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Entreprendre : une passion qui peut coûter cher à la santé ? Dans le monde des TPE et PME, les dirigeants affichent une bonne santé mentale, mais affrontent un stress intense et redoutent les conséquences d'une absence.

Est-il possible d'allier la joie d'entreprendre avec un équilibre de vie sain ? On découvre comment les dirigeants sacrifient parfois leur sommeil et leur bien-être pour la performance, une équation exigeante mais pas toujours synonyme de mal-être.

L'optimisme, la résilience et le sentiment de maîtriser son destin sont des atouts majeurs pour les entrepreneurs. Pourtant, la société doit construire des filets de sécurité pour prévenir les moments de fragilité et les risques d'épuisement.

Cette discussion révèle des pistes concrètes pour un entrepreneuriat plus sain, en s'appuyant sur des expériences et des expertises variées.

#SantéDirigeants #Entrepreneuriat #BienEtreAuTravail

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Transcription
00:09Bonjour. Quand on parle santé, on pense d'abord à la santé des salariés. Mais qui prend soin de celle
00:16ou de celui qui dirige l'entreprise ?
00:19Dans les TPE et PME, 86% des dirigeants se disent en bonne santé mentale. Pourtant, dans le même temps,
00:2564% d'entre eux déclarent vivre au moins de temps en temps des périodes de stress intense au travail.
00:32Et plus d'un sur deux estiment ne pas pouvoir s'arrêter quelques jours sans conséquence pour son entreprise. Alors,
00:40dans ces conditions, entreprendre est-il bon pour la santé ?
00:44Comment reconnaître ses limites quand on doit tenir pour les autres ? Sur qui s'appuyer ? Pour en parler,
00:50quatre invités.
00:51Olivier Torres, bonjour. Bonjour. Vous êtes le fondateur de l'Observatoire Amaroc qui est consacré à la santé physique et
00:58mentale des dirigeants et entrepreneurs.
01:00À vos côtés, Shenta Bogard, bonjour. Bonjour. Shenta Coaching, vous travaillez avec des sportifs de haut niveau autour du sport
01:07en entreprise.
01:07En face, Déborah Jolas, bonjour. Bonjour. Vous êtes infirmière en santé au travail à l'AGestra. Et à vos côtés,
01:14Annick Gérard, bonjour.
01:15Bonjour. Vous êtes la directrice du CAPST BTP, conseil, accompagnement et prévention de la santé au travail du BTP, partenaire
01:25d'Amaroc, de l'Observatoire du professeur Olivier Torres.
01:29Voilà. En moins d'une demi-heure, on va tenter de faire le tour de la question dans ce mag
01:32de la rédaction. Vous étudiez donc la santé des entrepreneurs, des dirigeants depuis près de 20 ans.
01:37Pas tout à fait. À cette question, donc, entreprendre, est-il bon pour la santé ? Vous répondez oui, mais
01:43à condition.
01:44Absolument. Oui, entreprendre est bon pour la santé. Parce qu'un homme ou une femme qui est dans la posture
01:51du projet, parce qu'une entreprise, c'est toujours un projet, une série de projets,
01:56eh bien, il se met en mode d'adaptation en permanence. Et ça, c'est très, très bon pour la
02:00santé. On emploie un terme salutogène, c'est-à-dire qui génère de la bonne santé.
02:06Mais le bémol, c'est que si, en moyenne, les entrepreneurs ont une meilleure santé, on a regardé aussi, vous
02:11savez, la variance.
02:12Et on s'est rendu compte qu'ils avaient une variance santé plus forte. C'est-à-dire qu'ils
02:15ont des hauts, très hauts, mais parfois, ils ont des bas, très, très bas.
02:19Et toute la question que nous posons avec l'Observatoire Maroc et avec les services de santé au travail ici
02:24présents, c'est quels sont les filets de sécurité que nous devons, nous, sociétés organisées, mettre en œuvre
02:30pour éviter que les entrepreneurs ne craquent. – Oui, parce que vous dites que c'est bon pour la santé,
02:34donc c'est votre affirmation, mais en même temps,
02:36quand on lit l'étude, vous dites que c'est épuisant aussi. – Et c'est pas antinomique. C'est
02:40-à-dire qu'on peut être exalté par son métier, avoir un rapport existentiel à son travail,
02:45et j'ose même le terme existentialiste à l'entreprise, et pour autant réduire son temps de sommeil, ne jamais
02:55aller voir le médecin, je n'ai pas le temps d'être malade.
02:58Combien de fois je l'ai entendu ? Donc quelque part, on utilise sa santé au profit de son entreprise,
03:04et la performance de l'entreprise me remplit de joie.
