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  • il y a 2 jours
Avec Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen
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##L_INVITE_DU_GRAND_MATIN-2026-10-19##

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News
Transcription
00:00Sud Radio, l'invité politique, Jacques Cardoz.
00:06Et dans cette édition spéciale, Nicolas Maillard-Rossignol, maire de Rouen, est notre invité politique ce matin.
00:11Bonjour Nicolas Maillard-Rossignol.
00:13Bonjour.
00:13Votre ville aussi a été saccagée, incendie à l'université.
00:17Pouvez-vous nous dresser un état des lieux et une évaluation des dégâts ?
00:21A Rouen, la situation, comme dans beaucoup de villes de France, est absolument catastrophique.
00:26On n'a pas eu la mairie brûlée comme à Limoges, je pense à tous les élus locaux qui font
00:30face comme moi.
00:31Moi hier, j'étais avec plein de bénévoles sur le terrain à aider les agents publics à nettoyer.
00:37On n'a pas eu d'incendie grave à Rouen, à part effectivement un bâtiment à l'université.
00:42Mais le lien avec les manifestations est encore à préciser.
00:45Pour le reste, ce sont les commerces, le centre-ville, ceux qui ont été pillés.
00:49Je pense d'abord aux commerçants, aux riverains qui ont eu extrêmement peur.
00:52Et puis à tous ceux qui n'ont pas été pillés mais qui ont perdu du chiffre d'affaires,
00:55parce qu'on n'en parle pas.
00:56Mais de fait, du coup, le centre-ville était comment ?
00:58Après, il était désert.
00:59Comment vous pourriez qualifier, caractériser ce que vous avez vu ce week-end ?
01:04Ce sont des scènes de pillage.
01:07Honnêtement, je n'en ai jamais vu comme maire.
01:09Jamais.
01:10Il y a eu les gilets jaunes, il y a eu les émeutes.
01:12Moi, ça m'a fait penser aux émeutes de 2023.
01:14Naël, après Naël, les 11 jours d'émeutes.
01:17Voilà.
01:17Pourquoi ?
01:18Parce que, si vous voulez, il y a eu la manifestation.
01:20Je fais vraiment la distinction absolue, et ça se voyait sur le terrain, entre la manifestation et les pillages.
01:26Les manifestants, la manifestation à Rouen-en-Coma, on va dire à peu près partout, étaient pacifiques, étaient plutôt joyeuses,
01:32étaient positives.
01:32Et je regrette que les revendications qui sont absolument légitimes n'aient pas été entendues.
01:37Parce qu'en réalité, si elles avaient été entendues, s'il y avait eu des réponses il y a quelques
01:40semaines, on n'en serait pas là.
01:42Vous êtes sûr de ça ?
01:42Mais évidemment ! Mais évidemment ! Pourquoi est-ce que...
01:46Donc vous dites, comme Jean-Luc Mélenchon, que le gouvernement a sa part de responsabilité ?
01:49Je pense que tout le monde peut reconnaître que dans cette situation de crise absolue, le gouvernement a évidemment sa
01:55part de responsabilité.
01:55Mais je dis une chose très simple, c'est que s'il n'y avait pas eu de manifestation parce
01:59que les revendications légitimes avaient été écoutées dès le départ, on n'en serait pas là.
02:03Ensuite, il y a eu des pillages.
02:05Ce sont deux choses différentes, mais je veux vraiment faire la distinction.
02:08Parce que les manifestants ne sont pas les pilleurs.
02:10Et là, on a vu beaucoup de jeunes, un peu comme en 2023, qui ont profité de la situation et
02:18les forces de l'ordre, manifestement, n'étaient pas prêtes, étaient en moyens insuffisants, à Rouen comme ailleurs, et ont
02:25été complètement débordés.
02:26Est-ce que vous diriez, vous aussi, que c'est une fraction délinquante de la banlieue qui est l'auteur
02:30de ces pillages ?
02:32Oui, mais je n'aime pas faire ce genre d'amalgame, si vous voulez.
02:35Ce que j'ai vu sur le terrain, ce sont des jeunes qui ont profité de la situation, il faut
02:41le dire, pour aller piller.
02:42Ce sont des délinquants, c'est absolument inacceptable.
02:45Moi, je suis un homme de gauche, mais je ne suis pas un angéliste.
02:48Quand il y a des situations comme ça, c'est inacceptable, c'est tout à fait illégal, et il faut
02:53le condamner fermement.
02:54Mais il faut aussi apporter des réponses politiques aux revendications par ailleurs des manifestants,
02:59et ce sont aussi des jeunes, y compris de la banlieue, qui demandent des choses simples,
03:02comme des profs dans les salles de classe, suffisamment payés, des toits qui ne fuient pas dans les lycées,
03:07et des conditions dignes d'éducation.
03:08C'est quand même ça le début du sujet.
03:10On a bien, et tout le monde, je crois, fait absolument le distinguo entre la manifestation et les revendications,
03:15et ensuite ce qui s'est passé après.
03:18Qui était derrière cette catégorie de la population ?
