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  • il y a 19 heures
Jeudi 15 octobre 2026, retrouvez Fabien Napolitano (Directeur général, Exail Technonologies) et Amiral Guillaume Merveilleux du Vignaux (Commissaire général, Euronaval) dans SMART TRENDS, une émission présentée par Thomas Hugues.

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00:07Smart Trends, c'est le grand rendez-vous des mutations et des tendances sur Be Smart for Change.
00:13Deux fois par mois, l'émission s'installe au cœur des événements qui font bouger la France et les filières
00:18mondiales de l'auto,
00:19Salon de l'agriculture, VivaTech.
00:22Et aujourd'hui, c'est un gros plan sur Euronaval que je vous propose, le Salon Mondial du Naval de
00:28Défense.
00:28C'est parti pour Smart Trends.
00:34Smart Trends, consacré à Euronaval, le Salon Mondial du Naval de Défense qui se tient du 3 au 6 novembre
00:40à Paris, Norville-Pinte.
00:42Je vous présente mes invités, l'amiral Guillaume Duvigneault. Bonjour, bienvenue.
00:46Bonjour, monsieur.
00:47Vous êtes commissaire général d'Euronaval. Marie de Saint-Salvi, bonjour.
00:51Bonjour.
00:51Bienvenue, vous êtes la présidente de LBA pour le Bronze Aloys.
00:54On va démarrer en présentant Euronaval.
00:57D'ailleurs, ça existe depuis combien de temps ?
00:59Et puis alors, qui y participe ? Qu'est-ce que ça représente Euronaval aujourd'hui ?
01:02Ça existe depuis 60 ans.
01:04C'est donc la 30e édition.
01:07C'est tous les deux ans.
01:08C'est tous les deux ans, oui.
01:09C'est biennal.
01:10Pas mal d'expériences.
01:11C'est monté initialement par la Marine Nationale, à destination des industriels français.
01:15Puis ça s'est étendu au fur et à mesure, avec la DGA notamment, qui a pris en main tout
01:18ça.
01:19Et c'est aujourd'hui un salon très international.
01:21C'est le Mondial du Naval de Défense.
01:23Premier salon mondial en matière de Naval de Défense.
01:27Et qui accueillera cette année, donc à Villepinte, comme vous l'avez souligné, du 3 au 6 novembre, à peu
01:33près tout ce qui se fait en matière d'industrie navale.
01:36Et puis évidemment, ça accueillera aussi de nombreuses délégations officielles, environ 550, qui viendront justement voir ce qui se fait
01:42et puis réfléchir à l'avenir.
01:43Je veux bien que vous nous présentiez, Marie de Saint-Salvi, votre entreprise, LBA en quelques mots pour commencer.
01:47Oui, rapidement, donc le Bronze Alloys, donc LBA, plus facile à prononcer cette année, environ 400 millions de chiffres d
01:54'affaires, 1000 personnes, des usines principalement en France, mais une fonderie en Nouvelle-Zélande.
02:00Et on conçoit, fabrique, certifie des alliages critiques pour les applications critiques.
02:06Alors, qu'est-ce que ça veut dire, des alliages critiques pour les applications critiques ?
02:09Ça veut dire des mélanges de métaux rares, complexes, qu'on chauffe, qu'on refroidit, qu'on masse, qu'on
02:17étale, de façon à ce qu'ils aient à la sortie les propriétés dont on a besoin pour les trains
02:22d'atterrissage, l'anticorrosion, la résistance au nucléaire sur certains sous-marins, etc.
02:29Et vous travaillez exclusivement pour l'univers de défense ?
02:33Non, du tout, comme la plupart des acteurs comme nous, on travaille en transverse, alors que sur du business to
02:39business et pour des applications critiques, mais aéronautique, défense, électronique et nucléaire.
02:44Et qu'est-ce que vous attendez d'un salon comme Euronaval ? C'est un rendez-vous très important
02:48pour vous tous les deux ans ?
02:49Oui, nous, ça fait partie de nos gros rendez-vous, comme tout le monde, on a Euronaval une année, le
02:54Paris-Sershow, le Bourget l'autre année, et puis après quelques autres salons, ça nous sert à mutualiser le fait
02:59qu'on voit tous nos clients au même endroit pendant trois jours.
03:03Qu'est-ce qu'on expose à Euronaval ? Qu'est-ce qu'on peut montrer ou ne pas montrer
03:08? Vous voyez ce que je veux dire ?
03:09On peut montrer beaucoup de choses, alors évidemment tout ça, ça se place dans un cadre légal, une réglementation qui
03:15est fixée par l'État et par la loi, donc déjà ça fixe un certain nombre de limites.