03:07Mais ça peut être épuisant. – Une équation assez particulière, assez complexe quand même à comprendre.
03:13– Vous savez, les chefs d'entreprise, ce sont d'abord des gros travailleurs, c'est les plus gros travailleurs
03:18de France.
03:20Ils sont à peu près à 50-55 heures, les employeurs, là où les Français salariés sont à 35 heures.
03:25Bon. Deuxièmement, ce sont les plus petits dormeurs de France.
03:29Ils dorment pas assez. Ils rognent leur temps de sommeil. Ils font de leur sommeil une variable d'ajustement de
03:34leur travail.
03:35Bon. Troisième élément qui pèse sur la santé des dirigeants, c'est la perte de chance.
03:42C'est-à-dire que quand ils vont pas bien, ils retardent toujours trop le moment où ils vont faire
03:49un diagnostic.
03:49Ils se dépistent trop tardivement. C'est une perte de chance.
03:53Alors ça, ça pèse. Mais globalement, et c'est la bonne nouvelle, malgré tout ça, malgré la surcharge de travail,
04:00le stress, etc.,
04:01malgré tout, les facteurs salutogènes, c'est-à-dire l'optimisme, l'endurance, la capacité à être maître de son
04:08destin,
04:08l'emportent sur les facteurs pathogènes.
04:11Shenta Bogard, vous dirigez votre entreprise depuis une dizaine d'années.
04:14Qu'est-ce qui vous donne aujourd'hui l'envie ? Parce qu'on sent qu'il y a de
04:16l'envie à côté de vous, du côté du professeur, de l'enthousiasme même.
04:21Qu'est-ce qui vous donne aujourd'hui l'énergie d'entreprendre ?
04:25D'abord, je me retrouve dans vos propos complètement.
04:27Les dirigeants avec qui vous avez pu échanger, je partage complètement.
04:31Aujourd'hui, moi, c'est vraiment la chance que j'ai, c'est d'avoir des sportifs de haut niveau
04:35qui m'ont fait confiance.
04:36Et cette confiance qu'ils m'ont accordée dès le départ du projet, donc il y a plusieurs années, me
04:40motive un peu tous les jours de différentes manières.
04:44C'est-à-dire que quand on est un peu en down, comme vous le citiez tout à l'heure,
04:48on se dit, tiens, j'ai des projets avec tel sportif, j'ai envie de l'amener au bout.
04:54Et après, ça s'enchaîne comme ça.
04:56Et c'est vrai qu'on a toujours de nouveaux projets qui nous donnent envie d'aller, de continuer en
05:00tout cas.
05:01Et c'est envie de vous parler, puisque vous êtes aussi ancien sportif de haut niveau, vous travaillez avec des
05:04sportifs.
05:05Donc, on est dans un monde très particulier dans l'activité d'entreprise.
05:08Est-ce que cette envie, elle peut vous pousser parfois à aller au-delà de vos limites, dans le bon
05:12et dans le mauvais sens ?
05:13Alors, pardon, moi, je ne suis pas. J'ai juste eu l'idée de travailler avec les sportifs de haut
05:17niveau.
05:17Non, je corrige, je me permets.
05:19Vous êtes un sportif de bon niveau.
05:19Voilà, c'est ça, de bon niveau.
05:21Alors, en fait, oui, si, ça m'est déjà arrivé, clairement.
05:24Mais j'ai la chance d'avoir un bon environnement, qu'il soit familial ou professionnel.
05:28Et eux sont un peu mes garde-fous, si vous voulez.
05:31Ça me permet de, quand je vais un peu dans la zone rouge, ils vont me dire, calme-toi, parce
05:36que là, ça va mal se passer si tu ne t'arrêtes pas.
05:39Donc, j'ai cette chance-là d'avoir un environnement qui est propice aussi à l'entrepreneuriat, en fait, finalement.
05:46Adik Gérard, votre service est partenaire, donc, de l'Observatoire à Maroc du professeur Torres.
05:50Qu'est-ce qui vous a convaincu de vous engager dans la santé des dirigeants ?
05:54Parce que je le disais en préambule, quand on parle santé au travail, on parle beaucoup de santé des salariés.
05:59C'est normal.
05:59Qu'est-ce qui vous a poussé à aller vers aussi la santé des dirigeants ?
06:03Ça fait quand même des années qu'on observe tout de même une fragilité chez nos chefs d'entreprise,
06:08du fait de toutes les problématiques des salariés, justement, qui sont employés dans ces entreprises.
