et de faire ce switch.
16:21Et pourquoi un tel switch aussi ?
16:23Parce que ça augmente
16:24la charge cognitive.
16:26Entraînez-vous là aussi
16:27avec le test
16:27dont je vous ai parlé
16:28pendant une heure,
16:29maintenant,
16:30à switcher du français
16:30à l'anglais
16:31ou la langue que vous parlez
16:33ou trois
16:33si vous en parlez trois.
16:34Et vous allez voir
16:35que vous allez,
16:36à un moment donné,
16:36avoir la notion de fatigue.
16:38Oui,
16:38mais la fatigue,
16:39c'est parce que je suis quand même
16:40entraîne aussi accessoirement
16:41d'enlever du cerveau
16:43pendant que je parle
16:43et la patiente aussi,
16:45infiltrer certes pas la tumeur
16:47pour limiter les risques
16:48donc que la tumeur ne gagne
16:50comme on l'a dit au début,
16:52mais sans qu'il n'y ait
16:53de conséquences fonctionnelles
16:55aucune
16:55avec cette multitâche,
16:57avec le temps réel
16:59et la contrainte temporelle.
17:00Et c'est là
17:01où le cerveau
17:02est en train de nous dire
17:02vous n'avez rien compris
17:04à tous les modèles
17:05du système nerveux central
17:07qui continuent
17:08à être enseignés
17:08de façon majoritaire
17:10à la faculté
17:12du monde entier.
17:14Même si à la fin
17:15on dit
17:15oui,
17:15mais il y a des réseaux.
17:16Mais ce n'est pas ça.
17:17C'est que tout commence
17:18par les réseaux
17:19et leur interaction.
17:20Sinon,
17:20il n'y a pas
17:21de comportement adapté.
17:23Et vous allez voir
17:24que la prochaine étape,
17:25ça va être
17:25oui,
17:26mais du coup,
17:26vous êtes en train
17:26de nous dire
17:27qu'on peut tout enlever
17:28dans le cerveau
17:28et que tout le monde
17:29va récupérer.
17:30non,
17:30parce qu'il y a
17:31une limitation.
17:32Et la limitation,
17:33c'est de permettre
17:34à la mosaïque
17:36de cortex
17:37des deux hémisphères
17:39et évidemment
17:40variables en fonction
17:41des tâches sélectionnées,
17:42mais également
17:42en fonction du contexte,
17:44en fonction de l'association,
17:45en fonction de l'attention,
17:47etc.
17:48Donc,
17:48ça change tout le temps.
17:50Mais cette combinaison
17:51n'est possible
17:52que si
17:52les différents éléments
17:55de la mosaïque corticale
17:56sont reliés entre eux
17:57par des fibres,
17:58des câbles.
17:59En fait,
17:59l'ordinateur n'a rien inventé.
18:01Vous coupez le fil jaune,
18:02peut-être qu'il va ramer un peu,
18:04mais que ça va fonctionner.
18:05Vous coupez le fil bleu
18:06en plus en plus,
18:07là, il va vous dire
18:08que je n'arrive plus
18:08à faire plusieurs choses
18:09en même temps.
18:10Vous coupez le troisième fil,
18:11c'est terminé,
18:11il s'arrête.
18:12C'est exactement pareil
18:13dans le cerveau.
18:14Je ne dis pas
18:14que la fonction
18:15vient de la fibre,
18:17je dis que c'est la limitation
18:18et que c'est ça,
18:19nous,
18:19qui nous intéresse le plus
18:20au bloc opératoire
18:22et qu'est-ce qu'on va faire ?
18:23Donc,
18:28une lésion virtuelle,
18:31transitoire.
18:32Qu'est-ce qui se passerait
18:33si cette partie du cerveau
18:34était lésée ?
18:35Mais cette partie
18:36dans le sens
18:37déconnectée,
18:38exactement comme si
18:39vous faites un barrage
18:40au beau milieu
18:41de l'autoroute
18:41entre Montpellier
18:43et Narbonne.
18:45Certes,
18:45vous aurez du mal
18:46à aller à Narbonne
18:47et vice-versa,
18:48mais il peut y avoir
18:50une perturbation également
18:51du trafic autoroutier
18:53à Montpellier
18:54comme à Narbonne
18:55dans cet exemple.
18:56Donc,
18:57ça veut dire
18:58qu'il y a
19:00une conséquence
19:02délocalisée,
19:02distribuée
19:03et pas juste
19:04à l'endroit du barrage.
19:05Et c'est comme ça
19:07que fonctionne le cerveau,
19:08notamment quand,
19:09là,
19:10je vais stimuler
19:11certaines fibres
19:11où la patiente
19:12va s'arrêter
19:14ou de parler
19:15ou de bouger
19:15ou de pouvoir faire
19:16les deux en même temps
19:17ou etc.