03:20C'est l'ultra-gauche, ce sont des anarchistes,
03:22on sait que les black blocs, en général, jouent un rôle dans cette déstabilisation de fin de cortège,
03:27pour que les choses basculent ?
03:29Je pense qu'il faut être très prudent et très précis.
03:33Il y a sans doute eu une part d'instrumentalisation par l'ultra-gauche,
03:38et vous le savez, pour ma part, j'ai toujours dénoncé toutes celles et ceux
03:41qui joueraient les ingénieurs du chaos pour le dire vite,
03:44ou qui prôneraient le bruit et la fureur.
03:46Je pense qu'on a besoin, en démocratie, d'un débat respectueux, démocratique.
03:50Et c'est pour ça que je dis que la meilleure solution, la première solution à cette situation,
03:54aurait été d'anticiper par une réponse politique aux attentes légitimes
03:59de toutes celles et ceux qui, pacifiquement, ont manifesté depuis des mois.
04:02Mais, ce que j'ai vu à côté de cela, c'était pour beaucoup une jeunesse
04:07qui n'était pas nécessairement politisée, mais qui était là pour piller.
04:10Donc on a un problème de sursaut républicain.
04:13On a besoin de plus de républiques.
04:15Quand vous parlez de la France insoumise, quand vous parlez d'ultra-gauche,
04:19vous pensez à la France insoumise ?
04:22Encore une fois, je veux bien serrer les sujets.
04:24Le premier enjeu, la première responsabilité, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit,
04:28elle est au niveau du gouvernement.
04:30Parce que si nous avions eu une réponse politique sur la question des lycées
04:33et du pouvoir d'achat, nous n'en serions pas là.
04:36Je rappelle quand même, il faut quand même rappeler les choses,
04:38qu'à un moment, ça fait dix ans qu'Emmanuel Macron est au pouvoir.
04:432018, une année après son élection, les gilets jaunes.
04:472023, des émeutes sans précédent en France.
04:502026, la vérité, d'ailleurs...
04:52Vous êtes en train de dire qu'il porte totalement la responsabilité de ce qui se passe dans la rue.
04:55Tout le monde, quand on a une situation aussi grave dans notre société,
04:58nous avons tous à nous regarder dans une glace et se dire
05:00qu'est-ce qu'on peut faire pour changer les choses.
05:01Moi, je suis attaché à notre République.
05:03Je dis juste que quand on a eu de telles émeutes,
05:05on ne peut pas juste commenter.
05:08Hier, le président de la République a commenté.
05:09Moi, j'attends du président de la République qu'il commande, pas qu'il commente.
05:14Et ça signifie, selon vous, qu'il est en dessous des attentes ?
05:18Oui, absolument.
05:20Et la première, ce sont des revendications qui sont quand même très raisonnables.
05:23Et au-delà des revendications, est-ce qu'il aurait dû aller plus loin sur le terrain du maintien de
05:27l'ordre ?
05:27On a un ministre de l'Intérieur qui, ce matin...
05:29Alors, on a quand même un ministre de l'Intérieur, ce matin,
05:31qui nous dit qu'il y a eu une perte de contrôle dans certaines places,
05:35aujourd'hui, en France et ce week-end.
05:36Oui, mais c'est manifeste.
05:37D'abord, il y a eu un défaut d'anticipation.
05:39Tous les renseignements territoriaux et les informations que nous avions, les maires,
05:44Benoît Payan à Marseille, il a dit très clairement,
05:46Emmanuel Grégoire à Paris, mais c'est vrai à Rouen, c'est vrai dans plein de villes,
05:49nous disaient que, en gros, ça ne serait pas aussi fort,
05:52ça ne serait pas aussi violent que ce que nous avons vécu.
05:54Donc, un, défaut d'anticipation.
05:56Et ça, c'est la responsabilité de l'État, effectivement.
05:59Deux, les moyens sur place et la doctrine de maintien de l'ordre.
06:02Parce qu'encore une fois, nous avons eu la manifestation,
06:05et nous avons eu des pillages.
06:06Et est-ce que les forces de l'ordre sur place, sur le terrain,
06:10étaient adaptées pour contenir les pillages, pour les empêcher ?
06:13La réponse est clairement non.
06:14Est-ce que ça signifie, Nicolas Maillard-Rossignol,
06:16qu'il faut revoir précisément la doctrine de maintien de l'ordre ?
06:19Aujourd'hui, on sait que la doctrine qui est développée en France
06:22n'est pas forcément la même que celle d'autres pays d'Europe.
06:25Oui, je crois qu'il faut la revoir.
06:27Je pense qu'il faut regarder tout ça avec beaucoup de sérieux,
06:29beaucoup de calme, beaucoup de sang-froid.
06:30Ce que nous appelons, avec Raphaël Glucksmann, un sursaut républicain.
06:34C'est d'abord la priorité à l'éducation, répondre aux attentes politiques.
06:37Parce que quand même, tout ça vient quand même d'un défaut de civisme,
06:40d'attachement à la République et d'éducation.
06:42C'est la clé de tout.