06:14Donc, à un moment donné, nous avons eu cette rencontre avec le professeur Torres,
06:19qui nous a permis de trouver la petite filière qui nous permettrait, à un moment donné,
06:25de dire à nos chefs d'entreprise, voilà, vous n'êtes pas seuls.
06:27Nous sommes quand même la service de prévention et de santé au travail pour vos aidés.
06:30Mais vous avez un appui qui est à l'extérieur et qui vous permet quand même de pouvoir vous libérer
06:36de certaines de vos actions et de pensées, surtout.
06:39Et ce travail dure depuis un certain nombre d'années, donc, si j'ai bien compris.
06:42Oui, je dirais que nous sommes partenaires à peu près plus de 10 ans.
06:46Donc, oui, nous avons une grande confiance dans cet observatoire
06:49et nous avons une grande confiance dans nos dirigeants,
06:51en espérant bien, évidemment, qu'ils suivent le bon conseil par moment.
06:56On en reparlera dans quelques instants.
06:57Déborah Jolas, vous recevez des dirigeants de TPE, PME.
07:02Quelles sont les difficultés dont ils font part le plus souvent
07:05lorsqu'ils sont en entretien avec un médecin du travail ?
07:09Alors, il n'y a pas que les médecins du travail qui reçoivent des dirigeants.
07:13Mais c'est surtout d'être multi-casquettes.
07:17Ils doivent assumer toutes les fonctions de comptable, de responsable,
07:26de faire face aux problématiques de santé de leurs salariés
07:30et, du coup, de changer, d'avoir une interruption de tâche
07:35sur leur activité quotidienne et de jongler et du stress.
07:42Donc, c'est la superposition des tâches qui ressort le plus dans les entretiens
07:48avec les infirmières du travail et pas que les médecins du travail.
07:51C'est ça.
07:52– Et le fait aussi de, l'expression est facile, de zapper d'un sujet à un autre, en fait.
07:58– Exactement.
07:58– De manquer de concentration sur un sujet ou l'autre.
08:00– Ou d'être sollicité par un salarié sur quelque chose
08:03où il n'était pas forcément attendu.
08:07Et de devoir toujours jongler sur un emploi du temps,
08:10vous l'avez dit, qui s'étend de plus en plus.
08:12– Chën Tabogar, vous êtes le chef d'entreprise ici autour de cette table.
08:17Vous ressentez ces éléments tels que vient de les exprimer Déborah Jolas ?
08:24– Oui, complètement.
08:25J'ai qu'y essaie parce que je me retrouve complètement, encore une fois,
08:27dans ce qu'ils peuvent vous dire.
08:30Et le fait de devoir passer d'une gestion avec un fournisseur,
08:34après avec un salarié qui nous demande quelque chose
08:36alors qu'on n'est pas dans les bonnes conditions pour recevoir sa demande,
08:39c'est parfois compliqué.
08:41Lui va se dire, tiens, il ne m'écoute pas,
08:44alors que ce n'est pas ça du tout, c'est juste qu'à l'instant T,
08:46on ne pouvait pas répondre de la bonne manière.
08:48Donc on essaie d'avoir un vrai dialogue et d'expliquer
08:51qu'on n'est pas toujours dans les bonnes conditions pour pouvoir répondre
08:53et qu'on va revenir vers eux.
08:55– L'entrepreneur, c'est un couteau suisse, dans les PME.
08:59Parce que la question de la santé et les dirigeants, ça on ne l'a pas dit,
09:01c'est différent selon la taille de l'entreprise.
09:04Quand Steve Jobs est mort, l'action Apple a perdu moins de 1%.
09:08Quand Christophe Demargerie, il y a 8 ans,
09:10est mort à Moscou à minuit d'un accident d'avion,
09:1248 heures après, il était remplacé.
09:1548 heures après, il était remplacé.
09:17Édouard Michelin, mort noyé, un accident, on n'a rien vu venir.
09:20L'action Michelin a perdu moins de 1%.
09:22Par contre, vous prenez un dirigeant d'une PME-TPE,
09:26là, ce n'est pas moins de 1%, c'est un risque de dépôt de bilan.
09:30Plus c'est petit, plus la taille est petite,
09:32plus la santé du dirigeant est, je l'affirme,
09:37le premier capital immatériel de l'entreprise.
09:41Comment le mettre sous assurance, alors, dans ces cas-là ?
09:44Alors, les assurances sont clés, ça, tous les assureurs...
09:46Peut-être pas avec un assureur, mais comment s'assurer de la pérennité ?