03:20Et ensuite on montre ce que les industriels montrent, ce qu'ils veulent bien montrer, ou ce qu'ils désirent
03:25particulièrement montrer, notamment les nouvelles technologies bien sûr, leurs innovations,
03:29et ce qui a pour objectif de répondre aux besoins opérationnels des marines et des gardes-côtes qui assurent la
03:35défense des intérêts des nations à la mer.
03:37Le thème cette année, c'est le retour du fait naval dans la conflictualité, évidemment l'actualité prouve l'importance
03:43stratégique du naval.
03:48Quelle leçon vous tirez de ces deux, trois dernières années ?
03:52Alors le thème c'est effectivement ça, ça c'est le thème même de la conférence d'ouverture qui va
03:56poser un petit peu le tableau stratégique du contexte dans lequel se situe le salon.
04:02Le thème général c'est vers la haute intensité, ce qui dit un petit peu la même chose.
04:05C'est vers, c'est-à-dire qu'on n'y est pas encore, même s'il y a quelques
04:08signes plus qu'avant-coureurs aujourd'hui.
04:10Et c'est justement un désenseignement, c'est pour ça qu'on a choisi ce thème-là, qui illustre la
04:14tendance, malheureusement je devrais dire, des opérations,
04:18et puis qui elles-mêmes sont le fruit des relations internationales qui se dégradent.
04:21Donc depuis deux ans, c'est bien ce qu'on constate, cette dégradation des relations internationales,
04:28et l'extension de la conflictualité vers la mer et vers le large, ça c'est pour l'aspect géopolitique,
04:34stratégique et opérationnel.
04:36Et puis tout cela se fait dans un contexte technologique d'évolution extrêmement rapide des technologies,
04:40avec notamment la digitalisation, la numérisation, l'intelligence artificielle bien sûr, l'autonomisation, qui change la donne fondamentalement.
04:49Et qu'est-ce que ces conflits récents changent ou sont en train de changer dans la manière de penser
04:54la guerre navale ?
04:56Oui, c'est une manière nouvelle qu'il faut anticiper, construire aujourd'hui, et c'est vrai dans tous les
05:01domaines,
05:02de l'industrie jusqu'au marin, je devrais dire, c'est-à-dire jusqu'à l'utilisateur final,
05:09et c'est quelque chose, on est en marche aujourd'hui dans ce domaine-là.
05:12Alors on doit concilier à la fois le temps long, d'une marine qui se construit, d'équipements qui se
05:16construisent dans la durée,
05:17une industrie qui elle-même repose sur des bases qui ont été posées normalement il y a un certain temps,
05:22et qui continue d'évoluer dans une forme de déséquilibre avant.
05:26Et c'est vrai aussi évidemment pour la manière dont on en opère, à la mer, c'est-à-dire
05:29jusqu'au marin lui-même, comme je le disais.
05:31Marie de Saint-Salvi, si on rentre un peu dans le détail de ce que vous fabriquez,
05:36où est-ce qu'on trouve vos matériaux dans des navires militaires ?
05:40Un peu partout, alors tout ce qui est l'anticorrosion, ça c'est quand même l'un des musts du
05:45naval,
05:46mais aussi tous les matériaux pour qu'ils soient amagnétiques, c'est-à-dire avec tous les systèmes de détection
05:52électronique,
05:53tout ce qui est lié au nucléaire, pour que ce soit une protection contre les neutrons,
05:59un certain nombre d'autres applications après un petit peu plus sensibles autour des systèmes d'armes,
06:06y compris de la dissuasion nucléaire.
06:07Est-ce que vous ressentez, vous, dans vos carnets de commandes, les conséquences de la conflictualité dont on parlait à
06:16l'instant ?
06:17Voilà, on peut remonter jusqu'au début de l'invasion de l'Ukraine d'ailleurs.
06:23Alors oui, sur certains points, par exemple sur les munitions, et oui globalement, mais pas d'abord en France,
06:29mais on s'y met tous, que ce soit dans les associations professionnelles, les salons,
06:35et puis toutes les personnes qui travaillent sur ces sujets-là pour que justement ça aille plus vite, plus fort,
06:40plus simple,
06:41tout en ne faisant pas de compromis sur la substituabilité pour que ce soit souverain et la fiabilité.
06:47Ça veut dire que quels sont les marchés qui se sont réveillés, j'emploie des termes qui sont les miens,
06:54avant le marché français ou européen ?
06:56Alors les munitions, très clairement, au global, en Europe, où on n'en faisait plus,
07:00alors pardon, quand je parle dans mon métier de munitions, c'est pas des balles pour des fusils d'assaut,
07:05on est dans les canons de la marine, les canons des chars, les missiles intercontinentaux, etc.
