00:03Un invité avec nous tous les midis pour décrypter les enjeux de la séance, les tendances de la semaine et
00:08le jeudi, c'est Focus Américain avec notre correspondant américain Pierre-Yves Dugas, bonjour.
00:16Bonjour Pauline.
00:17Pierre-Yves, je vous propose de commencer par l'inflation, l'inflation, l'inflation, l'inflation, on ne parle que
00:24de ça depuis hier, je rappelais dans mon introduction les équilibres qui sont ressortis hier dans ce rapport sur l
00:31'inflation, une inflation qui progresse plus que prévu à 3,7% et je rappelais justement la volatilité concernant une
00:40hausse des taux ou un statu quo pour la réserve fédérale le 28 octobre prochain Pierre-Yves.
00:45Oui, l'Amérique, mine de rien, connaît sa plus longue période d'inflation au-dessus de 2% depuis le
00:53début du siècle et c'est même la plus longue période d'inflation depuis les années 80.
00:59Le moral des Américains en est directement affecté, quand tous les sondages le montrent, les Américains sont en colère, leur
01:07morale est tombée au plus bas tel qu'il est mesuré par l'indice de l'Université du Michigan,
01:11qui est quand même un paradoxe parce que par ailleurs on sait que les Américains continuent de consommer beaucoup.
01:16Mais ils sont en colère et vous pouvez me mettre dans le lot, les prix ne cessent d'augmenter et
01:23plus grave, en particulier du point de vue des marchés,
01:27du point de vue de la réserve fédérale, les anticipations inflationnistes des Américains continuent d'évoluer défavorablement.
01:34En septembre, elles ont encore grimpé maintenant, 3,9% d'inflation est anticipée pour les 12 prochains mois par
01:41les Américains.
01:42C'est le genre d'argument qui est employé autour de la table du comité monétaire de la réserve fédérale
01:48pour harguer en faveur d'une nouvelle majoration du taux des Fed funds.
01:53Cette colère des Américains, elle se mesure, je vais essayer de la comparer avec ce que l'on peut observer
01:58en France en particulier.
01:59En France, d'après ce que j'ai vu, le prix du gazole à la pompe a gagné 44%
02:04en un an.
02:06Aux États-Unis, 73%.
02:1073%, ça met de mauvaise humeur toute l'industrie des camionneurs et du transport.
02:14Et surtout, ça rend indispensable, obligatoire, incontournable des majorations de prix de toutes sortes de produits qui sont transportés par
02:25camion.
02:25Et c'est ça qui va inciter la réserve fédérale, si ce n'est à relever à nouveau son taux
02:32directeur le 28 octobre, probablement début décembre.
02:38Les produits alimentaires, depuis 12 mois, ça s'est un petit peu calmé, mais on reste nettement au-dessus de
02:452%.
02:45On est à 2,5%.
02:46Les billets d'avion, plus de 22% d'augmentation.
02:50L'essence, plus de 34%.
02:53Rien qu'au mois de septembre, l'essence moyenne, le prix du galon a grimpé de plus de 9%.
02:58La vidéo à la demande, voilà un article que les Américains consomment beaucoup depuis quelques années.
03:06On est au-dessus de... On est à 3,3% depuis 12 mois.
03:12Les logiciels et les accessoires informatiques, tenez-vous bien, plus 28,4%.
03:18Les locations de véhicules automobiles, plus 9,1%.
03:24Voilà le genre de prix qui va être examiné de près par Kevin Walsh et ses collègues le 27 et
03:3328 octobre,
03:34et qui pourrait les inciter à majorer à nouveau leur taux directeur.
03:40Tous les arguments, en fait, qui ont été employés au mois de septembre pour justifier par la réserve fédérale la
03:46majoration de taux,
03:47tous ces arguments sont encore là, l'inflation est trop forte, elle accélère,
03:51et les perspectives de chute des prix de l'énergie ne sont pas là non plus,
03:55parce qu'on voit bien que les tensions sont encore plus fortes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il
03:59y a un mois entre l'Iran et les États-Unis.
04:02Le seul argument, le seul argument qui est un petit peu différent est que, c'est vrai,
04:08les marchés ont un peu fait le métier de la Fed en laissant remonter les rendements.
04:15Depuis le début septembre, le rendement du T-Bond, pour prendre celui-là comme norme de comparaison,
04:21on est passé de 4,76 à, vous venez de le dire, 5,10.
04:25Donc, on sait que ces majorations des rendements obligataires au jour le jour ont un effet sur l'offre de
04:33crédit,
04:34en particulier sur les taux du crédit à la consommation au niveau des cartes de crédit,
04:39et sur les hypothèques. Maintenant, une hypothèque à 30 ans aux États-Unis, c'est plus de 7%.
04:44Ça calme la consommation, ça calme le marché immobilier, ça a une influence sur l'activité économique.