09:51Je pense qu'il est toujours très important,
09:53moi, c'est ce que j'enseigne à l'université,
09:55dans la filière d'entrepreneuriat,
09:57c'est-à-dire, dès que vous créez une boîte,
09:58pensez déjà à la revente ou à la transmission,
10:02et de faire en sorte qu'il n'y ait pas une trop grande dépendance
10:06entre l'entreprise et l'entrepreneur.
10:08Parce que, dans les petites entreprises,
10:11c'est tellement fusionnel que cette fusion crée après de la confusion.
10:16Et ça pose aussi même des problèmes pour revendre la boîte.
10:19Parce que le dirigeant dit, je vous la revends.
10:20Et puis le reprendant dit, mais elle a de la valeur que parce que c'est vous.
10:24Si vous partez, elle n'a pas la même valeur.
10:27Donc, on voit bien que cette question de la santé du dirigeant
10:31est centrale dans les PME.
10:33Est-ce que vous avez déjà pensé à la suite, Shenta ?
10:35Même si vous n'avez que, entre guillemets, deux salariés,
10:37mais vous travaillez avec une centaine d'intervenants partout en France.
10:39Est-ce que vous avez déjà pensé à la suite ?
10:42Alors, oui, mais quand je dis tardivement, non.
10:45Mais je me suis fait accompagner.
10:46Parce qu'arriver à un certain stade,
10:49on n'est plus à même de répondre à toutes les demandes
10:51ou à toutes les perspectives.
10:53Je n'ai pas eu la chance d'avoir le professeur à la fac.
10:56Donc, l'idée, c'était vraiment de trouver quelqu'un
10:59qui pouvait m'accompagner dans la gestion d'entreprise.
11:01Parce qu'il y a tellement de sujets
11:03que la revente, la suite, tout ça, on n'y pense pas.
11:06On a la tête dans le guidon et ça s'arrête là, quoi.
11:09Vraiment.
11:10Donc, oui, j'y pense, mais pas depuis 10 ans.
11:12J'y pense depuis 3-4 ans.
11:14Et depuis que vous avez monté votre entreprise,
11:16qu'est-ce qui vous met le plus sous pression ?
11:18Le plus sous pression ?
11:19Alors, c'est difficile parce qu'il y a quand même plusieurs facteurs.
11:23Il y a beaucoup de snitchers.
11:24Non, mais c'est ça.
11:25On en parlait tout à l'heure.
11:26C'est vrai qu'aujourd'hui, il y a tellement de sujets.
11:29Il y a le marché, comment il va évoluer.
11:33La politique, on ne sait pas.
11:34Enfin, il y a tellement de sujets qui font qu'on ne sait pas
11:36à quoi va ressembler l'avenir
11:38que c'est une des questions qu'on se pose.
11:41C'est plus l'avenir.
11:42Moi, j'ai confiance au projet qu'on peut monter,
11:44mais est-ce que les demandes seront là
11:47par rapport à tout ce qui se passe ?
11:50La santé du dirigeant est une santé fragile,
11:53même s'ils sont des gens qui sont très optimistes.
11:56On évoquait 86% des dirigeants qui se disent
11:58en bonne santé mentale.
12:00Pourtant, 64% connaissent des périodes de stress intense.
12:04C'est un sondage baromètre d'AG2R,
12:06la mondiale, avec l'IFOP et BVA.
12:08On revient un peu sur ce décalage.
12:11Je me sens en bonne santé,
12:12mais pourtant, il y a quand même quelques éléments de stress.
12:15C'est ambivalent.
12:17Oui.
12:17C'est ambivalent, la santé d'un dirigeant.
12:19C'est-à-dire qu'il y a à la fois des moments d'euphorie,
12:22d'exaltation.
12:22On va très, très haut.
12:24Parce que, regardez les mots.
12:25On dit créateur d'entreprise.
12:27Mais le mot créateur, c'est un mot divers.
12:29L'origine, la décence.
12:31Vous voyez ?
12:31Alors, il faut voir l'entrepreneuriat
12:33ou l'entrepreneur comme un demi-urge.
12:35Voilà.
12:36Mais des fois, c'est la descente aux enfers.
12:38Parce que, le monde que j'ai créé,
12:41il s'effondre.
12:42Je vais au tribunal de commerce.
12:44On prononce la liquidation de mon entreprise.
12:47Et certains, hélas,
12:48et il faut le dire aussi,
12:50risques suicidaires.
12:51D'où les chartes à PESA
12:52qu'il peut y avoir dans les tribunaux de commerce.
12:54Donc, vous voyez,
12:55en fait, ces entrepreneurs,
12:57ce sont des hommes et des femmes
12:58qui ont fait le choix de vivre librement.