07:13Et puis, plus globalement, ce qui s'est réveillé, c'est l'Europe de l'Est, l'Allemagne,
07:18qui n'aimait plus rien et ne faisait plus rien, et puis l'Amérique du Nord.
07:23Quelles sont les grandes transformations que vous observez, Guillaume Duvigneault ?
07:28Là, on a parlé de conflictualité.
07:31Si on parle un peu plus de technologie, est-ce qu'il y a des mutations en cours qu'il
07:36faut accompagner ?
07:38Elles sont immenses, on les voit tous d'ailleurs.
07:41Je les ai mentionnés un petit peu tout à l'heure.
07:43La digitalisation, l'importance de la donnée, ça devient totalement dimensionnant aujourd'hui.
07:49Et puis derrière, les outils aussi d'utilisation de cette donnée,
07:51c'est-à-dire l'intelligence artificielle qui permettent le traitement en masse aujourd'hui.
07:54Il y a aussi un autre phénomène d'ailleurs, avant d'avancer, c'est la multiplication des capteurs.
07:58Donc tout ça, ça permet une autonomisation grandissante, donc la dronisation.
08:04On va en reparler, évidemment.
08:05Qui permet même de disperser un certain nombre de capacités, de multiplier les capteurs,
08:09parce qu'un drone peut porter un capteur ou des armes.
08:12Et puis ensuite, cette capacité justement de traiter cette donnée qui est gigantesque.
08:15Autrefois, ce qui était difficile, c'était d'aller chercher l'information, enfin d'avoir de l'information.
08:20Voir ce qui se passait de l'autre côté de la colline, comme disait Clausewitz.
08:23Aujourd'hui, on a beaucoup, voire même presque trop, je dois-je dire, d'informations.
08:28En tout cas, la difficulté, c'est de traiter cette masse de données.
08:31Et c'est ça, une des grandes évolutions actuelles et à venir,
08:35avec derrière l'intervention indispensable de l'intelligence artificielle,
08:38justement pour traiter en masse ces données, déceler les signaux faibles, aider la décision.
08:43Paris Saint-Salvi, même thématique, même question ?
08:46Alors nous, à la fin, dans la fabrication, on est évidemment dans le hardware,
08:49mais les impacts de la digitalisation et surtout de l'intelligence artificielle dans notre métier sont majeurs.
08:54Donc nous, on design, on modélise tous nos alliages avec ça.
08:59Nos fonderies, nos machines sont très largement semi-automatisées.
09:04Comme je disais, on reste dans l'industrie lourde,
09:05mais c'est essentiellement pour tout ce qui est contrôle, certification, les modélisations.
09:10Donc on l'utilise énormément.
09:12On a eu, hélas, un accident grave au mois de juin dernier.
09:15L'analyse de cause a été faite à 95% en 48 heures, grâce au fait qu'il y avait
09:20des capteurs partout.
09:22Le fait de justement avoir des capteurs partout, ça a un faire sur votre façon de travailler,
09:29sur ces matériaux que vous créez ?
09:32C'est-à-dire qu'il faut... Pardon, je pose des questions de Béossien,
09:34mais j'assume, j'imagine que beaucoup de nos téléspectateurs, téléspectatrices,
09:37connaissent aussi peu votre domaine que le mien.
09:39C'est-à-dire qu'il faut faire de la place aux capteurs, vous voyez ce que je veux dire
09:42?
09:42Nous, on est dans des grosses machines, des grands halls et des gros ateliers,
09:46donc chez nous, ça va. Sur les bateaux, c'est plus complexe.
09:50Effectivement. Sur les drones, quand on voit la guerre menée par la Russie en Ukraine,
09:59la place que les drones ont pris, peut-être à quel point ça a changé la façon de penser la
10:03guerre.
10:03Est-ce que c'est vrai dans le domaine naval aussi ?
10:06Oui, c'est vrai aussi, bien sûr, avec évidemment des spécificités.
10:10La mer, c'est pas la terre.
10:11Une petite évidence, mais ça va au coup de le rappeler de temps en temps,
10:14notamment sur un pays qui a une ZE, une zone économique exclusive gigantesque,
10:18comme la France, des intérêts maritimes immenses,
10:20mais qui a parfois une petite tendance à regarder vers le continent.
10:24Et donc, la mer, c'est pas la terre.
10:25Et il y a effectivement des spécificités,
10:27notamment l'abrasivité du milieu maritime.
10:30La mer n'est pas toujours plate.
10:32C'est pas un lac.
10:33Elle peut être plus ou moins ouverte.
