00:02Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoz.
00:067h11, c'est votre rendez-vous témoignage. Nous sommes avec Antoine Savignat, avocat et ancien député.
00:13Antoine Savignat, bonjour.
00:15Bonjour Jacques Cardoz.
00:16Vous voulez changer la loi. Vous dites aujourd'hui, ce matin, après ce week-end de chaos,
00:22et ces images absolument terrifiantes que l'on a tous vécues, qui je pense nous ont tous heurtés,
00:28et vous dites qu'il faut interdire de manifester. Comment penser cette loi ?
00:38Effectivement, on est au pied du mur et on est face à un constat d'échec.
00:41Quand j'entends hier Bruno Retailleau qui propose pour seule alternative au Président de la République l'état d'urgence,
00:47qui est la négation la plus absolue de l'ensemble de nos libertés fondamentales,
00:52il faut qu'on trouve un autre outil, un autre outil plus alternatif, un autre outil plus doux,
00:57pour mettre un terme à la situation dans laquelle on se trouve.
01:00Aujourd'hui, on peut en France interdire de manifester, mais localement, au cas par cas,
01:06c'est l'article L211, le cas du Code de la sécurité intérieure.
01:10Le préfet, le maire peuvent, en fonction de circonstances locales, demander l'interdiction d'une manifestation.
01:17La jurisprudence, le limite, dans nombre de cas, les tribunaux annulent ces décisions.
01:25C'est un texte luxueux, c'est un texte qui a finalement pour vocation à s'appliquer quand la situation
01:32est maîtrisée.
01:33Aujourd'hui, la situation n'est absolument plus maîtrisée, on l'a bien vu samedi.
01:39Alors, évidemment, limiter le droit de manifester, c'est porter atteinte à une liberté fondamentale.
01:43C'est ce qu'on va vous enlèver, forcément.
01:46Oui, mais la liberté fondamentale, la manifestation n'est que l'outil de la revendication.
01:51La liberté fondamentale, c'est la liberté de revendiquer.
01:54Que retient-on la journée de samedi ?
01:56Avez-vous parlé, avez-vous lu, avez-vous entendu, quelque part,
02:00quelqu'un faire état des revendications des manifestants ?
02:03Non, la liberté fondamentale, qui est celle de revendiquer,
02:07elle a été totalement annihilée par la liberté fondamentale de manifester,
02:11parce que ces manifestations ont donné lieu au débordement.
02:14Si l'objectif, c'est un débat démocratique,
02:17si l'objectif, c'est de permettre au peuple français de s'exprimer,
02:20il faut pouvoir, dans certains cas,
02:22et lorsque le risque objectif de trouble majeur à l'ordre public a été identifié,
02:29il faut pouvoir interdire la manifestation à l'échelle nationale.
02:32Et c'est la première des conditions d'une nouvelle loi.
02:34C'est-à-dire identifier un risque objectif de trouble majeur,
02:37mais ça, on le savait depuis plusieurs jours,
02:40il faut qu'il n'y ait pas d'alternative, évidemment, crédible,
02:44qu'il n'y ait pas d'autre solution que celle proposée pour l'organisation des manifestations.
02:49Et puis, il faut de toute façon, parce qu'on reste un état de droit,
02:53prévoir un contrôle du juge pour s'assurer, effectivement,
02:59de ce que la décision n'est pas arbitraire.
03:02Antoine Savigny, vous êtes avocat et ancien député Les Républicains.
03:06Pour qu'on comprenne bien l'objectif, effectivement, j'imagine que dans l'opinion,
03:11il peut être partagé.
03:12La question, c'est comment convaincre le législateur,
03:16comment convaincre à l'Assemblée de l'opportunité d'une telle loi,
03:20et surtout, sur quoi elle reposerait ?
03:23On n'est pas loin de l'état d'urgence, finalement.
03:26On n'est pas loin de l'état d'urgence,
03:28sauf que l'état d'urgence s'applique, finalement,
03:30permet une atteinte totale à l'ensemble des libertés fondamentales.
03:33L'état d'urgence, il dessaisit totalement le pouvoir judiciaire,
03:39alors que, dans ce que je vous propose, encore une fois,
03:42il faut conserver le contrôle du juge sur la décision qui a été prise
03:48pour pouvoir l'appliquer en fonction d'une situation donnée,
03:53et d'une situation précise, et non de la décision d'un seul exécutif.
03:58Encore une fois, le but est de protéger la liberté fondamentale
04:02de pouvoir s'exprimer, de pouvoir revendiquer.
04:05Merci infiniment, Antoine Savignan, avocat et ancien député,
04:09les Républicains, de nous avoir fait partager cette idée
04:13qui, en effet, pourrait très bien, en tous les cas,
04:16être assez accueilli, assez favorablement.