04:52Est-ce que cela sera jugé suffisant pour calmer cette frénésie de la consommation des Américains ?
04:57Pas sûr.
04:58Vous le rappeliez, Pierre-Yves, justement, sur le conflit au Moyen-Orient entre l'Iran et les États-Unis.
05:03La situation se dégrade, effectivement, avec des nouvelles attaques, des outils assez régulièrement.
05:11Et puis, il y a aussi le conflit Russie-Ukraine, où Donald Trump a essayé d'arrêter les frappes sur
05:20des infrastructures énergétiques,
05:23justement, Zelensky qui provoque un petit peu Donald Trump, justement, en allant frapper ses infrastructures en Russie.
05:32et son but à Donald Trump étant de faire, justement, baisser ses prix à la pompe avant les élections des
05:40midterms,
05:41ce qui arrive très, très vite.
05:43Pierre-Yves, d'ailleurs, Donald Trump est en pleine campagne des législatives et il accumule, justement, les erreurs.
05:49Il accumule des erreurs. Vous savez, c'est ce qu'on appelle au tennis « enforced error ».
05:55C'est une erreur qui est due entièrement à une improvisation, à une baisse de concentration du joueur
06:02et que ce n'est pas une erreur qui est provoquée par un joli fait d'arme de l'adversaire.
06:08Trump se prend lui-même les pieds dans le tapis sur des choses qu'il a prises à la légère,
06:14dont il a sous-estimé l'importance.
06:16On vient de le voir. Il a le chic pour déclencher des controverses à un moment où il ne faudrait
06:22surtout pas que ces controverses se déclenchent.
06:24Et il n'arrive pas à conserver sa communication sur le message important de sa campagne qui est
06:30« Vous m'avez lu il y a deux ans. Il faut que vous continuiez de me donner une majorité
06:34parce que grâce à moi, j'ai tenu mes promesses.
06:36Regardez, j'ai baissé les impôts. L'immigration, plus personne ne rentre de manière illégale aux États-Unis.
06:42Et même de manière légale, c'est difficile. Sur ces deux points-là, en outre, troisième point, le plein emploi
06:48règne.
06:50Réalisez les Républicains au Congrès et nous allons garder cette politique. »
06:53Il oublie naturellement de dire que du point de vue de l'inflation, qui était un de ses gros arguments
06:58pour battre Joe Biden du point de vue de l'inflation. En revanche, son bilan est très mauvais.
07:03Il a même contribué, avec sa politique commerciale, à faire grimper les prix de nombreux articles,
07:10en particulier en provenance du Canada et de Chine.
07:12Et que, de ce point de vue-là, il a contribué à décevoir les Américains.
07:17Mais il y a cette controverse ridicule sur la nomination de son nouveau porte-parole,
07:22Katie Zakaria, qui est en place depuis moins d'une semaine,
07:25qui manifestement est dépassée par la difficulté de sa tâche,
07:30qui intervient à un moment où Donald Trump essaye d'exclure de la salle de presse de la Maison-Blanche
07:35les journalistes de CNN, de MSNOW et de Politico.
07:39Et Katie Zakaria arrive, elle n'est pas très bien préparée, elle lit ses notes,
07:44elle scande des slogans pro-Trump, mais elle ne répond pas directement aux questions
07:48que la presse, qui est extrêmement agressive à son égard,
07:55elle est dépassée par la situation.
07:57Et quand on lui dit, mais vous dites que vous êtes avocate,
08:01mais vous n'avez pas passé le barreau, ni en Californie, ni ailleurs.
08:06Oui, je suis avocate, j'ai passé le barreau quand je suis parti en Chine avec mon mari.
08:11Et puis, naturellement, la presse a vérifié.
08:13Elle n'a pas passé le barreau, elle n'a pas le droit de dire qu'elle est avocate,
08:15elle est experte de questions législatives, elle est experte de droit,
08:20elle a de véritables diplômes de droit, mais elle l'a menti en disant qu'elle était avocate.
08:25Et naturellement, c'est le genre de petits mensonges ridicules
08:27qui affectent sa crédibilité et qui vient une fois de plus brouiller
08:31le message de la Maison-Blanche à un moment où on n'a pas besoin de le brouiller.
08:34Non, c'est sûr, et puis vous le rappeliez, Pierre-Yves, la semaine dernière, jeudi dernier,
08:38quand on s'est vu que les États, il y a de nombreux États qui ont déjà commencé à voter,
08:42même si l'élection aura lieu le 3 novembre.
08:46Pierre-Yves Dugas, merci beaucoup, vous êtes notre correspondant américain,
08:50merci d'avoir été présent avec nous sur ce plateau comme tous les jeudis.
08:54Merci à vous de nous avoir suivis.
08:57On se retrouve ce soir en direct à 17h30 sur Bsmart.
09:01Sous-titrage Société Radio-Canada
09:06Bsmart