13:01Mais on ne peut pas être libre
13:02si on n'assume pas les conséquences de ces actes.
13:04C'est la base de l'existentialisme
13:07de Jean-Paul Sartre.
13:08On va parler de la santé aussi du dirigeant
13:11puisque c'est le sujet.
13:13Et on entend souvent cette phrase
13:14« Je n'ai pas le temps d'être malade ».
13:17Qu'est-ce que vous répondez à ça,
13:18vous qui représentez les services de santé,
13:20de prévention au travail ?
13:22Alors, le temps est quelque chose de très relatif,
13:24dirions-nous.
13:25Et il est important quand même.
13:26Au moment où on décide d'entreprendre quelque chose,
13:28je pense que pour toute personne,
13:30il est important de se dire
13:31« Ma santé est là ».
13:32Et je rejoins le professeur Thores,
13:34il est essentiel de se dire
13:36« Je prends également ma santé immédiatement en compte. »
13:40J'entreprends, je fais des actions
13:42et derrière, je dois prendre ma santé en compte.
13:44Si on ne fait pas ça,
13:45ou on a des garde-fous aussi,
13:47comme vous disiez, c'est bien,
13:48je trouve ça très bien,
13:49la famille, les amis, les gens autour de vous
13:51qui vont dire à un moment donné « Stop ! »
13:53Parce que sinon, ça n'ira pas plus loin que ça.
13:55Alors que tu veux aller plus loin que ça.
13:57Ça, pour nous, c'est prioritaire.
14:00Déborah Jola, sur le sujet,
14:01je suppose que vous les entendez.
14:02Ces phrases « Je n'ai pas le temps de m'arrêter. »
14:04« Je ne peux pas m'arrêter. »
14:06Oui.
14:06Alors au cours des visites,
14:08on leur dit que leur santé est prioritaire
14:11et rejaillit sur toute leur activité
14:14et notamment l'activité de leurs salariés
14:17et le reflet aussi qu'ils donnent à leurs salariés.
14:21Si leur dirigeant ne va pas bien,
14:23les salariés s'inquiètent sur le devenir de l'entreprise.
14:27Donc ça a forcément un impact.
14:29Et prendre soin de sa santé,
14:31il n'y a que la personne elle-même
14:32qui peut le faire le mieux possible.
14:34Alors je propose d'entendre un certain nombre d'intervenants
14:38qui sont à la fois chefs d'entreprise,
14:40mais aussi qui sont impliqués
14:42dans des organisations patronales en Moselle.
14:44On les écoute sur la santé du dirigeant.
14:46Alors quand on parle de santé,
14:47il y a la santé morale ou la santé physique.
14:49Et c'est vrai que déjà, en tant qu'homme,
14:51on a tendance à moins s'occuper de sa santé physique.
14:54Et c'est que depuis que j'ai 60 ans que je commence à m'en occuper un peu plus.
14:59Mais la santé mentale, non, c'est vraiment un sujet déjà qu'on n'en parle pas.
15:05Ma santé, c'est lié à la santé de l'entreprise.
15:09Si ma santé n'est pas bonne,
15:11on va le constater par rapport à mes réactions
15:15ou par rapport à mes décisions sur le terrain.
15:18Donc les deux sont liés.
15:19Parce qu'aujourd'hui, le dirigeant, il doit être sur tous les fronts.
15:22Il doit avoir réponse à tout.
15:23Il doit être là pour soutenir son équipe,
15:25trouver des solutions pour son entreprise.
15:27Il doit être là auprès des clients.
15:28Et il a tendance même, je dirais,
15:30à faire passer son entreprise avant lui-même.
15:32On n'y pense pas assez, c'est évident.
15:34Et dans une TPE-PME, souvent, les actionnaires, en fait, c'est le dirigeant.
15:38Et le dirigeant, il a une responsabilité, finalement, vers son entreprise.
15:43Il est un des composants essentiels.
15:45Et donc, c'est comme rouler avec des pneus lisses.
15:47D'une certaine manière, il faut que lui-même se sente redevable de la société
15:52et de prendre soin de sa santé.
15:54Parce que de temps en temps, on s'oublie.
15:55On s'oublie un petit peu parce qu'on est absorbé par notre quotidien.
15:58On est absorbé par tout ce qui se passe autour de nous.
16:02Et c'est vrai qu'on a tendance, des fois, à se mettre un petit peu de côté.
16:05Et c'est dans ces moments-là qu'il faut un petit peu faire une rétrospective
16:08et se dire, est-ce que je suis aligné avec mes valeurs personnelles
16:11et est-ce qu'il ne faudrait pas que je prenne un peu plus de temps ?