10:35La mer Noire est une mer fermée,
10:37donc avec des conditions météorologiques qui sont peut-être un peu plus permissives
10:40pour des petites plateformes comme les drones d'aujourd'hui,
10:43vis-à-vis d'un océan, par exemple.
10:46Donc l'abrasivité de l'environnement est très particulière.
10:48Donc effectivement, la dronisation, l'autonomisation permet de multiplier les plateformes.
10:54Et c'est le cas précisément avec les drones.
10:57Mais il faut aussi prendre en compte les spécificités du milieu qu'on ne trouve pas à terre.
11:01Ça veut dire qu'on utilise moins de drones et on utilisera moins dans la guerre navale ?
11:06Je ne pense pas qu'on en utilisera moins.
11:08Peut-être un petit peu moins, effectivement,
11:09parce que les petits drones, les tout petits drones,
11:12vont vivre moins longtemps en mer ou moins facilement.
11:14Donc ce sera forcément des plateformes un peu plus épaisses
11:18et donc plus coûteuses et plus complexes à mettre en œuvre.
11:21Mais une chose est certaine, c'est qu'on va vers une autonomisation très, très importante
11:26des systèmes de combat et des ensembles généraux.
11:30Ce ne sera pas de la dronisation complète, je ne pense pas.
11:32Donc il y aura un mix à trouver.
11:34Mais on va très clairement vers une dronisation et une robotisation
11:37et donc une dronisation des marines.
11:40Est-ce que vous travaillez aussi sur des drones ?
11:42Oui, alors nous, ça ne change pas grand-chose qu'on livre pour un système piloté par un homme
11:47ou piloté par un robot, la nature de l'alliage et du matériel est le même.
11:53Non, nous, ce que ça change, c'est essentiellement tous les besoins liés.
11:56Ça déséquilibre les lignes de production, c'est-à-dire qu'on a de plus en plus
11:59de petits composants liés à des composants passifs.
12:02Donc amagnétiques, c'est ce qu'on appelle passifs,
12:06pour refroidir les data centers, nourrir tout ça.
12:10Tous les modèles d'IA sont quand même extrêmement lourds
12:13en matière de câblerie spécifique, électronique et autres refroidissements.
12:17Et comme l'a dit l'amiral, la mer s'est salée et il y a du brouillard.
12:21Les câbles électroniques apprécient assez peu.
12:24Donc ça veut dire qu'il faut les surprotéger par rapport à des produits que vous faites pour l'alliage
12:30à terre ?
12:30Alors ça, c'est l'extérieur et on peut.
12:32Nous, on le traite plutôt par comment on définit l'alliage
12:35de façon à ce qu'en fait, ces propriétés internes ne soient pas à risque
12:39du fait de cette agressivité du milieu.
12:42On parle d'innovation dans ce que vous faites, vous, chez LBA.
12:47À quel point, quelle va la part du budget recherché et développement ?
12:52À quel point vous créez en permanence ou vous travaillez en permanence ?
12:55L'entreprise de notre taille, c'est majeur.
12:56On est vraiment, de toute façon, les ETI, entreprises de taille intermédiaire,
13:00qui sont comme ça sur des applications critiques.
13:03Nous, c'est plus de 5 millions de R&D autofinancés par an, ce qui, pour notre taille, est énorme.
13:07Et puis après, il y a tous les aspects crédit, impôts, recherche, subvention, soutien à l'innovation, etc.
13:13Je ne pense pas... On a des applications certifiées dans l'aéronautique civile qui, elles, vivent pendant des décennies.
13:19Et toutes les autres sont spécifiques à chaque nouveau besoin client.
13:23Alors après, spécifiques à 5% ou à 70%.
13:27C'est-à-dire, pour chaque demande, chaque nouveau client, il faut inventer quelque chose, en quelque sorte.
13:32Nous, on fait de l'alliage spécifique dans des très petites quantités.
13:35Nous, on va couler par... Alors, ça ne vous dit rien, et moi, il y a un an non plus,
13:38ça ne me disait rien non plus.
13:39Mais on va couler par une tonne, trois tonnes, parfois 250 kilos pour des Thalès ou des besoins spécifiques comme
13:46ça.
13:46Là où les métallurgistes, les gros de la commodité, ne considèrent rien avant 5 000 tonnes.
13:52Est-ce que, justement, sur cette partie innovation, recherche et développement, c'est difficile pour une entreprise de votre taille,
13:59une UTI, de financer cette...
14:02Non, honnêtement, le financement de l'innovation n'est pas le sujet dans notre pays.
14:07C'est plus après la rapidité de la certification et de l'acceptation des nouveaux matériels.