06:42Vous soutenez Raphaël Glucksmann précisément,
06:44qu'est-ce qu'il aurait fait en pareil cas ?
06:46D'abord, encore une fois, répondre aux attentes sur l'éducation
06:51et sur le pouvoir d'achat.
06:52Parce que si nous n'avions pas eu ces manifestations aujourd'hui,
06:54nous n'aurions pas eu les pillages.
06:56Et ça fait un mois.
06:58Ça fait un mois qu'il y a des attentes qui sont, encore une fois, raisonnables.
07:01Les jeunes ne demandaient pas la révolution.
07:02Je parle des manifestants.
07:03Ils demandaient des choses simples pour leur éducation.
07:06Et ceux qui se plaignent des questions de pouvoir d'achat,
07:09moi je suis maire d'une commune populaire qui est Rouen,
07:11et je vois ces difficultés de pouvoir d'achat,
07:13là aussi expriment des attentes légitimes.
07:16C'est la première chose que nous aurions fait et qui n'a pas été faite.
07:20Deuxièmement, vérifier et modifier la doctrine de maintien de l'ordre,
07:24effectivement, parce qu'elle n'est clairement pas adaptée sur le terrain.
07:26Et troisième point, parce qu'on ne le dit pas assez,
07:28et les maires, je pense à Benoît Payan par exemple,
07:30ou à Emmanuel Grégoire et beaucoup d'autres maires,
07:32le maire de Lyon, Grégory Doucet, beaucoup d'autres le disent,
07:34« Le dialogue, le travail avec les élus locaux n'a pas été suffisant. »
07:41Et ça, je crois que c'est une caractéristique des années Macron.
07:44Beaucoup diront que c'est une forme d'angélisme,
07:46de dire que face aux scènes de pillages et de violences,
07:50et à l'agissement de certains,
07:51on pense et on privilégie plutôt le dialogue avec ceux qui avaient juste envie de casser.
07:55Non, non, non, attendez, attendez.
07:56Je parle du dialogue avec les élus locaux.
07:59Vous ne me trouverez pas sur le terrain de l'angélisme.
08:01Je suis très clair pour condamner les violences.
08:03Cette violence est inacceptable.
08:04Ces pillages sont inacceptables.
08:07Dégradés des mairies, dégradés des bâtiments publics, dégradés des commerces,
08:11c'est absolument inacceptable.
08:13Attention, qu'on ne fasse pas croire que la gauche démocrate que je représente
08:17serait dans l'angélisme.
08:18Nous ne sommes pas dans l'angélisme.
08:19Mais nous disons que, un, il y a une solution et une réponse politique
08:23à apporter sur les revendications en matière de pouvoir d'achat et d'éducation.
08:27Ça n'a pas été fait.
08:28Que, deux, il y a une anticipation et une modification,
08:30une amélioration de la doctrine de maintien de l'ordre
08:32qui était urgente, qui n'a pas été faite.
08:34Et que, trois, il faudrait enfin écouter les élus locaux et les maires
08:38de bords politiques différents,
08:39mais qui disent tous la même chose à Limoges comme à Marseille.
08:42Écoutez-nous, parce que s'il y a bien un élu qui est encore un peu écouté
08:45dans ce magma de défiance vis-à-vis des politiques, ce sont les maires.
08:49Nicolas Maillard-Rossignol, dernière question.
08:50Est-ce que vous craignez, à nouveau, que ce phénomène se répète
08:54dans les jours, les semaines à venir ? Certains le disent.
08:56Bien sûr. Qu'est-ce qui a changé pour l'instant ?
08:58Rien. Rien du tout.
08:59Il y a le ministre de l'Intérieur qui a posé sa démission
09:01et qui a été refusé.
09:02Et hier, un président de la République qui a commenté
09:04mais qui n'a rien annoncé.
09:05On a un ministre, à l'instant, qui vient de nous parler
09:07à ce micro de phénomène insurrectionnel.
09:09Moi, ce que j'attends, responsable politique,
09:12c'est d'apporter des réponses.
09:13Qu'est-ce qui va changer sur la doctrine de maintien de l'ordre ?
09:15On sait qu'il y a des risques demain, effectivement.
09:17Effectivement, mes commerçants à Rouen, ils n'en peuvent plus.
09:20Les habitants, ils n'en peuvent plus.
09:22Donc, encore une fois, un, apportez, s'il vous plaît,
09:25monsieur le président de la République,
09:26des réponses aux attentes sur le pouvoir d'achat
09:28et sur les lycées.
09:29Pour que, enfin, la colère soit entendue.
09:35Deux, modifier maintenant, pas demain,
09:37avec les maires, avec ceux qui sont sur le terrain,
09:39qui savent la réalité de terrain,
09:40avec Benoît Payan à Marseille, s'il vous plaît,
09:42la doctrine de maintien de l'ordre,
09:44pour que plus jamais ça...
09:46Merci Nicolas Maillard-Rossignol, maire de Rouen.
09:49Vous étiez notre invité dans cette matinée spéciale.
09:52Et très bonne journée à vous.

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