16:15Olivier Torres, ça correspond ?
16:17Évidemment, à toutes les enquêtes que vous menez depuis près de 20 ans dans le cadre du Maroc.
16:21Ce que j'entends, je l'entends depuis 17 ans.
16:24C'est-à-dire que, d'abord, il faut quand même dire que le tabou de la santé des dirigeants
16:29est en train de s'estomper.
16:30C'est très bien.
16:31On a appris en France que le président de l'ex-CPME, les entrepreneurs, Amir Reza, a annoncé qu'il
16:37était atteint d'un cancer.
16:39Il a dit, de toute façon, ça va se voir.
16:40Je serai parfois absent, autant vous le dire.
16:43Et j'ai d'autres témoignages de dirigeants d'ordre, de syndicats qui le disent maintenant.
16:49Donc, on en parle.
16:51Pour autant, il y a toujours le déni.
16:53Et ce n'est pas la même chose, le tabou et le déni.
16:55Le déni, c'est soi.
16:57Et le fait de dire, oui, je ne me sens pas bien, je n'ai pas le temps d'être
17:00malade,
17:00ou je n'ai pas le droit d'être malade, ce qui est encore plus terrifiant.
17:03Ou des hommes et des femmes qui disent, je ne tombe malade que quand je suis en vacances.
17:07Et du coup, il y en a un qui m'a dit, je ne prends plus de vacances.
17:08Vous voyez, c'est ce qu'on vient d'entendre.
17:12C'est-à-dire que la santé, elle passe au second plan.
17:15Alors qu'en fait, il ne s'agit pas de médicaliser la fonction entrepreneuriale.
17:19Il ne s'agit pas de ça.
17:20Mais il s'agit simplement de faire prendre conscience aux dirigeants de PME,
17:24attention, votre santé est tributaire et en même temps contributrice de la bonne santé de votre entreprise.
17:31Ce n'est que ça.
17:32Chianta Bogard, vous parlez de votre santé à votre entourage professionnel, directement ?
17:38Alors oui, alors moi, j'ai la chance d'avoir des préparateurs physiques et préparateurs mentaux dans l'entreprise.
17:42Donc c'est vrai que j'ai cette chance qu'ils sont en plus du haut niveau, comme vous l
17:48'avez compris.
17:49Donc c'est vrai, c'est vraiment un luxe.
17:51Je m'en rends compte parce que je peux leur parler pour certains de tous les sujets.
17:55Et ils sont à même de comprendre parce que l'aventure, ils la vivent avec moi dans ce qu'on
18:00fait ensemble.
18:00Et puis, ils ont leur capacité, leur spécificité qui leur permet de me répondre et puis de me conseiller.
18:08Comment vous faites pour les convaincre, ces chefs d'entreprise, dirigeants, de venir vous voir déjà et ensuite de prendre
18:15du temps pour eux et pourquoi pas de se mettre en arrêt ?
18:18Alors, nous faisons quand même une action qui est importante pour nous, c'est à se dire, monsieur, vous travaillez
18:24au même titre que vos salariés, premièrement.
18:25Donc exposer au même risque que vos salariés, c'est un début, c'est une chose.
18:30Après, nous les faisons venir donc avec nos infirmières, nos médecins du travail.
18:33Et on peut encore les rediriger vers d'autres spécialistes, pas des vrais, mais d'autres spécialistes, suivant la situation
18:40dans laquelle ils sont.
18:41Et puis, souvent, ne pas oublier, nous sommes souvent des toutes petites entreprises qui peuvent être délocalisées, pas forcément dans
18:46des très grosses villes.
18:48Donc, et puis à dire, mais regardez autour de vous, vous allez être avec la famille, à côté, des gens
18:53comme ça qui sont forcément à votre écoute et à votre attention.
18:56Donc, ça, c'est aussi argumentaire qui fait que la personne sera plus à l'écoute, le chef d'entreprise,
19:02l'artisan.
19:02Le petit artisan sera toujours à l'écoute un peu de ce genre de réflexion sur lequel il dit, oui,
19:07j'ai tout mon entourage qui est attentif à moi.
19:08Donc, il faut que je sois moi-même attentif à ma propre santé.
19:12Déborah Jolath, à la Chestra, vous avez mis en place une visite un peu particulière, j'allais dire, pour le
19:16chef d'entreprise qui dure un peu plus longtemps.
19:19Oui. Alors, les visites dirigeants, on les prend sur des créneaux un petit peu plus longs pour pouvoir avoir le
19:25temps de la santé et du travail, comme les autres salariés.