14:12Et est-ce que, puisqu'on parle de financement, je reviens à ce que vous disiez tout à l'heure,
14:16c'est la qualité, la solidité du carnet de commandes, notamment de l'État, qui vous pose problème ?
14:24Non, honnêtement...
14:25Parce que parfois, il y a des promesses politiques et puis pas forcément les carnets de commandes derrière.
14:29C'est en effet une question assez classique dans les interviews. Nous, on n'a pas spécialement besoin de subventions,
14:34on n'a pas spécialement besoin de plus de commandes.
14:37On est très différenciants. Les commandes, on sait les trouver. Les financements, on sait les trouver.
14:41C'est plutôt la lenteur et les lourdeurs administratives et de décisions et de certification et de substitution.
14:47C'est une bonne nouvelle, on n'a pas besoin d'argent.
14:49Oui, c'est une très très bonne nouvelle, effectivement.
14:51Quand on parle de souveraineté, Amiral Duvigneault, c'est une souveraineté qu'on doit penser française, qu'on doit penser
14:59européenne ? Les deux ?
15:01Je pense que c'est les deux, effectivement.
15:03Bien sûr, il faut identifier, quand on parle de souveraineté d'ailleurs, de quoi veut-on parler exactement ?
15:07Il s'agit, je pense, de parler de capacité à conserver sa liberté d'action.
15:12Ensuite, comment ça se décline derrière ?
15:13Effectivement, il y a un certain nombre d'éléments qui nous paraissent, au sens de la stratégie, absolument indispensable de
15:20maîtriser en national.
15:22Je pense notamment à ce qui concerne la dissuasion nucléaire en particulier.
15:26Et ensuite, il y a un certain nombre d'éléments pour lesquels conserver une souveraineté absolument nationale et purement nationale
15:32serait d'abord trop coûteux, sans doute impossible d'ailleurs pour certains cas.
15:35Et qu'il faut donc envisager en partenariat, et c'est possible en partenariat évidemment avec des gens fiables, c
15:40'est-à-dire nos alliés européens en particulier.
15:42Parce qu'on voit que les alliés fiables peuvent moins le devenir, je pense aux Etats-Unis par exemple.
15:47Oui, ils peuvent moins le devenir, c'est le sens de l'histoire parfois, même si je pense qu'on
15:51doit pouvoir nous aussi nuancer ces propos-là.
15:53On est aujourd'hui parfois dans des attitudes un peu carrées, ou des interprétations un petit peu binaires des choses,
15:59ce sont beaucoup plus complexes que ça.
16:00Mais effectivement, on a en tous les cas clairement au sein de l'Union Européenne des liens extrêmement forts, et
16:05puis il faut bien y réfléchir évidemment, et puis continuer de les construire.
16:08Les choses ne seront jamais gagnées, donc il faut continuer de les construire et de les entretenir.
16:13Si on parle de matériaux et de souveraineté, est-ce qu'il y a des métaux ou des matières premières
16:18dont l'approvisionnement est plus critique que d'autres ?
16:22Non, c'est la combinaison du métal et de la capacité à le transformer.
16:25En fait, le métal, ça se refond très bien, donc c'est très circulaire et ça se recycle extrêmement bien.
16:29Donc c'est beaucoup moins l'approvisionnement en tant que tel que la capacité à le transformer, qui aujourd'hui
16:34devient extrêmement rare au niveau européen,
16:37parce qu'en effet la souveraineté sait ce qu'on soit au niveau européen.
16:40Donc l'enjeu est plutôt là, avec la capacité à descendre dans les chaînes de supply et à identifier et
16:44cartographier ces aspects-là,
16:47qui n'étaient pas, on raisonnait tous autant qu'on était, par architecture de système et sous-système sur des
16:52produits finis,
16:53pas par des approvisionnements de métaux critiques.
16:57Donc l'enjeu est là aujourd'hui, on peut bloquer un sous-marin par manque de fil de soudure,
17:03pour être caricatural, si on n'a pas les bonnes autorisations, ITAR, d'export-contrôle.
17:09Mais alors sur les matériaux eux-mêmes, en revanche, vous nous dites qu'il n'y a pas vraiment d
17:13'enjeu.
17:13Très peu dans notre métier.
17:14Nous, on approvisionne moins de 5% de matériaux neufs, dont 0% en Chine et 0,3% aux
17:22États-Unis.
17:23Et la question de la recyclabilité ou du recyclage de ces matériaux, ça c'est un enjeu important ?
17:29C'est fondamental et en plus, du coup, ça va avec l'aspect environnemental,
17:33mais qui est aussi bon pour la souveraineté et l'aspect économique.