19:19Et dès qu'il y a
19:20la moindre perturbation,
19:22alors là,
19:22ce n'est plus
19:23le neuroscientifique
19:23mais le neurochirurgien
19:24qui parle,
19:25évidemment,
19:25on s'arrête
19:25puisque sinon,
19:26on sait qu'on court
19:27à la catastrophe.
19:28En résumé,
19:29le cerveau est en train
19:30de m'expliquer
19:33son intelligence
19:33et qu'il faut que je sois humble
19:35face à lui
19:35en m'adaptant
19:36à ce cerveau
19:37de ce patient
19:38à ce moment-là
19:39en fonction du moment
19:40où on arrive
19:40dans l'histoire
19:41de la maladie.
19:41Donc, vous arrêtez
19:43l'ablation
19:43à un moment où vous pensez
19:44que les dégâts
19:44seront pires
19:45que les bénéfices
19:45et qu'à la limite,
19:47il vaut mieux laisser
19:47un petit peu
19:48de tissu malade
19:49quitte à surveiller.
19:50On verra après
19:51comment vous fonctionnez
19:52mais jusqu'où
19:54ne pas aller trop loin
19:54globalement.
19:56C'est exactement ça
19:56parce que si vous déconnectez,
19:58il n'y aura pas
20:00de récupération.
20:01Il peut s'améliorer
20:02mais il ne reviendra pas
20:03à une vie active.
20:03La plasticité,
20:04elle ne permet pas
20:04de compenser
20:05effectivement
20:06une ablation
20:07un peu importante.
20:08Ce n'est pas ça.
20:09C'est que
20:09tout système tombant
20:11est limite
20:12et que parfois
20:13je fais des exercices
20:14très importants
20:15qui vont largement
20:16au-delà de ce qu'on voit
20:17en IRM
20:17parce que le cerveau
20:18me dit
20:18j'ai largement compensé
20:20et de temps en temps
20:21il me dit
20:21non, attention,
20:23il vaut mieux
20:23s'arrêter là.
20:24Ce que je dis souvent
20:25dans les congrès
20:26de neurochirurgie
20:26vous allez voir
20:27que finalement
20:27vous allez peut-être
20:28mieux le comprendre
20:29que pas mal
20:30de mes collègues.
20:31Vous avez une lésion
20:32dans cette localisation
20:34en broca
20:34de tel volume
20:36chez un patient
20:36de 25 ans
20:37le lendemain
20:38vous opérez
20:39exactement
20:39la même tumeur.
20:41La même localisation
20:42le même volume
20:43le même âge
20:44d'accord
20:44et vous avez l'impression
20:45de faire la même chirurgie.
20:47Pas du tout
20:47parce qu'en fait
20:48le cerveau
20:48de chaque patient
20:49s'est réorganisé différemment
20:51sachant que nous n'avons
20:52pas un cerveau équivalent
20:53puisque le développement
20:54a été différent
20:55en fonction
20:55de ce dont on a parlé
20:57ce matin
20:57c'est-à-dire
20:58finalement
20:59la culture
21:00la génétique
21:01l'enseignement
21:03voire
21:03les motivations
21:04profondes
21:05qui font que
21:06quand on devient expert
21:07on sélectionne
21:09comme on a dit
21:09des réseaux
21:10qui sont
21:11beaucoup
21:11des associations
21:12devrais-je dire
21:13de réseaux
21:13qui sont
21:14beaucoup plus
21:15mis en exergue
21:17encore une fois
21:18chez un musicien
21:18par rapport
21:19à un neurochirurgien
21:20par rapport
21:20à un journaliste
21:21etc.