19:30Et ensuite, on prend un petit temps pour pouvoir partager avec eux s'ils ont des questions sur l'entreprise
19:35et leur proposer aussi les services de santé au travail,
19:41peuvent les aider quand ils ont des difficultés avec leurs salariés.
19:44Est-ce que vous avez le sentiment que c'est encore un tabou, contrairement au patron des Entrepreneurs France qui
19:50a annoncé être atteint d'un cancer ?
19:54Ben, en prime abord, ils disent que tout va bien. Et après, quand on va un petit peu plus en
20:01détail, c'est là qu'on amène peut-être des problématiques
20:06qu'ils n'avaient peut-être pas voulu voir, un peu dans le déni.
20:11Ben oui. Alors, on va regarder justement les intervenants de tout à l'heure sur ce sujet, le dire ou
20:17ne pas le dire, en quelque sorte.
20:19Quand vous commencez à dire que vous avez des difficultés, les banquiers vont dire, oula, il faut faire attention, les
20:25salariés vont s'inquiéter.
20:27Donc, il faut vraiment qu'on arrive à ce que ça ne soit plus un tabou et que ça fait
20:33partie de la vie du chef d'entreprise
20:36et qu'on arrête de considérer qu'un chef d'entreprise peut tout résoudre.
20:39Ce n'est pas tabou du tout. Non, non. Je pense qu'on se renfermer aujourd'hui, c'est une
20:45grosse erreur.
20:45Il faut vraiment en discuter. Donc, ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui, quand on est dirigeant, c
20:54'est bien de participer ou d'intégrer une fédération.
20:58Parce que dans une fédération, on va retrouver des confrères qui ont certainement eu des difficultés qu'on a connues.
21:04Ben, venez, ne soyez pas seuls dans votre coin.
21:07Non, je pense que beaucoup de dirigeants restent reclus sur eux-mêmes.
21:11Avouer qu'on a un souci, c'est beaucoup plus compliqué, en fait. Dans la vie personnelle, c'est peut
21:15-être plus simple.
21:16Et de dire qu'il a un problème, comme je vous le disais auparavant, c'est des fois un aveu
21:20de faiblesse.
21:20Alors que lorsque c'est déjà trop tard, ça va mettre en péril sa vie personnelle et parfois son entreprise.
21:26Il ne faut pas être dans le déni, il faut l'accepter. C'est un peu comme lorsqu'on va
21:29chez le psychologue.
21:31Rien que d'aller chez le psychologue, on a déjà 50% du remède.
21:34Et ça fait du bien justement de partager parce qu'on arrive à voir qu'on avait le même problème,
21:40que telle personne a mis telle solution en place.
21:42Et déjà, ça nous sort de cet isolement qu'on peut avoir.
21:45Voilà donc pour ces intervenants, le dire ou ne pas le dire, on sent que chacun a son idée, a
21:52son positionnement.
21:53Ça reste encore un sujet tabou, déni.
21:56Je vous laisserai puisque vous êtes beaucoup plus fort que nous dans le domaine lexical, professeur Olivier Torres.
22:00J'aimerais qu'on revienne sur le dossier, sur l'observatoire plutôt à Maroc avec deux outils.
22:06Le stressomètre que vous avez créé et puis le deuxième, c'est le satisfactomètre.
22:12Voilà, on les voit à l'image, c'est un peu compliqué parce que ce sont des grandes gélules comme
22:17ça, j'allais dire.
22:18À quoi ça sert ?
22:19Alors en fait, ces outils, on les a constitués en interrogeant, c'était à l'époque du CJD, le centre
22:24des jeunes dirigeants.
22:24Ils nous avaient aidés à monter une cohorte d'entrepreneurs et on leur posait tous les mois, avec mes doctorants,
22:32quels sont les événements qui vous ont stressé, les événements professionnels.
22:36Et quels sont les événements professionnels qui vous ont satisfait ?
22:39Et ça, on a collecté ce qu'on appelle des verbatims et après on les a catégorisés.
22:43Et ultimement, on a réinterrogé ces entrepreneurs en leur demandant, voilà, il y a 30 stresseurs, 28 satisfacteurs, que les
22:52auditeurs peuvent se procurer sur Internet.
22:55Et quelle est la quantité que vous vous associez à ces stresseurs et satisfacteurs ?
23:00Et donc, on a constitué une échelle.
23:02On a vérifié que c'était bien prédictif de la santé, ce qui est le cas.
23:06Et tout ceci est publié.
23:08Et donc, ces outils sont prédictifs.