17:36Donc nous, on croit beaucoup à ça.
17:37On a un taux de circularité qui est supérieur à 85% aujourd'hui.
17:42D'accord.
17:42Avec des filières qui existent ?
17:43Avec des filières qui existent.
17:45Quels que soient les matériaux ?
17:46L'avantage du métal, c'est que ça se refond très bien.
17:49Oui, effectivement.
17:50Sur ces enjeux d'accès à certains matériaux, on parle de terres rares, de métaux rares, etc.
17:58Est-ce qu'effectivement, on peut considérer qu'on est serein ?
18:03Ou qu'il y a encore des points d'inquiétude à avoir ?
18:07Je pense qu'on soit serein, on n'en parlerait même pas.
18:10Nous, on n'est pas complètement serein, effectivement.
18:12Parce que là, j'ai un discours qui est un discours très serein.
18:14Oui, mais ça ne veut pas dire que les substituabilités possibles sont choisies.
18:16Mais là, c'est compliqué.
18:18Substituabilité possible, ça veut dire quoi ?
18:19C'est-à-dire les alternatives à ce qui aujourd'hui n'est pas souverain.
18:22D'accord.
18:22Mais vas-y, Guillaume.
18:23Non, mais il y a...
18:24D'abord, ça dépend des secteurs.
18:26Dans le cas de Marie, effectivement, le problème...
18:28Le métal, c'est plus ça.
18:29Pour le métal.
18:31Effectivement, il y a un certain nombre de technologies.
18:32Je pense d'agir rien qu'au numérique.
18:34Vous avez l'humé votre ordinateur, tout l'environnement est américain.
18:37Bien sûr.
18:37Et la base.
18:39La cyberdéfense est elle-même soumise à un certain nombre de difficultés, notamment
18:44avec l'intelligence artificielle, là aussi très américanisée.
18:48Donc la souveraineté, il y a un grand chemin à faire dans ce domaine-là, par exemple.
18:51Les terres rares aussi, vous l'avez mentionné.
18:53Donc ensuite, derrière, de quoi s'agit-il ?
18:54Il s'agit d'abord d'identifier, je parlais de liberté d'action et de savoir ce qu'on
18:59doit faire ou ce qu'on peut faire, identifier ce qui nous paraît indispensable, identifier
19:03nos faiblesses aussi, et puis derrière, effectivement, choisir des modes d'action qui peuvent varier.
19:08Ça peut être augmenter les stocks, ça peut être choisir des partenariats, ça peut
19:12être choisir des moyens de substitution, justement.
19:15C'est le délégué général de l'armement qui prenait cet exemple l'autre jour.
19:19des aimants qui servent dans les moteurs de drone et qui sont eux-mêmes fabriqués
19:24à partir de terres rares.
19:25En tous les cas, ils possèdent de la terre rare en leur sein.
19:29Eh bien, l'intérêt aujourd'hui, c'est de développer des technologies qui ne font
19:32pas recours à ces types d'aimants-là pour pouvoir justement fabriquer des moteurs
19:36de drone de manière souveraine, en tous les cas indépendant des terres rares chinoises.
19:40Quand on parle de métaux rares, d'ailleurs, de quoi on parle ?
19:43On parle en effet de ce qui est terres rares.
19:46On parle, par exemple, de l'un des métaux les plus importants en alliage critique,
19:51c'est le cuivre, qui n'est pas extrêmement rare.
19:53Mais la tension sur le marché, et puis surtout la tension sur le marché d'approvisionnement
19:57du cuivre a fait qu'il a atteint aujourd'hui des prix tellement élevés.
20:00Il ne faut pas oublier que depuis peu, en matière d'export-contrôle, un certain nombre
20:05de matériaux considérés comme difficiles d'approvisionnement, dont le cuivre, dans certains
20:09alliages sensibles en tant que tels.
20:11Le matériau brut sont maintenant soumis à des licences d'export depuis la Chine,
20:15depuis les États-Unis, etc.
20:18Et puis même quand je parlais des substituabilités qui existent, encore faut-il, donc on a été
20:22nous-mêmes impliqués, LBA, dans cette recherche sur les alternatives aux aimants, encore faut-il
20:28que la solution qui existe soit acceptée, acceptable, certifiée.
20:33Et ça prend du temps, ça ? Une certification, ça peut prendre combien de temps ?
20:38Ça peut prendre des années.
20:40Et là, c'est vraiment une question, c'est plutôt ça, je pense qu'il faut faire évoluer,
20:45c'est les circuits administratifs et de rapidité de décision.
20:48Parce que cette capacité d'adaptation, elle devient encore plus stratégique aujourd'hui ?