21:22Donc c'est ça
21:23qu'il faut arriver
21:24à comprendre
21:25c'est que le cerveau
21:26quand il nous dit
21:26je suis arrivé à la limite
21:27il faut le préserver
21:28et pendant que je parlais
21:29vous avez dû voir
21:30que là
21:30j'ai stimulé en profondeur
21:31et qu'évidemment
21:32la patiente
21:33s'est arrêtée
21:34de bouger
21:34de parler
21:35donc avant
21:36juste de répondre
21:37à votre question
21:37sur comment on fait
21:39quand on laisse
21:39de la tumeur
21:41d'abord
21:41je voudrais montrer
21:42les résultats
21:43plus de 1000 patients
21:45l'équipe
21:46mortalité zéro
21:480,5%
21:49de séquelles
21:51il faut rester humble
21:52comme je l'ai dit
21:52on opère le cerveau
21:54il n'y a pas 0%
21:55de risque
21:56mais c'est quand même
21:57comme vous voyez
21:57le ciel qui nous tombe
21:58sur la tête
21:58surtout avec une sélection
22:00de patients
22:01considérés comme étant
22:02inopérables
22:02a priori
22:03selon des bases
22:04de cette région
22:06sert à cette fonction
22:07non
22:07mais surtout
22:09avec préservation
22:10et là on monte
22:11d'un niveau
22:11pas simplement
22:12je bouge
22:12je parle
22:13mais comme on a demandé
22:14aux patients
22:14de rester concentrés
22:16de façon prolongée
22:17on a indirectement
22:18testé sa cognition
22:20voire son émotion aussi
22:22parce que vous imaginez
22:22qu'il faut un certain contrôle
22:25émotionnel
22:26comportemental
22:26du moins au début
22:27parce qu'après
22:28on se dit
22:28finalement
22:28je suis là pour travailler
22:30donc
22:30comme un examen
22:31qui peut faire
22:32que vous allez devenir
22:34un médecin
22:34un journaliste
22:35et que ce jour-là
22:36votre vie bascule
22:37en vous restant concentré
22:38pendant 3 heures ou pas
22:42médiane de survie
22:43on est parti
22:44de 5 à 6 ans
22:45plus de 20 ans
22:47dans certains sous-groupes
22:49parce qu'on a un peu
22:50mieux compris
22:51le docteur Darlix
22:52vous l'expliquera mieux
22:53que moi tout à l'heure
22:53qui avait des guillaumes
22:55de Bagrate
22:55qui étaient un peu moins méchants
22:56plus de 25 ans
22:57et me dire
22:58c'est pas satisfaisant
22:59puisqu'ils sont pas guéris
22:59non mais maintenant
23:00on a une génération
23:01pour pouvoir
23:03voir quand même
23:04ces enfants grandir
23:06et où se développer
23:08dans son travail
23:09et où
23:10assouvir ses passions
23:11donc ça veut dire aussi
23:12que d'un seul coup
23:13c'est pas
23:13j'ai les pètes d'Amoclès
23:15en mourant
23:16dans un avenir
23:16à court terme
23:17pour être cru
23:18mais dire
23:19finalement
23:20j'ai plein de choses à faire
23:21donc je vais les occuper au mieux
23:23oui d'accord
23:23mais pour ça
23:24il faut le potentiel
23:25cérébral
23:26et vous êtes allé trop loin
23:27le cerveau m'a dit
23:29je suis à la limite
23:29donc je peux pas en profiter
23:30si parce qu'on s'est arrêté
23:32à temps
23:32et c'est là
23:33où on a donc
23:34des résultats uniques
23:35au monde
23:35en ayant intégré
23:37les neurosciences
23:37au bloc opératoire
23:38et vice-versa
23:39à savoir
23:41quasiment 95%
23:42de retour
23:42à une vie professionnelle
23:44en sachant que
23:44quand ce n'est pas possible
23:46la plupart du temps
23:47c'est de façon
23:48un peu indirecte
23:49c'est à dire
23:49aussi soyons honnêtes
23:50liés à la maladie
23:51parce que les patients
23:52peuvent continuer
23:52à faire des crises d'épilepsie
23:54donc si vous avez des crises
23:55ne serait-ce que
23:55pour des raisons médicaux légales
23:57vous ne pouvez pas conduire
23:58et de nos jours
23:59si on ne peut pas conduire
23:59beaucoup de patients
24:00ne peuvent plus travailler
24:02alors avant de prendre les questions
24:03je voudrais quand même
24:04qu'on reparle des patients
24:06donc le post-opératoire
24:08il doit être
24:09bon il doit être très fatigué
24:10ces gens-là
24:10et puis ils ont quand même
24:11une épée de damoclase
24:12parce que
24:12quelle est la proportion
24:13de patients
24:14que vous devez réopérer
24:15ça je vais en parler
24:16juste tout à l'heure
24:17si vous voulez bien
24:19le temps file
24:21je voulais juste dire
24:22que les patients
24:23retournent à une vie familiale
24:25ça me paraît important
24:26c'est le plus important
24:27avec très peu
24:28finalement
24:29de divorces
24:30de séparation