23:11C'est-à-dire que je vous garantis qu'un entrepreneur qui coche un grand nombre de stresseurs, plus grande
23:16est sa quantité de stress, plus grande est sa probabilité de faire un épuisement professionnel.
23:21Mais, et c'est très important d'entendre ça, il est aussi important d'avoir une vision positive de la
23:26santé.
23:27D'où ?
23:27Donc, le satisfactomètre.
23:29Il faut aussi voir la pondération avec la satisfaction.
23:32Et bien sûr, plus la satisfaction est grande, moindre est le risque de burn-out.
23:36Donc, en fait, vous avez compris, on arrive vers une balance qui permet de diagnostiquer si, dans le mois, j
23:44'ai eu plutôt de la satisfaction et du stress.
23:46Et c'est l'intérêt du dispositif qu'on a mis au point en partenariat avec bien des services santé
23:52au travail.
23:53Si la balance est négative, pour en avoir le cœur net, on enclenche un test de dépistage du burn-out.
23:59Et là, de deux choses l'une.
24:00La personne était stressée, mais elle n'est pas épuisée.
24:03Un petit message préventif, mais ça va.
24:05Par contre, la balance est négative.
24:08J'ai été stressé et on se rend compte que je suis en risque d'épuisement sévère.
24:12Là, on déclenche une alerte.
24:14C'est la politique de la main tendue.
24:15Donc, 35 000 diagnostics réalisés, 2 000 alertes sévères.
24:19C'est ça.
24:20Sur les 2 000, il était...
24:22Plus d'un millier qui ont accepté de saisir la main tendue.
24:26Moi, je dis toujours, les mains tendues, c'est bien, mais la main saisie, c'est mieux.
24:29Donc, auditeurs, chefs d'entreprise qui nous écoutez, n'hésitez pas d'abord à vous tester, puisque les services de
24:37santé au travail de la région utilisent ce dispositif.
24:40Et n'hésitez pas à saisir les mains tendues.
24:44Voilà.
24:44La main tendue du côté des services de santé au travail, Déborah Jolas et Annick Gérard.
24:49Qu'est-ce que vous diriez là au chef d'entreprise, dirigeant qui nous regarde, pour conclure ?
24:53Impératif, pour nous, l'artisanat, le chef d'entreprise, c'est une nécessité.
24:58C'est impératif, je dirais, parce que vraiment impératif, de pouvoir aller vers cette main tendue.
25:05Déborah Jolas.
25:06On est en mesure de pouvoir leur apporter des conseils.
25:10Après, seuls, ils pourront les appliquer.
25:13Mais en tout cas, on peut être cette main tendue.
25:19Shenta Bogard, est-ce que vous avez une autre vision maintenant de votre santé au travail en tant que dirigeant
25:24?
25:25On va avoir le plaisir d'échanger encore après l'émission.
25:28Mais c'est vrai que c'est très intéressant qu'il y ait des dispositifs comme ça.
25:32Parce que j'ai conscience que les personnes ressources dont je parlais tout à l'heure, tout le monde ne
25:35les a pas.
25:37Donc, il faut avoir le courage tout simplement de venir parler à des structures comme les vôtres.
25:45Et puis de s'écouter, vraiment.
25:47Le dernier mot, ce sera pour vous, professeur Olivier Torras.
25:49Le premier pas, il faut le faire de quelle manière ?
25:53Il faut être poussé par quelqu'un ? Il faut le faire soi-même ?
25:55C'est mieux quand ça vient de soi.
25:57Et moi, je dis, un des gros points noirs de la santé des dirigeants, c'est le sommeil.
26:02Réinvestissez la qualité de votre sommeil.
26:05Parce que le sommeil, c'est sacré.
26:06Et si le sommeil est sacré, alors, ça veut dire que la chambre doit être un sanctuaire.
26:11Du double vitrage.
26:12Pas de lumière lumineuse.
26:14Pas d'écran.
26:14Pas d'écran.
26:16Réfléchissez à la dernière fois que vous avez changé le matelas.
26:20Réinvestissez la qualité de votre charme.
26:21C'est réinvestir la qualité de son sommeil.
26:23C'est entreprendre mieux demain.
26:26Merci.
26:26Ce sera sur ces mots que nous allons nous quitter.
26:28Je vais aller me coucher.
26:29Merci à tous les quatre de nous avoir éclairés sur la santé du dirigeant.
26:35L'information continue sur Moselle TV.
26:37Sous-titrage Société Radio-Canada
26:43Sous-titrage Société Radio-Canada
26:45Sous-titrage Société Radio-Canada

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