20:53Oui, absolument.
20:54Je mentionnais tout à l'heure au début de l'émission l'évolution extrêmement rapide
20:58des technologies.
20:59Aujourd'hui, il est plus seulement question d'avoir des plateformes, je pense aux bateaux
21:03à nouveau drones qui fonctionnent et qui sont au premier rang, on va dire, des capacités.
21:09C'était le cas autrefois, enfin autrefois, il n'y a pas si longtemps que ça, et puis
21:11c'était parti pour 20 ans à ce niveau-là, à peu près, plus ou moins.
21:15Aujourd'hui, ça bouge tellement vite qu'il faut être capable d'être toujours en avant
21:19de la course, en permanence, c'est-à-dire d'être très évolutif.
21:22Oui, mais alors quand on construit, pardon de m'interrompre, mais un bateau, je vais simplifier,
21:26de guerre, on ne le construit pas pour 5 ans, on le construit pour quoi ? Pour, je ne sais
21:29pas,
21:29que 30, 40, 50 ans. Donc, il faut avoir la capacité de le faire évoluer en permanence.
21:34Exactement, on a l'exemple très connu du porte-avion nouvelle génération, le France
21:38libre, qui finira peut-être sa vie vers 2080. Et on le fabrique, on le conçoit aujourd'hui,
21:44on le fabrique très bientôt. Donc, il faut à la fois réconcilier ou concilier cette
21:49durée de temps long, et puis cette exigence d'évolutivité extrêmement rapide.
21:54Alors, je pense que si on simplifie un petit peu les choses, et ce n'est pas toujours
21:58malin de simplifier, mais la plateforme elle-même va durer, sa propulsion, la coque,
22:03donc ça, il faut la penser dans la durée. Et puis ensuite, ce qu'on met dessus, il
22:07faut conserver des marges. Donc, il y a différents types de marges. Il y a la marge énergétique,
22:12puisque des besoins d'énergie qui vont évoluer au cours du temps, notamment on pense aux
22:15armes à énergie dérigée qui vont pomper pas mal d'énergie quand elles seront à bord.
22:19Il y a les marges de propulsion, capacité à faire évoluer le bateau. Il y a les marges
22:25numériques, évidemment, pour intégrer, déposer, remettre des nouveaux systèmes
22:29numérisés. Et puis, les marges opérationnelles, capacité à intégrer justement un système
22:35dans un autre système plus vaste qu'il faut conserver. Et puis enfin, des marges physiques,
22:40c'est-à-dire pouvoir déposer, remettre des matériels. Donc ça, c'est très difficile
22:43effectivement de concilier tout ça. – Est-ce que, Marie de Saint-Salvi, vous savez
22:48à quoi ressembleront les bateaux ou les autres armes sur lesquelles vous travaillez
22:56dans 30 ans ? Ou est-ce qu'il faut avoir finalement l'esprit le plus ouvert possible ?
23:00– On a tous des concepts cheap en tête, et c'est pour ça qu'on aime tous aller
23:03à Euronaval. Mais l'amiral a raison. Aujourd'hui, les alliages qu'on livre sur les trains
23:08d'atterrissage sont faits pour durer 25 à 30 ans. Et sur les composants passifs
23:13qui sont liés de près ou de loin au numérique de défense, les définitions changent
23:17tous les six mois. – Et les conflits en cours vous font évoluer ?
23:22C'est-à-dire, est-ce que vous tirez des leçons de… Oui. Par exemple ?
23:26– Par exemple, le fait que les drones deviennent de plus en plus sacrificiels,
23:30ça veut dire qu'on les fait moins chers et prêts à mourir, et que l'important,
23:35c'est qu'il y en ait 5% qui reviennent pour transmettre l'information,
23:38mais que s'il y en a 95% qui y restent, ce n'est pas très grave.
23:40– Donc il faut qu'ils coûtent de moins en moins cher en production aussi ?
23:43– Et qu'ils soient rapides à produire.
23:44– Il nous reste à les 3-4 minutes, je voudrais qu'on parle de la maîtrise
23:47des fonds marins à Mère du Vigneau, parce que là aussi, c'est peut-être une leçon,
23:51alors on sait que c'est stratégique depuis longtemps, mais c'est peut-être une leçon
23:55des derniers conflits ou des derniers mois.
23:57– Oui, c'est sur nous une des nouvelles frontières, si c'est la dernière,
24:01on sait qu'une grande partie des océans et du fond des océans
24:03est totalement inexplorée, peut-être même moins connue que l'espace lui-même.