24:31les patients
24:32peuvent faire des études
24:34sous-entendu
24:35vous avez enlevé
24:35la région de Broca
24:36d'accord
24:37on avait automatisé
24:38parce qu'on était adulte
24:39donc on revient
24:40sur ses acquis
24:40non non
24:41on peut continuer à apprendre
24:42le cerveau est magique
24:43on peut faire du sport
24:44comme vous l'avez dit
24:45de très haut niveau
24:45avec des champions
24:47éventuellement
24:49je ne travaille pas
24:49le secret professionnel
24:51puisqu'il y a eu
24:51des films là-dessus
24:52des champions du monde
24:53dans leur domaine
24:54on peut rester créatif
24:56on a parlé tout à l'heure
24:57et on commence
24:58à s'intéresser
24:59aux bases neurales
24:59de la créativité
25:00à savoir
25:02finalement
25:02être soi-même
25:04d'un côté
25:04avoir beaucoup d'idées
25:05surtout quand on se met
25:06dans un état
25:08méditatif
25:08et avoir
25:09le réseau de contrôle
25:10exécutif
25:11et une balance
25:11entre les deux
25:12donc ça veut dire
25:14qu'on commence
25:14à comprendre
25:15cette interaction
25:16et je m'arrêterai là
25:16sauf pour répondre
25:18à votre question
25:19qui fait que
25:20ces mécanismes
25:21de neuroplasticité
25:22dont j'ai parlé tout à l'heure
25:23vont continuer
25:24après l'intervention chirurgicale
25:26même si on a laissé
25:27un peu de tumeur
25:28et que du coup
25:28cette tumeur
25:29va continuer à induire
25:31heureusement ou malheureusement
25:33si elle ne revenait pas
25:34ce serait très bien
25:35si elle revient
25:35je réopère les patients
25:37comme ça m'est arrivé
25:38cette semaine
25:397 ans plus tard
25:39en l'occurrence
25:41en réenlevant
25:41une partie supplémentaire
25:43du cerveau
25:43qui m'avait dit
25:44la première fois
25:45il ne faut pas aller plus loin
25:47sinon on va faire des bêtises
25:48et la deuxième fois
25:49qui m'a dit
25:49pas de problème
25:50allez-y
25:51prenez de la marge
25:52et il m'est arrivé maintenant
25:54de réopérer des patients
25:555 fois
25:56au bout de 25 ans
25:58alors qu'ils continuaient
25:59à avoir une vie active
26:00donc le cerveau
26:02est magique
26:03miraculeux
26:04si on arrive
26:05à extraire
26:06ce potentiel
26:07que bien souvent
26:08on inhibe
26:09et avant de répondre
26:10à vos questions
26:11et aux questions
26:12de la salle
26:13j'aimerais juste
26:15vous transmettre
26:16le message
26:16de ces milliers
26:17de patients
26:18même si évidemment
26:19ce serait bien
26:20de ne pas avoir
26:20de tumeur au cerveau
26:22mais beaucoup
26:22me disent
26:24immédiatement
26:24mais des années plus tard
26:26une des choses
26:27très positives
26:28qui me soit arrivée
26:29dans la vie
26:29c'est d'avoir été opéré
26:31d'une tumeur au cerveau
26:32non pas dans le sens
26:33j'ai eu la chance
26:33d'être opéré
26:34par vos soins
26:35mais je me suis investi
26:38et depuis
26:39j'ai pu mesurer
26:41ce dont j'étais capable
26:42et comme je sais
26:43que j'ai un avenir
26:44même si potentiellement
26:45il sera raccourci
26:46mais où je peux faire
26:47des projets
26:48sur le long terme
26:48en gros
26:4920 ans
26:50et peut-être plus
26:51nous allons continuer
26:52à progresser
26:53j'ose espérer
26:53grâce au collègue
26:54un neuro-oncologue
26:56alors je sais exactement
26:57en fait ce que je veux
26:58dans la vie
26:59et ma question était
27:00pourquoi je ne l'avais pas fait
27:01avant
27:01alors que maintenant
27:02je me permets de ne plus
27:04travailler qu'à mi-temps
27:05pour m'occuper un peu plus
27:06de la famille
27:07ou de faire le tour du monde
27:08ou de m'investir
27:08dans ma passion
27:09ou de faire plus de sport
27:10ou au contraire
27:11de vouloir à tout prix
27:13travailler à 150 heures
27:14par semaine
27:15peu importe
27:16mais ça veut dire
27:17que là on se le permet
27:19alors qu'on ne le faisait pas avant
27:20et ma question de fond
27:21c'est pourquoi faut-il avoir
27:23une tumeur au cerveau
27:24l'équivalent
27:25pour donner le meilleur
27:26de soi-même
27:27et tendre vers
27:27cette forme de transcendance
27:30merci
27:31merci infiniment
27:33merci à tous
27:33merci à tous
27:33merci à tous
27:34merci à tous
27:34merci à tous
27:35merci à tous
27:35merci à tous
27:35merci à tous
27:36merci à tous
27:36merci à tous
27:37merci à tous
27:37merci à tous
27:37merci à tous