24:08Et aujourd'hui, on assiste aussi, je faisais l'allusion plusieurs fois tout à l'heure
24:12à l'évolution des technologies, il y a des capacités aujourd'hui
24:15qui nous permettent d'aller explorer ces fonds de façon non pas facile,
24:19mais de plus en plus étendue, et jusqu'à de plus en plus grande profondeur.
24:23La Marine Nationale, par exemple, a mis en place une doctrine,
24:27un concept qui a pour ambition lui permettre d'aller agir, observer et agir
24:32dans les fonds marins, jusqu'à 6000 mètres de fond,
24:34ce qui est immense, avec des pressions gigantesques.
24:36Donc oui, c'est une nouvelle frontière, et pourquoi ?
24:39Parce que dans les fonds, et sur les fonds, il se passe beaucoup de choses aujourd'hui,
24:4399% d'Internet, c'est-à-dire les artères vitaux de la planète,
24:48rien ne fonctionne sur Internet aujourd'hui, ça passe par des capsules marins.
24:53Donc déjà, avec ça, c'est absolument fondamental de pouvoir les préserver,
24:56les protéger, les observer éventuellement, ça c'est important.
25:00Et puis il y a effectivement toutes les ressources naturelles qui se passent
25:02dans la tranche, et puis jusqu'au fond, et même sous les fonds,
25:07avec notamment la course à l'énergie, au pétrole,
25:11pas nouvelle, mais enfin qui continue de s'étendre vers les fonds marins.
25:15C'est un domaine sur lequel vous travaillez aussi,
25:18c'est-à-dire des alliages capables de résister à des pressions de plus en plus importantes ?
25:21Les alliages et les technologies des fonds marins sont extrêmement sensibles,
25:26puisqu'elles relèvent aussi de la captation de l'information.
25:28On est autour de mini-tubes avec des technologies et des alliages quand même très très sensibles.
25:34Vous avez pu voir la semaine dernière le rachat de Neotis par Willand,
25:38un collègue allemand de la métallurgie,
25:40donc ça c'est extrêmement positif pour la souveraineté européenne.
25:44Le chemin critique de la souveraineté dans ce domaine tourne autour des micro-tubes.
25:48Des micro-tubes, c'est quoi un micro-tube ?
25:49Un micro-tube, ça sert à la fois à faire des choses complexes dans les centrales nucléaires,
25:54et à permettre d'aller très profond, très bas, pour arriver à soit transmettre des fluides,
26:01le pétrole, les captations des futurs gisements, des futurs métaux rares,
26:06soit de l'information.
26:08Un dernier mot sur ce salon Euronaval, et peut-être le contexte budgétaire,
26:15Amiral Duvigneault, c'est vrai que le budget de la défense est l'un des rares à être sacralisé
26:22dans un contexte d'économie demandée maximale.
26:27Est-ce que vous dites, on est tranquille ?
26:30Ou alors le contexte politique et budgétaire fait que peut-être que les commandes
26:35ou les promesses faites aujourd'hui ne seront pas tenues ?
26:38Ça c'est au gouvernement de nous le dire, à prononcer sur l'avenir.
26:42La chose est certaine, c'est qu'il y a un effort immense qui est demandé au pays,
26:46dans le contexte que vous avez souligné, le contexte budgétaire extrêmement délicat,
26:49cet effort est demandé au pays pour conserver son assurance vie,
26:53ses capacités à se défendre, et pour se défendre il faut aussi savoir ce qui se passe,
26:58donc ça veut dire observer bien sûr, et puis être capable de protéger, de réagir.
27:02Et pour ce qui concerne le naval, la marine avait il y a quelques années un slogan publicitaire
27:08qui disait « votre défense commence au large ».
27:10Et c'est vrai qu'on a tendance à peut-être un peu l'oublier,
27:13je parlais du caractère continental de la France,
27:15mais nos intérêts sont aussi largement, c'est le cas de le dire,
27:21étendus vers l'océan, dans les fonds marins, vous l'avez parlé,
27:24jusqu'à l'espace, et puis dans ces espaces de liberté
27:27qui sont aussi porteurs de tout le commerce mondial.
27:29On est totalement interconnectés et interdépendants aujourd'hui.
27:32Environ je crois 90% en valeur du commerce mondial passe par les mers,
27:35donc il faut aussi savoir ce qui s'y passe et pouvoir le protéger.
27:38Merci beaucoup à tous les deux.
27:40Bon, Salon Euronaval, ça se passe donc du 3 au 6 novembre prochain à Paris-Nord.
27:45Ville-Pinte, merci à toutes et à tous de votre fidélité.
27:49Abysmart for Change, à très vite.
27:50– Sous-titrage Société Radio-Canada
27:56– Sous-titrage Société Radio-Canada

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